AccueilReprésentations récentes de la Shoah dans les cultures francophones (film, théâtre, roman, récit)

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Publié le lundi 09 juillet 2012

Résumé

Cette journée d'étude rassemble des chercheurs autour de la question des usages contemporains de la mémoire de la Shoah dans les littératures et le cinéma de langue française. Alors que l’entrée dans une « ère sans témoin » devient imminente, plusieurs auteurs et réalisateurs, juifs et non-juifs, réagissent à la disparition prochaine des derniers témoins directs. Ils interrogent dans leurs œuvres les legs de la Catastrophe. À la lumière de romans, récits et films récents, ainsi que de discours critiques et théoriques, nous souhaitons envisager les enjeux (entre autres narratifs, mémoriels, politiques, identitaires, esthétiques) soulevés par les différentes formes prises par une appropriation contemporaine de la mémoire de la Shoah.

Annonce

Présentation

Cette journée d'étude qui se tiendra à l'Université d'Anvers les 25 et 26 octobre 2012 rassemble des chercheurs autour de la question des usages contemporains de la mémoire de la Shoah dans les littératures et le cinéma de langue française.

Alors que l’entrée dans une « ère sans témoin » devient imminente, plusieurs auteurs et réalisateurs, juifs et non-juifs, réagissent à la disparition prochaine des derniers témoins directs. Ils interrogent dans leurs œuvres les legs de la Catastrophe.

À la lumière de romans, récits et films récents, ainsi que de discours critiques et théoriques, nous souhaitons envisager les enjeux (entre autres narratifs, mémoriels, politiques, identitaires, esthétiques) soulevés par les différentes formes prises par une appropriation contemporaine de la mémoire de la Shoah. Avec quelle(s) autre(s) mémoire(s) ces représentations entrent-elles en dialogue? À quels types de narrativité, filmiques, romanesques, autobiographiques ou théâtrales, les mises en récit de la mémoire de la Shoah donnent-elles lieu? Ce sont-là quelques-unes des questions abordées lors de ce séminaire.

Participants : Sébastien Fevry (Institut des Arts de Diffusion (IAD) et Ecole de Communication (UCL)), Serge Goriely (UCL), Kathleen Gyssels (University of Antwerp), Evelyne Ledoux-Beaugrand (Amsterdam School of Cultural Analysis), Anne-Martine Parent (Université du Québec à Chicoutimi, Canada), Max Silverman (University of Leeds, UK), Christa Stevens (Amsterdam University College).

Programme

Jeudi 25 octobre 2012

20h00-21h30 Mot de bienvenue Prof. Vivian Liska (Institut des études juives, Université d’Anvers) et Prof. Kathleen Gyssels (Université d’Anvers)

 Conférence plénière: Prof. Serge Goriely (UCL) :  « La Shoah sur la scène belge »

 suivie d’une réception

Vendredi 26 octobre 2012

10h00-10h30 Inscription et café

  • 10h30-11h00  Kathleen Gyssels (Université d’Anvers)  « André Schwarz-Bart à Auschwitz et à Jérusalem»
  • 11h00-11h30  Anne-Martine Parent (Université du Québec à Chicoutimi,  Canada)   « La hantise du génocide juif chez Modiano, Salvayre, Mavrikakis  et NDiaye »
  • 11h30-12h00   Christa Stevens (Amsterdam University College)   « Le sang du ciel de Piotr Rawicz : une vision métaphysique de la  Shoah »

12h15-13h30   Déjeuner

  • 14h00-14h30 Evelyne Ledoux-Beaugrand (Amsterdam School of  Cultural Analysis) « Imaginaire de la (dés)incarnation. Une mémoire en mal de corps,  des corps en mal de mémoire chez Haenel, des Pallières et Hesse »
  • 14h30-15h00 Sébastien Fevry (Institut des Arts de Diffusion (IAD) et   Ecole de Communication (UCL)) « La Shoah et la question des illégaux au cinéma. Un  rapprochement entre deux mémoires »
  • 15h00-15h15  Pause café
  • 15h15-15h45 Max Silverman (University of Leeds, UK) « Palimpsestes: La Question humaine (Emmanuel / Klotz et Perceval), Un Secret (Grimbert / Miller), Écorces (Didi-Huberman) »

15h45-16h30 Questions et discussion

Résumés des communications

Prof. Serge Goriely (UCL) « La Shoah sur la scène belge »

