AccueilJean-Baptiste d'Anville, un cabinet savant à l'époque des Lumières

Jean-Baptiste d'Anville, un cabinet savant à l'époque des Lumières

Jean-Baptiste d’Anville, a scholar at work at the age of Enlightenment

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Publié le mercredi 11 avril 2012 par Loïc Le Pape

Résumé

Le colloque se propose de repenser les conditions de la vie savante au siècle des Lumières à travers l’exemple du géographe français Jean-Baptiste d'Anville (1697-1782), grâce à l'exploitation des ressources documentaires exceptionnelles le concernant conservées jusqu’à aujourd’hui. L'histoire des collections savantes, les transferts de connaissance, les pratiques de savoir, l'économie du cartographe, la réception des oeuvres géographes: autant de thèmes qui seront explorés au cours de ce colloque.

Annonce

Jean-Baptiste d'Anville, un cabinet savant à l'époque des Lumières / Jean-Baptiste d’Anville, a scholar at work at the age of Enlightenment, 21-22 septembre, Salle des commissions de la Bibliothèque nationale de France (site Richelieu)

Présentation en Français

“Strabon français”, “immortel géographe”, tels sont les lauriers qui couronnent encore le géographe Jean-Baptiste d’Anville (1697-1782) au XIXe siècle. Sa renommée dépasse les frontières de la France. De fait, l’homme, né en 1697 à Paris, connait une carrière exceptionnelle. Membre de l’académie des Inscriptions (1754), puis de l’académie des Sciences (1773), il occupe une place centrale dans la cartographie française du XVIIIe siècle.

Par le seul exercice d’une critique aiguisée et d’un croisement systématique des sources (textes anciens, récits de voyage, mesures astronomiques, informations orales…), il remodèle la carte du monde et frappe ses contemporains par l’exactitude obtenue, validée dans de nombreux cas par les mesures de terrain (cartes d’Italie et d’Égypte). Son influence se prolonge bien après sa mort tant en géographie (Malte-Brun, Vivien de Saint-Martin lui rendent entre autres hommage), qu’en archéologie (Edme-François Jomard se réclame de d’Anville dans ses tentatives déchiffrement des hiéroglyphes). En 1881, sa statue fut la première à être posée sur la façade du nouvel Hôtel de ville, à Paris.

Figure complexe, charnière, d’Anville est à l’image du siècle des Lumières : paradoxal. Ses méthodes de travail ne sont pas novatrices: il se contente de pousser les anciennes à leur point de perfection. Il éprouve également de la méfiance à l’égard des constructions théoriques. Pourtant, d’Anville contribue à l’avènement de la cartographie moderne : il systématise l’invention du blanc cartographique, perfectionne l’étude des mesures antiques et de leur valeur, il généralise l’usage de l’adjonction à la carte d’une démonstration qui justifie le contenu des cartes.

Malgré son influence manifeste sur la vie savante aux XVIIIe et XIXe siècles, il existe encore peu d’études sur d’Anville. Ce n’est pas faute de sources pourtant. Au contraire, des ressources documentaires tout à fait exceptionnelles ont été conservées jusqu’à aujourd’hui.

La BnF dispose ainsi de l’intégralité de sa bibliothèque cartographique (près de 8700 articles), d’une grande partie de ses notes et esquisses géographiques, et bien sûr de l’intégralité de ses ouvrages imprimés.

Depuis 2010, un blog lui est consacré par la BnF (http://danville.hypotheses.org/). Il met à la disposition de tous, de manière organisée, les ressources électroniques le concernant déjà disponibles sur internet.

Repenser les conditions de la vie savante au siècle des Lumières à travers l’exemple de d’Anville par l'exploitation de ce fonds d'archives unique et considérable, tel est donc le projet de ce colloque

English presentation

Jean-Baptiste d’Anville was one of the leading French geographers in the eighteenth century. His cartographical work commanded great authority throughout Europe and explorers and travellers were still referring to his maps at the end of the nineteenth century. At the same time, scholars from other fields of study referred to d’Anville for inspiration.

