AccueilGéographies des faits religieux

Géographies des faits religieux

Spatial approaches of religious facts

Carnets de géographes

*  *  *

Publié le mercredi 20 juin 2012 par Elsa Zotian

Résumé

Ce sixième numéro des Carnets de Géographes propose d’interroger les dimensions spatiales des faits religieux contemporains. Ce dossier devra être l’occasion de faire état des nouvelles approches spatiales des faits religieux, de l’appropriation possible des travaux d’expression non-française, ainsi que de l’émergence de nouveaux objets dont les approches spatiales peuvent se saisir. Nous proposons (non exclusivement) trois axes structurants qui sont autant de jalons pour de potentiels articles : le rôle des faits religieux dans l’aménagement et la morphologie de l’espace ; les relations entretenues entre le processus de mondialisation et les faits religieux ; les nouvelles spatialités des faits religieux et leurs enjeux sociaux dans les villes du Nord et du Sud.

Annonce

Argumentaire

« Ainsi la Géographie humaine (…) doit rendre compte de la part de ce labeur qui est marquée du signe religieux; il y a donc nécessairement une section de la Géographie humaine qui s’appellera Géographie des Religions. » Pierrre Deffontaines, 1948, Géographie et religions, Paris, Gallimard, p. 8.

Ce sixième numéro des Carnets de Géographes propose d’interroger les dimensions spatiales des faits religieux contemporains. Si l’intérêt de la géographie pour les manifestations de la vie religieuse est ancien (Deffontaines, 1948; de Planhol, 1957), la recherche récente, notamment en France, ne s’y est intéressée que ponctuellement, à l’occasion du festival de Géographie de Saint-Dié-des-Vosges en 2002, dans de trop rares dossiers de revues (Annales de Géographie, Nº 588, 1996; Géographie et Cultures, Nº 42, 2002; Herodote, Nº 119, 2005), ou encore dans des recherches isolées. Le constat de ce désintérêt contraste avec l’ampleur des débats médiatiques passionnels suscités par les phénomènes religieux.

Ce numéro des Carnets souhaite ainsi explorer les dimensions spatiales des faits religieux,  à des échelles multiples, à l’instar du  nombre croissant de travaux de recherche conduits dans le monde anglophone (Kong, 2010). Nous préférerons parler d’ « approches spatiales » plutôt que de « géographie des faits religieux » dans la mesure où les sciences connexes de la géographie – en particulier la sociologie et l’anthropologie – proposent régulièrement des travaux originaux, enrichissant considérablement la réflexion des géographes. Par ailleurs, si Pierre Deffontaines, qui privilégiait une approche du religieux par le biais des grandes institutions, pouvait parler de « géographie des religions », la pulvérisation et l’émiettement du marché des biens du salut (Bastian, 2007), de même que l’affirmation de « religiosités séculières » (Piette, 1993) invite à parler de « faits religieux » afin de tenir compte de toute la complexité et de la diversité du paysage religieux. Une telle expression permet « d’entrer dans l’intelligibilité des phénomènes religieux en étant attentif aussi bien à leurs dimensions de faits collectifs et matériels qu’à leurs dimensions de faits symboliques et sensibles » (Willaime, 2010 : 367).

Ce dossier devra être l’occasion de faire état des nouvelles approches spatiales des faits religieux, de l’appropriation possible des travaux d’expression non-française, ainsi que de l’émergence de nouveaux objets dont les approches spatiales peuvent se saisir. Les travaux sur les dimensions spatiales des faits religieux se déploient dans des directions multiples et il paraît difficile de faire état de l’ensemble des thématiques.

Nous proposons cependant trois axes structurants qui sont autant de jalons pour de potentiels articles :

  • Le rôle des faits religieux dans l’aménagement et la morphologie de l’espace.

Cet axe valorise une approche culturelle et sociale qui montre comment la puissance normative des contenus religieux se traduit par des ordonnancements spécifiques des lieux et des temporalités des sociétés. Ces ordonnancements sont susceptibles de fonctionner à des échelles multiples,  de l’international au micro-local.

  • Les relations dialectiques entretenues entre le processus de mondialisation et les faits religieux.