Depuis plus d’un demi-siècle, l’horreur de la Shoah a inspiré à travers le monde un grand nombre de pièces de théâtre, parfois très marquantes. Il suffit de se rappeler L’Atelier (Grumberg), Le Vicaire (Hochhuth), L’Instruction (Weiss) ou encore Ghetto (Sobol). Mais qu’en est-il de la création belge? Comment les hommes de théâtre, qu’ils soient francophones ou flamands, ont-ils réagi face à une telle tragédie? Quels choix ont-ils faits et quelle a été la réception du public et de la critique?
Serge Goriely interrogera l’histoire de ce rapport entre la scène belge (principalement en Communauté française) et la Shoah. Il se penchera sur certains auteurs (Kalisky, Nysenholc, Kribus, Lanoye… ) et metteurs en scène (Pousseur, Kalisz, Ronse,…). Mettant leurs oeuvres en perspective avec l’évolution à l’étranger et dans les autres arts (roman, cinéma), il visera à dégager les formes qu’ils ont prises pour répondre à la question incontournable : comment montrer l’inmontrable ?

Serge Goriely est docteur en philosophie et lettres. Spécialiste en arts du spectacle, il enseigne à l’Université catholique de Louvain (UCL) l’approche comparée du théâtre et du cinéma. Auteur de nombreux articles et d’études variées, il a publié Le Théâtre de René Kalisky (Peter Lang). Depuis 2008, Serge Goriely organise un festival international de cinéma à Louvain-la-Neuve : le Cinespi (Cinéastes et spiritualité). Actif également dans la création, il est lui-même auteur dramatique (Realdemokratie, Cave canem, Les Sorciers, Gaudeamus Igitur), scénariste ainsi que cinéaste (L’Ultimatum, L’Escale).

Christa Stevens (Amsterdam University College) « Le sang du ciel de Piotr Rawicz : une vision métaphysique de la Shoah »

Le roman Le Sang du ciel (Gallimard, 1961, réédité en 2011) de Piotr Rawicz (1919-1982), auteur d’origine ukrainienne, occupe une place singulière dans la littérature française de la Shoah. Ce roman sans doute autobiographique, resté unique dans l’œuvre de l’auteur, a remporté un succès immédiat mais a aussi été sévèrement critiqué pour son côté transgressif. Cette transgression concerne non seulement les dispositifs littéraires – l’humour noir, le baroque surréaliste, l’absurde, la poésie – qui « esthétiseraient » l’histoire traitée, mais aussi la recherche d’une vérité ontologique qui primerait sur la vérité historique. Chez Rawicz, « tout est lié à la métaphysique », souligne déjà Elie Wiesel. Aussi notre analyse s’appuiera sur l’intertexte religieux et mystique (Kabbale, Upanishad) du roman pour en interroger les problématiques de l’identité (juive) et du temps historique.

Christa Stevens enseigne le français à Amsterdam University College et travaille comme directrice de collection aux Éditions Rodopi à Amsterdam. Elle est l’auteure d’un livre sur Hélène Cixous (L’écriture solaire d’Hélène Cixous, 1999) et publie aussi sur Edouard Glissant et Piotr Rawicz. 

Kathleen Gyssels (University of Antwerp) « André Schwarz-Bart à Auschwitz et à Jérusalem : Critique du culte mémoriel et des abus de la Shoah dans L'Etoile du matin »

Dans ma communication, j’aborde le récit posthume d'un auteur qui, défait par l'aura sacrée qui entoure la Shoah et par la façon dont la Shoah est exploitée par les arts, peine à publier son récit de voyage en deux lieux emblématiques pour tout marrane. L'Etoile du matin est un titre plein d'espérance alors que le contenu de cette "circonfession" ne laisse augurer que d’un profond désarroi et d’une inconsolable tristesse devant ce que Haïm Schuster ('dibbouk' de l'auteur) appelle "la Planète Auschwitz". L'on comprend alors mieux l'inachèvement de ce roman vu que le marranisme imprègne chaque page de cet Inédit. Schwarz-Bart accuse certains maniements de la mémoire, toujours fragile, de la Shoah, du témoignage toujours délicat, que ce soit en littérature, en journalisme, à l'écran.

Kathleen Gyssels enseigne les littératures de la diaspora juive et noire à l'Université d’Anvers. Elle vient de publier Passes et impasses dans le comparatisme caribéen postcolonial (Honoré Champion, 2010) et a un ouvrage sous presse, Marrane & Marronne, la coécriture réversible d'André et de Simone Schwarz-Bart. 