A website dedicated to d’Anville’s archives (http://danville.hypotheses.org/) was set up in 2010, courtesy of the Bibliothèque nationale de France. The website was created in connection with a research programme aimed at an investigation of the working environment of an eighteenth century mapmaker based on the d’Anville archive held at the BnF. The extensive collection of d’Anville’s finished maps, drafts, working sketches and related manuscripts offers a rare opportunity to study a mapmaker at work in his social, cultural, economical and political context.

The size and scope of the d’Anville archive fully justifies collective study. To encourage the fullest possible exploitation of the d’Anville archive, the Map Department of the BnF had organized this symposium. Lectures will deal with the impact of the economic factor in d’Anville’s work, d’Anville’s working method and production of knowledge, the reception of d’Anville’s work (from the general public to the specialist), his social networks (family, friends, scholars, Maecenas ...), the history of d’Anville’s archive since his death.

Programme

Vendredi 21 septembre

Matinée

Introduction : Catherine Hofmann et Lucile Haguet

Le caractère exceptionnel des sources relatives à d’Anville et de sa bibliothèque cartographique conservés au département des Cartes et plans justifie sans conteste l’organisation de ce colloque par la Bibliothèque nationale de France. Après un rappel de la carrière du géographe, jusqu’à présent encore mal connue, les principales problématiques qui sous-tendent ce colloque seront présentées : l’histoire des collections, l’économie de la vie savante, les pratiques de savoir, la réception de l’œuvre du géographe, la place de l’érudition antiquaire,

Histoire des collections de Jean-Baptiste d’Anville à la BnF : à l’origine d’une recherche

  • Histoire d’une bibliothèque savante : la constitution des collections d’Anville, par Catherine Hofmann et Lucile Haguet
    Comment naît une bibliothèque savante ? C’est la question à laquelle cette intervention se propose de répondre à travers l’exemple des collections d’Anville. Une bibliothèque sert certes un dessein savant. Mais c’est aussi un capital économique et social. D’Anville espérait ainsi que la sienne forme le noyau d’une section dédiée aux cartes à la Bibliothèque royale. Par ailleurs, la constitution d’une bibliothèque pose aussi la question des moyens par lesquels s’enrichit un fonds (modes économiques d’acquisition, réseaux de circulation du savoir) ou celle de l’organisation de la documentation.
  • À l’origine du département des Cartes et plans, histoire d’une collection, de sa cession à sa numérisation par Catherine Hofmann et Lucile Haguet
    Cédée au roi à la mort du géographe, la collection de cartes de d’Anville aurait dû former le premier noyau d’une vaste collection cartographique au sein de la Bibliothèque royale. Elle fut détournée de sa vocation de bibliothèque d’étude pour intégrer, comme documentation diplomatique et stratégique, les collections du ministère des Affaires étrangères. L’histoire de la collection, du projet de cession d’Anville à sa numérisation devrait nous permettre de mettre en lumière l’évolution des enjeux dont elle est porteuse et d’examiner quelles transformations ses différents transferts ont pu causer à son contenu et à sa mise en espace.

Après-midi

Les publics du géographe : quelques modalités de diffusion du savoir

  • La géographie apprise aux princes : d’Anville et Louis XV (1718-1730) par Pascale Mormiche, PRAG (professeur agrégé affecté en université) d’histoire, université de Cergy-Pontoise
    Grâce au soutien de l’érudit abbé de Longuerue, d’Anville est associé très jeune (il a alors une petite vingtaine d’année) à l’éducation du jeune Louis XV, comme géographe du roi. L’étude des cartes historiques et des écrits pédagogiques du géographe devrait permettre de mieux connaître la teneur des études de Louis XV. Elle permettra aussi de comprendre comment un savoir pédagogique s’élabore à partir d’un savoir savant. Enfin, elle devrait éclairer un pan encore mal connu de la carrière de d’Anville.
  • D’Anville and the marketplace : Mémoire sur un projet de géographie par Mary Pedley, Adjunct Assistant Curator of Maps at the William L. Clements Library, The University of Michigan
    L’intervention traite de l’aspect commercial des travaux de d’Anville à l’aide d’un manuscrit inédit intitulé Mémoire sur un projet de géographie. Ce mémoire n’est autre qu’un plan d’affaire visant à convaincre un imprimeur de produire un atlas de seize grandes cartes. Les implications économiques de ce texte seront analysées à l’échelle personnelle du géographe, à l’échelle parisienne du commerce des cartes, et enfin à l’échelle européenne
    This intervention concerns the commercial aspect of the works of d'Anville, as expressed in an unpublished manuscript entitled "Mémoire sur un projet de géographie." This mémoire is basically a "business plan" prepared in order to persuade a printer or publisher to produce an world atlas of sixteen large maps. The economic aspects of this document, as set out by d'Anville, will be analyzed within three contexts: 1) the economic situation of the geographer himself and his other works, 2) the map trade in Paris, and 3) the general map trade in Europe.

