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Vieillir : entre médicalisation et démédicalisation

Growing old: between medicalisation and demedicalisation

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Publié le vendredi 08 juin 2012 par Loïc Le Pape

Résumé

Journées d’études organisées par les RT 7 « Vieillesse, vieillissements et parcours de vie » et 19 « Santé, médecine, maladie et handicap » de l’AFS ; et la Chaire « Social Care » : lien social et santé de l’Ecole des hautes études en santé publique.

Annonce

Journées d’études organisées par

  • les RT 7 « Vieillesse, vieillissements et parcours de vie » et 19 « Santé, médecine, maladie et handicap » de l’AFS ;
  • et la Chaire « Social Care » : lien social et santé de l’Ecole des hautes études en santé publique

Vieillir : entre médicalisation et démédicalisation, 20 et 21 décembre 2012

Comité scientifique et d’organisation

  • Vincent Caradec (sociologue, PR, Université Lille 3)
  • Benoît Eyraud (sociologue, MCF, Université Lyon 2)
  • Cornelia Hummel Stricker (sociologue, maître d’enseignement et de recherche, Université de Genève)
  • Béatrice Jacques (sociologue, MCF, Université Victor Segalen Bordeaux 2)
  • Blanche Le Bihan (politiste, enseignante-chercheure, EHESP)
  • Françoise Le Borgne-Uguen (sociologue, MCF, Université de Bretagne Occidentale)
  • Emilie Legrand (sociologue, MCF, Université du Havre)
  • Isabelle Mallon (sociologue, MCF, Université Lyon 2)
  • Anastasia Meidani (sociologue, MCF, Université de Toulouse 2)
  • Emmanuelle Zolesio (sociologue, docteure, ATER à l’Université Lille 3)

Appel à communications

Les analyses sociologiques de la vieillesse et du vieillissement en France se sont longtemps, sinon toujours, tenues prudemment à l’écart des problématiques de santé et de maladie, probablement dans un effort prononcé de rupture avec certaines représentations prégnantes du sens commun qui assimilent la vieillesse à une maladie[1]. Réciproquement, les sociologues de la santé ont assez rarement pris en compte dans leurs analyses les spécificités que pouvaient présenter les populations âgées, tant dans leurs manières d’aborder la maladie, la santé et le soin, que dans les prises en charge différenciées dont elles font l’objet. L’objet de la journée d’étude consacrée à « la vieillesse entre médicalisation et démédicalisation » est précisément de centrer la réflexion des chercheurs sur les relations entre vieillesse, santé et maladie, au prisme des mouvements contraires de médicalisation et de démédicalisation du vieillissement. En tant que telle, cette réflexion s’inscrit dans une problématique plus large centrée autour de la sanitarisation du social, à l’œuvre pour différents âges et dans différents domaines de la pratique sociale, ou pour le dire autrement dans l’analyse de la médicalisation de l’existence.

La médicalisation de l’existence renvoie en première approche à une prise en charge de plus en plus intensive et extensive par les médecins et les institutions médicales non seulement de la maladie, mais également de la santé, dans la définition élargie retenue par l’OMS[2] en usage dans le monde médical comme dans les approches scientifiques. Saisir cette médicalisation invite ainsi à recenser toutes les pratiques qui font l’objet d’une surveillance médicale, rapprochée ou distante, que ces pratiques dérivent ou non d’une pathologie, ainsi que les lieux ou les institutions où s’exerce préférentiellement cette surveillance médicale. Les maladies chroniques (diabète, hypertension, Alzheimer) ou évolutives entraînent une médicalisation de l’existence des malades. Mais les activités physiques et sportives ou encore les conduites alimentaires font également l’objet de surveillances, de validations ou de recommandations médicales, bref d’un contrôle médical, en dehors de toute pathologie déclarée, souvent dans un objectif de prévention. La médicalisation de l’existence peut ainsi s’entendre en première instance comme une emprise croissante des institutions et des acteurs médicaux sur les pratiques de la vie quotidienne et dans sa structuration. Cette emprise passe par la diffusion de pratiques médicales, et notamment par l’institution des médecins comme référents de la santé, délivrant des recommandations directes aux acteurs sociaux, lesquels se conforment, résistent, ou échappent aux injonctions des professionnels de santé. Elle passe également par la mobilisation de registres médicaux dans la définition des politiques de santé publique, l’expertise médicale constituant une forme de légitimation extrêmement puissante, en particulier dans sa version « evidence based », fondée sur les preuves, qui se donne toutes les apparences de la science (usage d’instruments standardisés dans la définition des diagnostics, recours aux statistiques, identification de facteurs de risque, parmi lesquels l’âge, numérique ou biologique, défini par une série de mesures, etc.). La médicalisation de l’existence décrit donc la propension à faire entrer dans le domaine d’expertise de la médecine des pans de plus en plus large des pratiques sociales, au-delà des connaissances médicales disponibles ou du champ d’expertise originel des médecins. Elle procède à la fois par « pathologisation » de comportements antérieurement définis dans d’autres registres (éventuellement moraux), et par le biais de la prévention, identifiant aux niveaux individuels et collectifs, des « facteurs de risque », en fonction desquels des pratiques doivent être abandonnées, aménagées ou au contraire introduites, soutenues ou intensifiées.

