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Les mille peaux du capitalisme

The thousand skins of capitalism

Dossier pour L’Homme et la société

To publish in L’Homme et la société

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Publié le mercredi 04 juillet 2012 par Loïc Le Pape

Résumé

Dossier pour L’Homme et la société : Les mille peaux du capitalisme. Nous attendons des articles reposant sur des études de cas qui viendront participer d’une discussion et d’un enrichissement de la grille de lecture proposée.Le dossier sera composé d’une dizaine d’articles. Des comptes-rendus de livre, en rapport avec les thèmes abordés, pourront également être proposés.

Annonce

Dossier pour L’Homme et la société : Les mille peaux du capitalisme

Responsables scientifiques

Claude Didry (CNRS), Olivier Dard (Université de Metz), Florent Le Bot (ENS Cachan), Cédric Perrin (Université Paris Ouest)

« Si nous voulons que tout continue, il faut d’abord que tout change »
Guiseppe Tomasi di Lampedusa, Le Guépard, Seuil, 1959, p. 35.

Argumentaire

Le capitalisme actuel parait avoir perdu " l’extrême lisibilité" qui semblait le caractériser durant la période fordiste des Trente Glorieuses au profit d’une diversité de configurations et de pratiques rassemblées derrière les termes incertains de « postfordisme », « postindustrialisme » ou plus largement de « postmodernité ».  Ce « post » fonderait la prophétie d’une économie nouvelle, menant vers une société accomplie, en dépassement de ses contradictions internes, traçant un chemin vers un horizon situé « au-delà de l’emploi », « au-delà de la valeur », « au-delà de Marx », etc.

Pour autant la "nouveauté absolue", en termes d’enjeux, de débats ou de pratiques, censée fonder ces discours du « post », reste à interroger. Ainsi, Internet permettrait le travail à domicile concrétisant l’autonomie salariale ; l’autoentrepreneuriat ou la fin du contrat de travail contribueraient à l’épanouissement de l’individu, en surmontant le soi-disant héritage fordiste que constituerait le droit du travail ; l’économie de la proximité -le « juste à côté » plutôt que le « juste à temps »-, l’économie de la fonctionnalité – reposant sur l’usage et le service, plutôt que sur la propriété -, l’économie de la circularité – le recyclage -, marqueraient la concrétisation de l’ère postindustrielle ; etc. Dans cette affirmation du « post », une dimension de « mise au passé » est à l’œuvre, permettant de ne pas tenir compte de réalisations parfois anciennes dans ces domaines, avec leurs réussites, leurs limites et aussi leurs échecs. Assis sur le cheval du « post », économistes, sociologues et, plus généralement, experts et analystes se posent en visionnaires, rejetant dans "l’archaïsme" l’industrie, le droit du travail, le mouvement ouvrier. Ils ouvrent la voie aux "nécessaires adaptations" pouvant  justifier la "rupture" avec un passé révolu mais entravant la survie de la société, de l’économie, dans un monde qui change.

Tout serait-il aussi nouveau dans cette litanie du « post » ? À titre d’exemple, à partir de la fin du XIXe siècle et jusqu’au milieu du XXe siècle, l’United shoe machinery company, conquiert, depuis son siège de Boston, un quasi monopole en Amérique du nord et en Europe de l’ouest dans le domaine des machines-outils pour chaussures en pratiquant un système de location plaçant sous son contrôle et sous sa dépendance les fabricants de chaussures. Toutefois, les risques en matière de concurrence ne semblent pas pris en compte par les tenants contemporains de cette économie de la fonctionnalité. Plus globalement, des enjeux tels que la foi dans la technique et, son contraire, l’horreur de la technique, le risque technologique, la question de l’abondance ou de la décroissance, la crise énergétique, la démondialisation, le développement durable et la protection de l’environnement, etc., ou plus spécifiques, comme la flexibilité de l’emploi, la santé au travail, la suppression de la monnaie, les agricultures biologique ou paysanne, etc., sous le couvert d’habits neufs, renouent en réalité avec des controverses forts anciennes, datant souvent des débuts même de la « révolution » industrielle. La période des Trente Glorieuses, est elle-même à examiner, afin de se déprendre d’une lecture fordiste univoque.

Il est temps en effet de revenir sur une amnésie collective, qui, au nom de l’avenir, ferait en permanence table rase du passé. Qu’est-ce que ce retour à des pratiques anciennes paré des atours de la postmodernité a à nous dire de l’évolution du capitalisme ? Comment  comprendre et interpréter les discours sur une logique d’adaptation eux-mêmes inséparables de la recherche de nouvelles justifications ?  Ne faut-il pas voir dans les usages du « post » un marqueur de crise systémique ou de transition ? En effet, cette mise en récit du « post » s’inscrit en réalité dans une reconfiguration du capitalisme, ni tout à fait neuve, ni tout à fait ancienne, mais pouvant se lire selon quatre dimensions : le profit, la justification, le contrôle et la perpétuation. Le développement durable, par exemple, est  l’occasion de nouveaux marchés et de nouveaux profits. L’enrichissement, de toute antiquité, se pare des vertus de la justification associée à l’évergétisme, la philanthropie ou, plus récemment, à la "responsabilité sociale de l’entreprise". Cette justification n’est qu’une des modalités de prise de contrôle sur les marchés, les hommes et les sociétés, participant à une mise en cause du collectif au profit de l’individu. L’enjeu est bien la perpétuation du capitalisme, qui, tel de nombreuses espèces animales, mue par renouvellement de son apparence externe et abandon de l’une de ses "mille peaux". Il reste alors à lui opposer la pluralité des possibles qui s’ouvrent dans le présent, en poussant le « post » à son terme, pour se demander de quelle histoire il est le nom.

Modalités de soumission

Nous attendons des articles reposant sur des études de cas qui viendront participer d’une discussion et d’un enrichissement de la grille de lecture proposée.

  • Le dossier sera composé d’une dizaine d’articles.
  • Des comptes-rendus de livre, en rapport avec les thèmes abordés, pourront également être proposés.

Les propositions de contribution seront recueillies jusqu’au 30 novembre 2012.

  • Les textes, de 40 000 signes au maximum, sont attendus pour le 31 mai 2013.
  • La publication dans l’Homme et la société est prévue début 2014.

Les envois sont à adresser à flebot[at]ens-cachan.fr

Dates

  • vendredi 30 novembre 2012

Mots-clés

  • capitalisme, posfordisme, profit, justification, contrôle, perpétuation

Contacts

  • Florent Le Bot
    courriel : flebot [at] ens-cachan [dot] fr

Source de l'information

  • Florent Le Bot
    courriel : flebot [at] ens-cachan [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les mille peaux du capitalisme », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 04 juillet 2012, http://calenda.org/209170