Nous parlons de relations dialectiques au sens où des institutions religieuses ont favorisé la mise en place d’un « système-monde » – le Catholicisme en constitue l’exemple idéal-typique – et plusieurs aspects de la mondialisation – les nouvelles technologies de l’information et de la communication et les migrations internationales notamment – favorisent la diffusion, la circulation, les échanges et les mélanges des contenus religieux, formant des communautés religieuses transnationales. Ce couple mondialisation/faits religieux doit donc s’appréhender aux échelles aussi bien globale (logique de diffusion, de transnationalisation, effets de répartition, confrontations géopolitiques) que locale (logique par laquelle des recompositions locales sont le fait de dynamiques mondiales). On pourra s’interroger sur la place de la nation dans cette articulation du local au global : si cette échelle est souvent évacuée, il semble pourtant que les appartenances nationales puissent jouer un rôle dans la transnationalisation des pratiques religieuses, et restent présentes dans les représentations qu’ont les acteurs de ces pratiques (Bava et Capone, 2010). On s’intéressera enfin à l’émergence de « logiques duales » qui accompagnent le processus de mondialisation (homogénéisation vs fragmentation des systèmes religieux et des pratiques, transnationalisme vs particularisme local…) ainsi qu’aux formes hybrides qui  se développent au sein de certaines religions transnationales (Bava et Capone, 2010; Beyer, 2005; Mary, 2001).

  • Les nouvelles spatialités des faits religieux et leurs enjeux sociaux dans les villes du Nord et du Sud.

Ce troisième axe doit permettre de rendre compte des situations de cohabitation des systèmes religieux dans des espaces communs et des nouvelles spatialités des faits religieux dans un contexte de diversification de l’offre religieuse et de sécularisation des sociétés (Wilford, 2010). Dans certains pays du Nord, on assiste à  une remise en cause de la légitimité des signes religieux dans les espaces urbains, qu’ils s’agissent de lieux ou de vêtements, par des débats intenses sur la « juste place » accordée aux groupes religieux minoritaires (Hancock, 2009), ainsi que par des phénomènes de recompositions au sein des institutions religieuses établies (Bonneville, 2001). Dans les villes du Nord comme du Sud, les dynamiques religieuses viennent témoigner du rôle de la religion dans l’insertion des nouveaux arrivants et des fonctions nouvelles qu’elle occupe dans la vie urbaine (Fancello, 2009, Fath 2010).

Conditions de soumission

Les textes, rédigés en français ou en anglais, peuvent être proposés dans plusieurs rubriques de la Revue :

  • Carnets de recherches : les articles (30 à 50 000 signes) porteront sur des recherches réalisées ou en cours qui enrichissent les approches spatiales des faits religieux sur les plans théorique et empirique.
  • Carnets de terrain : les contributions, plus courtes (5 000 à 20 000 signes), seront l’occasion de revenir sur un thème classique des sciences sociales des religions, celui du rapport au terrain et des conditions de possibilité d’une approche scientifique des faits religieux (Barker, 1995). L’accent pourra être mis sur les difficultés de la recherche et les stratégies déployées pour les pallier.
  • Carnets de lectures : des textes courts (10 000 signes) qui éclaireront aussi bien des travaux pionniers et fondateurs que des approches contemporaines dans les approches spatiales des faits religieux. Les textes pourront porter sur des travaux relevant de la discipline géographique ainsi que de disciplines connexes comme la sociologie, l’anthropologie ou l’histoire.

Par ailleurs, ce numéro pourra comporter, dans chacune des rubriques, un certain nombre d’articles dans la ligne éditoriale de la revue hors du thème de cet appel à contribution.

coordinateurs du numéro

  • Frédéric Dejean
  • Lucine Endelstein

Informations pratiques

Les articles, accompagnés d’une présentation succincte de l’auteur (mentionnant l’institution de rattachement, le statut, ainsi que les publications et/ou communications récentes), sont attendus

pour le 15 novembre 2012

Ils doivent être envoyés à l’adresse suivante: lescarnetsdegéographes@gmail.com

La publication du numéro est prévue en mai 2013.

Les articles seront relus par deux évaluateurs anonymes.

