AccueilLangage et affectivité. Perspectives phénoménologiques

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Publié le mercredi 30 mai 2012 par Loïc Le Pape

Résumé

Cette rencontre se donne pour but d’interroger les rapports entre le langage et l’affectivité depuis un point de vue et une méthode phénoménologiques. Nous chercherons à comprendre comment ces deux thématiques sont traitées par certains des auteurs les plus marquants de cette tradition philosophique (Husserl, Heidegger, Sartre, Henry), mais aussi à repérer les sources où celle-ci va puiser (Hume, Maine de Biran), ainsi que les enjeux, notamment esthétiques ou psychopathologiques (Binswanger) qu’elle permet d’ouvrir. Organisé par l’EA 1270 « Philosophie des Normes », le colloque se tiendra à l’Université de Rennes 1 les 31 mai et 1er juin 2012.

Annonce

Présentation

De la phénoménologie, on ne retient souvent que le slogan husserlien de « retour aux choses mêmes » et l’idée sous-jacente qu’il résume : celle de la possibilité d’une description des structures de l’expérience indépendante des structures linguistiques par lesquelles nous rendons compte de cette expérience. En d’autres termes, l’idée d’une « expérience anté-prédicative ». Or, celle-ci paraît creuser un hiatus entre le discours et l’expérience, entre le langage et le monde, comme si le retour à la plénitude incorporée du monde et l’enracinement dans l’existence et la vie se faisaient au détriment des procédures logiques élémentaires, au détriment même de la raison – bref, du Logos. De sorte que l’intérêt pour la « chose affective » dont témoignent tous les auteurs de cette tradition serait presque solidaire de leur détournement croissant à l’égard de l’analyse du langage, ce qui pourrait trouver l’un de ses points d’achèvement dans la thématique henryenne de l’auto-affection, plaçant l’affectivité au cœur de la problématique philosophique, au risque de lui dénier toute visée, toute expressivité même. Si la phénoménologie accorde une place fondamentale à la question de l’affectivité, elle semble peu à même d’offrir une analyse pertinente de ses rapports avec le langage et singulièrement inopérante face aux discours de l’herméneutique, de la psychanalyse ou de la philosophie du langage.

Au fil conducteur de cet apparent paradoxe, le colloque abordera à nouveaux frais la question de savoir s’il existe un mode d’expression adéquat pour l’affectivité, un langage approprié pour parler des émotions, des sentiments, des passions. Que veulent d’ailleurs dire précisément ces mots et comment différencier leurs significations ? S’il existe des lois d’essence organisant le champ de l’affectivité, en va-t-il de même pour le langage par lequel nous en rendons compte ? Peut-on dire que l’expression des sentiments ou le « langage corporel » sont véritablement des types linguistiques, quand ils ne prennent pas une forme propositionnelle ? Qu’en est-il, dans ces conditions, de certains phénomènes affectifs plus spécifiques et difficilement saisissables, comme les pathologies étudiées par certains psychiatres influencés par Heidegger ? A moins que ce ne soit le langage qui, par ses distinctions, nous permette d’y voir plus clair dans l’apparent désordre du coeur et nous guide sur la voie de son éventuelle rationalité. Mais celui-ci ne généralise-t-il pas toujours ce qui demeure irréductiblement individuel et unique, au point qu’il faille souvent inventer un nouveau langage ou en repousser les règles traditionnelles pour rendre audibles l’amour, la haine, le plaisir, l’hystérie ou la mélancolie ? L’art et surtout la littérature et la poésie fournissent ainsi des exemples de ces moyens inédits par lesquels les phénomènes affectifs viennent à signifier. C’est finalement peut-être ce concept de signification, si décisif dans la fondation et le déploiement de la méthode phénoménologique, qui justifie en dernière instance la question ici abordée ainsi que le biais méthodologique retenu.

L’interrogation des relations problématiques entre langage et affectivité aura donc à s’ordonner autour des notions les plus centrales de la phénoménologie que sont le corps, la raison, la vie et l’existence, en envisageant les sources où celle-ci va puiser et les horizons notamment esthétiques et psychopathologiques, qu’elle permet d'ouvrir, afin de cerner les enjeux et les limites de l’approche phénoménologique de ce rapport complexe entre langage et affectivité

Programme

Jeudi 31 mai

10h00 François Calori (U. Rennes I)
Des plaisirs sans nom

11h00 Jérôme Porée (U. Rennes I)
Le langage avant le langage. Sentiment, corps propre et signification chez Maine de Biran

12h Pause-déjeuner

13h30 Rudolf Bernet (KU Leuven – Husserl Archives)
Husserl sur les plaisirs du sujet charnel

14h30 Samuel Le Quitte (U. Rennes I)
La « logique » des sentiments

15h30 Pause

16h Grégori Jean (UC Louvain – Archives Michel Henry)
« La vérité est un cri » : affectivité, force et langage naturel chez Michel Henry

Vendredi 1er juin

9h00 Muriel Van Vliet (U. Rennes I/U. Paris I)
Grammaire des affects et phénomène d'expression selon Cassirer et Warburg

10h00 Stefan Kristensen (U. Genève)
Schéma corporel et espace affectif

11h Pause

11h15 François de Gandt (U. Lille III)
Chute, rêve, décision : une exégèse de Rêve et existence de Binswanger

12h15 Gabriel Mahéo (U. Rennes I)
Le discours amoureux, entre poésie et délire

13h15 Pause-déjeuner

14h45 Philippe Cabestan (CPGE, Paris)
Langage et affectivité dans l’œuvre de Sartre : le cas Gustave Flaubert

15h45 Nathalie Monnin (CPGE, Saint-Brieuc)
La structure a priori de l'affectivité chez Sartre : du Mallarmé à L'idiot de la famille

Catégories

Lieux

  • Campus de Beaulieu (Bâtiment 32B, salle 12, UFR de philosophie)
    Rennes, France

Dates

  • jeudi 31 mai 2012
  • vendredi 01 juin 2012

Mots-clés

  • phénoménologie, langage, affectivité

Contacts

  • Samuel Le Quitte
    courriel : slequitte [at] yahoo [dot] fr
  • Gabriel Mahéo
    courriel : gabmaheo [at] yahoo [dot] fr

Source de l'information

  • Samuel Le Quitte
    courriel : slequitte [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Langage et affectivité. Perspectives phénoménologiques », Colloque, Calenda, Publié le mercredi 30 mai 2012, http://calenda.org/208736