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La ville néolibérale : une thèse crédible ?

The neoliberal city: a credible thesis?

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Publié le jeudi 03 mai 2012 par Elsa Zotian

Résumé

Depuis une vingtaine d’années, les signes d’un retour des villes et d’un renforcement des gouvernements urbains et métropolitains se sont multipliés. Pour certains, ce retour des villes s’est opéré sous le signe du néolibéralisme. Les agendas urbains privilégieraient les enjeux de compétitivité et d'attractivité au détriment des questions de redistribution. Toutefois, d’autres lectures viennent nuancer ce tableau. D’une ville à l’autre, d’un contexte national à l’autre, des différences notables s’expriment dans le poids accordé par les politiques urbaines aux objectifs de compétitivité et à ceux de lutte contre les inégalités. Et s’il y avait encore autant de variétés de politiques urbaines qu’il y a de variétés de capitalismes et d’État-Providence ? Et si, derrières les grandes politiques et opérations phares, se cachaient des choix discrets de politiques publiques qui changent la donne, et la vie des citadins, d’une ville à l’autre.

Annonce

Présentation

Depuis une vingtaine d’années, les signes d’un retour des villes et d’un renforcement des gouvernements urbains et métropolitains se sont multipliés. L’émergence de figures de grands leaders urbains, le renforcement des institutions métropolitaines, l’élargissement de l’éventail des politiques mises en œuvre par les villes mais aussi le lancement de grands projets et l’organisation de grands événements sont autant d’éléments qui en attestent.

Pour certains, ce retour des villes s’est opéré sous le signe de l’entrepreneurialisme et d’une montée en puissance d’agendas néolibéraux. Qu’ils soient progressistes ou conservateurs, les gouvernements semblent avoir donné les mêmes priorités à leur action : il s’agit de créer les meilleures conditions pour attirer les entreprises, les investisseurs, les classes dites « créatives » et les touristes plutôt que d’assurer la reproduction du facteur travail et de redistribuer les fruits de la croissance urbaine. L’obsession de la croissance et de la compétitivité serait largement partagée par les édiles urbains qui seraient ainsi devenus des opérateurs clé de la globalisation néolibérale.

Toutefois, d’autres lectures viennent nuancer ce tableau d’une standardisation néolibérale des politiques urbaines. D’une ville à l’autre, d’un contexte national à l’autre, des différences notables s’expriment dans le poids accordé par les politiques urbaines aux objectifs de compétitivité et à ceux de lutte contre les inégalités. Et s’il y avait encore autant de variétés de politiques urbaines qu’il y a de variétés de capitalismes et d’Etat-Providence ? Et si, derrières les grandes politiques et opérations phares, se cachaient des choix discrets de politiques publiques qui changent la donne, et la vie des citadins, d’une ville à l’autre.

Organisé sur deux jours et réunissant les meilleurs spécialistes internationaux de l’analyse des politiques urbaines, le colloque « La ville néo-libérale : une thèse crédible ? » vise à faire le point sur cette controverse et à confronter les résultats établis à partir de perspectives disciplinaires diverses : science politique, sociologie, géographie, économie, etc.

Ce colloque est aussi l'événement qui inaugure le master "AlterVilles", consacré aux politiques et stratégies alternatives pour les villes et métropoles co-opéré par Sciences Po Lyon et l'Université Jean Monnet Saint-Etienne et labellisé Université de Lyon.

Renseignements et inscription :

Tarifs :

  • journée du jeudi 13 septembre / Thursday September 13th: 30 euros
  • journée du vendredi 14 septembre / Friday September 14th : 30 euros
  • les 2 jours / two days : 50 euros

Gratuit pour les membres de l’IMU et des laboratoires EVS et TRIANGLE, pour les étudiants et les doctorants, merci de préciser vos dates de présence.           

