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Expériences migratoires et narrativité

Migration experiences and narrativity

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Publié le vendredi 25 mai 2012 par Julien Gilet

Résumé

La journée d'étude « Expériences migratoires et narrativité » entend examiner tant le travail de fragmentation/défragmentation des personnes elles-mêmes, que le type expériences, fictives ou non, que performent les romans, les textes savants ou les films auxquels on peut prêter le souci de résister à l'hypothèse de continuité de l’expérience.

Annonce

Argumentaire :

Si l’on admet – hypothèse qu’il convient de soumettre à la critique (Strawson, 2004) – qu’il y a une sorte de tendance naturelle (Mead 1932, Ricœur, 1983) ou fréquente à établir des continuités dans le récit, alors que l’expérience commune semble à l’inverse fragmentée, que fait le chercheur dès lors qu’il prend acte de cette dissonance ? Tout effort de compréhension et de restitution des expériences migratoires, plus encore que toute autre, achoppe immanquablement sur cet embarras.

Le chercheur peut-il prendre ce « travail » de l’individu sur son expérience pour objet ? Jusqu’où peut-on parler d’un travail « de la continuité » ? Le chercheur n’est-il pas d’emblée abusé par cet écran narratif, par cette quête de continuité lorsqu’elle est avérée ? La personne ne peut-elle pas, à l’inverse, souhaiter l’oubli et le droit au silence (Duterte, 2009) ? Comment le chercheur peut-il rendre compte de ces expériences migratoires possiblement inaudibles parce que fragmentées et/ou douloureuses, ou irrémédiablement paradoxales, en-deçà de ce lissage ? Qu’en est-il de la notion de structure pré-narrative (Ricœur, 1983)  et d’identité narrative dès lors que l’expérience elle-même peut être fragmentée ? Quelle narrativité pour les expériences de rupture (Fitzgerald, 1936) ? Il semble expédient de revenir sur la notion même d’ « histoire » et nous adopterons ici le terme générique d’ « écriture », fut-elle orale. Le terme de « narration » est dès lors une catégorie à problématiser : intrigue, récit, fragment ? Quel niveau d’étiolement peut-elle supporter sans se dénaturer (Michel, 2003) ou, dit autrement, quelles formes de dialectique de la continuité/discontinuité (ou de la discordance/concordance) cette notion peut-elle endosser sans se dissoudre ? Quelle conception de l’événement  – bifurcation, quantum temporel, atomicité du temps, etc. – est affiliée à ces décisions épistémologiques ? L’hypothèse de continuité commune aux épistémologies sédentaires est au cœur de cette interrogation.

Le séminaire « Expériences migratoires » entend interroger différentes formes d’écriture (graphique, historique, littéraire et cinématographique) pour repérer tant le travail de fragmentation/défragmentation des personnes elles-mêmes – bonheur de l’herméneute appelé à recoudre des pièces trouées, émiettées – que le type d'expériences (qu’elles soient fictives importe peu ici), saisies en termes de temps, d’incertitude, d’affects, que performent les romans, les textes savants ou les films auxquels on peut prêter le souci de résister à cette hypothèse de continuité de l’expérience.

Programme : 1er juin 2012

10 h – 10 h 30    Introduction

10 h 30 - 11 h 45 Pierre Duterte, médecin, directeur de Parcours d’exil

  • "Le sens de l'histoire" Comment le récit biographique peut il re-victimiser la victime ?
    • Témoin de la détresse physique et morale de jeunes demandeurs d’asile, on interrogera les effets des injonctions institutionnelles qui intiment de mettre en récit l’indicible.

11 h 45 – 13 H Johann Michel, professeur à l'Université de Poitiers et chercheur rattaché à l'IMM/EHESS

  • Fragments de soi et tiers-récits
    • Dans le prolongement d’une sociologie herméneutique du soi, il s’agit de mettre une conception de la narrativité héritée de P. Ricœur à l’épreuve des objections formulées par Strawson, et de plaider pour un pluralisme des mises en intrigue de soi. En évoquant quelques cas de « narrations empêchées », rencontrés à propos de la guerre d'Algérie, on introduira les notions de tiers-récit et de tiers-narrant qui soutiennent ce pluralisme.

14 h 30 – 15 h 45 Michèle Leclerc-Olive, IRIS-EHESS

  • Fragmentation des expériences migratoires et narrativité. Un défi pour les épistémologies sédentaires
    • A partir de l’idée que le caractère fragmentaire des expériences limites peut constituer une offense à l’endroit des catégories communes, notamment celles de temps et de récit, on explorera quelques ressources des écritures fictionnelles pour penser tout à la fois la dévastation de l’expérience et les expériences dévastées

15 h 45 – 17 h  Anne-Laure Tissut, professeure de littérature américaine, université de Rouen

  • Ecritures migrantes. Entre Theresa Cha et Steve Tomasula.
    • Le travail du fragment qui anime une part de la littérature contemporaine va à la rencontre des expériences migratoires, leur offrant de nouvelles modalités de représentations. On interrogera les vertus de la lecture et de la traduction comme agents de passage entre les cultures, et d’ouverture à d’autres points de vue.

17 h  – 18 h  Discussion générale

Modalités :

  • Amphithéâtre François Furet
  • 105 boulevard Raspail 75006 Paris de 10h à 13 h  et de 14 h 30 à 18 h
  • Séminaire organisé par Marina Hily, Michèle Leclerc-Olive et Yann Scioldo-Zürcher

 


 

Lieux

  • 105 boulevard Raspail
    Paris, France

Dates

  • vendredi 01 juin 2012

Mots-clés

  • migration, expérience, récit, fragment, événement, fiction

Contacts

  • Michèle Leclerc-Olive
    courriel : Michele [dot] Leclerc-Olive [at] ehess [dot] fr

Source de l'information

  • Michèle Leclerc-Olive
    courriel : Michele [dot] Leclerc-Olive [at] ehess [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Expériences migratoires et narrativité », Journée d'étude, Calenda, Publié le vendredi 25 mai 2012, http://calenda.org/208680