La réception de l’œuvre de d’Anville : influences et débats scientifiques

  • Entre publicité, débat scientifique et vulgarisation : Jean-Baptiste d’Anville dans le Mercure… par Nicolas Verdier, chargé de recherches, CNRS
    Entre 1717, date à laquelle apparaît pour la première fois le nom de d’Anville, à 1782, date à laquelle un entrefilet annonce sa mort, les volumes du Mercure de France dessinent les différentes facettes publiques de la carrière du géographe. Le journal est l’une des tribunes des débats scientifiques auquel il participe. Il y diffuse sa promotion de la carte et sa relation complexe au plagiat. Il participe à la diffusion des connaissances géographiques, diffusion qui n’est pas exempte de visées publicitaires. Plus largement, l’étude du Mercure permet de resituer d’Anville à la fois dans les cercles mondains et dans le marché du livre et de la connaissance de l’époque 
    Between 1717 – date of the first mention of the name of D’Anville – and 1782 – date on which a paragraph announces his death – the volumes of the Mercure de France draw the various public aspects of the career of the geographer. The newspaper is one of the platforms of the scientific debates in which he takes part. He diffuses in it, its promotion of the map and its complex relation with plagiarism. He takes part in the diffusion of geographical knowledge, diffusion which is not free from advertising purpose. More largely, the study of the Mercure makes it possible to put in perspective D ’Anville, not only in the mondanity circles, but also in the market of books and the knowledge of the time.
  • D’Anville, Gibbon et l’espace des empires par Robert Mankin, directeur du laboratoire sur les études anglophones, Université Paris Diderot
    Cette intervention documente l’influence intellectuelle de d’Anville sur l’ouvrage du grand historien anglais Edward Gibbon (1737-1794), L'Histoire du Déclin et chute de l'empire romain (6 tomes, 1776-1788). L’originalité du Déclin tient non seulement à sa construction, qui renouvelle le récit historique, mais aussi à sa compréhension de l’espace qui y tient une place essentielle. Or cette innovation doit beaucoup à l'interprétation des œuvres des cartographes anciens et modernes, largement inspirée des travaux de d'Anville. / This paper documents the intellectual influence of d’Anville on the major work of Edward Gibbon (1737-1794), 'The Decline and Fall of the Roman Empire' (6 vols, 1776-1788). The 'Decline’s' originality derives not only from its structure, which renews the practice of historical narrative, but also from its comprehension of space. That innovation owes a great deal to Gibbon’s interpretation of works of ancient and modern geographers and is chiefly inspired by d’Anville.