Le bulletin d'inscription est en PJ
Pour tout renseignement, contacter Anne-Cécile Coulet (anne.cecile.coulet@univ-st-etienne.fr)

Programme

Jeudi 13 septembre 2012

Lieu : Saint-Etienne Télécom, Université Jean Monnet (25 rue Docteur Rémy Annino, Saint-Etienne) (à confirmer)

9h00-9h30 : Café d’accueil

9h30-10h00 : Allocutions introductives

  • Khaled Bouabdallah (Président de l’Université Jean Monnet, Saint-Etienne)
  • Jean-Yves Toussaint (Intelligences des Mondes Urbains ; UMR 5600 Environnement, Ville et Société)
  • Renaud Payre (UMR 5206 TRIANGLE)

10h00-10h30 : Session introductive

  • Christelle Morel Journel (Université Jean Monnet Saint-Etienne, EVS), Gilles Pinson (Sciences Po Lyon, TRIANGLE), « Néolibéralisation généralisée des politiques urbaines ou variété des capitalismes urbains ? »

10h30-12h15 : Session 1 - La néolibéralisation des politiques urbaines. Cadrage théorique et historique et controverses

  • Alan Harding (University of Manchester), « Is there a neoliberal project for cities? A sympathetic critique of the Critical Approach »
  • Patrick Le Gales (Sciences Po Paris, CEE), « Convergence néolibérale ou dépendance au(x) sentier(s) : que nous apprend l’analyse des politiques urbaines ? »
  • Manuel Aalbers (Universiteit van Amsterdam), « Do maps make geography? The pre-histories of neoliberal urbanism in the U.S. »
  • Table ronde avec Olivier Frérot (Directeur de l’Agence d’Urbanisme et de Développement de l’Agglomération Lyonnaise), Frédéric Bossard (Directeur d’EPURES, agence d’urbanisme de la région stéphanoise) et Vincent Beal (King’s College Londres)

12h15-14h00 : Déjeuner

14h00-15h45 : Session 2 - Etat, villes, marchés, crises

  • Marisol Garcia (Universitat de Barcelona), « State-led estate boosterism and the breakdown of the Spanish urban model »
  • Anne Haila (University of Helsinki), « Housing and estate policies in East Asian cities: between municipal socialism and State-present capitalism »
  • Dominique Lorrain (CNRS, LATTS), « Variétés de capitalisme. Ce que nous apprennent les firmes urbaines»
  • Table ronde avec Jean-Michel Guenod (Consultant, ancien directeur de l’Établissement public d’aménagement Euroméditerranée), Christophe Chevalier (Pôle Territorial de Coopération Economique Archer-Romans), Stéphane Cadiou (ERMES, Université de Nice) et Rémi Dormois (Environnement Ville et Société).

15h45-16h00 : Pause Café

16h00-17h45 : Session 3 - La ville néolibérale : politiques, acteurs, instruments

  • Charlotte Halpern (Sciences Po Grenoble FNSP, PACTE), Julie Pollard (Université de Lausanne), « Les acteurs de marché : une approche méso des transformations de la ville néolibérale »
  • Fulong Wu (Bartlett School of Planning, University College London), « State entrepreneurialism and the production of urban inequalities in China »
  • Mike Raco (Bartlett School of Planning, University College London), « Governing the Sustainable City in an Era of Austerity and Regulatory Capitalism »
  • Table ronde avec Axel Riehl (Grand Lyon, Délégation générale au développement économique et international), Gilles Rabin (Métropole Nice-Côte d’Azur, Directeur Général Adjoint du développement), Pascal Hornung ou Eric Bazard (Etablissement Public d’Aménagement de Saint-Etienne), Gwenola Le Naour (Sciences Po Lyon, TRIANGLE) et Deborah Galimberti (Université Jean Monnet Saint-Etienne, TRIANGLE).

