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Fiction(s) du masculin

Discours et représentations des masculinités dans les littértures occidentales

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Publié le mardi 29 mai 2012 par Julien Gilet

Résumé

Interrogée récemment à l’occasion du 25e anniversaire de la mort de Simone de Beauvoir, Geneviève Fraisse, à la question « Pourquoi l’homme est-il dispensé d’écrire sur son sexe ? », répond : « Simone de Beauvoir ne dispense pas les hommes, elle dit qu’ils n’auraient pas ‘l’idée’ d’écrire… ». Le masculin apparaît ici comme, pour ainsi dire, neutre, se présente comme naturel, donné et donc non interrogeable, comme l’écrivait déjà Beauvoir dans l’introduction du Deuxième Sexe (« Qu’il soit homme, cela va de soi. »).

Annonce

Argumentaire :

Interrogée récemment à l’occasion du 25e anniversaire de la mort de Simone de Beauvoir, Geneviève Fraisse, à la question « Pourquoi l’homme est-il dispensé d’écrire sur son sexe ? », répond : « Simone de Beauvoir ne dispense pas les hommes, elle dit qu’ils n’auraient pas ‘l’idée’ d’écrire… ». Le masculin apparaît ici comme, pour ainsi dire, neutre, se présente comme naturel, donné et donc non interrogeable, comme l’écrivait déjà Beauvoir dans l’introduction du Deuxième Sexe (« Qu’il soit homme, cela va de soi. »). Or si l’on part du principe que le genre est construction socio-culturelle, cela doit aussi s’appliquer aux hommes. Inge Stephan avait constaté dans les années 1990 que les études sur le « premier sexe » se trouvaient dans un « angle mort » de la recherche universitaire. Les perspectives, depuis, se sont multipliées, mais les études de genre demeurent encore peu représentées dans l’université française, en particulier dans le domaine des littératures, et a fortiori en dehors des études féministes. En effet, comme le notent David Halperin et Rostom Mesli à propos des travaux de Gayle Rubin, cette dernière a à cœur d’ancrer les études de genre dans les sciences sociales car, dans le monde académique anglo-saxon, elles ont été quasiment accaparées par les études littéraires. Or c’est l’inverse en France : les études de genre, arrivées quelque deux décennies plus tard et encore en cours d’institutionnalisation, sont presque confinées aux sciences sociales et trop peu représentées dans les études littéraires.

Le colloque se propose d’envisager ainsi les écritures du masculin sur une perspective diachronique dans les littératures occidentales, en privilégiant les formes narratives.

Plutôt que d’opposer d’emblée masculin et féminin pour analyser le premier terme en partant du principe d’une domination du premier sur le second (même si cette question ne sera pas exclue), il semble productif d’étudier le masculin pour le montrer comme non homogène ,dans ses différenciations internes, en s’inspirant notamment des travaux, sociologiques, de Connell, des notions d’homme « construit » (constructed man) et d’hégémonies masculines.

Les questions d’identités de genre, les incertitudes sur le genre, les représentations de l’homosexualité masculine, sont particulièrement présentes, explicitement, dans la littérature des 20e et 21e siècles au fur et à mesure d’évolutions sociales et de la thématisation de ces questions dans le débat public. Mais outre ces représentations contemporaines ou récentes, on s’intéressera donc aussi aux hiérarchies internes du masculin et à leur fictionnalisation au cours de l’histoire dans leur rapport à l’autorité : rapports de domination, élaboration des modèles dominants et leurs représentations, stratégies narratives, positions auctoriales et notamment représentations non-conventionnelles du masculin à l’intérieur même de genres littéraires ou dans le contexte de canons promouvant en apparence des modèles figés. On rappellera le début de « La littérature et la vie » dans Critique et clinique de Gilles Deleuze : « Écrire n’est certainement pas imposer une forme (d’expression) à une matière vécue. La littérature est plutôt du côté de l’informe, ou de l’inachèvement […]. L’écriture est inséparable du devenir : en écrivant, on devient-femme, on devient-animal ou végétal […]. Le devenir ne va pas dans l’autre sens, et l’on ne devient pas Homme, pour autant que l’homme se présente comme une forme d’expression dominante qui prétend s’imposer à toute matière, tandis que femme, animal ou molécule ont toujours une composante de fuite qui se dérobe à leur propre formalisation. La honte d’être un homme, y a-t-il une meilleure raison d’écrire ? ».