Anne-Martine Parent (Université du Québec à Chicoutimi, Canada) « La hantise du génocide juif chez Modiano, Salvayre, Mavrikakis et NDiaye »

Le phénomène des camps nazis constitue un des traumatismes majeurs du 20e siècle, peut-être, d’ailleurs, le plus important. Aujourd’hui, plus de 60 ans plus tard, le génocide juif reste cet événement « inimaginable », qu’on doit imaginer « malgré tout » pour reprendre l’argument de Didi-Huberman (dans Images malgré tout) et par rapport auquel se sont pensés d’autres traumatismes – on peut évoquer par exemple Guibert qui qualifiait d’« auschwitzien » son corps ravagé par le sida.
La présence du génocide juif dans la littérature contemporaine témoigne bien de sa forte capacité à mobiliser notre imagination et du fait qu’il continue, encore et toujours, à hanter notre présent. C’est précisément la présence du génocide juif comme hantise dans l’œuvre d’écrivain-e-s qui ne l’ont pas vécu que j’aimerais analyser. Le corpus serait composé de quatre textes contemporains de langue française : Dora Bruder (1997) de Patrick Modiano, La compagnie des spectres (1997) de Lydie Salvayre, Le ciel de Bay City (2008) de Catherine Mavrikakis et Y penser sans cesse (2011) de Marie NDiaye. En plus d’examiner comment se manifeste la hantise du génocide juif dans ces récits, j’aimerais montrer comment ces textes hantés transmettent leur hantise aux lecteurs/lectrices, en d’autres mots, comment la hantise en vient à hanter le lecteur ou la lectrice, contribuant ainsi à assurer la présence du génocide juif aujourd’hui.

Anne-Martine Parent est professeure au département des arts et lettres de l’UQAC. Après une thèse sur le témoignage concentrationnaire effectuée à l’UQAM, ses recherches portent maintenant sur les pratiques autobiographiques contemporaines (témoignage, confession, récit de filiation, autofiction, etc.), sur la littérature contemporaine et sur l’écriture des femmes. Elle a publié des articles sur le témoignage concentrationnaire et sur la littérature contemporaine, et, à l’automne 2008, une monographie sur Christine Arnothy aux éditions Zoé. Elle a aussi fait paraître des nouvelles dans les Cahiers littéraires Contre-jour.

Evelyne Ledoux-Beaugrand (Amsterdam School of Cultural Analysis) « Imaginaire de la (dés)incarnation. Une mémoire en mal de corps, des corps en mal de mémoire chez Haenel, des Pallières et Hesse. »

Dans le cadre de cette présentation, je souhaite analyser les (dis)jonctions entre une parole mémorielle sur la Shoah et les représentations du corps dans les romans Jan Karski de Yannick Haenel (2009) et Démon de Thierry Hesse (2009) ainsi que dans le film Drancy Avenir d’Arnaud des Pallières (1997). À l’heure où s’éteignent les derniers témoins directs des camps nazis et que disparaît avec eux la mémoire «charnelle » (Semprun, 1994 : 374) de la destruction des juifs d’Europe, se pose avec une importance particulière la question de la pérennisation de cette mémoire, menacée par sa désincarnation prochaine.
Dans les romans Jan Karski et Démon et dans le film Drancy Avenir, les corps des narrateurs et protagonistes sont l’un des lieux où s’inscrit, s’incarne (métaphoriquement, fantasmatiquement) et se donne à lire un rapport à la mémoire du génocide. Aux corps du présent est donné la charge de porter une mémoire qui leur est étrangère. Je me pencherai sur la façon dont ces œuvres mobilisent différentes modalités d’un processus d’incarnation/de désincarnation de la mémoire de la Shoah. Ce processus semble s’inscrire dans un imaginaire contemporain plus vaste, porté également par les discours théoriques et sociaux, dans lequel cette mémoire doit chercher à pallier sa désincarnation prochaine en trouvant d’autres types d’ancrage corporel.

Evelyne Ledoux-Beaugrand détient un doctorat en littératures de langue française de l’Université de Montréal (2010) et est chercheure postdoctorale à la Amsterdam School of Cultural Analysis. Intitulé « Traces d’Auschwitz. L’héritage imaginaire de la Shoah dans la littérature contemporaine », son projet de recherche actuel interroge les usages de la mémoire du génocide juif dans les littératures de langue française ainsi que dans les discours critiques et théoriques. Elle a publié des articles sur les écrits des femmes dans des revues et collectifs.

