AccueilSéminaire 2012 de l’unité Migrations internationales et minorités de l’Ined

Séminaire 2012 de l’unité Migrations internationales et minorités de l’Ined

2012 seminar of the international migrations and minorities units at the INED

Les dimensions spatiales de l’incorporation des minorités

The spatial dimensions of the incorporation of minorities

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Publié le mercredi 11 avril 2012 par Elsa Zotian

Résumé

Le rôle joué par le « quartier » - c’est-à-dire l’espace de résidence - dans les différentes modalités d’incorporation à la société fait l’objet de nombreux débats en sciences sociales, mais aussi dans le domaine de la décision politique. La question se pose en particulier pour les immigrés et leurs descendants – les minorités – dont la concentration spatiale dans des quartiers défavorisés est considérée simultanément comme le signe et la source des difficultés sociales qu’ils rencontrent. C’est précisément cette affirmation que nous souhaitons mettre à l’épreuve dans ce séminaire. Il s’agit de tester l’idée générale que la ségrégation spatiale pourrait produire des pénalités propres s’ajoutant à celles liées à l’origine. Nous identifions quatre « sphères » d’interaction entre le spatial et l’origine, ce qui constituera autant de séances thématiques : 1 - les trajectoires scolaires, 2 - l’accès à l’emploi et les rémunérations, 3 - l’insécurité, la délinquance et le rapport à la police. Une journée spéciale sera entièrement consacrée à l’état des lieux de la ségrégation en France et en Europe, en confrontant les thèses opposées de la baisse ou de l’augmentation et en utilisant les résultats les plus récents.

Annonce

Jeudi 24 mai 2012, 14h – 17h

  • Fabien Jobard (CESDIP) Police et racisme, les termes du débat français

Les travaux se sont multipliés en France, ces dernières années, sur la relation des policiers aux minorités. Ces travaux ont enrichi un savoir jusque lors pour l'essentiel militant d'enquêtes qualitatives et quantitatives approfondies. Au cours de ce séminaire, nous nous proposons de prendre appui sur ces travaux pour aborder les diverses facettes sociologiques du racisme policier, dont le premier enjeu consiste, bien sûr, à le définir. 

Fabien Jobard est politiste au CNRS, directeur du CESDIP (Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales, CNRS, Ministère de la Justice et UVSQ). Il a publié récemment avec Dave Waddington et Mike King, Rioting in the UK and France: A comparative analysis. Cullompton : Willan, 2009, avec René Lévy Racial Profiling. The Parisian Police Experience, Canadian Journal of Criminology and Criminal Policy, 53, 1, 2011, p. 87-93 et "Gibier de police. Immuable ou changeant ?", Archives de politique criminelle, 32, 2010, p. 93-103

  • Hugues Lagrange (OSC, Sciences Po) Mixité, inconduites adolescentes et réussite scolaire

L’analyse de données recueillies en 2004 sur les inconduites adolescentes et la réussite au brevet des collèges dans quelques villes du val de Seine, un arrondissement parisien et une ville de la banlieue nantaise montre que l’effet du quartier de résidence est sensiblement plus marqué s’agissant de la réussite scolaire que des inconduites. Parallèlement, la concentration dans les quartiers d’habitat social de familles issues des immigrations africaines n’est pas liée à un surcroît d’inconduites. Ces résultats invitent à réfléchir sur la possibilité de distinguer dans le débat sur la mixité les enjeux et les effets  de la mixité sociale et de la mixité culturelle.

Hugues Lagrange est sociologue, directeur de recherche (CNRS, Observatoire Sociologique du Changement à Sciences Po). Il a publié récemment Le déni des cultures, Paris, Seuil [et quoi d’autre veux-tu citer ?]

