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Le projet migratoire : intentionnalité et expériences des acteurs

The migration project: intentionality and experiences of actors

Quelles approches méthodologiques ?

What methodological approaches?

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Publié le lundi 02 juillet 2012

Résumé

De plus en plus présente dans la littérature sur les migrations internationales depuis le début des années 2000, la notion de projet migratoire n’a pourtant pas fait l’objet d’une théorisation systématique, au point que le caractère opérationnel de la notion interroge. Ce séminaire abordera la notion de projet migratoire en privilégiant la dimension méthodologique, questionnant notamment l'intentionnalité des individus en fonction des expériences acquises, de même que l'espace-temps au travers des notions de bifurcation et d'événement.

Annonce

Argumentaire

De plus en plus présente dans la littérature sur les migrations internationales depuis le début des années 2000, la notion de projet migratoire n’a pourtant pas fait l’objet d’une théorisation systématique, au point que le caractère opérationnel de la notion interroge.

Un premier atelier de travail autour de cette notion a été organisé en 2011 à Agadir, avec comme fil conducteur, la manière dont le projet migratoire a été envisagé jusque là, autant en termes de définitions que d’approches ainsi que les conditions de son émergence dans la littérature scientifique. Différents axes de réflexion qu’il conviendrait de poursuivre, ont émergé au cours de ces deux journées :

  • Le projet migratoire interroge l’espace-temps, ouvrant une réflexion plus large sur la spatialisation du temps, ainsi que sur la continuité temporelle versus continuité spatiale. Les notions de bifurcation, d’événement ou de rupture ouvrent un champ de réflexion permettant de penser le temps dans une logique non-linéaire ; qu’en est-il alors de la dimension spatiale, d’une possible spatialisation de ce temps non-linéaire ?
  • Le projet migratoire pose la question de l’intentionnalité de l’individu ; si celle-ci se construit en fonction des expériences acquises (d’un savoir-faire), elle dépend aussi du pouvoir-faire de cet individu, de sa capacité à accomplir son autonomie. Cette dimension de l’intentionnalité est liée à la distinction entre ce qui est de l’ordre du possible et du probable, sachant qu’entre le savoir et le pouvoir se glisse le rêve, l’imagination, une fantasmagorie du futur. Quelles sont les relations entre ces trois niveaux, les expériences accumulées, le pouvoir (au sens de capacité) et l’onirique, niveaux auxquels il faudrait ajouter les interactions ? Permettent-elles une approche du projet migratoire ?
  • La migration place l’individu dans une situation d’incertitude plus ou moins temporaire. Comment l’individu œuvre-t-il dans ce contexte d’incertain ? Le projet migratoire constitue-t-il l’une des réponses possibles, en introduisant la dimension du possible et/ou du probable dans ce contexte ?

L’objectif de ce séminaire est de poursuivre ces réflexions en insistant plus particulièrement sur la dimension méthodologique et sur les croisements disciplinaires possibles. En effet, il est apparu que cette notion de projet migratoire est commune à toutes les sciences sociales, mais chacune ne l’entend ni de l’aborde en suivant les mêmes approches. Les différents axes présentés ci-dessus n’ont rien de limitatif, d’autres dimensions pouvant être abordées en fonction des expériences de recherche propres à chacun.

Séminaire organisé par Florence Boyer (IRD) et William Berthomière (CNRS

Si vous souhaitez participer, merci de vous inscrire à cette adresse florence.boyer@ird.fr, pour faciliter l’organisation de ces deux journées.

