AccueilL'échec a-t-il des vertus économiques ?

L'échec a-t-il des vertus économiques ?

Does failure have economic virtues.

Congrès de l'Association française d'histoire économique

Association française d'histoire économique congress

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Publié le mardi 19 juin 2012 par Elsa Zotian

Résumé

À l’occasion de son Congrès 2013, l’AFHE propose de s'intéresser aux vertus économiques de l'échec et de contribuer ainsi à combler une lacune de l’historiographie. Afin de mieux saisir l’esprit de ce colloque, nous lançons trois pistes autour du thème retenu : anticiper, faire face, surmonter. Les propositions de communication pourront porter aussi bien sur des exemples précis que sur des analyses plus générales, des époques anciennes aux sociétés contemporaines, couvrir tous les continents, tous les types d’acteurs : gouvernements, entrepreneurs, associations, individus. Les propositions devront être adressées au comité scientifique du Congrès pour le 15 septembre 2012 au plus tard et comprendre le titre de la communication, un résumé en français de 3 000 caractères espaces compris, l’institution d’appartenance et un bref CV du ou des auteurs. Les propositions complètes sont à adresser à afhe.association@gmail.com.

Annonce

Argumentaire

L’historiographie abonde de succès, de réussites et de conquêtes, au risque d’oublier les échecs, tout aussi nombreux, qu’ils soient humains, financiers, commerciaux, stratégiques, technologiques ou politiques. Les travaux d’histoire économique et sociale, lorsqu’ils s’intéressent à cette question, ne réussissent pas toujours à en dévoiler les ressorts et les conséquences. Au-delà de la légende de Bernard Palissy ou de la mode contemporaine de la sérendipité, l’échec ne serait-il qu'un succès différé, une preuve d’héroïsme technique et économique ? Est-il synonyme de fin ou de terminus pour l’historien ? Comment ce dernier le perçoit-il et l’analyse-t-il, en regard des enjeux qui lui sont propres ? Et quels sont, pour les contemporains, les éléments qui permettent d’en comprendre la réception, l’analyse et la sanction ? Faut-il y voir la source des efforts d’autres agents, une simple étape au sein d’un processus d’innovation ?

Ces problèmes, et bien d’autres, questionnent notre rapport à l’échec, que l’on soit acteur ou historien. Faire varier les échelles d’analyse – temporelle, spatiale et sociale – peut aider à en révéler les multiples dimensions. Peut-on envisager qu’un abandon dans le temps court suscite des adaptations ultérieures et/ou débouche sur une réussite à plus long terme ? Que doivent les grandes découvertes aux échecs européens en Méditerranée orientale ? La diffusion de la pomme de terre dans l’alimentation humaine résulte-t-elle de la succession des disettes ? Comment analyser les nombreuses tentatives de lancer des automobiles électriques, leurs échecs commerciaux, et les progrès techniques ainsi réalisés ?
Ces quelques exemples illustrent la nécessité de préciser l’échelle à laquelle on constate l’échec, avant d’en tirer les conséquences, d’autant que l’échec des uns forge parfois le succès des autres. Peut-on même en envisager les retombées imprévisibles, pas nécessairement négatives, que l’on se place au niveau des individus, des familles, des sociétés ou de l’humanité toute entière, voire articuler ces différents niveaux, en interrogeant par exemple l’histoire coloniale ou l’implantation des multinationales ?

1. Anticiper

Du point de vue économique et social, l’échec apparaît autant une sanction de l’action que de l’inaction. Certes, les entrepreneurs savent qu’ils peuvent se trouver confrontés à des difficultés, passagères ou durables, sectorielles ou générales, conjoncturelles ou structurelles, internes ou extérieures, et dont le degré de gravité peut mener à la faillite. Mais comment doivent-ils envisager les risques, s’y préparer, tenter d’en cerner les contours, les manifestations et les conséquences afin, le cas échéant, d’en atténuer les effets, voire de les circonvenir ?
Cette capacité de réflexion stratégique, qu’elle s’exerce sur le court, le moyen ou le long terme, caractérise notamment l’acteur institutionnel ou public : n’est-il pas le mieux à même d’envisager et de coordonner les intérêts particuliers selon un objectif commun ? Si l’appréhension et l’anticipation des risques et opportunités dépendent du contexte, comment prendre ce dernier en compte et échapper à la myopie d’acteurs situés, aux biais culturels, aux pesanteurs diverses ? N’est-ce pas d’ailleurs par référence au contexte que les acteurs tentent de prendre de la hauteur en se référant au passé ou au voisin, en utilisant les outils d’analyse et de comparaison disponibles, en anticipant coûts et attentes ?