Programme :

Jeudi 31 mai 2012, Amphi 111 Malesherbes, 9 h à 18 h

  • 9 h00 – 10 h 00 Accueil des participants et ouverture du colloque

Mises en récit

  • Présidente de séance : Anne Tomiche

En amont : redéfinitions du masculin au xviiie siècle

  • 10 h 00 : Jean-Jacques Tatin-Gourier (François-Rabelais Tours) La figure de "l'homme sensible" dans le second versant du XVIIIe siècle : les vacillements des modèles de comportement masculins traditionnels dans quelques mises en scène littéraires.

Récits de soi : faits et fiction

  • 10 h 30 : Régis Schlagdenhauffen (IRIS, EHESS) Pour une approche processuelle du rapport à la sexualité : le journal intime d'Eugène Wilhelm (1885-1951).
  • 11h 15 : Patrick Farges (Sorbonne Nouvelle – Paris 3) Récits de vie, stratégies narratives et construction de la masculinité. Le cas des exilés germanophones en Israël après 1933.
  • 11h 45 : Marie Gaboriaud (Paris-Sorbonne) La biographie de musicien : une autobiographie du masculin idéal ?

Intersection genre et race

  • Président de séance : William Spurlin (Brunel University, London)
  • 13 h 45 : Bénédicte Monville-De Cecco (Laboratoire d'anthropologie et d'histoire de l'institution de la culture) Masculinités africaines-américaines dans l'oeuvre de John Edgar Wideman
  • 14 h 15 : Lori Saint-Martin (UCAM Montréal) Noirs et Blanches, Blancs et Noires : la construction de la masculinité au contact de l’Autre dans deux romans québécois contemporains
  • Discussion et pause
  • 15 h15 – 16 h 30: Conférence de Didier Eribon : Identités de papier : l’espace littéraire, la norme, la dissidence.
  • 17 h 00 – 18 h 15 : Lecture de Mathieu Riboulet.

20 h 30, Concert chant piano, Nguyen Duy-Thông & Laurent Collobert « Fiction(s) du masculin » :

  • 1. DIVO/DIVA, ou le musico dans l’opéra de G.F. Haendel à J. Strauss ;
  • 2- Masques de l'Amant dans la mélodie des xixe et xxe siècles.
  • Bateau « Daphné », quai de Montebello, Paris 5e.

Vendredi 1er juin 2012, Paris, Centre Malesherbes, Amphi 120

Masculinités et roman de formation

  • Président de séance : Bernard Banoun 
  • 9h 30 : Marie-Pierre Harder (Paris-Sorbonne) « Le roman est un jeune homme de belle espérance (…) qui fait son entrée dans le monde… »  Performance, narrativité et trouble du « masculin » dans quelques romans de formation européens.
  • 10 h 00 : Françoise Rétif (Rouen) 

Masculinités et création

  • Discussion et pause 
  • Présidente de séance : Françoise Rétif 
  • 11h00 : Alice Brière-Haquet (Paris-Sorbonne) ‘Tu seras un ogre, mon fils !’ Les modèles masculins dans les réécritures du Petit Poucet
  • 11h30 : Marie Puren (Paris I) : La construction de l’identité masculine dans la littérature jeunesse des années 20 et 30. L’exemple des romans d’aventures de Jean de La Hire (1878-1956)
  • Discussion et pause
  • 12h00 :Henri Billard (Poitiers)  A force je vais faire de toi un homme : la mise en tension de deux modèles de masculinité dans le roman Ne le dis à personne de Jaime Bayly.
  • Déjeuner buffet.

