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Musiques nouvelles et mélange des genres

New Styles of Music and the Fusion of Genres

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Publié le mercredi 11 avril 2012 par Elsa Zotian

Résumé

Ces deux journées d'étude, ayant lieu les 21 et 22 mars 2013, rassembleront dans une démarche transversale des chercheurs de différentes disciplines (musicologie, esthétique, sciences sociales...) afin de discuter les problématiques épistémologiques que posent les évolutions récentes des musiques nouvelles (2000-2012). Les propositions (2000 signes espaces compris) devront être accompagnées d’une courte notice biographique, et seront à envoyer avant le 10 septembre 2012 à l’adresse suivante : je.musiquesnouvelles@gmail.com

Annonce

Argumentaire

L’évolution ultra-contemporaine des « musiques nouvelles » manifeste une tendance croissante au mélange et à l’hybridation. À la suite des courants musicaux nés dans les années 1970 et 1980 par la division de grands mouvements en constellations de genres, les pratiques musicales n’ont cessé, jusqu’à aujourd’hui, de se renouveler dans un rapport paradoxal de continuité et de rupture avec l’héritage - parfois assumé, parfois renié - des mouvements dont elles sont issues. Les sous-genres postpunk, par exemple, sont autant de dérivés d’une conception multiple du précepte punk : indus, punk rock, no wave, synthpop...

Depuis les années 2000, ce phénomène s’est accéléré : couplant des formes musicales hétérogènes et mixant des codes d’univers différents, les pratiques contemporaines se réinventent par assemblages, recherchant l’inédit, le « détonant ». Les combinaisons stylistiques sont toujours plus complexes et touchent des sphères musicales de plus en plus larges. Si auparavant elles pouvaient se limiter au domaine de l’expérimentation underground des musiques « indépendantes », ces pratiques se généralisent aujourd’hui à l’ensemble des productions musicales dites « populaires ». À la fois source de création et vecteur de visibilité, internet est sur ce point déterminant puisqu’il permet de diffuser de manière a priori peu hiérarchisée un éventail varié d’offres culturelles, et ainsi de saisir et de mixer pratiques et goûts selon le principe de « neutralité du réseau ». Perpétuellement connecté grâce aux nouvelles technologies à des univers sémiotiques disparates, le musicien multiplie les collages, reprises, fragmentations...

Gothabilly, cybergrind, fidget house, ska-core sataniste, witch house, rock alternatif latino, gothic rap, metal pirate (ou folk occitan, celte), troll metal... Les exemples récents d’hybridations intégrant une multiplicité d’influences musicales, visuelles et/ou chorégraphiques (Bernie dance, industrial dance...) sont très nombreux. Outre ces sous-genres spécialisés qui se développent par particularismes croissants, quelques grands courants fonctionnent par associations transversales, à l’instar de la noise music. Underground et bruitiste, celle-ci se caractérise par un mélange de plusieurs genres expérimentaux emprunts tout à la fois des domaines « savant » et « populaire », dont la musique électroacoustique, les musiques improvisées et postpunk. De leur côté, les courants londoniens apparus au début des années 2000 tels que le dubstep ou le grime mêlent également une grande variété de styles : dub, hip hop, jungle, drum & bass pour le premier ; rap, UK garage et dancehall pour le second. Ces quelques exemples qui permettent de saisir l’ampleur et la complexité de ces processus ouvrent de nouvelles pistes de réflexion.

Avec quels outils conceptuels et épistémologiques aborder ces pratiques dont le sens apparaît d’emblée polyvoque (caractère symbolique, parodique, citationnel, expérimental...) ?

Les études sociologiques et ethnographiques consacrées aux mouvements musicaux des années 2000 peuvent-elles offrir sur ce point une approche conceptuelle inédite ? Sur le terrain, quelles méthodes d’enquête seraient les plus appropriées pour appréhender cette pluralité sémantique ? Jusqu’à quel point la complexité de ces pratiques actuelles demande-t-elle de repenser les fondements méthodologiques de ces approches ?

