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Frontières mobiles en montagne

Mountain mobile borders

Revue de Géographie Alpine mars 2013

Géographie Alpine journal March 2013

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Publié le mardi 24 avril 2012 par Julien Gilet

Résumé

Le propos de ce numéro de La Revue de Géographie Alpine / The Journal of Alpine Research est de revenir sur le lien entre montagnes et frontières, dans un contexte où la notion de frontière, traditionnellement conçue comme support de catégorisation et de délimitation est remise en cause par des dynamiques de flux multiples. Différentes tendances sont en effet à l’œuvre, qui produisent des frontières plus mouvantes, plus ouvertes ou plus floues. Ainsi, l’inscription spatiale de la frontière est de plus en plus difficile à définir, enjeu dont l’interrogation constitue le cœur problématique de cette publication. D’où la proposition de décliner la possible adaptation de l’idée de « frontière mobile » (Amilhat Szary & Giraut, 2011) aux territoires de montagne.

Annonce

Argumentaire :

Si le lien entre frontière et montagne n’est pas neuf, il a généralement été mobilisé dans le sens de la fixité induite par les barrières topographiques. C’est cette stabilité qui a notamment justifié l’idée de « frontière naturelle » : les États modernes ont d’autant plus volontiers appuyé leurs constructions territoriales sur l’ordre naturel que celui-ci traduisait la marque divine. L’idéal de frontière topographique fondait l’ordre politique sur une souveraineté de droit divin (Debarbieux, 1997). À l’heure où la nature est plus souvent mobilisée pour construire du lien transfrontalier, notamment à travers tous les projets de conservation environnementale (Fourny, 2005), les frontières sont, elles, marquées par des processus constants de déterritorialisation-reterritorialisation et d’ouverture-fermeture (« debordering-rebordering ») qui les sélectionnent, les re-hiérarchisent mais aussi qui les rendent plus diverses dans leurs formes et leurs matérialisations.

En montagne, la remise en question de la fixité de la frontière peut d’abord prendre appui sur le questionnement des évidences premières : dans sa forme la plus classique, même la ligne internationale s’avère toujours sujette à une certaine mobilité lorsqu’elle se cale sur des discontinuités naturelles dont la forme peut évoluer. Il en va ainsi des thalwegs qui fluctuent avec les évolutions des cours d’eau. Le changement climatique peut aussi être responsable de changements topographiques avec la fonte de glaciers sur lesquels des frontières ont été établies, obligeant à revoir une frontière dépendant de la localisation d’un sommet, d’un col ou d’une ligne de partage des eaux. Le sommet d’une remontée mécanique vient ainsi de poser des problèmes de renégociations frontalières inattendues au sein de l’Union Européenne : si la limite politique continue de dépendre de la limite glacière, le sommet du télésiège va en effet devoir changer de pays ! Il n’existe pas à proprement parler de littérature sur ce type de lien entre géopolitique et environnement et nous espérons réunir des textes sur ces thèmes pour ce numéro de notre revue.

Mais la notion de frontière mobile prend toute sa dimension si l'on considère que les fonctions frontalières tendent à dépasser la localisation sur les limites établies des aires de souveraineté nationale, pour être repoussées, projetées, multipliées ou diffusées dans l’espace. La fonction de contrôle peut notamment être disséminée à travers le territoire national, et non plus fixée à la seule entrée de celui-ci. Il en va ainsi des frontières biométriques, numériques ou « intelligentes ». Les frontières s’organisent conjointement de plus en plus en réseau, ce qui a fait émerger l’idée de frontières réticulaires, se situant aux nœuds de communication. Que ce soit dans les aéroports, les gares, ou suivant des équipes mobiles de douaniers, les migrations et les transactions sont contrôlées par des « frontières mobiles ». En quoi le contexte montagneux influe-t-il ces conditions d’exercice des fonctions frontalières délocalisées ? L’histoire des systèmes de mobilités complexes, formelles (migrations saisonnières) et informelles (contrebande) fournit-elle des explications intéressantes aux adaptations actuelles des frontières de montagne à la globalisation sécuritaire ? Les projets de coopération élargie, de type non seulement transfrontalière mais aussi transnationale, modifient-ils les conditions de gouvernance dans les montagnes traversées par des frontières ?