Vendredi 14 septembre 2012

Lieu : Sciences Po Lyon (Petit Amphi), 4 rue Charles Appleton Lyon

9h00-9h30 : Café d’accueil

9h30-10h00 : Allocutions introductives / Introductive speeches

  • Gilles Pollet, Directeur de Sciences Po Lyon

10h30-12h15 : Session 4 - La ville néolibérale : processus, formes, effets

  • Edmond Preteceille (Sciences Po Paris, OSC), « Ségrégations et inégalités urbaines dans les grandes métropoles européennes: les impacts de la crise financière »
  • Costanzo Ranci (Politecnico di Milano), « Disconnected cities: competitiveness and social cohesion in neo-liberal cities »
  • Hélène Reigner (IFSTTAR), « De l'analyse du cadrage néolibéral des politiques urbaines à l'objectivation de leurs effets dans la ville. Le cas des politiques de transport et de déplacements en France »
  • Table ronde avec Sébastien Chambe (Grand Lyon, Direction de la Planification et des Politiques d'Agglomération), Jean-Paul Chevallier (Ville de Bron, Pôle Cohésion et développement urbain), Eric Charmes (ENTPE, Environnement Ville et Société) et Max Rousseau (TRIANGLE).

12h15-14h00 : Déjeuner

14h00-15h45 : Session 5 (Session organisée sous l’égide du LabEx Intelligences des Mondes Urbains) - Citoyenneté, mobilisations, conflits et gouvernance dans la ville néolibérale

  • Mustafa Dikeç (Royal Holloway, London), « State responses to urban revolts »
  • Tommaso Vitale (Sciences Po Paris, CEE), « Objets, formes et lieux du conflit dans la ville néolibérale
  • Christian Lefevre (Institut Français d’Urbanisme, LATTS), « Les élites économiques urbaines, nouvelles élites politiques ? »
  • Table ronde avec Jeanne Cartillier (Direction de la Prospective et du Débat Public, Grand Lyon), Aziz Kali (Bureau d’études Détours), Aisling Healy et Valérie sala Pala (Université Jean Monnet Saint-Etienne, TRIANGLE).

15h45-16h30 : Pause Café

Session posters organisée par les doctorants du LabEx « Intelligences des Mondes Urbains »

16h30-17h00 : Session conclusive

  • Michael Storper (London School of Economics, Sciences Po Paris), « Justice, Efficiency and Urban Policy »
  • Felipe De Alba (Collegium international de Lyon, Universidad Autonoma Metropolitana Mexico), « Neoliberalization and the city. A view from the South »

Comite d’organisation / organisation committee

  • Christelle Morel Journel (UJM, EVS),
  • Gilles Pinson (Sciences Po, Triangle),
  • Vincent Beal (King’s College, Londres),
  • Stéphane Cadiou (Université de Nice, ERMES),
  • Eric Charmes (ENTPE, EVS),
  • Rémi Dormois (EVS),
  • Deborah Galimberti (Triangle),
  • Charlotte Halpern (FNSP, Pacte),
  • Aisling Healy (UJM, Triangle),
  • Gwenola Le Naour (IEP, Triangle),
  • Julie Pollard (Université de Lausanne),
  • Hélène Reigner (IFSTTAR),
  • Max Rousseau (Triangle),
  • Valérie Sala Pala (UJM, Triangle)

avec le soutien de :

  • Université de Lyon
  • Laboratoire d’Excellence « Intelligences des Mondes Urbains »
  • Université Jean Monnet de Saint-Etienne
  • Sciences Po Lyon
  • Environnement Ville et Société (UMR 5600)
  • Triangle (UMR 5206)
  • Région Rhône Alpes

