AccueilLa nostalgie dans les musiques populaires

La nostalgie dans les musiques populaires

Nostalgia & popular music

Revue Volume !

Volume! the French journal of popular music studies

*  *  *

Publié le mardi 29 mai 2012 par Julien Gilet

Résumé

Volume ! la revue de recherche pluridisciplinaire à comité de lecture dédiée à l’analyse des musiques populaires lance un nouvel appel à contributions pour un numéro consacré à la nostalgie dans les musiques populaires, dans une variété de contextes nationaux, internationaux et transnationaux. Ce numéro, dirigé par Hugh Dauncey (Newcastle University) et Christopher Tinker (Heriot-Watt University) explorera les façons dont la nostalgie liée aux musiques populaires est produite, représentée, médiatisée et consommée.

Annonce

Version française :

Volume ! la revue de recherche pluridisciplinaire à comité de lecture dédiée à l’analyse des musiques populaires lance un nouvel appel à contributions pour un numéro consacré à la nostalgie dans les musiques populaires, dans une variété de contextes nationaux, internationaux et transnationaux.

Ce numéro explorera les façons dont la nostalgie liée aux musiques populaires est produite, représentée, médiatisée et consommée. Morris B. Holbrook et Robert M. Schindler définissent celle-ci comme

« Une préférence (un goût, une attitude positive ou un effet favorable) pour des expériences associées à des objets (des gens, des lieux ou des choses) plus communs (populaires, à la mode ou très diffusés) lorsque l’on était plus jeune (au début de la vie adulte, pendant l’adolescence, l’enfance ou même avant la naissance) » (2006 : 108).

La nostalgie est une caractéristique récurrente du champ des musiques populaires, et a gagné en importance ces dernières années dans de nombreux contextes nationaux. Ce numéro de Volume ! souhaite contribuer à définir le champ des musiques populaires associées à la nostalgie, et engager une discussion critique avec des disciplines aussi diverses que les études sur les musiques populaires, les études culturelles, la psychologie et le marketing, et situer la nostalgie par rapport à d’autres phénomènes qui lui sont associés tels que la mémoire, la commémoration, le « rétro ».

L’un des objectifs principaux de ce numéro est d’explorer comment la nostalgie contribue au développement et au statut de formes et de genres spécifiques. L’étude de Barbara Lebrun sur la chanson néo-réaliste, qui s’affirma dans les années 1990 (avec des groupes comme Pigalle, Les Négresses Vertes, Les Têtes Raides), révèle les incohérences et contradictions du genre, qui est « réactionnaire et rebelle, vieux-jeu et moderne, élitiste et collectif » et qui combine nostalgie, conservatisme, protestation et distinction culturelle (2009 : 59-60).

Le rôle que joue la nostalgie dans la construction identitaire est un autre élément considérable. Comme l’observe Tia DeNora, « la musique peut servir d’outil au service du processus réflexif de remémoration/construction de l’individu, une technologie pour narrer la fable apparamment continue de l’indentité individuelle » et comme « outil pour la génération d’une identité future et de structures d’action, le médiateur d’une existence future » (2000 : 63). Andy Bennett se concentre sur la façon dont « la domination croissante du marché rétro dans la culture populaire contemporaine permet aux générations d’après-guerre de revivre effectivement leur jeunesse et de se livrer à des représentations nostalgiques de ce qu’être jeune signifie » et l’impact « de telles perceptions nostalgiques sur les représentations de la jeunesse contemporaine » (2001 : 153).

La médiatisation de la nostalgie dans les musiques populaires dans la presse et sur internet est particulièrement importante dans de nombreux contextes nationaux. Chris Tinker (2012) a, par exemple, examiné la signification de cette nostalgie à la télévision française, notamment en suivant le lancement réussi de la tournée et des croisières « Âge tendre et têtes de bois ». Cet intérêt médiatique a plusieurs fonctions : représenter le passer de façon plus positive que le présent (« la nostalgie simple »), mettre en valeur la joie plutôt que des sentiments « aigres-doux » (Hirsch 1992, Baker & Kennedy 1994, Madrigal & Boerstler, 2007…) qui sont souvent associés à la nostalgie, qui représentent un retour fantasmé à la jeunesse, et qui promeuvent une cohésion sociale et transgénérationnelle. Cette médiatisation profite également à la puissance commerciale de la nostalgie musicale, tout en problématisant son statut au sein du champ plus vaste de la culture et de la musique.