2. Faire face

Lorsque pointe l’échec, plusieurs options s’ouvrent : c’est l’heure des choix. Faut-il choisir une gestion prudente, ou bien procéder à des ajustements limités en graduant la réponse ? Quand les difficultés s’intensifient, que l’échec devient manifeste, les choix se radicalisent : doit-on réorienter l’activité et se faire plus offensif, au risque parfois de la fuite en avant, ou au contraire abandonner un créneau, un projet… L’échec peut ainsi alimenter le repli et le conservatisme aussi bien que l’innovation et la prise de risques.
L’échec entraîne souvent une remise en question, qui ne va pas de soi : explorer ses causes semble parfois plus difficile que de les nier, de trouver des excuses, ou d’accabler un bouc émissaire. Si la remise en cause est une vertu possible de l’échec, quels en sont les lieux et les outils ? Comment et pourquoi interviennent institutions arbitrales ou judiciaires, écoles et universités, parlements et groupes professionnels, experts et auditeurs ? Plus largement, quels sont les rôles de l’opinion publique et le sens de l’action étatique ? Enfin, parce que l’échec force à choisir, il entraîne des bifurcations qui peuvent illustrer, modifier ou renforcer des phénomènes de dépendance de sentier, portant sur les spécialisations productives, les formes institutionnelles ou les dynamiques sociales : de la faillite d’une firme au déclin des empires, quelle part attribuer aux accidents ou aux blocages institutionnels ?

3. Surmonter

Quelle attitude adopter une fois l’échec matérialisé ? Renoncer, persévérer, utiliser ? Le renoncement même ne doit-il pas être nuancé ? Ne faut-il pas aussi en mesurer le sens et le poids, d’abord en envisageant les alternatives possibles, ensuite en évaluant qui en paye le prix ? Les sanctions symboliques ou matérielles associées à l’échec et leur répartition entre familles, organisations ou nations, loin d’être neutres, ne contribuent-elles pas à éclairer ses causes et ses conséquences ?
La persévérance suppose que l’action menée était la bonne, mais qu’un aléa ou une erreur a mené à l’échec : en modifiant le projet initial, en réorientant l’action, peut-on le surmonter ? En sens inverse, la persévérance découle-t-elle de l’absence d’autres solutions, d’impossibilités techniques, sociales ou politiques, ou encore du caractère inconcevable de toute alternative ?
L’utilisation de l’échec, enfin, peut-elle révéler une logique, au moins implicite, d’essai-erreur, écarter les acteurs de la voie dans laquelle ils s’engageaient, entraîner les stratégies vers d’autres horizons ? Certains échecs ne conduiraient-ils pas alors à des bénéfices individuels ou collectifs, révélant leurs conséquences positives à plus long terme, selon le régime de l’action inattendue, qui guide à leur corps défendant les acteurs soumis à des contraintes qui les dépassent.

Conditions de soumission

Les propositions de communication pourront porter aussi bien sur des exemples précis que sur des analyses plus générales, des époques anciennes aux sociétés contemporaines, couvrir tous les continents, tous les types d’acteurs : gouvernements, entrepreneurs, associations, individus.
Les propositions devront être adressées au comité scientifique du congrès et comprendre le titre de la communication, un résumé en français de 3 000 caractères espaces compris, l’institution d’appartenance et un bref CV du ou des auteurs.

pour le 15 septembre 2012 au plus tard

 Les propositions complètes sont à adresser à afhe.association@gmail.com

Comité d’organisation

  • P. Baubeau (U. Paris Ouest, IDHE),
  • N. Coquery (U. Lyon 2, LArhra),
  • G. Galvez –Béhar (U. Lille 3, IRHiS),
  • J. Jambu (U. Lille 3, IRHiS),
  • N. Marty (U. Perpignan, CRHISM),
  • M. de Oliveira (U. Lille 3 - IRHiS),
  • B. Touchelay (U. Lille 3 - IRHiS)

Dates

  • samedi 15 septembre 2012

Mots-clés

  • histoire économique, vertus, échec, anticiper, faire face, surmonter

Contacts

  • Association française d'histoire économique
    courriel : afhe [dot] association [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Nicolas MARTY
    courriel : nicomar [at] univ-perp [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L'échec a-t-il des vertus économiques ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 19 juin 2012, http://calenda.org/209021