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Bible et morales dans la France du XIXe siècle

Bible and Ethics in Nineteenth-Century France

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Publié le mercredi 28 mars 2012 par Loïc Le Pape

Résumé

Les morales religieuses, fondées sur le Décalogue et portées par les croyances et les rites, l’enseignement et la prédication des trois confessions inscrites dans le « système des cultes reconnus » (catholicisme, protestantisme et judaïsme), tendent à perdre une partie de leur caractère d’universalité, d’autorité et de légitimité sur l’ensemble de la société au cours du XIXe siècle. Elles doivent désormais composer avec des morales séculières, nées dans le sillage de la philosophie des Lumières, qui accordent la part centrale à l’homme, à la société ou encore à la science et ne fondent plus leur éthique sur une législation révélée. Néanmoins si le lien entre la croyance et la morale tend à se défaire, la lecture de la Bible demeure une source d’inspiration pour les penseurs de tous horizons et la morale biblique imprègne encore très largement les discours et les actes.

Annonce

Présentation

La journée d'étude « Bible et morales au XIXe siècle » se propose d'étudier l'ensemble des discours moraux produits au regard de la référence à la culture biblique au XIXe siècle, que ce soit dans les œuvres des « défenseurs des religions révélées » (judaïsme, christianisme), des philosophes « positivistes » ou « spiritualistes » pour reprendre la typologie que Jérôme Grondeux esquisse à gros traits dans son ouvrage sur La religion des intellectuels français au XIXe siècle . La morale biblique y semble omniprésente, y compris dans la pensée des premiers théoriciens socialistes : ainsi, Proudhon, qui juge le catholicisme et le christianisme révolus, ne cache pas son admiration pour l'Évangile de Jean dans lequel se dessine à ses yeux « l'idée vraiment démocratique et prolétaire » ; de même, cette culture du « sentiment religieux » et « d'une idée morale de Dieu » que nombre de républicains des années 1880 voulaient introduire dans un premier temps dans les programmes scolaires de l'école laïque est toute imprégnée des enseignements de la Bible .

En effet, si l'exégèse historico-critique des Écritures, notamment sous l'impulsion des savants d'outre-Rhin, tend à déconstruire l’authenticité des récits de l'Ancien et du Nouveau Testament, elle ne remet que peu en cause leur vérité morale et spirituelle. Au contraire, défaite de son ancrage historique, la morale biblique devient pour certains la matrice même de la tradition libérale héritée de la Révolution Française. Au sein du « système des cultes reconnus » (Jean-Marie Mayeur), des penseurs juifs, protestants et dans une moindre mesure catholiques, ont tendance à mettre en valeur un héritage biblique commun aux différentes confessions, porteur du commandement premier d'amour du prochain.  Nombreux sont, par exemple, les lettrés israélites – y compris des dignitaires religieux – à citer directement les Évangiles et pour certains même à se réclamer à mots couverts du message universaliste du fondateur du christianisme. Ce sont ces mêmes hommes qui, à la fin du siècle, promouvront une forme de morale spiritualiste, héritière de la tradition biblique, contre les partisans d'une laïcité areligieuse, d'une morale socialiste athée ou à l'inverse d'un culte idolâtre et intégral de la nation.

Il est à cet égard significatif que le terme de « morale judéo-chrétienne » apparaisse dans les années 1880, à un moment que Jean Baubérot a qualifié de « second seuil de laïcisation » . En effet, la morale biblique doit désormais composer avec d’autres morales, fondées sur le droit, sur l’individu ou encore sur la science ; mais, le lien entre morale et religion n’est pas rompu. Ainsi, si la seconde loi Ferry de 1882 supprime l’enseignement confessionnel et substitue à l’instruction « religieuse et morale » l’instruction « morale et civique », les « devoirs envers Dieu » demeurent dans un premier temps dans les programmes des écoles primaires. Dans les années 1880, les républicains laïques refusent tout autant de privilégier un culte par rapport aux autres que de promouvoir une « laïcité areligieuse ». C’est dans ce hiatus persistant entre religion et morale que naît l’expression de « morale judéo-chrétienne » : pour les uns, elle caractérise la morale religieuse dite « ancienne » ou « traditionnelle », jugée incompatible avec le nouveau régime républicain ; pour les autres, la morale biblique est garante de la conservation de l’ordre spirituel face aux assauts du « paganisme moderne». Le « nouveau spiritualisme » des années 1880 pour reprendre le titre d’un ouvrage d’Étienne Vacherot voit dans cette morale judéo-chrétienne la caution de ce « minimum théologique », nécessaire à la cohésion de la société .