L’expérience des auditeurs et consommateurs nostalgiques est également notable. Holbrook et Schindler décrivent, par exemple, comment, « via un processus appelé lien nostalgique [nostalgic bonding], l’histoire des interactions personnelles d’un consommateur avec un produit, lors d’une période critique pendant laquelle se forment ses préférences et qui se déroule plus ou moins à l’âge de 20 ans, peut engendrer une préférence définitive pour cet objet » (2006 : 109). Parmi leurs informants, il y a ceux qui « ont fait l’experience de forts liens nostalgiques avec des enregistrements musicaux » (119), un jeune DJ qui « décrit les heures innombrables qu’il a passées à mixer avec un matériel spécifique » (119) et un contrebassiste de New-York qui affectionne particulièrement « le badge de la Metropolitan Transit Authority qui permet à des musiciens de rue de jouer dans le metro » (120).

Une autre dimension, plus institutionnelle, de l’entrelacement de la nostalgie et de la musique populaire est la façon dont les politiques publiques ont progressivement développé des définitions du patrimoine, qui s’étend jusqu’au champ des pratiques et des formes de cultures populaires, permettant notamment à des interprètes, des genres et des œuvres d’être inclus non seulement dans les « Halls of Fame » commerciaux, mais aussi au sein d’institutions officielles, soutenues par l’État. En Grande-Bretagne, the National Centre for Popular Music fut un exemple de courte durée de cette tendance, mais dans d’autres musées bien établis, la mémoire des musiques populaires est de plus en plus célébrée, soit par des collections spéciales, ou simplement rendues plus visibles grâce à des dispositifs de conservation, à l’instar de ce qui s’est fait au Victoria and Albert Museum, avec le « subject hub » dédié au pop rock. En France, la Cité de la Musique propose un mélange efficace de célébration, de pédagogie et de nostalgie, grâce à des expositions temporaires dédiées à des artistes et genres pop rock. La nostalgie est un élément clé de la patrimonialisation des musiques populaires.

Autres thèmes pouvant être étudiés

  • la nostalgie de décennies, de périodes, de mouvements, de modes/styles particuliers ;
  • la nostalgie et les canons des musiques populaires ;
  • la nostalgie, le passé, le présent et le futur ;
  • la nostalgie et la construction identitaire individuelle et collective / la cohésion sociale ;
  • la nostalgie et les phénomènes (inter)générationnels ;
  • les catégories de nostalgie : « simple », « réflexive », « interprétée » (David 1979), « réparatrice » et « spéculaire » [reflective] (Boym 2001) ; la nostalgie « de première main » (« réelle ») ;
  • la nostalgie « simulée » (Baker & Kennedy 1994) ou « indirecte » [vicarious] (Goulding, 2002) ;
  • la nostalgie et les « incertitudes du présent » (Pickering & Keightley 2006) ;
  • la nostalgie et la « perturbation » (Davis 1979) ;
  • sorties et réimpressions – musique, littérature, cinéma ; les reprises, les revivals et comebacks ;
  • la nostalgie et le deuil – les morts d’artistes/de musiciens et d’autres personnalités ;
  • les anniversaires nostalgiques – la naissance, la mort et la carrière ;
  • la nostalgie dans les discours des musiques et cultures populaires ;
  • le tourisme nostalgique (Connell & Gibson 2003).

Il s’agit de suggestions de pistes, qui ne sont en rien restrictives.

Dates

Les chercheurs souhaitant proposer un article sont priés d’envoyer une première proposition avant le 30 juillet 2012. Les contributions définitives doivent être envoyées avant le 1er décembre 2012 aux adresses suivantes :

Hugh.dauncey[at]newcastle[dot]ac[dot]uk, C.G.Tinker[at]hw[dot]ac[dot]uk, equipe[at]seteun[dot]net

Paratextes

(cf. les consignes aux auteurs ici : http://volume.revues.org/1651)

Format

  • Word 2004 (.doc), 30.000 à 40.000 caractères (espaces compris)
  • Times, 12 pts., espacement double ;
  • Référencement bibliographique conforme au système « Harvard » (cf. nos instructions aux auteurs : http://volume.revues.org/1651)

Évaluation :

Les contributions seront d’abord évaluées par les directeurs du dossier et le comité de lecture de Volume ! avant d’être envoyées en double relecture « aveugle » (anonymisées) auprès de deux ou trois relecteurs/spécialistes.

La publication est prévue pour octobre 2013 (n° 10-2).

English version :

Volume!, the French peer-reviewed journal dedicated to the interdisciplinary study of popular music – seeks contributions for a special issue on nostalgia and popular music in a variety of national, international and transnational contexts.

This issue will explore the ways in which popular-music-related nostalgia is produced, represented, mediatised and consumed. Morris B. Holbrook and Robert M. Schindler define nostalgia as

A preference (general liking, positive attitude or favourable effect) towards experiences associated with objects (people, places or things) that were more common (popular, fashionable or widely circulated) when one was younger (in early adulthood, in adolescence, in childhood or even before birth) (2006: 108).