projet scientifique / scientific project

Depuis plus de deux décennies, l’hypothèse d’une néolibéralisation des politiques urbaines et des dispositifs de gouvernance des villes a de plus en plus de supporters, notamment dans les champs de la géographie et de la sociologie urbaines qui animent à l’échelle internationale, le champ des urban studies. Un nombre croissant de travaux se situe dans une veine néo-marxiste, et reprend les propositions séminales du géographe David Harvey (1989, 2007) notamment. Ces travaux donnent à voir des gouvernements urbains convertis à un entrepreneurialisme beaucoup plus préoccupé de créer les meilleures conditions pour attirer les entreprises, les investisseurs et les touristes que d’assurer la reproduction du facteur travail et de redistribuer les fruits de la croissance urbaine. S’appuyant sur les travaux de l’Ecole de la Régulation et de leur application aux villes par des auteurs comme Bob Jessop (1993, 2002), d’autres travaux défendent l’idée que l’ensemble des transformations qui a touché les rapports entre les Etats et les villes et le contenu et les bénéficiaires des politiques urbaines depuis une trentaine d’années (reconquête des espaces centraux, recours à des modes de déplacement doux, partenariats public-privé dans le cadre de la régénération de quartiers ou de la réalisation de grands équipements, etc.) ne peut être compris que comme le résultat d’une transformation globale des systèmes productifs occidentaux et des modifications des arrangements sociaux et politiques qui l’ont accompagnée. Selon Jessop, les Trente Glorieuses furent marquées par l’affirmation d’un régime qu’il qualifie de Keynesian welfare National State. Dans cette configuration, les Etats centraux avaient rôle clé dans l’organisation des systèmes productifs et dans la régulation des contradictions générées par le capitalisme. De leur côté, les villes y faisaient office d’espaces relativement passifs de déploiement de l’appareil industriel et de production des politiques du welfare. Le Schumpeterian workfare post-national State, caractéristique de l’ère postfordiste, tend lui à substituer aux politiques de soutien à la demande des politiques de soutien à l’offre censées assurer la compétitivité des firmes dans un contexte de plus en plus concurrentiel. Selon Neil Brenner (2004), ce renversement intervenu dans les orientations des politiques publiques a eu pour corolaire la valorisation de l’échelle urbaine et/ou métropolitaine comme échelle de gouvernement. Dans le capitalisme postfordiste, les villes offrent un double avantage. D’abord, dans un contexte où l’innovation et la réactivité à l’évolution de la demande sont des facteurs essentiels de compétitivité, elles sont les nouveaux lieux d’implantation des fonctions les plus stratégiques des firmes (Sassen, 2001). Ensuite, moins impliquées que les Etats dans les régulations typiques du fordisme (négociations tripartites, systèmes de redistribution, planification économique, etc.), elles sont identifiées, par les élites urbaines mais aussi par les Etats eux-mêmes (Crouch, Le Galès, 2011), comme des échelles de gouvernement plus propices à la mise en place de stratégies de compétitivité.

La reconnaissance du rôle nouveau des villes dans les processus d’accumulation et dans les stratégies du capital et de l’Etat a conduit progressivement les chercheurs évoluant dans les courants susmentionnés à formuler l’hypothèse d’une conversion néolibérale des politiques urbaines. Si le terme a d’abord été utilisé de manière relativement triviale et métaphorique, il a progressivement acquis une consistance théorique plus nette (Béal, 2010). Aujourd’hui, les travaux les plus aboutis sur le processus de néolibéralisation, ceux de Brenner et Theodore (2002), Peck et Tickell (Peck, 2001 ; Peck & Tickell, 2002) donnent le « la » dans le champ des urban studies. Plusieurs éléments définitionnels du « néolibéralisme urbain » peuvent être dégagés de ces travaux. D’abord il y a l’idée, fondamentale, que le néolibéralisme n’est pas une idéologie du désengagement de l’Etat mais de la mobilisation de ce dernier dans un projet de généralisation des mécanismes marchands. Ensuite, il y a l’érection de la notion de « création destructrice », et son corolaire la concurrence, en principes cardinaux des politiques et des régulations publiques. Enfin, il y a l’idée que le marché est un mécanisme permettant à la fois les meilleurs choix en matière d’allocation des ressources et les meilleures conditions en termes de coordination des acteurs et des organisations. La promotion de ces principes a eu d’importants effets sur les villes et sur les politiques urbaines. Les villes, considérées comme les espaces où interagissent concrètement les opérateurs du marché, ont été promues comme échelles à privilégier pour mettre en place des mécanismes optimums d’allocation des ressources. D’où le remplacement des politiques d’aménagement du territoire par des politiques de métropolisation (Pinson, Rousseau, 2011). Ensuite, dans le cadre de la planification urbaine, les mécanismes de la rente foncière ont été réhabilités comme étant la meilleure garantie de construire des espaces urbains vendables donc harmonieux. Au fond, le tournant néolibéral s’est traduit par un déplacement des politiques urbaines d’un référentiel de redistribution vers un référentiel d’attractivité et de compétitivité. La promotion de politiques de l’offre a conduit aussi à une standardisation du contenu des politiques urbaines (mimétisme entre villes) avec très fréquemment une déconnexion entre leur substance et les besoins locaux. Ce processus s’explique notamment par le rôle central d’investisseurs et d’opérateurs nationaux et internationaux guidés par la recherche de gains et d’une minimisation de leurs risques financiers.