La mise en évidence d’une médicalisation de l’existence ne doit pas cependant conduire à négliger des processus de démédicalisation, qu’ils soient internes au champ médical, en raison par exemple de controverses scientifiques sur le caractère pathologique de tel ou tel symptôme et l’efficacité ou la nécessité d’une thérapie, ou qu’ils soient liés à des représentations alternatives des pathologies ou des événements biologiques pris en charge médicalement. Ces processus conduisent un certain nombre d’acteurs sociaux à se détourner des structures ou des procédures médicales les plus techniques, ou à récuser le contrôle médical sur leur existence. Certains mouvements de démédicalisation dérivent ainsi directement de la surmédicalisation de certaines pratiques, que cette surmédicalisation soit attestée par les médecins eux-mêmes ou perçue par les acteurs profanes.

Ces mouvements de médicalisation et de démédicalisation ne sont pas nouveaux. L’avancée en âge fait depuis le XIXème siècle l’objet de tels processus en particulier aux deux extrémités de la vie, comme en témoignent l’émergence de la pédiatrie et de la gériatrie comme spécialités médicales. Le vieillissement a ainsi reçu une définition biomédicale au fil des siècles dont les contours et le contenu ont varié selon les époques et légitimé des prises en charge très différentes des personnes âgées, qu’elles soient ou non malades. Cette définition biomédicale coexiste avec d’autres définitions de la vieillesse et de l’avancée en âge, institutionnelles, mais également portées par les acteurs sociaux, s’appuyant sur d’autres registres de l’expérience et d’autres formes de légitimité. Le vieillissement nous semble alors offrir, en raison même de sa constitution comme un objet social et médical, des terrains extrêmement féconds pour explorer les relations entre vieillesse, santé et maladie, au prisme des processus de médicalisation et démédicalisation dont il est l’objet. Il s’agit ainsi d’explorer les tensions, les contradictions, les renforcements ou les différenciations des registres de description de la vieillesse et du vieillissement et des modes d’intervention auprès des populations âgées, dans différents contextes de vieillissement, en accordant une attention soutenue aux manières différenciées dont s’énoncent et se vivent la maladie et la santé au fil de l’avancée en âge.

Quatre grands axes peuvent être explorés pour analyser les dialectiques de médicalisation et démédicalisation façonnant les processus de vieillissement :

