AccueilLes dissonances du doux commerce

*  *  *

Publié le jeudi 24 mai 2012 par Loïc Le Pape

Résumé

Cette journée propose d’élucider une doctrine constitutive de la pensée libérale : celle du « doux commerce », doctrine « en faveur du libre essor des activités lucratives privées » (Hirschman, Les passions et les intérêts p. 65), qui revalorisa selon Hirschman l’« appât du gain », et donc l’accumulation du capital. Elle fut formulée initialement par Montesquieu de la manière suivante : « c’est presque une règle générale, que partout où il y a des mœurs douces, il y a du commerce ; et que partout où il y a du commerce, il y a des mœurs douces » (Esprit des lois, XX, 1). Ce faisant, on tâche de suivre un sentier généalogique du libéralisme par son côté politique : par ses justifications socio-politiques.

Annonce

Présentation

Cette journée prendra pour point de départ les analyses produites par Hirschman dans Les passions et les intérêts.

Il s’agira de laisser en suspens la question de la validité d’une telle doctrine (i.e. peut-on encore aujourd’hui dire que le commerce adoucit les mœurs ?), pour s’intéresser au destin de cette doctrine. Comme l’indique Hirschman, « certaines critiques actuelles du capitalisme montrent avec quelle efficacité » le sens initial de cette doctrine formulée par Montesquieu principalement a été « effacé de la conscience collective » (p. 118). L’idée initiale selon laquelle le commerce s’opposerait à la guerre comme l’intérêt à la passion, l’intérêt étant une passion à froid, passée au fil du rasoir du calcul utilitariste, qui désenchante le monde mais qui pacifie les rapports sociaux – idée qui se présentait alors comme une solution de rechange à l’effondrement des valeurs médiévales articulées autour de l’honneur (dans une société aristocratique) et de la religion ; cette idée initiale fut ainsi selon Hirschman évacuée, évincée, dès la reprise de cette doctrine par Adam Smith.

 S’intéresser au destin de cette doctrine et donc à ses « versions revues et… dissonantes » (p. 86) permettra de déceler les raccourcis produits par les auteurs qui ont réinvesti cette doctrine ou l’ont décriée, et de se demander ce que ces raccourcis révèlent notamment sur les présupposés, implicites, de la pensée de ces derniers. Mais surtout, une telle entreprise permettra ainsi de « lever un coin du voile qui enveloppe toujours les origines idéologiques du capitalisme » (p. 116). Une telle doctrine, de par la mise en lumière de son histoire tortueuse, et de la plurivocité qui l’a constituée, révèlera son aspect idéologique.

3 axes de réflexion seront envisagés lors de cette journée :

  • il s’agira d’analyser la manière dont cette doctrine est apparue, et le contexte de son émergence, notamment chez Montesquieu pour en dégager la signification initiale, et ses ambiguïtés constitutives.
  • pour ensuite analyser ses réinvestissements ultérieurs, et surtout les inflexions apportées au sens de cette doctrine. Il s’agit de reconstituer une histoire non pas continuiste donnant l’illusion de reconstituer des filiations imaginaires : mais celle des diverses réappropriations qui déplacent la signification de ce thème vieux comme l’Ancien Régime, en France, mais aussi en Angleterre et pourquoi pas en Italie, en philosophie, en économie, et dans la pensée politique.
  • la mise au jour du caractère malléable de cette doctrine, du type de réappropriation qui est produit permettra enfin de mettre en évidence son caractère idéologique. On se demandera pourquoi cette doctrine fonctionne en fait souvent plus comme un topos, d’autant plus couramment partagé ou décrié qu’il est flou et imprécis.

Cette journée d’études réunit des intervenants de plusieurs horizons disciplinaires.

Journée d’études organisée dans le cadre des activités du GAP et du Sophiapol (Université Paris Ouest).

Programme de la journée

MATINEE : GENEALOGIE D’UNE DOCTRINE

Président de séance : Christian Lazzeri (Paris Ouest, Sophiapol)

9h00-9h30 :  Accueil des participants et introduction par Arnault Skornicki (Paris Ouest, GAP) et Eva Debray (Paris Ouest, Sophiapol)

9h30-10h45 :  Pierre Crétois (Univ. Lyon II, LIRE/Université de Provence) : « Pourquoi Rousseau n’aime pas le commerce ? Montesquieu  au regard de Rousseau »

  • Discutante : Catherine Larrère (Paris 1, Phico)

11h00-12h15 : Daniel Diatkine (Univ. d’Evry, Epée) : « Hume : un commerce si doux, et si inquiétant… »

  • Discutante : Magali Bessone (Univ. Rennes 1, EA 1270)

APRES-MIDI : DU DOUX COMMERCE COMME IDEOLOGIE

Président de séance : Jean Cartelier (Paris Ouest, EconomiX)

14h00-15h15 : Arnault Skornicki (Paris Ouest, GAP) : « Les intermittences du commerce et de la guerre, des Lumières à l’âge des empires »

  • Discutante : Francine Markovits (Paris Ouest, Ireph-Dipsa)

15h30-16h45 : Eva Debray (Paris Ouest, Sophiapol) : « La reprise hayékienne de la doctrine du doux commerce : la société moderne est-elle principalement soudée par les « réseaux d’argent » ? »

  • Discutante : Catherine Audard (London School of Economics)

17h00-18h15 : Frédéric Lebaron (Univ. Picardie-Jules Verne, CURAPP-ESS) : « La dure réalité du doux commerce : concurrence, domination et échange inégal dans la zone euro »

  • Discutant : Stéphane Haber (Paris Ouest, Sophiapol).

Lieux

  • 200 avenue de la République (Bâtiment S Amphithéâtre S3, en rez-de-chaussée)
    Nanterre, France

Dates

  • lundi 04 juin 2012

Mots-clés

  • doux commerce, Montesquieu, Hume, Smith, Lumières, Hayek, domination, concurrence

Contacts

  • Eva Debray
    courriel : eva [dot] debray [at] gmail [dot] com
  • Arnault Skornicki
    courriel : askornicki [at] u-paris10 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Eva Debray
    courriel : eva [dot] debray [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Les dissonances du doux commerce », Journée d'étude, Calenda, Publié le jeudi 24 mai 2012, http://calenda.org/208642