  • Michel Kokoreff (Paris 8, CRESPPA) L’expérience de la police des quartiers

Que tirer des enquêtes de terrain réalisées depuis plusieurs années sur les quartiers socialement vulnérables en ce qui concerne la gestion de l’ordre public ? Comment est construite la relation entre la police et les habitants de ces quartiers ? Quelles en sont les dimensions territoriales et les différentes strates ? Comment sortir de la logique de la surenchère et de la défiance réciproques, par quelles médiations ? On partira de quelques situations et récits exemplaires, afin d’aborder les diverses facettes de l’expérience urbaine de l’ordre public des minorités dites « visibles » et de souligner leur ambivalence. On insistera sur la nécessité non seulement d’en savoir plus mais de surmonter le statut quo sur la police des quartiers dans la société française.

Michel Kokoreff est professeur de sociologie à l’université Paris 8 Saint-Denis, chercheur au CRESPPA équipe GTM et chercheur associé au CMH équipe ERIS. Il a notamment publié, Sociologie des émeutes (Payot, 2008), « Villiers-le-Bel : ethnographie d’un procès politique » (Esprit, 2010) et La drogue est-elle un problème ? (Payot, 2010)

Informations complémentaires

Inscriptions obligatoires avant le 20 mai :

karine.wigdorowicz@ined.fr

Organisateurs : Yaël Brinbaum, Jean-Louis Pan Ké Shon et Patrick Simon

Jeudi 7 juin 2012, 15h – 17h, Salle Sauvy

  • Conférence de Jens Ludwig (University of Chicago)
    Neighborhood effects on low-income families: Long-term results from the Moving to Opportunity randomized mobility experiment

This study estimates the long-term effects of randomized variation in neighborhood conditions on the outcomes of low-income adults and children using data from a 10-15 year follow-up survey of participants in a large social experiment called Moving to Opportunity (MTO). Since 1994 MTO has enrolled a sample of 4,604 families living in distressed public housing communities in five U.S. cities (Baltimore, Boston, Chicago, Los Angeles, and New York City). Using a random lottery, MTO offered some families but not others the chance to use a housing voucher rent-subsidy to move to a lower-poverty neighborhood. We find evidence of large beneficial impacts of MTO moves on a number of important physical and mental health outcomes, concentrated mostly among adults, and find few statistically significant impacts on either labor market outcomes or children's schooling outcomes. This mixed pattern of impacts raises questions about the value of policy efforts to reduce concentrations of low-income families in poor neighborhoods. We show that MTO moves from a high-poverty to low-poverty neighborhood also increase measures of self-reported subjective well-being (SWB) by an amount close in size to the overall gap in SWB between U.S. blacks and whites, or between families with annual incomes that differ by around $20,000 per year - a large amount given the average annual income for MTO controls is about $20,000. Our findings also suggest that MTO's impacts on SWB are driven more by declines in housing and neighborhood distress or neighborhood crime than by declines in neighborhood racial segregation.

Discutant : Laurent Gobillon (INED)

Jens Ludwig is the McCormick Foundation Professor of Social Service Administration, Law, and Public Policy at the University of Chicago, Director of the University of Chicago Crime Lab, and Co-Director of the University of Chicago Urban Education Lab. He carries out research on urban problems related to crime, education, housing, and health. He is co-editor of the Journal of Human Resources, a member of the Institute of Medicine / National Academy of Sciences Board on Children, Youth and Families. He has recently edited with Philip J. Cook, Jens Ludwig and Justin McCrary Controlling Crime: Strategies and Tradeoffs. University of Chicago Press, 2011; and "What Can We Learn about Neighborhood Effects from the Moving to Opportunity Experiment? A Comment on Clampet-Lundquist and Massey." 114 American Journal of Sociology 144 (2008).