Enfin, les études pragmatiques peuvent-elles nous permettre de dépasser l'alternative théorique, heuristiquement faible, opposant l'innovation avant-gardiste aux catégorisations « postmodernes » ?

Axes de recherches

  • Comment restituer dans le champ théorique la multiplicité des pratiques nouvelles ? Les concepts mêmes d’« hybridation » et de « mélange des genres » ne sont pas sans poser problème. La notion de « croisement » conservant l’idée d’un rapport entre des formes pré-constituées rend-t-elle vraiment compte des phénomènes décrits, qui tiennent semble-t-il davantage d’une logique de la multitude que d’une dialectique de la rencontre ?
  • Les évolutions musicales récentes et leur modes de fonctionnement permettent également d’analyser des phénomènes d’ordre culturel, politique et économique, débordant le cadre strict de la musique. Des spécificités propres aux nouvelles technologies - notamment la complexité de l’interface internet et la circulation des informations sur le réseau - aux enjeux de globalisation, en passant par l’importance des prises de position « idéologiques » ou « communautaires », les musiques émergentes brassent de nombreux paramètres.
    Dans quelle mesure peut-on dès lors penser, en s’appuyant sur le motif du mélange des genres, le lien musique - société ?
  • Ces hybridations ont également une portée esthétique : quels types d’objets produit l’association de codes hétérogènes au sein d’un univers de diffusion multi-médiatisé ? Selon quels critères ou quelles règles, implicites et explicites, s’effectue le mélange des styles ? Ces perspectives sont utiles à l’analyse intrinsèque de l’œuvre, et peuvent amener à réinterroger, dans leur articulation pragmatique, les notions de « kitsch », d’ « originalité » et de « nouveauté ». Quelle lecture historique peut permettre, par ailleurs, de saisir l’évolution esthétique de ces phénomènes, tant au niveau de la production que de la réception ?
  • La réflexion sur le mélange des genres est enfin l’occasion d’apporter un éclairage à la fois ethnographique et sémiologique sur la manière dont les acteurs envisagent leur pratique musicale. Se positionnent-ils dans un rapport d’héritage, de jeu de codes, de rupture ? Et selon les cas, comment le « message » est-il transmis aux auditeurs ?

Dans cette perspective, ces journées d’étude seront articulées sur une série de rencontres entre spécialistes de diverses disciplines : musicologues, sociologues, anthropologues, ethnomusicologues, historiens, sémiologues, esthéticiens et philosophes. En parallèle des communications individuelles, il s’agira donc de laisser une large place aux tables rondes afin d’ouvrir un espace d’échange autour de questions transversales.

Propositions de communications

  • Objet : mélange et hybridation dans les musiques nouvelles (2000-2012).
  • Date limite de soumission :

10 septembre 2012

  • Les propositions (2000 signes espaces compris) devront être accompagnées d’une courte notice biographique, et seront à envoyer à l’adresse suivante : je.musiquesnouvelles@gmail.com
  • Organisation : Sarah Benhaïm et Maël Guesdon
    01 53 63  56 23

Arguments

The ultra-contemporary evolution of new styles of music displays a growing tendency towards fusion and hybridisation. Following the musical trends born in the 1970s and 1980s of the splitting of existing genres into a constellation of new ones, up until today musical practices have been constantly trying out new ideas, always fuelled by a paradoxical impulse of continuity or departure from the heritage – whether acknowledged or otherwise– of the movements they come from. Postpunk sub-genres, for instance, constitute as many tributaries of a manifold conception of the Punk precepts: Indus, Punk Rock, No Wave, Synthpop...

