AccueilLes personnes déplacées dans l’Allemagne d’après-guerre : enjeux de Guerre froide

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Publié le vendredi 01 juin 2012 par Loïc Le Pape

Résumé

Ce colloque entend rendre compte de l’état des lieux et des nouvelles perspectives ouvertes dans l’étude des personnes déplacées (DPs) en Allemagne au lendemain de la seconde guerre mondiale. Trois angles d’approche seront privilégiés pour aborder les différentes dimensions de la question des DPs. Tout d’abord, nous invitons à analyser cette population comme objet de négociations et de tensions internationales, à l’heure du basculement de la sortie de guerre vers la Guerre froide. Un autre angle d’approche consistera à cerner les répercussions des enjeux internationaux sur les DPs eux-mêmes. Enfin, la conférence se propose d’étudier l’incidence de la question des DPs sur les enjeux géopolitiques, politiques et sociaux découlant de l’impératif de reconstruction de l’Allemagne.

Annonce

Institutions organisatrices :

  • Unité Mixte de Recherche « Identités, Relations internationales et civilisations de l'Europe » (UMR IRICE, Centre National de la Recherche-Paris I-Paris IV) et
  • Institut Goethe de Paris ;
  • avec le concours du Centre interdisicplinaire d’études et de recherches sur l’Allemagne (CIERA)

Argumentaire

Le colloque « Personnes déplacées (DPs) en l’Allemagne d’après-guerre » entend rendre compte de l’état des lieux et des nouvelles perspectives ouvertes dans l’étude des mouvements de population au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Depuis une vingtaine d’années, les nouvelles approches historiques de la « sortie de guerre » et des prémisses de la Guerre froide, ainsi que la mobilisation de sources nouvelles – notamment soviétiques et est-européennes - ont profondément renouvelé et enrichi cette thématique. Des publications récentes et des recherches en cours en attestent, autant dans l’examen de la question des DPs à l’échelle internationale, qu’à celles du territoire allemand et des camps de DPs. Les DPs constituent en effet une population migrante singulière : si, quelques mois après la fin du conflit mondial, la majorité des 11 millions d’Européens déplacés en Allemagne durant la guerre – travailleurs forcés, rescapés des camps nazis, déracinés aux profils mutliples… – ont été rapatriés, environ un million de personnes demeurent encore dans ce pays, essentiellement dans les zones occidentales. Le million de DPs présente des profils et origines multiples. Des Européens fuyant la reconquête soviétique, l’occupation par l’Armée rouge ou l’imposition des régimes communistes dans leur pays d’origine, mais aussi des rescapés juifs de la Shoah et victimes des pogroms d’après-guerre, viennent grossir les rangs des « DPs ». Cette population devient l’objet d’enjeux juridiques, humanitaires, mais aussi géopolitiques et idéologiques. Le territoire allemand – lui-même en pleine reconfiguration – et notamment les zones d’occupation occidentales constituent le cadre géographique majeur de la polarisation de cet enjeu, l’URSS estimant le problème résolu pour la zone orientale à l’automne 1945. Trois angles d’approche sont privilégiés pour aborder les différentes dimensions de la question des DPs :