Programme

Lundi 9 juillet 2012

  • 10h00 : Introduction
    Mohamed Charef (Université Ibn Zohr, Agadir)
  • 10h30-11h30 : Continuité temporelle, contiguïté spatiale et création d’un monde-propre, le cas de la diaspora chinoise
    Emmanuel Ma Mung (Migrinter-CNRS)
  • 11h30-12h30
    Projets et expériences migratoires à l’épreuve des événements
    Marina Hily (Migrinter, CNRS)

12h30-14h00 : Pause-déjeuner

  • 14h00-15h00
    Transit, installation, circulation : quels choix méthodologiques pour quels projets migratoires en Afrique de l’Ouest ?
    Armelle Choplin (Université Paris-Est)
  • 15h00-16h00
    Aborder le projet migratoire dans sa rétrospection et dans une perspective de genre. Le cas des migrantes mauriciennes employées de maison en France
    Colette Lepetitcorps (Migrinter, CNRS)

16h00-16h15 : Pause

  • 16h15-17h15
    Quelle analyse des formes et des sens du « retour » dans la construction des parcours migratoires ?
    Laurent Faret (SEDET, Université Paris-Diderot)
  • 17h15-18h15
    Le retour : horizon ou condition du projet migratoire ?
    Constance De Gourcy (Département de sociologie, Aix-Marseille Université)

Mardi 10 juillet 2012

  • 9h30-10h30
    Du projet à l’analyse de la configuration sociale de l’acteur migrant.
    Mahamet Timera (URMIS, Université Paris-Diderot)
  • 10h30-11h30
    Attentes et suspension : le projet migratoire des femmes somaliennes immobilisées à Malte
    Camille Schmoll (Géographie-Cités, Université Paris-Diderot

11h30-11h45 : Pause

  • 11h45-12h45
    Enfermement et projet migratoire. Les trajectoires d’étrangers en rétention en Roumanie
    Bénédicte Michalon (ADES, CNRS)

12h45-14h00 : Pause-déjeuner

  • 14h00-15h00
    Le projet migratoire : quelles implications théoriques et empiriques pour l'économie des migrations ?
    Gilles Spielvogel (D&S, Université de Paris I-IRD)
  • 15h00-16h00
    Le projet migratoire et les pratiques gouvernementales de racinement des migrants rapatriés coloniaux
    Yann Scioldo-Zürcher (Migrinter, CNRS)
  • 16h00-17h00 : Discussion finale – conclusion
    William Berthomière (Migrinter, CNRS), Florence Boyer (D&S, IRD)

Résumés des interventions

  • Continuité temporelle, contiguïté spatiale et création d’un monde-propre, le cas de la diaspora chinoise 

Emmanuel Ma Mung (Migrinter, CNRS)

Cet article pose la question de savoir comment un corps social spatialement dispersé peut se reproduire. La réponse proposée est que cette reproduction se réalise par la création d’un monde propre à la diaspora (un monde  approprié à son existence) dans laquelle interviennent plusieurs processus : la représentation et la conscience de la dispersion qui sont à la base de la formation d’une subjectivité collective ; l’introduction de la question des origines qui permet l’invention d’une continuité temporelle (généalogique) entre les individus ; l’approximation des individus qui permet de traduire le temps généalogique inventé en contiguïté spatiale imaginée et d’articuler ainsi un espace et un temps propres à la diaspora, un espace-temps approprié.

  • Projets et expériences migratoires à l’épreuve des événements

Marina Hily (Migrinter, CNRS)

Il s’agira d’explorer les rapports entre expériences migratoires, projet migratoire et  « évènements » (ce qui relève de l’inattendu),  lesquels modifient les actions des migrants en vue de, en sorte que le « projet migratoire » est sans cesse retravaillé. L’action de migrer et les expériences qui suivent alimentent et transforment le projet migratoire et met à l’épreuve les possibilités d’action du migrant. On s’appuiera sur des enquêtes menées dans une banlieue de Beyrouth pour montrer que les expériences migratoires deviennent un objet d’étude propres à prendre en compte des complexités qui ne s’inscrivent pas dans du continu et du linéaire. 

  • Transit, installation, circulation : quels choix méthodologiques pour quels projets migratoires en Afrique de l’Ouest ?