Inscriptions obligatoires avant le 5 juin 2012 :

karine.wigdorowicz@ined.fr

Mercredi 13 juin 2012, Salle Sauvy

  • 10h – 11h. Jean-Louis Pan Ké Shon (Ined), Gregory Verdugo (Banque de France)
    Quarante ans de ségrégation et… d’incorporation des immigrés en France, 1968-2007

Le paysage ségrégatif des immigrés en France de 1968 à 2007 est établi précisément grâce à l’utilisation inédite des données infra communales de la série des 6 recensements. Nous montrons que le remplacement des parts de l’immigration latine par l’immigration africaine et maghrébine s’est déroulé à des périodes économiques moins favorables pour ces derniers et par une durée d’intégration plus courte expliquant au moins une part des écarts ségrégatifs. Malgré cela, l’intensité de la ségrégation française a baissé depuis la fin des années 1960. L’augmentation de la part des immigrés dans la population s’est traduite par une progression de leur présence dans les quartiers populaires. En multipliant les approches, l’étude permet de conclure à l’absence de quartiers mono-ethniques et d’auto-ségrégation aussi bien au niveau des origines nationales que « géoculturelles ». Actuellement, la concentration spatiale des migrants est relativement faible mais les évolutions temporelles sont parfois contradictoires entre agglomérations urbaines. Les « quartiers dont on parle » sont situés à l’extrémité de la distribution des quartiers polarisés et masquent l’incorporation résidentielle de la très grande majorité des migrants en France.

  • 11h – 12h. Jean-Louis Pan Ké Shon (Ined), Loïc Wacquant (Université de Californie-Berkeley et CESSP-Paris).
    Le grand hiatus : tableau raisonné de la ségrégation ethnique en Europe

Cet article présente un tableau analytique et empirique raisonné des principales études quantitatives sur la ségrégation ethnonationale en Europe occidentale conduites depuis deux décennies. Au plan analytique, nous distinguons l’ampleur de la ségrégation de son intensité, marquons la différence entre stocks et flux, et soulignons l’entremêlement des déterminants sociaux et ethniques des trajectoires résidentielles. Au plan empirique, nous montrons que, partout, la ségrégation résidentielle selon la nationalité des immigrés recule depuis vingt à quarante ans et s’explique pour une large part par la composition de classe relativement basse des migrants d’origine postcoloniale. Partout, y compris en France, les immigrés ont des trajectoires résidentielles ascendantes et dispersantes qui témoignent d’une incorporation contrariée mais réelle dans la structure sociale nationale. Au total, ce panorama analytique et empirique révèle un gouffre béant entre le discours dominant, tant politique que savant, qui s’alarme d’une progression subite et généralisée de la ségrégation ethnique et il invalide la thèse de la “ghettoïsation” des quartiers déshérités de la ville européenne. Nous pointons les facteurs qui expliquent ce hiatus saisissant, parmi lesquels l’effacement des forces politiques porteuses d’une vision et d’un langage de classe, les transformations du champ journalistique et l’émergence de quartiers atypiques qui servent de “points hypnotiques” dans le débat public.

  • 14h – 15h. Didier Lapeyronnie (Université Sorbonne- Paris IV et Cadis)
    Ségrégation, quartiers et ghettoïsation

Dans les années récentes, un certain nombre de quartiers populaires ont évolué vers une forme d’isolement urbain couplée à l’affirmation d’une organisation sociale interne. Ce phénomène de ghettoïsation progressive repose sur la combinaison de facteurs sociaux, la pauvreté, et de facteurs « raciaux » et de genre.  Une partie de la population, subissant discrimination et ségrégation, construit un « contre monde », avec son économie, ses normes et ses instances de régulation, contre-monde fondé sur l’articulation de la race et du sexe et fonctionnant dans une dialectique continue entre l’intérieur et l’extérieur.  A la fois protection collective et handicap individuel, le ghetto ainsi constitué produit des conduites sociales marquées par une profonde ambivalence.