Since the 2000s, this phenomenon has been increasingly marked: by amalgamating heterogeneous musical forms and mixing codes from various worlds, contemporary practices elect to reinvent themselves, seeking new, “explosive” results. Stylistic combinations are becoming more and more complex and concern increasingly expanding musical spheres. Acting both as a source of creation and a means of visibility, the Internet plays a deciding role since it enables the dissemination of material with what appears to be very little hierarchy, a wide range of cultural options, and therefore the identification and amalgamation of tastes and practices according to the principle of “network neutrality”.

Gothabilly, Cybergrind, Fidget House, Satanist Ska-core, Witch House, Latin Alternative, Gothic Rap, Pirate Metal (or Celtic Folk), Troll Metal... When it comes to hybridisations accumulating a multiplicity of musical, visual and/or choreographic influences (Bernie Dance, Industrial Dance...), recent examples are legion. In addition to these specialised sub-genres which are developing along with the increase of distinct identities, a few important currents display transversal associations, as is the case with Noise music. This underground style is characterised by a combination of several experimental genres coming from both “high” and “popular” musical spheres, including electroacoustic music, free improvisation and Postpunk. As for the currents which appeared in London at the turn of the century, such as Dubstep or Grime, these also combine a large variety of styles: Dub, Hip-Hop, Jungle and Drum&Bass for the former; Rap, UK Garage and Dancehall for the latter. These are a few examples which enable us to understand the extent and the complexity of these processes and open new avenues of inquiry.

What conceptual and epistemological resources do we have to address these practices whose meanings can be interpreted in several different ways (symbolic, parodic, referential and experimental natures)? Are sociological and ethnographic studies about 2000s musical trends in a position to offer a new conceptual approach on this matter? To what extent does the complexity of these recent musical evolutions call for a reconsideration of the methodological foundations of these approaches? Finally, can pragmatic studies enable us to go beyond the- heuristically unsatisfying- theoretical alternative which opposes avant-gardist innovation to “postmodern” classifications?

Lines of Inquiry

  • How can the theoretical field deal with the multiplicity of new practices? The very concepts of “hybridisation” and “genre fusion” raise questions. Is the notion of “crossing”, which suggests the idea of a connection between pre-constituted forms, really appropriate to describe phenomena which seem to result from a logic of multitude rather than from a dialectic of encounters?
  • From the specificities peculiar to new technologies to globalisation issues, including the importance of “ideological” or “community” stances, recent musical evolutions and the way they work and are organised also make it possible to analyse cultural, political and economic phenomena. If we base our reflection on the motif of “genre fusion”, how can we then develop a notion of the link between music and society?
  • Moreover, these hybridisations take on an aesthetic dimension, whose history and conceptual issues (“kitsch”, “originality”, “novelty”) must be examined: what types of objects result from the association of heterogeneous codes within a circle of distribution relying on broad and varied media coverage? What criteria, what rules, implicit and explicit, prevail in the mixing of styles?
  • Finally, reflection on genre fusion enables us to shed an ethnographic and semiological light on how the artists within these movements consider their musical practice. Do they tend to invoke their heritage, a playing with codes, or a break with pre-existing forms? And in each instance, how is the “message” delivered to the audience?

Proposals

  • As befits its transversal approach, this gathering specifically devoted to recent evolutions of new styles of music (2000-2012) will bring together musicologists, sociologists, anthropologists, ethnomusicologists, historians, semiologists, aestheticians and philosophers.

by September 10th 2012.

  • Organization : Sarah Benhaïm and Maël Guesdon
    01 53 63  56 23

Lieux

  • 96 Bd Raspail (CRAL – EHESS)
    Paris, France

Dates

  • lundi 10 septembre 2012

Mots-clés

  • musique, genres, hybridation, mélange des genres, contemporain, sociologie, philosophie, ethnographie, internet

Contacts

  • Sarah Benhaïm et Maël Guesdon ~
    courriel : je [dot] musiquesnouvelles [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Sarah Benhaïm et Maël Guesdon ~
    courriel : je [dot] musiquesnouvelles [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Musiques nouvelles et mélange des genres », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 11 avril 2012, http://calenda.org/208110