Armelle Choplin (Université Paris-Est)

L’expression « projet migratoire » n’a jamais constitué l’objet central de notre réflexion en tant que tel. Nous lui avons préféré celui de « trajectoire migratoire », à nos yeux plus ouvert, dans la mesure où il met moins l’accent sur l’intentionnalité (formulation consciente du projet) et permet de prendre davantage en compte la sérendipité (opportunité, hasard…). Ce séminaire sera l’occasion de revenir sur près de 10 années de recherche conduites en Afrique de l’Ouest, et plus précisément sur le cheminement opéré pour travailler sur la migration en Mauritanie. Les choix méthodologiques ont évolué parallèlement à la situation et à la nature de ces migrations.

Les premières enquêtes conduites autour des années 2004-2006 ont permis de reconsidérer la figure du migrant, trop souvent cantonnée à la seule image du jeune aventurier en partance vers l’Europe. Loin des clichés véhiculés par les médias et des images sensationnalistes de pirogues, nous nous sommes rendus compte que cette catégorie de migrants dite de « transit » ne s’accordait qu’avec une infime part des migrants (qui ont d’ailleurs souvent du revoir leur projet, entravé par les contrôles croissants). Il semblait alors intéressant de réfléchir aux trajectoires des nombreux individus rencontrés qui déclaraient être installés depuis longtemps ou réaliser d’incessants allers-retours entre leur pays d’origine et la Mauritanie.

Afin de saisir une situation et des projets migratoires plus complexes qu’il n’y paraissait de prime abord (projet de transit avorté, installation durable, circulation incessante), nous avons choisi de coupler et croiser trois méthodes :

  1. Dans un premier temps, nous avons travaillé sur l’économie de transit en faisant des relevés in situ, dans les quartiers et villes dits de passage. L’approche qualitative a été privilégiée : entretiens auprès de migrants dont le projet était, du moins au départ, de poursuivre en Europe, auprès des associations…
  2. Une enquête quantitative a été par la suite mise en place pour essayer de saisir le poids des migrants installés, en particulier les Sénégalais résidant en Mauritanie. Le but était d’essayer de mesurer leur investissement dans le pays de départ et le pays d’arrivée = enquête MIDDAS élaborée par Flore Gubert (IRD DIAL).   
  3. L’enquête quantitative n’a malheureusement pas permis de saisir les individus qui circulent en permanence entre la Mauritanie, le Sénégal, le Mali et qui sont à l’origine de flux importants d’argent mais aussi de marchandises. Nous avons alors choisi de « suivre la route » au côté d’individus circulants afin de mettre en lumière la multiplicité des trajectoires et l’emboitement complexe des territoires. Cette enquête en mouvement et multi-située, conduite sur près de 2500 km, a permis de mettre en lumière d’autres projets migratoires et d’investissements.

Ce séminaire sera l’occasion de mettre en évidence l’intérêt mais aussi les limites de chacune de ces méthodes dans la compréhension des projets migratoires, de retour et d’investissement.

  • Aborder le projet migratoire dans sa rétrospection et dans une perspective de genre. Le cas des migrantes mauriciennes employées de maison en France

Colette Lepetitcorps (Migrinter, CNRS)

La notion de projet migratoire présuppose l’autonomie comme savoir-faire et pouvoir-faire des migrants dans le contexte migratoire. La question de l’autonomie des femmes en migration, par rapport aux hommes, et dans un système de normes genrées, a été posée par des chercheures féministes depuis les années 1970. Travailler le projet migratoire dans l’optique d’un questionnement sur les femmes et sur le genre en migration ne semble alors pas déconnecté. En revanche, cette lecture avise de ne pas perdre de vue la structure, l’ordre genré qui organise les migrations. Elle pose la question de l’articulation des notions d’autonomie et de dépendance, en tenant compte des différentes échelles d’analyse liées dans le projet migratoire que sont l’individu, la famille et le groupe.

Lors d’une recherche de master sur des migrantes mauriciennes qui sont venues en tant qu’employées de maison en France dans les années 1970, prenant part aux origines du mouvement migratoire mauricien en France, j’ai abordé la notion de projet migratoire dans sa dimension rétrospective. L’objectif de l’analyse des histoires de vie n’était pas de saisir le projet migratoire initial à la mobilité, mais de percevoir la manière avec laquelle les migrantes construisent au travers de leur récit, le cheminement de leur projet au cours des événements de la vie, de leur départ à aujourd’hui. Au travers de cette dimension rétrospective, le projet révélé et explicité dans ses transformations a-t-il pour vocation de souligner les désillusions du rêve en migration, ou d’insister sur les accomplissements et la « réussite migratoire » ? De quelles structures dépendent les conditions de réalisation du projet et sa reconstruction en projet réalisable ?