  • 15h – 16h. Marwan Mohammed (CNRS, CMH)
    Ségrégations, scolarités, sociabilités : la matrice sociale des bandes de jeunes

Le phénomène des bandes illustre parfaitement comment le séparatisme social et scolaire conditionne la formation des groupes de pairs à l'adolescence. Tout d'abord les bandes de jeunes n'apparaissent pas n'importe où sur le territoire national, elles représentent un style de vie propre aux milieux populaires. Au sein de ces derniers, les bandes n'attirent pas n'importe quels élèves : elles recrutent au "fond de la classe" au sein d'établissements exposés aux turbulences scolaires. A partir d’une enquête dans une commune de la région parisienne, nus montrerons que le peuplement du quartier et la trajectoire résidentielle des familles de l'enquête renvoient à des mécanismes inégalitaires (tensions nord-sud et immigration récente) et ségrégatifs (embourgeoisement de Paris, gentrification) plus larges. Aussi, nous défendrons que d'un point de vue théorique, les intuitions "écologiques" de la première Ecole de Chicago, en liant l'analyse des déviances aux dynamiques locales et globales des territoires, gardent une réelle portée heuristique.

16h – 16h15 Pause

  • 16h15 – 17h15. Cécile Braconnier (Université de Cergy-Pontoise)
    Une décennie de mobilisation/démobilisation électorale dans les quartiers populaires (2002-2012)

Ce papier propose d’éclairer les logiques de la mobilisation/démobilisation électorale contemporaine dans les quartiers populaires. En prenant appui sur l’analyse des listes d’émargement d’un bureau de vote de Saint-Denis étudié en profondeur depuis le tournant des années 2000, nous montrerons que la diffusion de l’intermittence électorale oblige à renouveler les modèles d’analyse du vote de façon à mieux prendre en compte le poids respectifs des facteurs structurels et conjoncturels  de la participation. Car si les déterminants sociaux sont toujours aussi forts, qui prédisposent certaines catégories de la population à se rendre aux urnes et d’autres à demeurer loin d’elles, les caractéristiques des campagnes expliquent  également que ces dernières se mobilisent plus ou moins. Dans les quartiers populaires dont la population cumule, à l’échelle individuelle, les caractéristiques qui prédisposent à l’abstention – elle est plus jeune, moins diplômée, plus au chômage que la population française dans son ensemble – on enregistre au cours de la dernière décennie des records historiques d’abstention mais aussi des vagues de très forte mobilisation, parfois à quelques semaines d’intervalle. Les caractéristiques de l’offre – plus ou moins clivée, avec  une capacité inégalement partagée par les candidats à incarner une promesse de changement – comptent pour mobiliser les plus désenchantés,  les plus sceptiques et les plus éloignés de la politique. L’intensité médiatique de la campagne mais également les supports de sa diffusion  jouent  un rôle décisif. Comme les dispositifs informels de mobilisation qui accélèrent et diffractent sa capacité mobilisatrice jusqu’à faire, pour partie, les chiffres de la participation aux présidentielles. L’étape décisive de l’inscription, selon qu’elle est ou non intégrée dans les dispositifs de campagne, dessine également très tôt  un contexte plus ou moins favorable au vote des moins prédisposés à participer.

Afin de gérer les entrées, les inscriptions sont obligatoires avant le 11 juin auprès de :

 karine.wigdorowicz@ined.fr

Lieux

  • 133, boulevard Davout (INED, salle Sauvy)
    Paris, France

Dates

  • jeudi 24 mai 2012
  • jeudi 07 juin 2012
  • mercredi 13 juin 2012

Mots-clés

  • quartier, immigration, minorités, trajectoire scolaire, accès à l'emploi, rapport à la police

Contacts

  • karine Wigdorowicz
    courriel : karine [dot] wigdorowicz [at] ined [dot] fr

Source de l'information

  • karine Wigdorowicz
    courriel : karine [dot] wigdorowicz [at] ined [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Séminaire 2012 de l’unité Migrations internationales et minorités de l’Ined », Séminaire, Calenda, Publié le mercredi 11 avril 2012, http://calenda.org/208078