AccueilMutations de l'hispanophilie entre guerres et réformes religieuses de la Ligue aux dévots (1580-1635)

Mutations de l'hispanophilie entre guerres et réformes religieuses de la Ligue aux dévots (1580-1635)

Changes in hispanophilia between the wars and the religious reforms of the Ligue aux Dévots (1580-1635)

Table ronde internationale

International round table

*  *  *

Publié le mardi 03 avril 2012 par Elsa Zotian

Résumé

Les rapports entretenus avec le catholicisme hispanique et la représentation du pouvoir du roi d’Espagne au delà de ses frontières est un des phénomènes les plus significatifs de l’évolution politique et culturelle de l’Europe occidentale au cours des guerres de Religion. Vers 1580, l’enracinement de la Réforme protestante en Europe avait, aux yeux des plus radicaux des catholiques, considérablement amoindri le prestige que certains souverains pouvaient tirer de la protection de la chrétienté. La politique de défense de la Foi (mêlée à celle d’intérêts patrimoniaux) par Philippe II d’Espagne permet son identification, en Angleterre, en France, en Irlande, mais aussi à Chypre, en Grèce, dans les Pays-Bas ou dans l’Empire, au chef naturel d’une « reconquête » catholique face au péril huguenot et à l’Islam.

Annonce

Argumentaire

Le Roi Catholique se présente comme une sorte de « patron universel » qu’il s’agit de suivre ou dont on espère recevoir de l’aide, même sans l’aval de ses souverains naturels. L’accusation récurrente d’hispanophilie devient alors pour ces derniers un argument et un moyen efficaces. Elle porte un discours de dénigrement, mêlé à la xénophobie ordinaire, et promeut un sentiment national qui permet de « dénaturaliser » et de considérer comme traîtres ceux qui expriment des options politiques contraires.

Mais l’influence religieuse et culturelle du monde ibérique ne s’est pas achevée avec l’échec de la « grande politique » de Philippe II. Au cours des décennies suivantes, une réaction catholique très active se mêle aux pouvoirs (notamment en France avec le parti dévot), avec la volonté d’écraser l’hérésie ou bien, au moins, d’imposer un modus vivendi des confessions acceptable pour le pouvoir souverain (en Angleterre ou même aux Pays Bas). Ce catholicisme militant a perdu l’essentiel de sa nature subversive, dans un temps durant lequel les capacités d’expansion de la monarchie espagnole s’amenuisent d’une façon dramatique et où les relations internationales se définissent à nouveau par des rapports directs – et un temps plus apaisés - entre les princes.

Ce retour à l’ordre politique naturel est contemporain d’une transformation définitive de la nature de la reconquête catholique dans l’ensemble de l’Europe. Les réformes et l’orientation des nouvelles fondations religieuses s’opèrent désormais suivant le modèle tridentin en oubliant, ou bien en reconfigurant, les éléments traditionnels de la mobilisation préconciliaire dont son influence spécifiquement ibérique. À partir de ce moment, l’ascendant du catholicisme espagnol peut s’affranchir de sa dimension politique et d’une forme de subordination aux desseins du Roi Catholique. Même si, dans les polémiques du XVIIe siècle, les héritiers des politiques ou les libertins maintiennent contre les dévots l’accusation « d’agents de l’étranger », le contexte a radicalement changé. Désormais, il est possible d’identifier un modèle commun d’action catholique par la réception des canons du concile de Trente et un nouvel espace politique d’émulation s’ouvre, respectueux de la dignité de chaque prince. L’hispanisation de la monarchie de Louis XIV, que l’historiographie récente a bien mise en valeur, est la conséquence logique de cette situation. L’hispanophilie a bel et bien radicalement changé de nature en moins d’un demi-siècle.        

Certes, hispanophile demeure un terme d’historien qui peut rester ambigu, car il permet d’identifier des réalités, des intentions et des projets politiques, culturels et même sociaux forts différents suivant les lieux. Mais son étude s’avère pertinente car, au travers de ses mutations nous pouvons étudier l’évolution tant des grands phénomènes de la politique internationale que la projection simultanée de ses effets sur les réalités locales de plusieurs territoires de l’Europe catholique. En effet, dans le vaste cadre de l’étude des effets de l’hégémonie espagnole, l’appropriation et la signification locale d’un « modèle » espagnol, qui n’était pourtant ni stable ni cohérent, apparaît comme un champ d’étude des plus suggestifs. À partir de ce filtre hispanique, il s’agit d’un processus à travers lequel des populations (et pas seulement leurs élites) sont amenées à définir leur rôle politique à partir de leurs propres traditions et élaborer des solutions à leurs conflits.

