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Histoire(s) d'élection(s)

History and stories of elections

Représentations et usages du vote. Regards croisés entre sciences historiques et sciences politiques

Representations and uses of vote. Cross over between historians and political scientist about vote

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Publié le mardi 29 mai 2012 par Julien Gilet

Résumé

L'Université Lumière-Lyon 2 et l'Université Paris X-Nanterre s'associent pour proposer un colloque en deux temps (avril 2013 et avril 2014) se fixant comme objectif d'étudier dans une approche transversale et interdisciplinaire les différents sens et usages du vote de l'Antiquité à nos jours.

Annonce

Argumentaire :

Il n’est plus grand obstacle à l’analyse du vote que la familiarité que l’analyste entretient, comme citoyen, avec une pratique assimilée aujourd’hui à la démocratie politique. Depuis deux siècles, le vote bénéficie d’un travail symbolique qui vise à lui assigner un sens démocratique en dépit de la variété des formes qu’il adopte dans de nombreux pays et à des moments différents de leur histoire. Sous le même terme sont désignés des pratiques, des technologies et des dispositifs de vote très différents les uns des autres. À tel point qu’il est devenu difficile à l’historien ou au politiste de se défaire de cette identité entre vote et démocratie. À tel point qu’il leur est devenu difficile de rendre compte des pratiques de vote et des élections qui, ici et ailleurs, ont précédé l’avènement démocratique autrement qu’en termes démocratiques ou téléologiques.

À l’heure où historiens, politistes et sociologues renouent avec un dialogue qui a toujours su se montrer fructueux par le passé, le projet intellectuel que nous proposons a un double objectif. D’une part, interroger les pratiques anciennes de vote de l’Antiquité à l’Ancien régime et leur restituer toute l’épaisseur de sens qu’elles possédaient pour ceux qui en faisaient usage. De la Grèce antique à la république romaine, des cités italiennes de la Renaissance aux ordres religieux, le vote était investi de significations très distinctes les unes des autres et s’adossait à des représentations du monde social et de la « participation politique » qui paraîtraient très exotiques à un citoyen français d’aujourd’hui. En comparant ces expériences historiques du vote, les historiens et les politistes se donnent les moyens de se défaire du poids du présent sur l’analyse des formes passées du vote. En exhumant ces expériences historiques du vote, ils se donnent les moyens de comprendre le vote non plus comme expression démocratique de la volonté des peuples mais comme phénomène historique, social et politique. Le rapport entre démocratie et vote devient alors une expérience historique parmi d’autres et non plus le principe nécessaire d’analyse du vote, à moins de reprendre et de repenser la notion même de démocratie. Il devient alors possible de restituer les enjeux d’élections, qui, pour ne pas être démocratiques, ne se réduisent pas pour autant à des simulacres, (élection des magistrats supérieurs par les 193 centuries romaines, élection médiévale des évêques « par les clercs et par le peuple », élection par cooptation des conseils gouvernant les cités-états patriciennes ou les échevinages à l’époque moderne, élection des officiers de la garde nationale au XIXe siècle, etc.).

D’autre part, ce projet intellectuel a pour ambition de réinterroger les pratiques de vote contemporaines au prisme des pratiques et des significations anciennes du vote et des élections. Il encourage le chercheur à abandonner les catégories d’analyse issues du travail contemporain de mise en forme symbolique des acteurs politiques au profit de catégories forgées dans la comparaison d’une variété d’expériences historiques et sociales. Ce faisant, il conduit le chercheur à se défaire du tropisme politique qui le condamne à prendre pour objet les élections politiques et à délaisser toutes les autres élections – et elles sont extrêmement nombreuses – qui, aujourd’hui, sont organisées en dehors du champ politique : la justice prudhommale, le champ syndical, le champ religieux, le champ économique, etc. Toujours pensées au prisme de la participation démocratique, ces élections mériteraient d’être analysées en elles-mêmes, indépendamment des présupposés politiques et assurément arbitraires dont on les investit toujours. Dans ce cadre, le caractère politique de ces élections résulterait d’un travail de construction politique relevant davantage d’une imposition de problématique .que d’une analyse scientifique révélant ce que sont historiquement et socialement ces élections.