En France, la thématique de la néolibéralisation a eu de la peine à s’acclimater dans le champ académique, même si l’usage du terme dans les mondes de l’action collective s’est enraciné. La tentative séminale de Jobert (1994) d’introduire dans les travaux de science politique un questionnement sur le changement des fondements idéologiques de l’action publique n’a pas eu, au final, beaucoup d’effet. Dans le domaine particulier des politiques publiques territoriales, les débats se sont davantage centrés sur la standardisation professionnelle des principes et modes d’action (Arnaud, Le Bart, Pasquier, 2005 et 2006). Toutefois, plus récemment, des thèses de science politique portant sur les politiques urbaines ont tenté l’importation des voies théoriques offertes par les urban studies et notamment des hypothèses sur la néolibéralisation (Rousseau, 2011 ; Béal, 2011). C’est une voie que les travaux de Bernard Jouve, et particulièrement sa volonté de renouveler le recours aux travaux d’Henri Lefebvre, avaient ouverte. Cette réticence de la science politique à s’approprier le thème de la néolibéralisation a des racines théoriques profondes, même s’il faut sans doute faire place à des explications « empiriques » comme la diffusion politique inégale selon les pays, la structuration différenciée du partage des ressources entre secteurs public et privé, etc.

Pour ce qui concerne le champ scientifique, on peut sans doute faire l’hypothèse que le cadrage du néo-institutionnalisme, devenu aujourd’hui dominant dans l’analyse des politiques publiques fait écran à cette appropriation. Ancré dans une tradition d’économie politique sensible à la variété des ancrages institutionnels du capitalisme (Lorrain, 2002a), ce cadrage est donc par essence rétif à toute idée d’une adaptation universelle des politiques urbaines aux réquisits du capitalisme post-fordisme. Cette réticence s’exprime en filigrane dans les travaux sur la gouvernance urbaine (Pinson, 2009 ; Le Galès, 2011) ou de manière plus explicite, dans les controverses qui ont animé le débat anglo-saxon sur le sens à donner à la construction des gouvernements métropolitains (Harding, 2007 ; Jonas, Ward, 2007) et a fortiori dans des travaux qui défendent clairement la thèse de l’adaptation (voire du choix) face aux soi-disant injonctions de la globalisation (Savitch et Kantor, 2002). Les objections à la thèse de la néolibéralisation des politiques urbaines peuvent varier mais elles partagent un même postulat : si les transformations du capitalisme et des systèmes productifs peuvent exercer une pression sur les Etats et les politiques publiques, ceux-ci ne s’ajustent pas en fonction des seuls exigence du capital mais bien souvent en fonction des choix politiques et institutionnels passés et des types d’interactions qui se sont stabilisés sur le temps long entre l’Etat et les représentations du capital et du travail.

Au final, dans le champ des urban studies, on voit s’affronter deux types de théories sans, loin s’en faut, que cet affrontement soit toujours explicite : celles d’inspiration néo-marxiste qui font le pari d’une évolution globale des référentiels des politiques urbaines vers un référentiel néo-libéral commun qui percolerait dans la grande majorité des politiques urbaines ; celles d’inspiration néo-institutionnaliste qui, tout en reconnaissant l’effet structurant du capitalisme, considèrent que celui-ci, loin d’être unifié, est tributaire de systèmes locaux de règles, de conventions et de normes. Dans ce cadre, les premiers mettent l’accent sur des processus de convergence alors que les seconds sont davantage portés à s’intéresser aux variétés irréductibles des capitalismes urbains. Réplique des controverses sur la convergence du capitalisme ou du maintien – voire de l’accroissement – de ses modalités d’expression nationale, ce débat reste toutefois souvent implicite, notamment parce qu’il s’est établi à cheval sur une ou plusieurs frontières pluridisciplinaires. Le but de ce colloque est donc de l’expliciter voire de le structurer  puisqu’il est essentiel à la problématisation des études urbaines contemporaines.

