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L'Irlande et la culture populaire

Ireland and Popular Culture

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Publié le mercredi 11 juillet 2012 par Loïc Le Pape

Résumé

Autrefois société pré-industrielle dans laquelle la distinction entre culture d'élite dominante et culture populaire subalterne survécut plus longtemps que dans d'autres nations européennes, l'Irlande a néanmoins toujours été caractérisée par l'hybridité. La lutte politique pour l'indépendance s'accompagna de la sacralisation d'un certain genre de « culture populaire », entendue au sens de la culture du peuple d'origine, qui fut par la suite promue au statut de culture dominante. Aujourd'hui, la mondialisation de l'économie et de la culture irlandaises ont transformé cette dernière en une marque publicitaire connue internationalement, détournée et exploitée par les industries culturelles du néo-capitalisme libéral. On peut se demander ce qui rend la culture irlandaise si attirante aux yeux du monde entier : est-ce sa réputation de soit-disant authenticité ? Son enracinement supposé dans un contexte local ? Ou encore le romantisme attaché à un passé de souffrance et de lutte ?

Annonce

Appel à communications : « l'irlande et la culture populaire »

  • co-organisé par le cirlep(ea 4299) de l'université de Reims Champagne-Ardenne et
  • Department of Humanities, Institute of art, design and technology (iadt) de Dublin.

Date : 19-20 octobre 2012

Lieu : université de Reims

Argumentaire

Qu'est ce que la culture populaire ? Certains, dans la lignée de Mathew Arnold ou de F.R. Leavis, considèrent que c'est une sous-culture faite pour ceux qui sont incapables de comprendre et d 'apprécier la «vraie» culture. Elle se réduit à une forme de culture de masse, dévoyée et corruptrice, dont le pouvoir de séduction est dénué de  valeur morale. La culture populaire a aussi été analysée comme un ensemble de produits fabriqués, qui, dans la société capitaliste, ne sont destinés qu'à produire du profit. Cependant, il faut selon certains envisager la culture populaire comme le lieu où se créent une interaction et une intercompréhension au sein d'une société donnée, et où des désirs et des aspirations s'expriment. Selon Antonio Gramsci, la culture populaire est un terrain où s'affrontent les forces de résistance des groupes sociaux dominés et les forces d'incorporation des groupes dominants. Pour Raymond Williams , un « texte » est  produit par l'affrontement contradictoire de différentes forces culturelles ; de plus l'équilibre des pouvoirs entre ces différentes forces évolue selon les époques : ce qui fut d'abord « populaire » ou « subalterne » devient « dominant », ce qui était dominant devient « résiduel ». La culture populaire est aussi un vecteur par lequel l'idéologie construit des représentations, des images, des définitions, des descriptions, des cadres de références qui s'imposent à tous avec force. Fredric Jameson a déploré que dans la condition postmoderne, «la production esthétique a été intégrée dans la production de biens de consommation en général ». Cependant le postmodernisme est aussi une forme de bricolage qui permet au lecteur ou spectateur de s'emparer des textes et de les recréer au lieu de simplement les consommer. La culture n'est pas seulement un objet tout fait qu'il ne reste plus qu'à consommer : nous produisons la culture autant que nous sommes « produits » par elle.

La culture populaire est aussi dépositaire de la mémoire collective, et en cela a engendré des « industries de la mémoire » qui produisent des marqueurs d'identité culturelle. La culture populaire est ainsi ce qui permet aux identités de se constituer dans la performance, la mise en scène, l'artifice. Enfin, comme l'a  l'écrit Edward Saïd, « toutes les cultures sont imbriquées les unes dans les autres : aucune n'est unique ni pure, toutes sont hybrides, hétérogènes, incroyablement différenciées et multiples ».

Le but de ce colloque est d'interroger la validité et la pertinence de ces différentes théories de la culture populaire en ce qui concerne l'Irlande. Autrefois société pré-industrielle dans laquelle la distinction entre culture d'élite dominante et culture populaire subalterne survécut plus longtemps que dans d'autres nations européennes, l'Irlande a néanmoins toujours été caractérisée par l'hybridité. La lutte politique pour l'indépendance s'accompagna de la sacralisation d'un certain genre de « culture populaire », entendue au sens de la culture du peuple d'origine, qui fut par la suite promue au statut de culture dominante. Aujourd'hui, la mondialisation de l'économie et de la culture irlandaises ont transformé cette dernière en une marque publicitaire connue internationalement, détournée et exploitée par les industries culturelles du néo-capitalisme  libéral. On peut se demander ce qui rend la culture irlandaise si attirante aux yeux du monde entier : est-ce sa réputation de soit-disant authenticité ?  Son enracinement supposé dans un contexte local ? Ou encore le romantisme attaché à un passé de souffrance et de lutte ? De la vogue celtique au succès planétaire de U2, Enya et du « pub irlandais », que l'on retrouve aux quatre coins du monde, le rôle considérable  joué par la culture populaire irlandaise à travers l'histoire et dans le monde contemporain mérite d'être exploré.