C’est cette volonté de rapprochement qui fonde notre projet, ainsi que la conviction qu’il ne peut être que funeste de cloisonner au nom des spécialisations chronologiques et disciplinaires des chercheurs l’étude d’objets qui eux, ne se gênent pas pour traverser les périodes, et dont le sens ne peut être véritablement saisi qu’à travers la généalogie de leurs mutations et les transformations successives de leurs enjeux. Cette confrontation entre les périodes et les approches disciplinaires soulève bien sur de nombreux problèmes : est-il possible de comparer des dispositifs de vote relevant d’expériences historiques aussi éloignées que la Rome antique et les États-Unis du XXIe siècle ? Quelles catégories d’analyse les chercheurs doivent-ils employer pour comprendre des situations aussi éloignées ? Est-il même possible de les expliquer à partir des mêmes catégories d’analyse ? Que dire par exemple des techniques électorales que l’on observe à des époques très variées de l’antiquité à nos jours mais dont l’identité nominale ne saurait cacher les mutations des enjeux pratiques et théoriques (vote à main levée, vote par division, par cris et huées, vote auriculaire, vote secret, des tabella romaines à l’« australian ballot ») ? L’attention portée à ces variétés d’élections n’invite-t-elle pas le chercheur à interroger ce qu’on appelle « les élections politiques » depuis le XIXe siècle et les catégories politiques que nous employons pour les analyser ? Autant de questions qui devraient accompagner le chercheur dans son exploration des expériences historiques du vote. Ce projet intellectuel est donc une double invitation : à voyager dans l’histoire du vote et des élections mais également à voyager dans les inconscients disciplinaires de l’histoire, de la science politique et de la sociologie.

Les différentes questions soulevées par cette problématique d’analyse du vote devraient être élaborées sous la forme de deux colloques transversaux et interdisciplinaires organisés par les universités de Lyon 2 et de Paris Ouest-Nanterre. Le premier se tiendra les 18 et 19 avril 2013 à Lyon et concernerait l’élection des gouvernants, représentants et édiles municipaux (des monarchies électives aux élections présidentielles, des états généraux aux élections parlementaires, des élections des magistrats dans les cités-états ou les villes libres aux élections municipales) ; le second un an après, se tiendra à Nanterre au premier trimestre de l’année 2014 et viserait à explorer la multiplicité des autres usages du vote, dans des institutions aussi diverses que l’institution judiciaire, dans l’église ou les communautés religieuses, les organisations de métier (des corporations médiévales aux élections prudhommales ou syndicales) ou encore les universités, ainsi que les procédures de votation qui interviennent dans le processus législatif, dans les décisions de justice, etc.

Modalités

Les propositions d’intervention pour le premier colloque doivent être envoyées à Virginie Hollard (virginie.hollard@wanadoo.fr) et à Christophe Le Digol (cledigol@orange.fr)

avant le 15 juillet 2012.

Elles ne devront pas excéder 2500 signes espaces compris.

Comité scientifique

  • Virginie Hollard (MCF Histoire, Lyon 2, HiSoMA)
  • Raphaël Barat (Doctorant, LARHA)
  • Christophe Le Digol (MCF Science Politique, Université Paris Ouest, GAP)
  • Christophe Voilliot (MCF Science Politique, Université Paris Ouest, GAP)

Catégories

Lieux

  • 86 rue Pasteur
    Lyon, France

Dates

  • dimanche 15 juillet 2012

Mots-clés

  • Vote, élections, démocratie, institutions politiques

Contacts

  • Virginie Hollard
    courriel : virginie [dot] hollard [at] wanadoo [dot] fr

Source de l'information

  • Virginie Hollard
    courriel : virginie [dot] hollard [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Histoire(s) d'élection(s) », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 29 mai 2012, http://calenda.org/208661