Nostalgia is a perennial feature of the popular-music field, and has assumed during recent years an increasing prominence within many national contexts. This issue represents an opportunity to contribute towards defining the field of popular-music-related nostalgia, engage with and build on existing studies in disciplines as diverse as popular music studies, cultural studies, psychological studies and consumer/marketing research, and situate nostalgia in relation to other associated phenomena such as memory, commemoration and retro.

A key aim of this issue is to explore how nostalgia contributes to the development and status of particular popular music forms and genres. Barbara Lebrun’s study of French chanson néo-réaliste, which rose to prominence during the 1990s (e.g. Pigalle, Les Négresses Vertes, and Les Têtes Raides), indeed highlights the ‘incohérences’ and ‘contradictions’ of the genre, which is ‘réactionnaire et rebelle, vieux-jeu et moderne, élitiste et collectif’ (‘reactionary and rebellious, old-school and modern, elitist and collective’) and combines nostalgia, conservatism, protest and distinction/cultural exclusivity (2009: 59-60).

The role of popular music nostalgia in identity formation is a further concern. As Tia DeNora observes, ‘Music can be used as a device for the reflexive process of remembering/constructing who one is, a technology for spinning the apparently continuous tale of who one is’ and as ‘a device for the generation of future identity and action structures, a mediator of future existence’ (2000: 63). Andy Bennett focuses on ‘how the increasing dominance of the retro market in contemporary popular culture is enabling respective postwar generations effectively to relive their youth and to engage in nostalgic representations of what it means to be young’ and ‘how such nostalgic perceptions impact on perceptions of contemporary youth and questions the validity of terms such as “Generation X”’ (2001: 153).

Media/internet coverage of popular music nostalgia is particularly extensive in many national contexts. Chris Tinker (2012) has, for example, examined the significance of popular music nostalgia on French television, particularly following the launch of the successful Âge tendre et têtes de bois (‘Young and Headstrong’, David Looseley’s translation) series of concert tours and holiday cruises. Such coverage has several functions: to represent the past more positively than the present (‘simple nostalgia’), emphasise joy rather than the ‘bittersweetness’ (Hirsch 1992; Baker & Kennedy 1994; Madrigal & Boerstler, 2007...) often associated with nostalgia, represent a fantasy return to youth, and promote social and cross-generational cohesion. Coverage also supports popular music nostalgia as a commercial force but problematises its status within the wider musical and cultural field.

Of particular importance are the ways in which popular music nostalgia is experienced by listeners and consumers. Holbrook and Schindler describe, for example, how, ‘via a process called nostalgic bonding, a consumer’s history of personal interaction with a product during a critical period of preference formation that occurs roughly in the vicinity of age 20 (give or take a few years in either direction) can create a lifelong preference for that object’ (2006: 109). Cases include informants who ‘experienced strong nostalgic bonding with musical recordings’ (119), a young DJ who ‘describes his endless hours spent with a particular mixing device’ (119) and a bass fiddle/double bass player in New York who ‘focuses on a Metropolitan Transit Authority (MTA) button given to street musicians who perform in the subway’ (120).

A further – more institutional – dimension of the imbrication of nostalgia and popular music is the way in which public policy has gradually developed definitions of heritage which extend to cover fields of popular cultural practice and forms, specifically allowing popular music artists, genres and works to be included not only in private/commercial ‘Halls of Fame’, but also to figure in official institutions supported by cultural policy. In the UK, the National Centre for Popular Music was a short-lived example of this trend but in other established museums, popular music is increasingly ‘remembered’ either through special collections, or simply made more visible through curatorial devices such as the V&A museum’s ‘subject hub’ for Pop and Rock music. In France, the Cité de la musique has established a successful intermingling of celebration, education and nostalgia through temporary exhibitions devoted to popmusic artists and genres. Nostalgia is a component in the transformation of popular music into heritage.

Other, more general, lines of enquiry include the following:

  • nostalgia for specific decades, periods, movements, fashions
  • nostalgia and popular music canons
  • nostalgia and the past, present and future
  • nostalgia and the formation of individual and collective identities/social cohesion
  • nostalgia and (inter)generation
  • categories of nostalgia: ‘simple nostalgia’, ‘reflexive nostalgia’; ‘interpreted nostalgia’ (Davis 1979); ‘restorative nostalgia’ and ‘reflective nostalgia’ (Boym 2001); first-hand (‘real’)
  • nostalgia and ‘simulated’ nostalgia (Baker & Kennedy 1994) or ‘vicarious’ nostalgia (Goulding 2002)...
  • nostalgia and ‘uncertainties of the present’ (Pickering & Keightley 2006)
  • nostalgia and disruption (Davis 1979)
  • releases and reissues – music, book and film; cover versions; revivals and comebacks
  • nostalgia in mourning – deaths of artists/musicians and other figures
  • nostalgic anniversaries – birth, death and career
  • nostalgia in discourses of popular music and culture
  • nostalgia tourism (Connell & Gibson 2003)

Again, these are meant to be suggestive, not to define boundaries.