Le genre fort

  • Présidente de séance : Véronique Gély
  • 14h30 : Myriam Bendhif-Syllas (Strasbourg) Ecritures de l’hyper-masculin. Voyous et soldats dans les œuvres de Jean Genet et de Pierre Mac Orlan
  • 15h00 : Julie Gaucher (Lyon 1), Ecrire le sport pour décrire l’homme. Vers une lecture genrée de la littérature à thématique sportive (1920-1955)  
  • 15h30 : Anne Isabelle François (Sorbonne Nouvelle - Paris 3) « The Male Line ». Discours et représentations de la sociabilité masculine chez C. S. Lewis et le groupe des Inklings
  • Discussion et pause

Garçons manqués urbi et orbi

  • Présidente de séance : Mónica Zapata
  • 16h30 : Pauline Berlage (François-Rabelais Tours) « How very un-Dominican of him » ou la merveilleuse masculinité d’Oscar Wao
  • 17h00 : Klaus Wieland (univ. Strasbourg) « Le schéma narratif  victimaire dans la littérature et le cinéma gay allemands à la fin du 20e siècle »
  • Discussion

Samedi 2 juin 2012, Paris, Centre Malesherbes, Amphi 120

Mâles fin-de-siècle

  • Président de séance : Jean-Jacques Tatin-Gourier
  • 9h30 : Romain Courapied (Rennes 2), Existe-t-il un lieu théorique pour le mâle fin-de-siècle ?
  • 10h00  Cyril Barde (ENS Lyon) Le roman de la mâle-versation. Fiction de la masculinité dans La Curée de Zola
  • Discussion et pause 

(Dé)construire les identités et les narrations

  • Présidente de séance : Lori Saint-Martin
  • 11h00 : Jean-François Laplénie (REIGENN, Paris-Sorbonne) Une recherche du masculin par les moyens propres du roman : la trilogie des Somnambules d’Hermann Broch
  • 11h30 : Brice Chamouleau (Bordeaux 3 Michel-de-Montaigne) « Ama y haz lo que quieras » : sur la remotivation d’une rhétorique amoureuse dans une Espagne arco iris.
  • 12 h 00 :Antoine Idier (UPJV Amiens - CURAPP) «La folle selon Guy Hocquenghem. La fiction pour échapper à la normalisation sexuelle »
  • Discussion et bilan du colloque.

Axes de recherche:

  • Constructions de la masculinité, récits et récit de soi (stratégies narratives ; les langues au masculin) ;
  • Hiérarchies internes au monde masculin et représentation des surdéterminations sociales, éducatives, économiques, etc.[9] et hiérarchies induites par les intersections genre/classe/race ;
  • Masculinités marginales en littérature (travestisme, homosexualité, « épistémologie du placard », camp).

Langues de travail : français, anglais

Organisation :

  • Bernard Banoun Paris-Sorbonne, UFR d’études germaniques et nordiques
  • Anne Tomiche, Paris-Sorbonne, UFR de littérature française et comparée
  • Mónica Zapata, François-Rabelais, Tours, UFR de lettres et langues

Comité scientifique :

  • José Amícola (Universidad Nacional de La Plata, Argentine)
  • Éric Athenot (Tours)
  • Ingrid Bennewitz (université de Bamberg)
  • Xavier Galmiche (Paris-Sorbonne)
  • Véronique Gély (Paris-Sorbonne)
  • Frédéric Regard (Paris-Sorbonne)
  • Michèle Soriano (Toulouse 2)
  • William J. Spurlin (Brunel University, London)
  • Frédéric Regard (Paris-Sorbonne)
  • Inge Stephan (F.U. Berlin)
  • Pierre Zoberman (Paris 13)

Avec le soutien de :

  • EA 3556 REIGENN (dir. Marie-Thérèse Mourey) & EA 4510 CRLC (dir. Véronique Gély), Paris-Sorbonne ;
  • EA 6297 ICD (dir. Mónica Zapata) Université François-Rabelais, Tours.
  • Ecoles doctorales III et IV de Paris-Sorbonne,
  • Conseil scientifique de Paris-Sorbonne, 
  • Service d’action culturelle de Paris-Sorbonne.

Lieux

  • 108 boulevard Malesherbes
    Paris, France

Dates

  • samedi 02 juin 2012
  • jeudi 31 mai 2012
  • vendredi 01 juin 2012

Contacts

  • Bernard Banoun
    courriel : Bernard [dot] Banoun [at] univ-Tours [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Bernard Banoun
    courriel : Bernard [dot] Banoun [at] univ-Tours [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Fiction(s) du masculin », Colloque, Calenda, Publié le mardi 29 mai 2012, http://calenda.org/208684