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Temporalités et autobiographie

Time and autobiography

Temporalités n°17

Temporalités 17

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Publié le mercredi 20 juin 2012 par Elsa Zotian

Résumé

L’autobiographie articule et confronte temporalités vécues et temporalités narratives. Les évolutions affectant les premières peuvent transformer les secondes : le projet de ce numéro est de faire un point approfondi sur les dimensions internes de chacune de ces temporalités et leurs relations mutuelles, qui affectent en profondeur les manières de se raconter. En décomposant le terme auto-bio-graphie, on peut ainsi préciser la thématique du numéro.

Annonce

Liminaire

La revue Temporalités propose de remettre en chantier l’analyse des rapports entre temporalités et autobiographie, en posant la question générale suivante : y a-t-il des changements dans les manières de se raconter ?

Pour beaucoup, les parcours de vie contemporains sont en effet marqués par la fragilisation des trajectoires. Des bifurcations sensibles peuvent affecter les choix et les formes de vie : insertion et emploi se précarisent en même temps que les cadres familiaux se fragilisent et se recomposent. Faire sa carrière dans la même institution ou organisation n’a plus les mêmes valeurs d’exemplarité et de reconnaissance sociale que pour les générations précédentes. Pour une fraction grandissante, la formation ne concerne plus les seuls moments de l’enfance ou de la jeunesse, mais affecte d’autres périodes de la vie « adulte ». Le parcours de vie peut être ainsi marqué par de nombreux changements à la prévisibilité incertaine et qui rendent caduques les deux grandes transitions de naguère – entrée dans la vie adulte et passage à la retraite –, en les allongeant et en les complexifiant. On peut ainsi faire l’hypothèse d’une « déstandardisation » des parcours de vie à l’amplitude certes incertaine, mais où il est tendanciellement possible de se former, aimer, bifurquer à tout âge, par nécessité, par choix, par contrainte (Dubar, 2004).

On peut se demander si les grands développements de l’autobiographie auxquels nous avons assisté depuis les années soixante-dix ne correspondaient pas au « genre littéraire d’une époque », c’est-à-dire à l’avènement d’un sujet capable d’auto-formation en des contextes changeants mais suffisamment stables pour anticiper un devenir, une trajectoire, une mobilité. L’autobiographie est le genre de texte par excellence dans le cadre duquel s’effectue une dévolution à l’individu « héroïque » d’une construction de sa trajectoire. Toutefois, elle se produit en des repères encore normés par la carrière monovalente et les grandes transitions de la vie active et de la retraite (Baudouin, 2010).

Bien entendu, ces processus ne sont pas systématiques, mais ils peuvent fortement travailler les biographies actuelles : on peut se demander si la transformation des parcours de vie contemporains n’affecte pas les manières de se raconter et les genres de l’autobiographie. L’hypothèse de travail serait la suivante : à une (supposée) temporalité standard de production des parcours de vie correspond un genre par excellence d’expression de soi : l’autobiographie, telle qu’analysée et conceptualisée par les travaux de Lejeune (1975) ; à des temporalités pluralisées, stochastiques, déchronologisées correspondraient des adaptations des genres de l’expression de soi à définir et à apprécier.

Si l’autobiographie comme roman de formation définit le genre par excellence de la modernité, quel est celui correspondant aux temporalités actuelles ?

Problématique du numéro Temporalités et autobiographie

L’autobiographie articule et confronte temporalités vécues et temporalités narratives. Les évolutions affectant les premières peuvent transformer les secondes : le projet de ce numéro est de faire un point approfondi sur les dimensions internes de chacune de ces temporalités et leurs relations mutuelles, qui affectent en profondeur les manières de se raconter.

En décomposant le terme auto-bio-graphie, on peut ainsi préciser la thématique du numéro.