Cette Table ronde vise à interpréter le passage d’une hispanophile d’adhésion à une autre, plurielle, qui tend à s’émanciper du politique. La première forme (qui pouvait recouvrir plusieurs niveaux, parfois contradictoires) s’est épanouie au cours du dernier tiers du XVIe siècle, et elle a obtenu son plus grand succès parmi les plus radicaux des ligueurs de la décennie de 1590. La seconde, celle des dévots, dans un premier temps, s’attache à identifier la monarchie espagnole à un allié nécessaire dans le but d’une forme de « recapitalisation » religieuse et dynastique de la monarchie des Bourbons (avec les mariages de 1615 comme point central). Dans un second temps, elle entend fournir au Roi Très Chrétien les éléments nécessaires à sa reconnaissance en tant que véritable tête de la chrétienté, dépouillant du même coup la monarchie ibérique de sa signification originelle.

Si les moyens et les finalités des ligueurs et des dévots n’étaient pas similaires, bien des questions de nature historiographique restent à résoudre concernant les liens généalogiques (politiques culturels, religieux et même biologiques) entre les deux sensibilités. Nous invitons les participants à une réflexion sur la représentation, les pratiques et les rapports entre ces deux mouvements. Pour y parvenir, au cours de cette Journée d’études Internationale (organisée par le Laboratoire CRISES de l’Université Paul Valéry-Montpellier III et le Nodo francès du réseau Columnaria)  les participants présenteront leurs travaux sur les mécanismes d’action (politique, sociale) et d’affirmation (religieuse, culturelle) de la mobilisation catholique et de la réception de l’hégémonie espagnole. À partir de leurs recherches, nous pourrons engager une discussion générale sur l’interprétation des continuités et des changements dans la politique globale européenne et tout particulièrement dans l’espace français. 

Programme

Matin (10h 45) :

  • Martino Laurenti (Université de Turin) : « Francophilie et hispanophobie des vaudois du Piémont sous la domination savoyarde (v. 1571- v. 1598) ». 
  • Marco Penzi (CRH – EHESS, Paris), « Thomas Sailly, la Missio Castrensis et le Guidon entre instruction et guerre à l’hérésie ».
  • Olivia Carpi (Université Jules-Verne, Amiens), « L'hispanophilie à Amiens pendant et après la dernière phase des guerres de Religion : facteur de division ou d'unité d'une communauté citadine ? »

Après-midi (14h 15) :

  • Julien Lugand, (Université Via Domitia, Perpignan), « La peinture de l'Escurial à la fin du XVIe siècle et son absence de diffusion hors de l’Espagne ».
  • Thierry Amalou (Université Paris 1-Panthéon Sorbonne), « L’hispanophilie dans l’expérience mystique ? Des ligueurs aux dévots de Senlis ».
  • José Javier Ruiz Ibáñez (Universidad de Murcia), « Les compagnons d’Aramis. Un non-sujet historique : exils français dans la Monarchie Espagnole ».
  • Serge Brunet (Université Paul-Valéry Montpellier III), « Du fringuant soldat au ridicule Capitan Matamore. De l’hispanité des Gascons au tournant de la Ligue ».

Avec la collaboration de :

  • Hispanofilia, la proyección política de la Monarquía Hispánica (II) : políticas de prestigio, migraciones y representación de la hegemonía (1560-1650)
  • Ministerio de Ciencia e Innovación, HAR2011-29859-C02-01 (Espagne)

Lieux

  • Rue du Professeur Henri Serre (Université Paul Valéry Montpellier III site Saint Charles, salle 228)
    Montpellier, France

Dates

  • lundi 02 avril 2012

Mots-clés

  • hispanophilie, guerres et réformes religieuses, ligue, Espagne

Contacts

  • Serge Brunet
    courriel : serge [dot] brunet [at] univ-montp3 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • marc cholvy
    courriel : marc [dot] cholvy [at] univ-montp3 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Mutations de l'hispanophilie entre guerres et réformes religieuses de la Ligue aux dévots (1580-1635) », Journée d'étude, Calenda, Publié le mardi 03 avril 2012, http://calenda.org/207933