1. Le diagnostic et la prise en charge des pathologies des personnes âgées

Comment la vieillesse des patients intervient-elle dans leur prise en charge sanitaire ? Quels sont les effets d’un âge donné, de la prise d’âge dans les soins retenus ? Comment ces éléments croisent-ils les différents types de pathologies ? Un certain nombre d’enquêtes épidémiologiques montrent que l’âge est un facteur de retard dans le diagnostic de certaines pathologies (exemples : démences, mais également cancers), et de moins bonnes prises en charge thérapeutiques (avérées en ce qui concerne les cancers). L’âge est donc un facteur d’inégalités de santé. Pour autant, les ressorts de ces inégalités sont encore mal connus. La vieillesse peut-elle ainsi masquer la maladie ? Comment cette vieillesse est-elle définie, tant par les personnes âgées elles-mêmes, que par leur famille ou par les médecins ? Dans certains contextes à préciser, l’accès aux différents lieux de soins, à certaines thérapeutiques, apparaît dépendant de seuils d’âge ou de formes de pathologies. Dans quelles situations de soins le critère d’âge est-il intégré, au sens où il fait convergences ou tensions entre les différents intervenants ? Ces éléments sont présents dans l’issue donnée après un temps de séjour en services hospitaliers par exemple. Certains vieux le sont-ils plus que d’autres ? Qui fait « plus » ou « moins » que son âge ? Comment des dimensions sociales viennent-elles parasiter ou infléchir l’établissement de diagnostic ou la prise en charge des personnes âgées, et conduisent-elles à une sur ou à une sous-médicalisation ? Quels sont les principes de justification des soins médicaux prodigués aux personnes âgées ? Dans un contexte de rationalisation croissante des soins et de leur économie, comment la question des coûts des soins aux patients âgés est-elle intégrée dans les pratiques médicales, par les différents professionnels ? Le contexte démographique actuel a repoussé la mort vers les âges élevés : plus encore qu’auparavant, la mort des vieux est acceptable, autant qu’attendue. Quels effets ce contexte produit-il sur les soins accordés aux plus vieux ? Quels sont les autres ressorts moraux de la prise en charge des vieux malades ? Dans quelle mesure certaines pathologies sont-elles surmédicalisées, alors que d’autres sont négligées ou sous-médicalisées ? Qui sont les professionnels confrontés aux patients âgés, et comment les définitions de la vieillesse et du vieillissement varient-elles selon les spécialités médicales, la position dans la division sociale du travail médical ou encore selon les parcours biographiques des différents professionnels de santé ? On sait que les généralistes sont les praticiens « en première ligne » des soins aux personnes âgées : quelle est leur poids dans l’orientation de leurs patients âgés vers des prises en charge médicales plus lourdes ou plus spécialisées ? Dans quelle mesure les luttes internes au champ médical ou encore les conditions de fonctionnement du système médical (exemple : les urgences) produisent-elles des appels à la démédicalisation ? L’examen de ces questions permettrait ainsi de montrer les effets différenciés, voire contradictoires, de l’âge sur les prises en charges médicales des vieux en raison des variations sociales de la construction et de l’usage des catégories d’âge, en particulier à la vieillesse.

2. La médicalisation de la santé des personnes âgées 

Dans quelle mesure et par qui la vieillesse est-elle construite comme un « facteur de risques » sanitaires ? De l’identification des risques à la prévention, et de la prévention à la médecine anti-âge, comment les symptômes de la vieillesse, en dehors de toute pathologie déclarée, sont-ils interprétés médicalement ? Comment les définitions de la vieillesse induisent-elles un certain nombre de recommandations relatives à la santé ? Cette médicalisation de la santé peut être saisie aussi bien à travers les programmes de santé publique que par les intermédiaires de la santé (qu’ils appartiennent au monde médical ou non), les groupes professionnels travaillant auprès des personnes âgées ou encore les personnes âgées elles-mêmes. Quels sont les conseils de prudence et de modération spécifiquement adressés aux populations âgées ? Sur quelles visions du monde et de la vieillesse se fondent-ils ? Peut-on mettre en évidence, au sein des rhétoriques et des lexiques médicaux, l’influence de représentations communes de la vieillesse et du vieillissement ? Comment les personnes âgées elles-mêmes prennent-elles en charge leur santé ? Se conforment-elles aux recommandations des médecins ? Les refusent-elles ou les ignorent-elles ? Comment définissent-elles le vieillissement ? Quelle place les questions de santé ou de maladie occupent-elle dans l’appréhension du vieillissement, tant par les personnes âgées que par leurs proches, ou encore par les professionnels de santé ? Quelle place les professionnels de santé occupent-ils dans la vie des personnes âgées ? Cette médicalisation trouve aussi son extension dans les réseaux de soins construits dans le champ des technologies pour la santé, en particulier dans ses développements en matière de télévigilance, télésurveillance. Elle mobilise des tensions entre différents médecins et aussi entre médecins et ingénieurs, entre technologues et accompagnateurs de liens sociaux.