A travers l’exemple d’une enquête de terrain menée auprès de migrantes mauriciennes en France, puis auprès de « non-migrant-e-s » à Maurice, j’interroge la façon dont la construction d’un projet migratoire comme vecteur de l’histoire de vie, et dont le résultat se contemple lors du bilan final à l’aube de la retraite pour ses migrantes, est dépendante d’un ensemble d’interactions en jeu au présent de l’enquête de terrain, et dépendante de sa sanction par les non-migrants au pays d’origine. En prenant en compte ce contexte d’enquête, le projet migratoire semble être un outil de narration pour convaincre l’enquêtrice de son autonomisation en migration, et pour se mesurer aux autres migrantes, mais aussi aux non-migrant-e-s, qui participent à l’enquête de terrain. D’abord présenté comme singulier et propre, un projet migratoire, celui de devenir maîtresse de maison, semble être partagé entre les femmes migrantes créoles, et constituer une appartenance de groupe. Est-ce un artefact du dispositif méthodologique qui crée cet effet de projet migratoire partagé, du fait que ces interlocutrices se connaissent et s’approprient d’une certaine manière l’exercice de l’enquête ? Ou est-ce une démarche méthodologique qui révèle et fait émerger la construction de cette appartenance de groupe autour d’un projet migratoire, qui sous plusieurs aspects, constitue une prise de pouvoir ? Un regard réflexif sur la manière dont je sollicite les récits de ces femmes, et une analyse de la manière dont celles-ci s’approprient l’exercice de l’entretien biographique nourrira le questionnement.

  • Quelle analyse des formes et des sens du « retour » dans la construction des parcours migratoires ?

Laurent Faret (SEDET, Université Paris-Diderot)

La présentation visera à questionner les approches des différentes formes de retour dans des systèmes migratoires construits sur la durée. Il s’agira de proposer à la discussion collective une réflexion sur les approches méthodologiques possibles pour enregistrer et appréhender comme catégorie d’analyse ces moments de la pulsation migratoire. L’idée est aussi d’alimenter une discussion réflexive sur la construction de catégories opérationnelles où la part du chercheur est loin d’être absente. Que nomme-t-on retour ? Qu’en dit-on à partir de quelle compréhension de la place de ces moments dans les parcours de mobilité ? A quelle échelle d’analyse mobilise-t-on la notion et pour quelle logique de lecture de temporalités qui sont souvent multiples et imbriquées ? Comment les acteurs migratoires placent-ils ces mouvements dans leurs trajectoires individuelles et collectives ? Le propos s’appuiera sur des expériences de recherche en Amérique centrale, au Mexique et aux Etats-Unis.

  • Le retour : horizon ou condition du projet migratoire ?

Constance De Gourcy (Département de sociologie, Aix-Marseille Université)

Cette communication aura pour objectif de questionner le sens donné au retour dans le contexte de la mobilité internationale. Qu’il soit ponctuel ou durable, qu’il s’effectue dans un cadre touristique ou dans une démarche initiatique de quête des racines, le retour est souvent investi comme ce qui rend signifiant le procès de déplacement. Souvent abordé comme séquence à part entière de ce procès, il fait néanmoins apparaître en creux les relations qui le lient aux autres étapes constitutives du déplacement : le départ, le transit, l’installation, etc. Dans cette perspective, nous l’analyserons comme un moment révélant et s’inscrivant tout à la fois dans un « projet migratoire ». Ainsi à partir d’une recherche portant sur le projet migratoire des étudiants algériens, j’interrogerai le rôle, l’importance et la place du retour dans ce projet. Nous verrons ainsi que loin d’être envisagé dans une perspective finaliste – comme horizon –, il ouvre le questionnement sur l’existence même de ce projet et sa redéfinition tout au long des temporalités qui le structurent.