1. Auto… ou du côté du sujet

1.1 Temporalités du moi et du soi.

Le postulat de toute autobiographie et plus largement de tout récit de soi est l’existence d’un « je » qui se raconte, que ce « je » soit considéré comme un tout constitué, une unité stable dans le temps, ou au contraire un éparpillement d’états plus ou moins successifs conduisant à une pluralité des identités. La naissance du sujet, depuis Descartes, a rendu possible l’écriture et le récit de ce sujet. Le sujet contemporain constitue-t-il une nouvelle forme ? Et dans la mesure où cette considération est valide, comment s’exprime-t-il ? Nous souhaiterions nous demander comment la compréhension de la notion de sujet, son ancrage dans le temps et sa temporalité propre influencent l’écriture du soi par le moi.

1.2 Temporalités du moi dans le monde et temporalités du récit

Les formes d’expression de soi se sont diversifiées depuis le modèle rousseauiste.

Ces formes abordent chacune à sa manière le traitement des temporalités, dans toute leur diversité. Il s’agira donc de se demander quelles sont ces formes et comment ces variantes du récit de soi et de l’autobiographie traditionnelle appréhendent les articulations entre la temporalité du moi et du moi dans le monde, c’est-à-dire entre les temporalités vécues et les temporalités du récit.

1.3. Temporalités du moi et temporalités du monde

Le « je » est ancré dans un contexte, qu’on le désigne par la notion de temps présent, ou contemporain ; on y décèle une portée historique ou non, et on parle alors plus spécifiquement de mémoires ou d’autobiographie. Ce temps présent est doté d’une temporalité propre, et il convient de s’interroger sur l’articulation entre autobiographie et temporalités du monde dans lequel vit le scripteur. Dans quelle mesure observe-t-on dans l’autobiographie un nouveau rapport au temps présent, un nouvel ancrage dans l’histoire, une nouvelle approche du contexte d’écriture ?

2. ...bio… ou du côté de la vie

2.1. Vies et temporalités plurielles

À la pluralisation des temporalités vécues correspond-il une diversification des formes d’expression de soi ? Quels sont les genres en compétition dans le champ ? Comment travaillent-ils les temporalités constitutives des formes de vie ? Autobiographie, autofiction, témoignage thématique et historique, mémoires, fragments : comment appréhender les formes contemporaines des expressions de la pluralisation des temporalités ? Certains genres comme l’autofiction sont-ils mieux appropriés à la complexité des temporalités et des identités ? Les formes romanesques elles-mêmes ne sont-elles pas travaillées par la prolifération des expressions de soi ?

2.2 Vers de nouvelles rhétoriques ?

La rhétorique de base de l’autobiographie – se raconter à partir de constantes dont on cherche l’origine dans l’enfance (Lejeune, 1996) – est-elle toujours valide ? De nouvelles rhétoriques sont-elles en train d’émerger ? Renonce-t-on à l’identification de constantes et de permanences, ou peut-on identifier de nouveaux standards de vie? Comment sont traités les processus de transformation personnelle ou de « reconversion » identitaire ? On estime que la périodisation (enfance, jeunesse, etc.) est consubstantielle à l’autobiographie : qu’advient-il de ces périodisations dans les expressions des parcours de vie contemporains ?

Si le genre autobiographique suppose un traitement spécifique de la temporalité, quel peut-il être actuellement ? Plus généralement, le traitement traditionnel de la temporalité dans l’autobiographie est-il définitoire de ce genre ? La conception du sujet qui fonde les autobiographies traditionnelles est-elle elle aussi définitoire, et comment l’écriture de soi se transforme-t-elle lorsque l’unité de ce « moi » est éclatée ?

3. ...graphie… ou du côté de l’écriture

3.1. Temporalités de l’écriture, de la narration et de la vie vécue

L’écriture de l’autobiographie a sa temporalité propre, son rythme et son tempo. Comment cette temporalité s’articule-t-elle à la temporalité de la vie vécue et à celle de la vie racontée ? Comment le récit est-il informé par les temporalités particulières de l’écriture de soi ? Le rapport entre temporalité de l’écriture et temporalité du raconté peut être de l’ordre de l’homologie ou de la distorsion, de l’éclairage réciproque ou de la déconnexion, ou d’autres facteurs à déterminer : on pourra donc étudier l’expérience temporelle de l’écriture et son rapport à l’expérience temporelle racontée, ainsi que les moyens linguistiques mis en œuvre pour dire ces expériences temporelles.

