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Barrières frontalières

Border fences

Revue L'espace politique

Review L'espace politique

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Publié le jeudi 07 juin 2012 par Loïc Le Pape

Résumé

À l’heure de l’accélération des flux, l’existence de murs, clôtures ou autres « blindages » frontaliers (que nous désignerons sous le terme générique de barrières) peut apparaître comme un paradoxe, voire un anachronisme : dans les années 1990, la fin des frontières semblait s’approcher. Alors que les barrières frontalières sont de plus en plus étendues depuis le 11 septembre 2001 (plus de 20.000 km construits à ce jour), elles ont tardé à s’imposer en tant qu’objet d’étude, ceci contrairement aux murs érigés dans les villes autour des gated communities. Les écrits francophones récents ont abordé la question sous l’angle des risques et conflits ou à partir de la notion de « séparation », et ont généralement privilégié l’approche des relations internationales. Dans la continuité de ces travaux, il est possible d’élargir le regard du point de vue spatial tout en proposant des approches thématiques précises.

Annonce

Argumentaire

A l’heure de l’accélération des flux, l’existence de murs, clôtures ou autres « blindages » frontaliers (que nous désignerons sous le terme générique de barrières) peut apparaître comme un paradoxe, voire un anachronisme : dans les années 1990, la fin des frontières semblait s’approcher (Ohmae, 1990 ; Badie et Smouts, 1999). Alors que les barrières frontalières sont de plus en plus étendues depuis le 11 septembre 2001 (plus de 20.000 km construits à ce jour (Rosière et Jones, 2012), elles ont tardé à s’imposer en tant qu’objet d’étude (David et Vallet, 2012), ceci contrairement aux murs érigés dans les villes autour des gated communities. Les écrits francophones récents ont abordé la question sous l’angle des risques et conflits (Pourtier et Rosière, 2012) ou à partir de la notion de « séparation », et ont généralement privilégié l’approche des relations internationales.

Dans la continuité de ces travaux, il est possible d’élargir le regard du point de vue spatial tout en proposant des approches thématiques précises. Ces objets offrent en effet un large champ d’investigation qui concerne les causes de leur construction (1), leur fonctionnement et les logiques qu’ils mettent en œuvre (2) ; leur dimension symbolique (3), de même que leur interprétation à l’échelle macro, notamment au regard de la mondialisation (4).

Ce numéro propose de mettre en valeur ces thèmes afin de questionner la construction des barrières, mais aussi leur perception selon les perspectives de diverses sciences sociales (géographie, science politique, histoire, anthropologie, sociologie, relations internationales, etc.). Les articles pourront ainsi proposer des approches historiques, théoriques et/ou empiriques autour des quatre thèmes définis ici.