Références :

  • Aalbers M. (2012), Subprime Cities: The Political Economy of Mortgage Markets, Londres: Wiley-Blackwell.
  • Arnaud, L., Le Bart, C. & Pasquier, R., 2007. Idéologies et action publique territoriale: la politique change-t-elle encore les politiques?, Rennes: Presses universitaires de Rennes.
  • Béal, V. (2010) « Does neoliberalisation matter ? Apports et limites d’une notion montante des urban studies dans la science politique française », Working papers du Programme Villes & territoires, 2010/1, Paris, Sciences Po.
  • Béal, V. (2011), Les politiques du développement durable. Gouverner l’environnement dans les villes françaises et britanniques (1970-2010), Thèse de science politique, Université de Saint-Etienne.
  • Brenner, N. and Theodore, N. (2002), “Cities and the Geographies of ‘Actually Existing Neoliberalism’”, in Brenner, N. and Theodore, N. (Eds.) Spaces of Neoliberalism. Urban Restructuring in North America and Western Europe, Oxford, Blackwell.
  • Brenner, N. (2004) New State Spaces. Urban Governance and the Rescaling of Statehood, Oxford, Oxford University Press.
  • Crouch, C. (2011), The strange non-death of neo-liberalism, Londres: Polity.
  • Crouch, C. & Le Galès, P. (2011), « Cities as national champions? » Journal of European Public Policy, pp. 1-15.
  • D’Albergo, E. (2009), Le politiche urbane degli Stati europei. Francia, Germania, Regno Unito e Spagna a confronto, Rome, Cittalia- ANCI.
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  • Lorrain, D. (2002b). « Capitalismes urbains: la montée des firmes d’infrastructures ». Entreprises et histoire, 30, pp.7–31.
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  • Ranci, C. (2011), “Competitiveness and Social Cohesion in Western European Cities”. Urban Studies, 48(13), pp. 2789–2804.
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  • Rousseau, M. (2011), Vendre la ville (post)industrielle. Capitalisme, pouvoir et politiques d’image à Roubaix et à Sheffield (1945-2010), Thèse de science politique, Université de Saint-Etienne.
  • Sassen, S., (2001). The Global City: New York, London, Tokyo, Princeton: Princeton University Press.
  • Savitch, H. V. and Kantor, P. (2002). Cities in the International Market-place: The Political Economy of Urban Development in North America and Western Europe, Princeton: Princeton University Press
  • Storper, M. (2001), The poverty of radical theory today: from the false promises of Marxism to the mirage of the cultural turn. International Journal of Urban and Regional Research, 25(1), pp.155–179.
  • Storper, M. (2011), “Justice, Efficiency and Economic Geography: Should Places Help One Another to Develop?'”, European Urban and Regional Studies, 2011.
  • Webster, C., Wu, F. (2010), Marginalization in Urban China: Comparative Perspectives, Basingstoke, Palgrave Macmillan.

Bulletin d’inscription

Renseignements et inscription : Anne-Cécile Coulet (anne.cecile.coulet@univ-st-etienne.fr)

Lieux

  • 25 rue du Docteur Rémy Annino (Université Jean Monnet, Télécom Saint-Etienne) et 14 avenue Berthelot (Sciences Po Lyon)
    Saint-Étienne, France
  • 25 rue du Docteur Rémy Annino (Université Jean Monnet, Télécom Saint-Etienne) et 14 avenue Berthelot (Sciences Po Lyon)
    Lyon, France

Dates

  • vendredi 14 septembre 2012
  • jeudi 13 septembre 2012

Mots-clés

  • politiques urbaines, néolibéralisme, État, villes, capitalisme, inégalités, espace

Contacts

  • Anne-Cécile Coulet
    courriel : anne [dot] cecile [dot] coulet [at] univ-st-etienne [dot] fr

Source de l'information

  • Gilles Pinson
    courriel : gilles [dot] pinson [at] univ-st-etienne [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La ville néolibérale : une thèse crédible ? », Colloque, Calenda, Publié le jeudi 03 mai 2012, http://calenda.org/208094