  • Du projet à l’analyse de la configuration sociale de l’acteur migrant.

Mahamet Timera (URMIS, Université Paris-Diderot)

Notre usage de la notion de « projet migratoire » s’inscrit dans un type d’approche qui voulait se distancier de celles holistiques sur la migration en mettant en avant la position d’acteur, l’idée de carrière et/ou de trajectoire, et la dimension compréhensive (sens donné à la migration). Dans cette optique il n’était pas me semble-t-il question ni d’intention, ni de désir ou rêve de l’ailleurs. Notre usage de la notion se situait à la fois en dehors des considérations psycho-sociologiques et ne prenait pas vraiment en compte les imaginaires migratoires. Une réflexion sur la notion de projet migratoire pourrait consister à croiser l’approche en terme d’acteur, la prise en compte des imaginaires et du sens donné à la migration, la configuration sociale (Elias) ou horizon social des candidats et/ou migrants tout en continuant à mettre à distance les notions d’intention et de désir plus difficiles à manier pour le sociologue et l’anthropologue.

  • Attentes et suspension : le projet migratoire des femmes somaliennes immobilisées à Malte

Camille Schmoll (Géographie-Cités, Université Paris-Diderot)

Ma communication partira du cas de femmes somaliennes en situation d’enfermement, de demandes d’asile ou de relocalisation, immobilisées de façon plus ou moins temporaire sur l’île de Malte. Je propose à partir de cet exemple d’interroger ce qui correspond à l’espace-temps de la « suspension » du projet migratoire. La question qui est soulevée est celle de la diffusion et de la dilatation des espaces-temps de l'attente qui provoque une redéfinition des projets et de leurs lieux de focalisation. Si la suspension du projet migratoire n’est pas propre aux migrants immobilisés, elle peut, dans ces cas spécifiques, prendre des contours particuliers. Je m’attacherai en particulier à l’usage du corps dans la redéfinition d’un territoire de projet.

  • Enfermement et projet migratoire. Les trajectoires d’étrangers en rétention en Roumanie

Bénédicte Michalon (ADES, CNRS)

Les dispositifs de contrôle des migrations, dont les lieux d’enfermement pour étrangers, ont pour vocation première d’interférer sur les trajectoires migratoires, de les cadrer spatialement, de les interrompre, voire de les modifier profondément. En ce sens, ces dispositifs visent à contrarier, voire à empêcher l’expression de l’autonomie et du pouvoir-faire de ceux qui se déplacent ou souhaitent se déplacer. Quelles sont donc les répercussions de ces dispositifs sur la définition, la redéfinition, puis la mise en œuvre des projets de migration ? Cette proposition se base sur l’examen de trajectoires d’étrangers enfermés ou passés par la rétention en Roumanie.

Les conditions de recueil des données seront abordées dans un premier temps, car c’est précisément tout ce qui concerne le projet migratoire avant la Roumanie et éventuellement après cette étape qui s’est avéré être la partie la plus sensible de l’enquête de terrain. Comment faire parler du projet, alors même que les migrants interrogés sont en situation d’arrêt voire d’échec (temporaire ou durable) dans leur voyage, et que celui-ci fait l’objet d’un fort contrôle de la part des autorités policières ? Il s’agira ensuite d’examiner plusieurs trajectoires d’étrangers passés par la rétention en Roumanie, ou encore retenus au moment de l’enquête. Celles-ci présentent comme caractéristique principale d’être fortement redessinées par les dispositifs européens de contrôle des migrations, et plus spécifiquement par le passage dans des lieux d’enfermement de types divers (centres de rétention, locaux de rétention aux frontières, centres de demandeurs d’asile, mais aussi prisons, caches de passeurs, etc.). Les trajectoires migratoires apparaissent alors bien souvent comme des trajectoires d’enfermement. Les positionnements des étrangers interrogés face à cet état de fait seront ensuite abordés. Que devient alors le projet ? Comment évolue-t-il, au regard des conséquences de l’arrestation et de l’expérience de l’enfermement : élévation du coût du voyage, inscription dans les fichiers européens, déplacements contraints organisés par les autorités entre pays européens mais aussi entre lieux d’enfermement en Roumanie… ? A partir de là, l’association, dans la littérature scientifique, de la mobilité à l’intentionnalité et à la capacité d’action du sujet (un des fondamentaux du mobility turn), sera revisitée, afin d’essayer d’intégrer ce qui relève de la contrainte voire de l’empêchement de la mobilité.

