AccueilMontagnes et montagnards au Nord-Cameroun : environnement, cultures et représentations sociales en recomposition

Montagnes et montagnards au Nord-Cameroun : environnement, cultures et représentations sociales en recomposition

Mountains and mountain people in North Cameroon: environment, cultures and social representations in recomposition

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Publié le vendredi 08 juin 2012 par Loïc Le Pape

Résumé

Depuis les premières explorations menées par les administrateurs coloniaux et autres voyageurs métropolitains, les montagnes ont fait l’objet de moult fantasmes, de regards exotiques et d’appréhensions idéologiques. Les monographies sur les montagnes et les peuples qui y vivent sont riches en histoires caustiques sur des civilisations mythiques et multiséculaires. Ce projet vise à examiner les montagnes du Nord Cameroun à travers leur évolution historique, les mutations qui les traversent, les crises qu’elles connaissent aujourd’hui en termes écologique, social, culturel, mythique et cosmogonique.

Annonce

Argumentaire

Depuis les premières explorations menées par les administrateurs coloniaux et autres voyageurs métropolitains, les montagnes ont fait l’objet de moult fantasmes, de regards exotiques et d’appréhensions idéologiques. Les monographies sur les montagnes et les peuples qui y vivent sont riches en histoires caustiques sur des civilisations mythiques et multiséculaires. Il est loisible de distinguer trois séquences essentielles dans l’histoire des peuples des montagnes.

La première renvoie au temps des origines, qui correspond aux moments d’installation des communautés qui ont acquis aujourd’hui une véritable tradition de ces milieux longtemps dominés par des fauves de toutes sortes.

La deuxième séquence est celle qui marque la rencontre d’abord pacifique, et ensuite conflictuelle entre les sociétés conquérantes (Foulbé, Mandara, Kanouri, Haoussa…) et les communautés montagnardes (Mafa, Zoulgo, Podoko, Mouktélé, Kapsiki, Goudé…). L’irruption de la colonisation européenne au début du 20ème siècle ne va pas remettre en question le rapport de conflictualité qui régit désormais les deux civilisations. L’administration coloniale va procéder à quelques réaménagements portant sur la « racialisation des chefferies indigènes » notamment, sans pour autant que l’impérialisme des sociétés conquérantes ne fléchisse vraiment.

La troisième séquence indique le vécu des peuples des montagnes dans le Cameroun contemporain, c’est-à-dire son rapport à l’Etat du Cameroun indépendant. Une série de mesures et de dispositifs ont été élaborés par les pouvoirs publics postcoloniaux en vue d’intégrer les communautés montagnardes dans l’Etat-nation alors en chantier.

A l’évidence, ce projet vise à examiner les montagnes du Nord Cameroun à travers leur évolution historique, les mutations qui les traversent, les crises qu’elles connaissent aujourd’hui en termes écologique, social, culturel, mythique et cosmogonique.

Longtemps appréhendées comme des espaces vidés de sens socio-anthropologique, les montagnes ont été rarement analysées comme des « patrimoines » consubstantiels de l’histoire et de l’historicité des communautés qui s’y sont installées depuis des temps immémoriaux (Alawadi Zelao, 2009). Il y a en effet une relation mythique et mythologique entre les montagnes et les montagnards, qui se décline ici par un ensemble de pratiques, de modes de croyances, de systèmes de représentations et de logiques « d’anthropogisation » spatiale (Dragan, 1999). La montagne est grosse de stocks des « choses » et des « mots » pour les peuples qui y sont. Espace historiquement marqué certes, la montagne est aussi un « paquet culturel » qui identifie des civilisations entières. « Les représentations de la montagne ne sont pas le pur reflet de l’œcoumène, mais elles révèlent tout autant de la pensée de ceux qui les produisent » (Jean-Paul Bozonnet, Des monts et des mythes. L’imaginaire social de la montagne, Grenoble, PUG, 1992, p.6).

La montagne est en nette structuration dynamique. Au-delà des crises qu’elle subit, elle fait également l’objet d’un certain ré-enchantement de la part des peuples qui s’y ajustent malgré des bouleversements importants entraînés par l’ouverture sur le monde extérieur (Breton et Maurette, 1993). La montagne n’est pas une « réalité-rocher » qui tutoie le temps qui bouge pour s’installer dans une sorte de routine, de stabilité répétitive. Il s’agit de mettre en exergue les lieux qui montrent ces mutations tout en révélant l’ajustement des communautés, les nouvelles formes d’ancrage spatial, les idéologies qui revitalisent la montagne, les mémoires qui refont vivre l’histoire des rencontres inter-civilisationnelles, etc.