Pour plus d’informations sur le format à respecter, voir : http://www.carnetsdegeographes.org/soumettre_article.php

Références cités

  • Barker Eieleen, 1995, « The Scientific Study of Religion? You must be joking! », Journal for the Scientific Study of Religion, Vol. 34, Num. 3, p. 287-310.
  • Bastian Jean-Pierre (éd.), 2007, Pluralisation Religieuse et Logique de Marché, Bern, Peter Lang.
  • Bava Sophie et Capone Stefania, 2010, « Religions transnationales et migrations : regards croisés sur un champ en mouvement». Autrepart, Num. 56, p. 3-16.
  • Beyer Peter, 2005, « Au croisement de l'identité et de la différence: les syncrétismes culturo-religieux dans le contexte de la mondialisation ». Social Compass, Num. 52(4), p. 417-429.
  • Bonneville Marc, 2001, « Les paroisses entre ancienne et nouvelle figures de la proximité », Les Annales de la recherche urbaine, Num. 90, p. 190-198.
  • Deffontaines Pierre, 1948, Géographie et religions, Paris : Gallimard.
  • Fancello Sandra, 2009, « du village au temple : les assemblées pentecôtistes comme espaces de sociabilité urbaine en Afrique, in Lieux de sociabilité urbaine en Afrique, FOURCHARD Laurent, Odile Goerg et Muriel Gomez-Perez, Paris: L'Harmattan, p. 357-380.
  • Fath Sebastien, 2010, « La gestion du stigmate, entre local et global : trois mega-churches afro-caribéennes à Paris. » in ENDELSTEIN Lucine, FATH Sébastien et MATHIEU Séverine, Dieu change en ville. Religion, Espace  et immigration, Paris : L’Harmattan, p. 115-135.
  • Hancock Claire, 2009, « La justice au risque de la différence: faire une ´juste place à l'Autre », Annales de géographie, Num. 665-666, Vo. 1-2, p. 61-75.
  • Kong Lily, 2010, « Global shifts, theoretical shifts: changing geographies of religion», Progress in Human Geography, Vol. 34, Num. 6, p. 755-776.
  • Mary André, 2001, «Globalisation des pentecôtismes et hybridité du Christianisme africain», in Bastian Jean-Pierre, Champion Françoise et Rousselet Kathy, La globalisation du religieux, Paris : L’Harmattan, p. 153-168.
  • Piette Albert, 1993, Les religiosités séculières, Paris : Presses Universitaires de France.
  • De Planhol Xavier, 1957, Le monde islamique, essai de géographie religieuse, Paris : Presses Universitaires de France.
  • Wilford, Justin, 2010, « Sacred archipelagos: geographies of secularization», Progress in Human Geography, Vol. 34, Num. 3, p. 329-348.
  • Willaime Jean-Paul, 2010, « faits religieux », in AZRIA Régine et Danièle Hervieu-Léger, Dictionnaire des faits religieux, Paris : Presses Universitaires de France, p. 361-367.

Comité scientifique

  • Augustin Berque
    Géographe et orientaliste, directeur d'études à l'EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales)
  • Henri Desbois
    Maître de conférences, géographe, Université Paris Ouest Nanterre la Défense
  • Guy Di Méo
    Professeur de géographie à l’Université de Bordeaux 3
  • Alain Dubresson
    Professeur de Géographie, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, laboratoire GECKO
  • Philippe Gervais-Lambony
    Géographe, Université de Paris Ouest Nanterre La Défense
  • Frédéric Landy
    Professeur de géographie, Paris Ouest-Nanterre-La Défense, membre associé du Centre d'Études de l'Inde et de l'Asie du Sud.
  • Isabelle Lefort
    Professeur en géographie à l’Université de Lyon 2
  • Emmanuel Ma Mung
    Directeur de recherches CNRS, Université de Poitiers
  • Alain Musset
    Géographe, Directeur d'études à l'EHESS, membre du conseil scientifique de l'Institut des Amériques
  • Jean-Luc Piermay
    Professeur de Géographie, Université de Strasbourg, membre associé du laboratoire GECKO
  • Monique Poulot
    Professeur de géographie, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, laboratoire GECKO
  • Pierre Signoles
    Professeur émérite, Université de Tours, EMAM (Equipe Monde arabe et Méditerranée) de l'UMR 6173 CITERES
  • Jean-François Staszak
    Professeur, Département de géographie, Université de Genève
  • Hervé Théry
    Directeur de recherche au CNRS-Creda, Professeur invité à l'Université de São Paulo (USP)

Dates

  • jeudi 15 novembre 2012

Mots-clés

  • religion, approches spatiales, minorité, visibilité, mondialisation

Contacts

  • Les carnets de géographes
    courriel : lescarnetsdegeographes [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • amandine spire
    courriel : lescarnetsdegeographes [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Géographies des faits religieux », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 20 juin 2012, http://calenda.org/209045