  1. Les barrières frontalières ont une double dimension, stratégique et militaire d’une part, et migratoire d’autre part. Elles sont issues de pratiques militaires anciennes, depuis la muraille de Chine (édifiée à partir de 700 av. J.-C. sur plus de 2000 ans) en passant par le Limes romain jusqu’à la ligne Maginot. L’intérêt des barrières militaires, qui semblait avoir disparu avec l’invention du canon, est revenu au XXe siècle après la Première Guerre mondiale. Durant l’entre-deux-guerres de nombreux pays ont édifié des lignes de casemates à leurs frontières pour empêcher l’invasion de leur territoire : ligne Maginot en France, ligne Siegfried en Allemagne, ligne Staline en URSS, etc. De telles barrières existent encore aujourd’hui autour du Sahara marocain, entre le Pakistan et l’Inde au Cachemire ou entre les deux Corée depuis 1953. Ces artefacts forment un premier objet d’analyse. Des barrières comme celle qu’Israël a construite face à la Palestine relèvent en partie de ces logiques militaires. Cependant, aujourd’hui, alors que de nombreuses frontières sont démilitarisées, la résurgence des barrières est surtout liée aux tensions migratoires (Rosière, 2012). De nombreux Etats, en général plus riches que ceux de leur voisinage, tentent de se prémunir de l’immigration spontanée (dénoncée le plus souvent comme clandestine) en édifiant des systèmes sophistiqués dont la barrière construite par les États-Unis à leur frontière avec le Mexique offre le meilleur exemple. 
  2. Les barrières frontalières fonctionnent selon des normes technologiques précises, souvent liées aux dispositifs militaires : barrières thermosensibles en Israël, senseurs terrestres aux Etats-Unis, caméras, drones, robots sentinelles en Corée du sud... Que nous apprennent ces dispositifs sur les pratiques de la sécurité aux frontières ? Quelles en sont les finalités? Quels types de technologies sont mis en place ? Qui en sont les maîtres d’œuvre ? De plus en plus, les barrières sont fondées sur des systèmes sophistiqués prodigués par de grandes entreprises du secteur sécuritaro-industriel. L’approche des barrières frontalières à partir des technologies questionne notamment la modification des systèmes d’acteurs définissant la sécurité frontalière, incluant un nombre croissant d’acteurs privés et industriels fournissant les solutions techniques correspondantes. Par ailleurs, les barrières ne visent pas à arrêter toute circulation, soumise aux logiques de la mondialisation ; elles visent surtout à « mieux » contrôler les flux et les dispositifs linéaires participent à la mise en place de smart borders. Les dispositifs mis en place sur les barrières s’accompagnent-ils de technologies de contrôle plus larges, la question reste aussi posée en termes spatiaux comme politiques.
  3. Un intérêt particulier sera porté aux dimensions symboliques véhiculées par les murs contemporains. D’une part, l’érection de murs questionne la capacité souveraine des Etats (Brown, 2009). Manifestation unilatérale de la puissance d’Etat, les murs signeraient-ils un aveu de faiblesse ? Démontrent-ils un contrôle étatique renforcé des territoires ou une incapacité à les gouverner ? Les murs ont une fonction « cosmétique, photogénique, et assurément politique » (Foucher, 2009) : quel sens attribuer à une telle mise en visibilité de la souveraineté politique ? D’autre part, il est possible de s’interroger sur les perceptions des murs par les populations directement concernées, qu’il s’agisse des populations frontalières ou des personnes amenées à expérimenter le passage ou le contournement du mur. Les effets de la présence de murs sur les perceptions de soi et de l’Autre, sur les sentiments de sécurité et d’insécurité, sur la construction des identités collectives ont fait l’objet de peu d’études empiriques (Parizot, 2010). A cet égard, les apports des approches anthropologiques et ethnographiques seront particulièrement valorisés.
  4. A l’échelle macro, on pourra se demander si les « barrières » ne remettent pas en question la logique de mondialisation qui paraît (trop hâtivement ? Ou selon des représentations dominantes très positives) fondée sur la liberté de circulation et l’augmentation tous azimuts des flux (Ballif et Rosière, 2009). Or les barrières paraissent non seulement interroger la question du contrôle des flux (Jouve et Roche, 2006) mais, de manière plus large celle de la logique même des flux, de leur hiérarchie, de leur rôle dans le fonctionnement et la mise en scène d’un ordre efficace. La barrière est le révélateur de multiples « asymétries » qu’elle génère ou qu’elle suppose : technologiques, économiques et culturelles (Ritaine, 2009). Les barrières frontalières seraient les révélateurs de la vraie logique de la mondialisation : un processus d’intégration strictement économique qui, contrairement à la représentation commune, ne se serait pas centré sur les hommes, voire qui les considéreraient comme un problème alors qu’il convient de penser la « libre circulation ».

Modalités de soumission

Les propositions d’articles d’un maximum de 60.000 signes, notes de bas de page, bibliographie et annexes comprises (cf normes de mise en page) doivent parvenir, par courrier électronique à la coordinatrice : Laetitia Rouvière (laetitia.rouviere@umrpacte.fr)

avant le 15 septembre 2012

Comités scientifique et de rédaction

http://espacepolitique.revues.org/index115.html

Dates

  • samedi 15 septembre 2012

Mots-clés

  • Frontières, barrières, murs

Contacts

  • Laetitia Rouvière
    courriel : laetitia [dot] rouviere [at] umrpacte [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Laetitia Rouvière
    courriel : laetitia [dot] rouviere [at] umrpacte [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Barrières frontalières », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 07 juin 2012, http://calenda.org/208871