  • 1) Une première perspective analysera les DPs comme un objet de négociations et de tensions internationales, à l’heure du basculement de la sortie de guerre vers la Guerre froide. Le renoncement progressif au rapatriement forcé ou la mise en place de structures nouvelles pour les DPs deviennent rapidement un sujet de controverses décisif entre les blocs en voie de formation. Comment ont été appliqués, puis contournés, les accords de rapatriement signés dans la première moitié de l’année 1945 ? Comment, les Alliés occidentaux, les Soviétiques et les États du bloc de l’Est envisagent-ils le rapatriement collectif, l’abandon du rapatriement forcé, ou le retour de certaines catégories spécifiques (criminels de guerre) ? Comment se positionnent-ils vis-à-vis de l’institutionnalisation du droit d’asile et du statut de réfugié ? Quels en sont les enjeux économiques, démographiques, migratoires, politiques, idéologiques et policiers ? Dans quelle mesure les rapports de force entre les acteurs eux-mêmes, sur le terrain allemand, reproduisent-ils les tensions internationales dans les différentes zones d’occupation ? Il s’agira de recenser les acteurs, leurs stratégies, leur positionnement (autorités occupantes, délégués soviétiques et est-européens, organisations internationales (UNRRA puis OIR), représentations de DPs, CICR, associations confessionnelles…). Comment répondent-ils aux enjeux multiples et parfois concurrents qui se nouent autour des DPs ?  On s’attachera enfin à éclairer la dimension comparative de cette approche : les politiques des Alliés occidentaux dans leurs zones respectives d’occupation convergent-elles? A l’inverse, les gouvernements des pays de l’Est de l’Europe s’alignent-ils sur une stratégie commune pour susciter le rapatriement ou dénoncer son abandon ? Des interventions ponctuelles consacrées à d’autres terrains (Autriche, Benelux, Scandinavie…) pourront également permettre, dans une perspective comparative, de cerner la dimension européenne de l’enjeu des DPs.
  • 2) Un autre angle d'approche consistera à cerner les répercussions des enjeux internationaux sur les DPs eux-mêmes. Dans quelle mesure les critères d'(auto)identification ou de différenciation des déplacés se modifient-ils au regard des positions prises par les acteurs internationaux ? Si le facteur national, intimement lié aux choix de regroupement des DPs par l'UNRRA, constitue un élément désormais bien étudié de la configuration des groupes, qu'en est-il du facteur social, politique ou religieux ? Les expériences de guerre des DPs - extrêmement variées (travailleurs forcés polonais, populations baltes et ukrainiennes fuyant le stalinisme et la réannexion de leurs pays, Juifs victimes de l'antisémitisme persistant dans les pays d'Europe de l'Est...) sont également réinterprétées à la lumière des reconfigurations politiques et des tensions croissantes à l'échelle internationale. Comment l'association de ces différents facteurs contribue-t-elle à créer des formes d'alliance, de concurrence, ou de hiérarchie entre les DPs ? En quoi les camps ou des communautés de DPs constituent-ils des "microcosmes de Guerre froide" ? On s'intéressera également aux formes d'expression des DPs, de leurs représentants, et à la formation d'une culture en exil. Des études de trajectoires, individuelles et collectives - soulignant le phénomène d'émigration ou celui, bien plus minoritaire et moins connu, de retour - seront les bienvenues.
  • 3) Troisièmement, la conférence se propose d’étudier l’incidence de la question des DPs sur les enjeux géopolitiques, politiques et sociaux découlant de l’impératif de reconstruction de l’Allemagne. Quelles sont les relations, interactions, ou tensions entre les DPs et les différentes catégories de la population allemande (population locale déjà confrontée à l’arrivée de 12 millions d’expulsés et de réfugiés) ? On analysera les contacts personnels, professionnels, intellectuels et politiques, ainsi que les échanges économiques, et les reconfigurations familiales… qui se sont établis entre Allemands et DPs, et qui permettent de cerner le degré d’ intégration des DPs dans la société allemande. On observera également les conséquences du renversement radical suscité par la défaite de l’Allemagne nazie : quel fut l’impact de la présence des nouveaux maîtres du territoire allemand – les Alliés – sur les rapports interethniques en Allemagne d’après-guerre. Les vagues de filtration des criminels de guerre entretiennent-elles un rapport avec l’entreprise de dénazification de l’Allemagne ? Comment les Soviétiques perçoivent-ils l’enjeu du châtiment des collaborateurs réfugiés en zones occidentales, et comment y répondent-ils ? La question DP a-t-elle servi d’alibi aux autorités des pays de l’Est pour maintenir leurs missions en Allemagne occidentale ?

Modalités de soumission

Les propositions seront soumises à l’adresse suivante : conference.dp@gmail.com 

avant le 30 juin 2012

  • Les résultats de l’appel à contribution seront donnés avant la fin septembre 2012.
  • La réponse à l’appel doit comprendre un texte de 5 000 signes maximum mentionnant les sources, sur lesquelles la contribution sera fondée, un court CV et une liste des publications. Doctorants et jeunes chercheurs sont particulièrement incités à faire une proposition.
  • Le texte des communications orales (20 mn), de 15 à 20 000 signes, comprenant références et bibliographie, devra être envoyé trois semaines avant le colloque pour être transmis aux discutants.
  • Dans la mesure des crédits disponibles, les organisateurs couvriront les frais de voyage et de séjours des participants.

La conférence se tiendra en français, anglais et allemand. La publication est prévue (articles de 40 000 signes).

Comité scientifique international :

Daniel Cohen, Corine Defrance, Juliette Denis, Catherine Gousseff, Wolfgang Jacobmeyer, Julia Maspero, Pavel Polian, Joachim Umlauf

Comité d’organisation français :

Corine Defrance, Juliette Denis, Julia Maspero, Joachim Umlauf

Lieux

  • 17 avenue d'Iéna (Institut Goethe)
    Paris, France

Dates

  • samedi 30 juin 2012

Mots-clés

  • personnes déplacées, DPs, guerre froide, Allemagne occupée

Source de l'information

  • Julia Maspero
    courriel : hdja1945 [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Les personnes déplacées dans l’Allemagne d’après-guerre : enjeux de Guerre froide », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 01 juin 2012, http://calenda.org/208750