3.2.  Temporalités de l’écriture et temporalités des médias

Pour ce qui concerne la diversification des genres et l’éloignement par rapport aux genres de référence, il sera aussi opportun de travailler l’impact qu’ont les nouveaux supports et les nouveaux médias, notamment ceux des nouvelles technologies de l’information et de la communication sur les récits de soi. Cette diversification tend du reste à renouveler l’approche de l’intimité et de l’extimité : comment se raconte-t-on lorsque ce nouveau type de récit peut associer écrit, image et vidéo et circuler sur la toile, avec la vitesse de diffusion que l’on sait ? On pourra également envisager les réseaux sociaux comme constituant une nouvelle forme d’écriture de soi.

3.3. Temporalités de la réception

Enfin, quel est l’impact de l’ensemble des évolutions de l’écriture de soi sur la réception du genre ? Dans quelle mesure gênent-elles ou favorisent-elles la réception par rapport à celle d’une autobiographie de format traditionnel ? Comment lire le récit d’une vie appartenant à ce nouveau régime temporel ? Ces renouvellements du genre constituent-ils déjà un nouvel horizon d’attente ?

Numéro coordonné par

  • Jean-Michel Baudouin (Université de Genève)
  • Natalia Leclerc (Université de Bretagne Occidentale / Université Européenne de Bretagne)

Références

  • Baudouin, J.-M. (2010). De l'épreuve autobiographique. Genève : Peter Lang.
  • Dubar, C (2004). « Régimes de temporalités et mutation des temps sociaux », Temporalités [En ligne] URL : http://temporalites.revues.org/661.
  • Lejeune, Ph. (1975). Le Pacte autobiographique. Paris : Seuil, Coll. Points.
  • Lejeune, Ph. (1996). « L'ordre d'une vie ». In M. Contat (Ed.), Pourquoi et comment Sartre a écrit “Les Mots” (pp. 49-120). Paris : PUF.

Envoi des projets d’articles

  • Les auteurs devront prendre contact avec les coordinateurs du numéro (Jean-Michel.Baudouin@unige.ch ou natalialeclerc@gmail.com) et envoyer une copie de leur projet d’article au secrétariat de rédaction : francois.theron@uvsq.fr
  • Ce projet, composé d’un titre et d’un résumé d’une page de 5 000 signes maximum, ainsi que du nom, des coordonnées et de l’affiliation institutionnelle de l’auteur, doit être envoyé

avant le 15 septembre 2012.

  • Disciplines sollicitées : Histoire ; psychologie clinique et psychanalyse ; sciences de la littérature et histoire littéraire ; sociologie ; anthropologie ; sciences de l'éducation ; sciences de l’information et de la communication.

Calendrier

  • Réception des propositions : 15 septembre 2012
  • Réponse des coordinateurs : 1er octobre 2012
  • Réception des articles : 15 décembre 2012
  • Retour des expertises : 1er février 2013
  • Version révisée : 1er avril 2013
  • Sortie : 15 juillet 2013