Si la Revue de géographie alpine / Journal of Alpine Research souhaite consacrer plus d’espace à une réflexion politique sur le statut que prennent les montagnes dans les stratégies de pouvoir de différentes échelles, ce numéro n’est pas à proprement parler un numéro de « géopolitique de la montagne » (cf. Hérodote, 2002) : il cherche plus volontiers à prendre le relais et à actualiser des réflexions sur la spécificité des frontières montagnardes (Le Globe, 1997 & 2005, RGA, 2003, Cahiers de Géographie, 2004) sans se limiter nécessairement aux frontières politiques internationales. Il ne s’agit pas pour les articles rassemblés sous l’emblème de la « frontière mobile » de prendre les montagnes pour cadre de rapports de force, mais de s’interroger sur la façon dont les montagnes peuvent continuer de fonctionner comme support de construction du rapport à l’autre dans un monde de flux. Cela n’est intéressant qu’à partir du moment où l’on considère les espaces de montagnes comme des territoires fluides eux aussi, aussi bien du point de vue des mobilités humaines que des transformations physiques induites par le réchauffement climatique récent… Il s’agit bien de creuser l’idée de frontière mobile pour voir en quoi son applicabilité en montagnes permet de l’évaluer et de la faire évoluer.

La publication finale étant projetée en mars 2013, les propositions de résumés sont attendues avant le 15 mai 2012, et les articles complets avant le 1er juillet 2012, selon les règles de publication de la revue.

Contact : Anne-Laure.Amilhat@ujf-grenoble.fr

Comité de rédaction : http://rga.revues.org/755

  • Amilhat Szary A.-L, Giraut F., 2011.– Colloque international BRIT « La frontière mobile » (11ème édition de Border Regions in Transitions, réseau multidisciplinaire de recherches sur les frontières), septembre 2011 – 280 participants, 180 communications.
  • Fourny M.-C., 2005.– « De la frontière naturelle à la nature comme lien transfrontalier. Du rôle et de la place de l'environnement et du milieu dans les coopérations transfrontalières » in Tropisme des Frontières, Approche pluridisciplinaire. C. Bouquet & H. Vélasco Graciet. Paris, L'Harmattan, pp 97-116.
  • Debarbieux B., 1997.– « La montagne comme figure de la frontière », Le Globe-Genève 137, pp 145-166.
  • Debarbieux B. et Rudaz G., 2010.– Les faiseurs de montagne. Imaginaires politiques et territorialités : XVIIIe-XXIe siècles. Paris, CNRS.
  • Hérodote, 2002.– Géopolitique en montagnes. 2012/107.
  • Histoire des Alpes - Storia delle Alpi – Geschichte der Alpen, 1998.– Mobilité spatiale et frontières. 1998/3.
  • Le Globe, 1997.– Être et devenir des frontières. 1997-137.
  • Le Globe, 2005.– Frontières–Frontière. 2005-145.
  • Revue de géographie alpine - Journal of Alpine Research, 2003.– Traverser et utiliser la frontière (Andes/Alpes). 2003-91/3.
  • Cahiers de Géographie, 2004.– Collection EDYTEM (2004 - n°2). Traverser les montagnes.

Dates

  • dimanche 01 juillet 2012

Mots-clés

  • montagne; frontière; mobilité

Contacts

  • Emmanuelle Tricoire
    courriel : Emm [at] nuelleTricoire [dot] eu
  • Emmanuelle Tricoire
    courriel : Emm [at] nuelleTricoire [dot] eu

Source de l'information

  • Emmanuelle Tricoire
    courriel : Emm [at] nuelleTricoire [dot] eu

Pour citer cette annonce

« Frontières mobiles en montagne », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 24 avril 2012, http://calenda.org/208233