Programme

MATINÉE

Président de séance : Claude Langlois (EPHE-Ve section)

9h30-9h40 : Accueil des participants.

9h40-10h : Introduction, Joël Sebban (Centre d’histoire du XIXe siècle, Université Paris 1), « Les morales de la Bible en France au XIXe siècle ».

MORALE BIBLIQUE ET MORALES SECULIERES

  • 10h-10h25 : Philippe Boutry (Centre d’histoire du XIXe siècle-Université Paris 1), « Mon royaume n’est pas de ce monde ». Catholiques et premiers socialistes face à la régénération sociale ».
  • 10h25-10h50 : Patrick Cabanel (FRAMESPA, Université Toulouse II, Le Mirail), « La démocratie moderne et l'immoralité de la Bible : le réquisitoire de Ferdinand Buisson contre la Bible en 1868 ».

PREDICATION ET MORALE BIBLIQUE

Président de séance : Patrick Cabanel (FRAMESPA, Université Toulouse II, Le Mirail)

  • 11h-11h25 : André Encrevé (CRHEC-Université Paris XII, Val de Marne), « Dogme et morale dans la prédication selon Athanase Coquerel père ».
  • 11h25-11h50 : Frédéric Gugelot (CEIFR-EHESS, CERHIC, Université de Reims Champagne-Ardennes), « Entre la Bible et le mariage, moralisation d'une vie de pécheur : l'exemple des convertis du début du XXe siècle ».

11h50-12h : Discussion – pause.

APRÈS-MIDI

LECTURES SPIRITUALISTES DE LA MORALE BIBLIQUE

Président de séance : Philippe Boutry (Centre d’histoire du XIXe siècle-Université Paris 1)

  • 14h35-15h : Sébastien Hallade (Centre d’histoire du XIXe siècle-Université Paris 1), « Fraternité républicaine et morales bibliques. L’engagement politique de romanciers et de poètes sous la deuxième République ».
  • 15h-15h25 : Jérôme Grondeux (Centre d’histoire du XIXe siècle-Université Paris IV), « La réinterprétation du début de l'Évangile de Jean chez les philosophes spiritualistes ».

MORALE BIBLIQUE ET MORALES CONFESSIONNELLES

Présidente de séance : Catherine Nicault (CERHIC-Université de Reims Champagne-Ardennes)

  • 15h35-16h : Joël Sebban (Centre d’histoire du XIXe siècle-Université Paris 1), « Morale juive et chrétienne ou morale « judéo-chrétienne » ? Lectures de la Bible dans l’œuvre de penseurs juifs et chrétiens au XIXe siècle ».
  • 16h-16h25 : Perrine Simon-Nahum (CNRS), « le judaïsme, une morale pour la République (1850-1900) ».

Lieux

  • 12 place du Panthéon (Centre Panthéon, salle 1, Université Paris 1)
    Paris, France

Dates

  • mercredi 04 avril 2012

Mots-clés

  • morale, bible, religion, XIXe siècle, catholicisme, protestantisme, judaïsme, spiritualisme, libre pensée

Contacts

  • Joël Sebban
    courriel : joelsebban [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Joël Sebban
    courriel : joelsebban [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Bible et morales dans la France du XIXe siècle », Journée d'étude, Calenda, Publié le mercredi 28 mars 2012, http://calenda.org/207893