Comité scientifique

  • Nadya Araujo Guimaraes
    Professeur de sociologie à l’université de São Paulo. Rôle des institutions sur le marché du travail, liens entre genre, origine ethnique et emploi.
  • Thierry Blin
    Maître de conférences en sociologie à l’université Montpellier III. Action collective, mouvements sociaux, mais aussi l’œuvre d’Alfred Schütz.
  • Jean-Yves Boulin
    Chargé de recherche CNRS à l’Irisso (Dauphine). Temps de travail, temps de la ville.
  • Maryse Bresson
    Professeur de sociologie à l’université de Versailles – Saint-Quentin. Membre du laboratoire Printemps, spécialisée dans la sociologie des précarités et de l’intervention sociale.
  • Nathalie Burnay
    Docteur en sociologie, enseigne à l’université catholique de Louvain. Chômage, retraite, transmission.
  • Beate Collet
    Maître de conférences en sociologie à Paris IV – Sorbonne. Mixités conjugales, citoyenneté, articultation vie professionnelle et familiale, comparaisons France-Allemagne.
  • Frédéric de Coninck
    Ingénieur général des ponts et chassées habilité à diriger des recherches en sociologie. Directeur de l’école doctorale Ville et environnement de Paris Est. Codirige le numéro 16 sur les conflits de temporalités dans les organisations.
  • Ghislaine Gallenga
    Maître de conférences au département d’anthropologie de l’université de Provence, elle est responsable de l’axe de recherches « Transformations des entreprises, des métiers et des espaces » au laboratoire Idemec, où elle conduit des recherches de terrain en ethnologie de l’entreprise.
  • Corinne Gaudart
    Chargée de recherche CNRS en ergonomie au Laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique (Lise – CNAM). Conditions de travail, ergonomie du travail.
  • Abdelhafid Hammouche
    Professeur de sociologie à Lille 1 et directeur du Clersé. Action publique dans l’espace urbain, famille en situation migratoire, rapports d’autorité intergénérations.
  • Christian Lalive d’Épinay
    Professeur honoraire au centre interfacultaire de gérontologie de Genève. Parcours de vie, vieillesse, loisirs et travail, récits de vie, culture et dynamique des sociétés industrielles.
  • Michel Lallement
    Professeur de sociologie au CNAM et ancien directeur du Lise. Régulations du travail et de l’emploi, travail et utopie, trajectoires sociales et production culturelle…
  • Carmen Leccardi
    Professeur de sociologie à l’université Bicocca de Milan. Processus de mutations culturelles, implications éthiques et de pouvoir de la question temporelle.
  • Élisabeth Longuenesse
    Chercheuse en sociologie à l’Institut français du proche-orient (Ifpo). Travail et question sociale, professions savantes et syndicalisme professionnel, migrations et mobilités. Coordonne le numéro 15 de Temporalités sur le monde arabe, à paraître en juin 2012.
  • Catherine Omnès
    Professeur d’histoire contemporaine à l’université de Versailles – Saint-Quentin, dont elle dirige le département d’histoire, présidente du conseil scientifique du Comité d’histoire de la sécurité sociale, Catherine Omnès travaille sur les marchés du travail et les trajectoires professionnelles, la santé et la sécurité au travail, et les pratiques et politiques patronales.
  • Vanilda Païva
    Professeur retraitée de l’université fédérale de Rio de Janeiro. Sociologie de l’éducation.
  • Agnès Pélage
    Maître de conférences en sociologie à l’UVSQ et membre du laboratoire Printemps. Classes sociales, construction sociale du droit du travail, direction de l’enseignement secondaire.
  • Jérôme Pélisse
    Maître de conférences en sociologie et directeur du laboratoire Printemps. Négociations dans le milieu du travail, temps de travail, action publique en matière d’emploi, sociologie du droit.
  • Emília Rodrigues Araújo
    Professeur de sociologie à l’université de Minho (Portugal) : sociologie de la culture et représentations du temps.
  • Laurence Roulleau-Berger
    Directrice de recherche CNRS en sociologie. Villes internationales (Europe et Chine et économies plurielles), emploi, migrations, désoccidentalisation de la sociologie.
  • Diane-Gabrielle Tremblay
    Professeur de sociologie et d’économie du travail (Télé-enseignement, Montréal). Gestion des ressources humaines, temps de travail, politiques d’emploi…
  • Didier Vrancken
    Professeur de sociologie à l’université de Liège et directeur du Centre de recherche et d’interventio sociologiques. Action et intervention. en siuation d’incertitude. Parcours de vie.

Dates

  • samedi 15 septembre 2012

Mots-clés

  • temporalités, autobiographie, littérature, narration, histoire

Contacts

  • François Théron
    courriel : francois [dot] theron [at] uvsq [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • François Théron
    courriel : francois [dot] theron [at] uvsq [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Temporalités et autobiographie », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 20 juin 2012, http://calenda.org/209047