Deadlines

Early abstracts: authors are requested to first send an early 200-300 word abstract by 30 July 2012.

Deadline for final papers: 1 December 2012

Format

  • Word 2004 (.doc), 30.000 to 40.000 characters (incl. spaces, references etc.) ;
  • Times, 12 pts., double spacing ;
  • Harvard system of referencing (cf. the guidelines here: http://volume.revues.org/1655).

Paratexts

  • a short biography of the author,
  • an abstract (100 to 200 words), if possible translated into French,
  • 5 to 10 key words, if possible in French and English (please look at our lists of key words to avoid small variates, English here, French here) as well as
  • the list of artists (musicians, bands, composers, writers, filmmakers etc.) analyzed (not simply mentioned),
  • musical genres analyzed in the article,
  • a geographical index and a chronological one.

All of this must be sent to the following email addresses:

Hugh.dauncey[at]newcastle[dot]ac[dot]uk, C.G.Tinker[at]hw[dot]ac[dot]uk, equipe[at]seteun[dot]net

Peer-review process:

They will be reviewed by Volume’s editorial board, before being sent out to two or three “blind” peer-reviewers. Publication is scheduled for October 2013.

References

  • Baker SM and Kennedy PF (1994) Death by Nostalgia: A Diagnosis of Context-Specific Cases. In: Allen CT and Roedder John D (eds.) Advances in Consumer Research 21, Provo, UT: Association for Consumer Research: 169-174.< http://www.acrwebsite.org/volumes/display.asp?id=7580 >
  • Bennett A (2001) Cultures of Popular Music. Maidenhead: Open University Press.
  • Boym S (2001) The Future of Nostalgia. New York: Basic Books.
  • Connell J and Gibson C (2003) Sound Tracks: Popular Music, Identity and Place. London and New York: Routledge.
  • Davis F (1979) Yearning for Yesterday: a Sociology of Nostalgia. New York: Free Press.
  • DeNora T (2000) Music in Everyday life. Cambridge University Press.
  • Goulding C (2002) An Exploratory Study of Age Related Vicarious Nostalgia and Aesthetic Consumption. In: Broniarczyk SM, Nakamoto K (eds.) Advances in Consumer Research 29. Valdosta, GA : Association for Consumer Research: 542-546. < http://www.acrwebsite.org/volumes/display.asp?id=8719 >
  • Hirsch AR. (1992) Nostalgia: A Neuropsychiatric Understanding. In: Sherry, Jr JF and Sternthal B (eds) Advances in Consumer Research 19. Provo, UT: Association for Consumer Research: 390-395. < http://www.acrwebsite.org/volumes/display.asp?id=7326>
  • Holbrook MB and Schindler RM (1989) Some exploratory findings on the development of musical tastes. Journal of Consumer Research 16, 119–124.
  • Holbrook MB and Schindler RM (2006) RM Nostalgic bonding: Exploring the role of nostalgia in the consumption experience. Journal of Consumer Behaviour 3(2), 107-127.
  • Lebrun B (2009) René, Ginette, Louise et les autres : nostalgie et authenticité dans la chanson néo-réaliste. French Politics, Culture and Society 27(2), 47-62.
  • Madrigal R and Boerstler C (2007) Nostalgia Advertisements: A Content Analysis. In: Fitzsimons G and Morwitz V (eds.) Advances in Consumer Research 34. Duluth, MN: Association for Consumer Research: 424-426. <http://www.acrwebsite.org/volumes/v34/acr_v34_139.pdf>
  • Pickering M and Keightley E (2006) The Modalities of Nostalgia. Current Sociology 54(6), 919-941.
  • Tinker C (2012) Age tendre et têtes de bois: Nostalgia, Television and Popular Music in Contemporary France. French Cultural Studies 23(3), (forthcoming August).

Dates

  • samedi 01 décembre 2012

Mots-clés

  • nostalgie, volume !, musiques populaires, musicologie, sociologie de la culture, ethnomusicologie, cultural studies, popular music studies

Contacts

  • Hugh Dauncey
    courriel : h [dot] d [dot] dauncey [at] ncl [dot] ac [dot] uk
  • Christopher Tinker
    courriel : c [dot] g [dot] tinker [at] hw [dot] ac [dot] uk
  • Volume ! - équipe ~
    courriel : equipe [at] seteun [dot] net

Source de l'information

  • Volume !
    courriel : jedediah-sklower [at] hotmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« La nostalgie dans les musiques populaires », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 29 mai 2012, http://calenda.org/208706