Le projet est de proposer une littérature nettement en décalage des « monographies » qui ont longtemps emmuré l’histoire des montagnes et des montagnards dans les « bibliothèques coloniales » (Mudimbe, 1988). Il importe alors de mettre en exergue la complexité et les trajectoires plurielles de l’histoire des peuples des montagnes non plus exclusivement à partir de leur rapport aux « sociétés impériales » (conquérantes, métropolitaines) ; mais en partant de leurs réalités endogènes, de leurs relations inter ou intra-communautaires, de cerner les dynamiques d’historicisation qu’esquissent les peuples des montagnes dans un environnement écologique bigarré.

Les propositions des réflexions attendues devraient faire l’effort de s’inscrire dans cette perspective qui restitue l’histoire dynamique des montagnes et des montagnards. Sont sollicitées les contributions des sociologues, géographes, philosophes, théologiens, historiens, anthropologues, linguistes…

Les réflexions devraient s’inscrire dans les axes thématiques suivants :

  • Communautés et territoires ;
  • Savoirs endogènes et développement durable ;
  • Langues et sociétés en montagnes ;
  • Pouvoirs traditionnels en montagnes ;
  • Montagnes et représentations de l’espace montagneux ;
  • Migrations et quête de nouvelles identités ;
  • Territoires et religions en montagnes ;
  • Dynamiques historiques en montagnes ;
  • Crise écologique et ajustement des communautés.

Soumissions

Les textes d’une longueur de 15 à 20 pages maximum, caractère Times New Roman, police 12, interligne simple, doivent être envoyés aux adresses : alazelao@yahoo.fr et  gadder_a@yahoo.fr

le 20 juillet 2012 au plus tard.

Les auteurs doivent clairement mentionner leur filiation institutionnelle (université, institut de recherche ou autre), leur discipline, leur grade et leur adresse complète (mail, téléphone…).

Les auteurs sont priés d’envoyer les textes aux adresses suivantes : NB : Il est recommandé aux auteurs de choisir les citations infra-paginales (bas de page) et de renvoyer la bibliographie complète des ouvrages, articles et autres documents cités à la fin de texte. Par exemple :

  • ALAWADI ZELAO et al. (éds), Le Cameroun septentrional en transition. Perspectives pluridisciplinaires, Paris, L’Harmattan, 2012.
  • MOTAZE AKAM, Le social et le développement en Afrique, Paris, L’Harmattan, 2009.
  • BOZONNET Jean-Paul, Des monts et des mythes. L’imaginaire social de la montagne, Grenoble, PUG, 1992. ALAWADI ZELAO, « Dynamique spatiale et stabilité de représentations socio-identitaires chez les peuples des montagnes au Nord-Cameroun. Et si l’environnement inventait un peuple, et vice-versa », Elizabeth Tamajong (dir), L’Afrique en mutations, Yaoundé, PUCAC, 2009, pp. 11-40.
  • GWODA Abel Adder, « Le cosmopolitisme et la question des minorités ethniques », Kaliao. Revue pluridisciplinaires de l’Ecole normale supérieure de Maroua (Cameroun). Série Lettres et Sciences Humaines, Vol. 2, n°3, 2010, pp. 55-70.

Comité scientifique :

Timothée BOUBA MBIMA (UPAC, Cameroun), MOTAZE AKAM (Université de Ngaoundéré, Cameroun), José van SANTEN (NIAS, Leiden), Hubert MONO DJANA (Université de Yaoundé I, Cameroun), KENGNE FODOUOP (Université de Yaoundé I, Cameroun), ALAWADI ZELAO (GREDYSOP, Cameroun), Abel Adder GWODA (UYI/GREDYSOP, Cameroun), Jean LOULEO (Université de Maroua, Cameroun), MOUSSA BONGOYOK (WCIU et Biola University, Etats-Unis)

Dates

  • vendredi 20 juillet 2012

Mots-clés

  • Montagne, environnement, culture, histoire, religion, savoir endogène, représentations sociales

Contacts

  • Alawadi Zélao
    courriel : alazelao [at] yahoo [dot] fr
  • Gwoda Adder Abel
    courriel : gadder_a [at] yahoo [dot] fr

Source de l'information

  • Gwoda Adder Abel
    courriel : gadder_a [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Montagnes et montagnards au Nord-Cameroun : environnement, cultures et représentations sociales en recomposition », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 08 juin 2012, http://calenda.org/208884