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La question du trauma dans l'interprétation du passé

The question of trauma in the interpretation of the past

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Publié le vendredi 08 juin 2012 par Loïc Le Pape

Résumé

Même s’il a subi, au gré des avancées, d’importants remaniements, le concept de trauma, ou de traumatisme, a toujours été central au sein de l’appareil théorique de la psychanalyse. Ces dernières années, il survient de plus en plus hors du champ clinique, dans les tentatives de transmettre l’expérience des survivants, des rescapés, ainsi que des victimes indirectes des expériences génocidaires du XXe siècle, qui n’ont pas vécu l’événement traumatique, mais ont été terrassées par la massivité de la perte (comme les enfants de survivants). Afin d’aborder ces questions, il convient de parcourir et d’analyser comparativement différentes situations sociopolitiques contemporaines où la question traumatique intervient comme un problème d’élaboration collective ambivalente au regard du passé.

Annonce

Présentation

Même s’il a subi, au gré des avancées, d’importants remaniements, le concept de trauma, ou de traumatisme, a toujours été central au sein de l’appareil théorique de la psychanalyse. Ces dernières années, il survient de plus en plus hors du champ clinique, dans les tentatives de transmettre l’expérience des survivants, des rescapés, ainsi que des victimes indirectes des expériences génocidaires du XXe siècle, qui n’ont pas vécu l’événement traumatique, mais ont été terrassées par la massivité de la perte (comme les enfants de survivants). Accepté par les sciences sociales, le concept de trauma nourrit également de nombreux textes littéraires ainsi que des œuvres d’art. Sans doute, est-on devenu plus sensible à la manière dont certains événements historiques perturbent gravement les capacités de symbolisation des individus, attaquant leur capacité de pensée.

Toutefois, à relever rapidement les occurrences récentes en sciences sociales, on a parfois l’impression qu’on utilise la notion du trauma (ainsi que les termes qui y sont massivement liés : victime, deuil, résilience) comme si elle était porteuse de sa propre explication. N’y-a-t-il pas un élargissement imprécis du terme, une sorte de banalisation ? Le risque est de nous contenter d’une vision trop « factuelle » du trauma, de perdre son épaisseur temporelle, à savoir les stratifications et les résurgences, mais aussi l’enjeu qu’il y a à considérer les dimensions de la vie psychique dans l’interprétation du passé. Qu’en est-il des notions d’ « après coup » (S. Freud), de « traumatisme biphasé » (S. Ferenczi), ou de « trauma cumulatif » (M. Khan) ?

Un autre niveau de questions concerne les expressions du trauma. Comme nous l’avons déjà signalé, les traumatismes viennent impacter le récit. Pour cette raison, la verbalisation est de plus en plus souvent conçue comme une expérience cathartique indispensable pour l’élaboration du trauma. Toutefois, une écoute publique des pensées « toxiques » (W. Bion) est-elle possible ou même envisageable ? Et si le récit était une source périlleuse de retraumatisation ou de revictimisation ?

Afin d’aborder ces questions, il convient de parcourir et d’analyser comparativement différentes situations sociopolitiques contemporaines où la question traumatique intervient comme un problème d’élaboration collective ambivalente au regard du passé. Dans cette même perspective, nous envisageons de nous interroger non seulement sur des gestes littéraires et philosophiques de traduction artisanale ou déconstructive de l’« expérience traumatisée » (sa perte, W. Benjamin) mais aussi sur les formes artistiques d’élaboration du trauma. Comment « translater » le trauma ? Y a-t-il une éthique, voire un performatif de la forme ?

Programme

Jeudi 7 juin 17h - 20h

Histoire et trauma

  • Olivier Abel (Faculté Protestante, Fonds Ricoeur), Accueil et modération

  • Sabina Loriga (Ehess), « Remarques introductives »

  • Françoise Davoine et Jean-Max Gaudillière (Ehess), « La revanche de l'histoire »

  • Janine Altounian (essayiste, traductrice), dialogue autour de son œuvre et son dernier livre, De la cure à l’écriture. L’élaboration d’un héritage traumatique, Paris, PUF (parution printemps 2012)

Vendredi 8 juin 10h - 13h

Expressions publiques du trauma

modérateur Giovanni Levi, Université Ca' Foscari de Venise

  • Gilles Bataillon (Ehess), « Les commissions de la vérités guatémaltèques et les limites de la mémoire collective »

  • Gaetano Ciarcia (Université Paul Valéry-Montpellier 3), « Mémoire promise. Le passé de l'esclavage à l'épreuve de l'imagination diasporique au Bénin »

  • Hugo Vezzetti (Université de Buenos Aires), « Les usages du ‘trauma’ dans les débats sur l’expérience argentine »

Vendredi 8 juin 15h - 18h

Expressions publiques du trauma

modérateur Jacques Revel, Ehess

  • Stephane Audoin-Rouzeau (Ehess), « La dimension collective de la reviviscence traumatique : le cas rwandais et la commémoration du génocide »

  • Daho Djerbal (Université d’Alger-Bouzaréah), « Face à la violence récurrente, entre l'indispensable verbalisation et le nécessaire oubli. L'expérience traumatique dans l'Algérie du temps présent »

  • Richard Rechtman (Ehess), « Lorsque le trauma ne dit pas l'histoire : lecture croisée anthropologique et psychiatrique du génocide cambodgien »

Samedi 9 juin 10h - 13h

Le ‘trauma historique’ : vie psychique et ‘travail de la culture’

modérateur Jacqueline Carroy, Ehess

  • Eva Weil (psychanalyste, Société Psychanalytique de Paris, chercheur associé Paris 7-Paris 1)

  • Roberta Guarnieri (psychanalyste, Società Psicoanalitica Italiana, Venise), « Trauma psychique trauma historique, trauma collectif : où peut arriver 'psychè' ? »

  • Isabelle Ullern (philosophe, Initiatives-formation sociale et politique), « Le geste philosophique de Sarah Kofman et la conjuration du ‘trauma infanticide’. Penser-écrire entre suffoquer, ‘mourir de dire’ et tenir (à la) parole. »

Samedi 9 juin 14h30 -18h

Le trauma et sa résonnance esthétique : Faire advenir au sens ce qui le nie. Le temps bloqué et le travail de l’art

modérateur Isabelle Ullern

  • Angela Mengoni (sémioticienne, eikones NFS Bildkritik, Bâle), « Montage et travail de mémoire dans l'Atlas de Gerhard Richter »

  • Bernhard Rüdiger (artiste, directeur de recherche ACTH, École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Lyon), « Le temps suspendu: l'art contemporain en puissance »

Discussion générale et clôture

Lieux

  • 83 Boulevard Arago (Faculté Libre de Théologie Protestante de Paris)
    Paris, France

Dates

  • jeudi 07 juin 2012
  • vendredi 08 juin 2012
  • samedi 09 juin 2012

Mots-clés

  • trauma, passé, histoire, psychanalyse, mémoire

Contacts

  • David Schreiber
    courriel : david [dot] schreiber [at] ens [dot] fr

Source de l'information

  • David Schreiber
    courriel : david [dot] schreiber [at] ens [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La question du trauma dans l'interprétation du passé », Journée d'étude, Calenda, Publié le vendredi 08 juin 2012, http://calenda.org/208873