La Roumanie, État membre de l’Union européenne depuis 2007, est le cas d’étude privilégié. Ce pays n’a ouvert ses frontières qu’après 1989 ; son intégration européenne s’est accompagnée de la création d’institutions en charge de l’asile et du contrôle des migrations : renforcement des contrôles aux frontières externes de l’UE, mécanismes de réadmission entre États membres, traçabilité biométrique, diffusion de la politique et de la pratique de rétention des étrangers. Les données empiriques ont été recueillies au cours de sept mois d’enquête en Roumanie en 2009 et 2010, auprès d’étrangers passés en rétention, dans le cadre d’un travail bénévole auprès d’une ONG spécialisée ; elles ont également été collectées lors de visites dans les centres de rétention et centres de demandeurs d’asile roumains (entretiens avec des retenus, des membres du personnel et la direction des établissements).

Cette recherche est menée dans le cadre du programme TerrFerme (Les dispositifs de l’enfermement. Approche territoriale du contrôle politique et social contemporain, http://terrferme.hypotheses.org/).

  • Le projet migratoire : quelles implications théoriques et empiriques pour l'économie des migrations ?

Gilles Spielvogel (D&S, Université de Paris I-IRD)

La notion de projet migratoire a émergé en grande partie en réponse à la vision réductrice des déterminants de la migration proposée par la théorie (micro-économique). Cette communication envisagera de quelle façon l'économie des migrations peut réintégrer certains éléments de la complexité du processus migratoire mis en évidence par cette approche. Quelques pistes théoriques seront (peut-être) soulevées, mais on s'attachera surtout à réfléchir à l'intégration des éléments constitutifs du "projet" dans une perspective empirique.

  • Le projet migratoire et les pratiques gouvernementales de racinement des migrants rapatriés coloniaux

Yann Scioldo-Zürcher (Migrinter, CNRS)

La mémoire des migrations très encadrées par les administrations des États d’accueil laisse peu apparaître la construction des projets migratoires. Elle donne aussi l’impression d’un racinement immédiat dans lequel on trouve peu de traces des bifurcations et des redéfinitions des objectifs individuels. C’est-là le cas des Français rapatriés coloniaux installés au Maghreb dans la seconde moitié du XX° siècle, mais aussi des populations juives non françaises parties dans leurs sillages. Cette communication étudiera donc les rapports que le projet migratoire entretient avec le politique et les pratiques administratives qui poussent les individus à se sédentariser le plus rapidement possible. Elle s’attachera aussi à déceler, dans les sources archivistiques qui ne traitent que rarement des migrants de façon frontale, la façon de mettre au jour les éventuelles traces des projets migratoires.

Lieux

  • Campus du Jardin d'agronomie tropicale de Paris, Université de Paris I Panthéon Sorbonne – IRD, UMR 201 « Développement et Sociétés » - 45 bis Avenue de la Belle Gabrielle
    Nogent-sur-Marne, France (94130)

Dates

  • lundi 09 juillet 2012
  • mardi 10 juillet 2012

Fichiers attachés

Mots-clés

  • projet migratoire, migrations internationales, intentionnalité, expérience

Contacts

  • Florence Boyer
    courriel : florence [dot] boyer [at] ird [dot] fr

Source de l'information

  • Florence Boyer
    courriel : florence [dot] boyer [at] ird [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Le projet migratoire : intentionnalité et expériences des acteurs », Colloque, Calenda, Publié le lundi 02 juillet 2012, http://calenda.org/209126