3. Les médecins et le monde médical comme entrepreneurs de morale

Quelles sont les définitions d’une vieillesse « réussie » ? Les médecins, par leur pouvoir de prescription et par l’efficacité généralement reconnue de leur action, ont une action normalisatrice et moralisatrice. Quand outrepassent-ils les limites de leur compétence ? Avec quelles populations ? Dans quels domaines ? Comment les médecins, de manière différenciée selon leur spécialité, norment-ils la vieillesse ? Comment le savoir (ou parfois seulement le discours) médical devient-il une ressource pour standardiser, normaliser, voire moraliser la vieillesse, en fournissant des motifs de légitimation de prescriptions ou de proscriptions de pratiques ? Diverses thématiques peuvent être explorées en ce sens : le socle représentationnel relatif à l’autonomie, tel que véhiculé par le corps médical, les injonctions en matière d’activité physique ou d’alimentation, mais également à propos des relations interpersonnelles des aînés, qu’elles soient familiales ou sociales.

4. Des définitions alternatives du vieillissement

Comment les personnes âgées échappent-elles à l’emprise médicale ? Dans quelles circonstances ? Quelles sont les représentations et les pratiques du vieillir alternatives aux définitions sanitaires ? Comment et dans quels contextes sociaux les saisir ? La recomposition actuelle des frontières entre les politiques sociales/médico-sociales/sanitaires, avec l’arrivée des ARS dans le champ du vieillissement, oblige les acteurs traditionnels en charge de l’aide et des soins aux personnes âgées à se repositionner. Comment les normes professionnelles, les valeurs, les définitions du vieillissement et de la vieillesse sont-elles infléchies dans ce contexte renouvelé ? Quelles pratiques sont l’enjeu de luttes de définition ? Des formes de résistance des vieilles personnes aux injonctions de la médicalisation sont identifiées. Leurs manifestations varient selon les contextes sociaux ; les appartenances à des réseaux d’échange (associatifs, militants), le recours aux blogs, aux instruments de démocratisation sanitaire. Les formes d’empowerment ainsi construites parviennent à construire des manières de vieillir qui tiennent certaines formes d’exercice du pouvoir médical à distance. Comment la question du non-recours aux soins éclaire-t-elle les distances entre des définitions médicales et des définitions profanes de la vieillesse et des « misères » qui l’accompagnent ?

Ces différentes interrogations peuvent être mises en œuvre dans des contextes et à des échelles variés : les programmes de santé publique, les groupes professionnels (médicaux et non médicaux) en charge des personnes âgées, les médiateurs chargés de la diffusion du savoir médical sur la vieillesse, les personnes âgées elles-mêmes.

Calendrier :

Les propositions de communication, d’une page environ, et mentionnant l’adresse et le rattachement institutionnel des auteurs, sont à adresser à :

 avant le 18 juillet 2012

  • Les communications seront sélectionnées et les auteurs prévenus à partir du 1er octobre 2012
  • Des textes courts (20 000 - 30 000 signes) seront attendus pour le 1er décembre 2012, pour faciliter le travail des discutants, et dans l’optique d’une publication.

Notes

  • [1] Ces remarques ne sont pas valables pour les autres pays francophones. Le centre interfacultaire de gérontologie de Genève a ainsi travaillé de manière interdisciplinaire très précocement. Les analyses de la fragilité telles qu’elles ont été développées par C. Lalive d’Epinay sont un bon exemple de l’intégration des problématiques de santé dans l’analyse de la vieillesse.
  • [2] « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité » : préambule à la Constitution de l'Organisation Mondiale de la Santé, adopté par la Conférence Internationale sur la Santé, New York, 19 juin -22 juillet 1946; signé le 22 juillet 1946 par les représentants de 61 Etats. (Actes officiels de l'OMS, n°. 2, p. 100)

Dates

  • mercredi 18 juillet 2012

Mots-clés

  • Vieillir, vieillesse, vieillissement, médicalisation, démédicalisation, personnes âgées, santé, maladie, grand âge

Contacts

  • Anastasia MEIDANI
    courriel : ameidani [at] univ-tlse2 [dot] fr

Source de l'information

  • Anastasia MEIDANI
    courriel : ameidani [at] univ-tlse2 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Vieillir : entre médicalisation et démédicalisation », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 08 juin 2012, http://calenda.org/208887