Samedi 22 septembre

Matinée ; La méthode d’Anville : usages des sources et pratiques savantes

  • Un Moderne chez les Anciens, la géographie critique et comparée selon Jean-Baptiste d’Anville par George Tolias, directeur de recherches, FNRS Athènes
    L’utilisation des sources antiques est au cœur du travail de d’Anville, comme en témoignent les rares textes généraux que le géographe a consacré à son art, comme les Considérations de 1777. Car pour lui, passé et présent s’élucident réciproquement. Certes les techniques et connaissances modernes permettent de restaurer la géographie antique. Mais inversement, la géographie ancienne contribue aussi à combler les défaillances de la géographie moderne. Replacée dans la querelle contemporaine entre « anciens » et « modernes », la science de d’Anville apparaît comme une conception intégrale du champ historique.
  • L’utilisation des sources orientales par Bourguignon d’Anville par Jean-Charles Ducène, chargé de conférence à l’École pratique des hautes études, 4e section
    Si d’Anville n’est pas le premier géographe occidental à utiliser les sources orientales, employées depuis le XVIe siècle, il bénéficie d’un contexte particulièrement favorable à leur accès : essor de l’orientalisme français (Barthélemy d’Herbelot, Eusèbe Renaudot, Antoine Galland), institutions favorisant les traductions (École des jeunes de langues fournissant des drogmans capables de traduire des ouvrages inédits), renforcement des relations diplomatiques (entretiens possibles avec les membres de l’ambassade). La manière dont ces sources sont exploitées sera également traitée.
  • Jean-Baptiste d’Anville et la cartographie de l’Amérique du Nord par Jean-François Palomino, Cartothécaire-conservateur, Bibliothèque et Archives nationales du Québec
    À partir d’une étude d’un cas, la cartographie de l’Amérique du Nord, l’intervenant se propose ici de questionner les sources de d’Anville et leur circulation, de caractériser la méthode du géographe pour saisir sa spécificité par rapport à ses contemporains, et enfin de mettre en lumière l’influence de l’État sur l’élaboration de ces connaissances. Seront analysées en particulier deux cartes de l’Amérique du Nord, publiées en 1746 et en 1755, ainsi que le Memoire sur la carte intitulée Canada, Louisiane & terres angloises (1756).

Après-midi : Transfert des connaissances : réciprocité des échanges

  • À l’origine du Mémoire sur la Chine par Philippe Forêt, professeur, Institut d’Etudes Avancées de Nantes et Université de Stockholm
    À la lumière de documents inédits et manuscrits (lettres, cartes, mémoires), Ph. Forêt se propose de reconsidérer le travail de d’Anville sur la Chine et notamment la construction de ses cartes pour la Description géographique, historique, etc. de l’Empire de la Chine et de la Tartarie chinoise du père Jean-Baptiste du Halde (1735). Plus largement, l’analyse de ces sources conduit à repenser l’histoire des transferts de savoir entre la Chine et l’Europe, la circulation de la connaissance étant moins unilatérale que les chercheurs l’ont jusqu’alors pensé.
  • D’Anville et ses réseaux portugais : pour la construction de sa cartographie de l’Afrique et de l’Amérique méridionale par Junia Furtado, professeur en histoire moderne, Est Université Federale de Minas Gerais, Brésil
    De son mécène dépend non seulement le financement du géographe, mais aussi son accès à l’information. Ainsi, d’Anville doit indirectement à son protecteur, le duc d’Orléans, alors régent, son accès aux sources portugaises. Par son intermédiaire, il devient consultant en achat de gravure et de cartes pour le roi portugais Dom João V, et collabore avec l’ambassadeur portugais Dom Luís da Cunha, en poste à Paris. Grâce à Dom Luis, d’Anville a accès à la documentation portugaise et peut construire une carte d’Afrique (1725) et une carte de l’Amérique méridionale (1748)
  • D'Anville's maps circulation in lusobrazilian world: interwining networks and geographical information (1777-1825) by Iris Kantor, professeur d’histoire, Université de São Paulo
    Cette communication se construit dans la continuité chronologique et intellectuelle de la précédente puisqu’il s’agit d’une étude de la réappropriation des cartes de d’Anville aux XVIIIe et XIXe siècles dans l’Empire portugais. L’accent porte tout particulièrement sur la circulation, la réception et la réélaboration des cartes de d’Anville par les ingénieurs-cartographe de la Société royale maritime et militaire (créée à Lisbonne en 1798) et les géographes locaux.

Conclusion
En conclusion seront évoqués les instruments demeurant à disposition des chercheurs (le carnet de recherche notamment), les pistes de recherches qui demeurent à explorer (d’Anville et la géographie de terrain, par exemple) et enfin la publication des actes.

Lieux

  • 5 rue Vivienne (Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, salle des commissions)
    Paris, France

Dates

  • vendredi 21 septembre 2012
  • samedi 22 septembre 2012

Fichiers attachés

Mots-clés

  • histoire de la cartographie; d'Anville

Contacts

  • Lucile Haguet
    courriel : lucile [dot] haguet [at] bnf [dot] fr

Source de l'information

  • Lucile Haguet
    courriel : lucile [dot] haguet [at] bnf [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Jean-Baptiste d'Anville, un cabinet savant à l'époque des Lumières », Colloque, Calenda, Publié le mercredi 11 avril 2012, http://calenda.org/208123