Sébastien Fevry (Institut des Arts de Diffusion (IAD) et Ecole de Communication (UCL)) « La Shoah et la question des illégaux au cinéma. Un rapprochement entre deux mémoires » 

Au cours de cette réflexion, je souhaiterais me pencher sur un certain nombre de films de langue française comme Welcome (Lioret, 2009), Le Nom des gens (Leclerc, 2010), Les Mains en l’air (Goupil, 2010) ou Le Havre (Kaurismäki, 2011) qui rapprochent de façon plus ou moins explicite la question des sans-papiers de celle de la Shoah.
Dans un premier temps, il conviendra de montrer comment ces films sont travaillés par le souvenir de la barbarie nazie, pas seulement au niveau des actions mises en scène (délations, arrestations, enfermements), mais aussi dans l’utilisation de certaines formes cinématographiques renvoyant à des œuvres emblématiques de la représentation du judéocide. Partant de cette analyse préalable, mon propos sera ensuite de réfléchir aux modalités de connexion entre deux mémoires : une mémoire de longue portée et une autre de portée plus immédiate, mémoire à court terme pourrait-on dire, relative à des événements surgissant dans le vif de l’actualité. Comment ces deux mémoires dialoguent-elles dans les films ? Sous quelles conditions, avec quels enjeux politiques ? De telles questions amèneront inévitablement à envisager l’instrumentalisation (ou non) du souvenir de la Shoah ainsi que sa résurgence dans une société française dont la politique à l’égard des sans-papiers s’est considérablement durcie sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

Sébastien Fevry enseigne l’histoire et l’esthétique du cinéma à Louvain-la-Neuve. Il a notamment rédigé un ouvrage consacré à la mise en abyme filmique ainsi qu’une thèse (à paraître) sur la comédie cinématographique à l’épreuve de l’Histoire.

Max Silverman (University of Leeds, UK) « Palimpsestes: La Question humaine (Emmanuel / Klotz et Perceval), Un Secret (Grimbert / Miller), Ecorces (Didi-Huberman) »

Dans La Question humaine (2000) de François Emmanuel, le narrateur reçoit des lettres anonymes qui suggèrent un lien entre son propre rôle, en tant que psychologue dans une société internationale et responsable de la mise en place d’un programme de licenciements, et la Solution Finale des Nazis. La technique qu’utilise celui qui envoie les lettres est d’insérer, dans des documents techniques rédigés par le narrateur pour justifier le programme de la réduction des effectifs de sa société, des bribes de la célèbre note SS du 5 juin 1942 sur les modifications techniques pour améliorer le fonctionnement des camions à gaz aux camps d’extermination de Chelmno et Kulmhof (que Claude Lanzmann lit dans son film Shoah). Cette technique crée une sorte de chevauchement de textes, ou peut-être un palimpseste, où une couche de traces se voit dans une autre, et est transformée par l’autre. Je propose dans cette communication d’utiliser la figure du palimpseste pour considérer le roman d’Emmanuel (et le film réalisé en 2007 par Nicholas Klotz and Elisabeth Perceval basé sur le roman), ainsi que deux autres textes récents par Philippe Grimbert (Un Secret) et Georges Didi-Huberman (Ecorces). ‘L’histoire qui revient’ dans ces oeuvres (pour emprunter une expression d’Antoine de Baecque dans son analyse du film de Klotz et Perceval) est complexe et ne révèle pas seulement la présence cachée de la Shoah dans la vie contemporaine mais aussi les liens avec d’autres lieux et temps de violence extrême.

Max Silverman est professeur de littérature française à l’Université de Leeds. Ses travaux les plus récents portent sur la culture post-Holocasute, les théories et cultures coloniales et postcoloniales, ainsi que sur les questions de mémoire, de race et de violence. Il a récemment terminé un ouvrage sur l’Holocauste et le colonialisme dans l’imaginaire culturel français et francophone intitulé Palimpsestic Memory: the Holocaust and Colonialism in French and Francophone Fiction and Film (Berghahn, 2012). Il co-dirige également (avec un Griselda Pollock) le projet de recherche ‘Concentrationary memories and the politics of representation’, dont les premiers résultats paraitront en 2012 sous la forme d’un ouvrage collectif intitulé Concentrationary Cinema: Aesthetics as Political Resistance in Alain Resnais’s  ‘Night and Fog’.

Lieux

  • Anvers, Belgique

Dates

  • jeudi 25 octobre 2012
  • vendredi 26 octobre 2012

Mots-clés

  • Shoah, représentations, littérature, cinéma, contemporain

Contacts

  • Instituut voor Joodse Studies
    courriel : ijs [at] ua [dot] ac [dot] be

URLS de référence

Source de l'information

  • Évelyne Ledoux-Beaugrand
    courriel : E [dot] Ledoux-Beaugrand [at] uva [dot] nl

Pour citer cette annonce

« Représentations récentes de la Shoah dans les cultures francophones (film, théâtre, roman, récit) », Journée d'étude, Calenda, Publié le lundi 09 juillet 2012, http://calenda.org/209188