Les communications pourront par exemple  porter sur  :

  • Les théories de la culture populaire.
  • Culture(s) d'élite, culture(s) de masse en Irlande.
  • Les « mythologies » de Barthes en Irlande ?
  • Culture populaire et folklore en Irlande
  • Le modernisme irlandais : une culture d'élite ?
  • Joyce et la culture populaire
  • Le postmodernisme en Irlande et la culture populaire.
  • L'américanisation de la culture irlandaise/l' « irlandité » dans la culture américaine.
  • Culture populaire irlandaise et mondialisation : culture locale, culture mondiale.
  • La culture populaire irlandaise dans les arts visuels : cinéma, télévision, photographie.
  • Les industries culturelles en Irlande
  • Pratiques et consommation de la culture populaire en Irlande.
  • Les « industries de la mémoire » en Irlande.
  • Les genres de la littérature populaire en Irlande : romans sentimentaux, romans policiers, romans d'horreur, romans gothiques, science-fiction, etc
  • La musique populaire en Irlande
  • Etc.

 Conférenciers invités :

  • Diana Negra, directrice, « Film Studies Department », University College Dublin, auteur (entre autres) de The Irish in Us : Irishness, Performativity and Popular Culture (Duke University Press, 2006)
  • Darryl Jones, directeur, « School of English », Trinity College Dublin, auteur (entre autres) de Horror : A Thematic History in Fiction and Film, (OUP, 2002), It Came from the 1950s: Popular Culture, Popular Anxieties (Palgrave Macmillan, 2012).

Comité scientifique:

Paula Gilligan (I.A.D.T.), Justin Carville (I.A.D.T.), Maria Parsons (I.A.D.T.), Sylvie Mikowski, (CIRLEP, Université de Reims Champagne-Ardenne), Christine Sukic (CIRLEP, Université de Reims Champagne-Ardenne), Thomas Nicklas (Directeur du CIRLEP, Université de Reims Champagne-Ardenne), Anne Goarzin (Université de Rennes 2), Bertrand Cardin (Université de Caen)

Organisation : Sylvie Mikowski, CIRLEP, Université de Reims Champagne-Ardenne

Modalités de soumission

Les propositions de communication, comprenant un résumé ne dépassant pas 500 mots, doivent être adressées à  Sylvie Mikowski, sylvie.mikowski@univ-reims.fr

avant le 1 septembre 2012.

CALL FOR PAPERS
«IRELAND AND POPULAR CULTURE»


  • Co-organized by the Department of Humanities, Institute of Arts, Design and Technology-IADT (Dublin) and by
  • Centre de Recherches C.I.R.L.E.P. (EA 4299), University of Reims

Venue : Faculté des Lettres, Université de Reims Champagne-Ardenne (France) Date : October 19-20 2012

Presentation

What is popular culture? For some, it is a corrupt and corrupting form of mass culture which only offers improper appeals and moral evasions, a sub-standard culture for those unable to understand and appreciate «real» culture. It is a threat to the traditional values of high culture, or an entirely manufactured product aiming at enhancing the interests of capitalism. For others, it is a place where collective social understandings are created, where wishes and desires are articulated. For Antonio Gramsci, popular culture is a site of struggle between the forces of resistance of subordinate groups in society, and the forces of incorporation of the dominant groups. As Raymond Williams has argued, a text is made up of a contradictoy mix of different cultural forces, and the balance of power between these forces changes through time: what was originally deemed «popular» or «subordinate» culture becomes dominant, what was dominant becomes «residual». Popular culture is a site where ideology constructs powerful images, descriptions, definitions, frames of references. Yet culture is not only something ready-made that we consume: it is also what we make in the varied practices of consumption. For Fredric Jameson, in the postmodern condition, «aesthetic production has become integrated into commodity production generally». Yet postmodernism is a form of bricolage which enables the reader/spectator to work with the texts and not just consume them. Popular culture is also a site of collective memory, creating its own «memory industries», producing markers of cultural identities. Popular culture is what enables identities to be performatively constituted. In an era of intense globalization, local popular culture is romanticized as authentic. But as Edward Saïd wrote in Culture and Imperialism, «all cultures are involved in one another: none is single and pure, all are hybrid, heterogeneous, extraordinarily differentiated and unmonolithic».

The purpose of this two-day conference will be to interrogate the validity and relevance of these different views of popular culture to the situation of Ireland. Once a pre-industrial society where the distinction between an élite culture and a popular one survived much longer than in other parts of the Western world, Ireland has nevertheless always been marked by a mix of influences. The struggle for independence was accompanied by the sacralization of a certain kind of «popular culture», followed after the rise of the new state by a process of canonization of native Irish culture, in an effort to promote what was once subordinate to a dominant position. Today Ireland has gone global, and Irish culture has become an international trade-mark used and abused by the culture industries of late capitalism, and one can wonder what makes it so universally attractive: is it the stamp of «authenticity», its

alleged rootedness in the local, the intense romanticization of its past? through history and in the contemporary world needs to be explored.

Suggested themes and topics include but are not limited to :

  • Theories of popular culture

  • Irish «high» and «low» cultures

  • Ireland and Barthesian «mythologies»

  • Irish Popular culture and folk culture

  • Irish Modernism: a culture for the elite?

  • Joyce and popular culture

  • Irish Postmodernism and popular culture

  • The Americanization of Irish culture/Irishness in American culture
  • Irish popular culture in a global environment- the local and the global
  • Irish popular culture and the Visual Arts : photography, film, television
  • Cultural industries in Ireland

  • Cultural practices and consumption in Ireland : structure and agency
  • «Memory industries» in Ireland

  • Popular literary genres: gothic, horror, crime, science-fiction, «chick lit»
  • Irish Popular Music

  • Irish material culture
  • The central role of Irish popular culture

Guest Speakers who have confirmed their presence are :

  • Diane Negra, Head of the Film Studies Department, University College Dublin, author (among others) of The Irish in Us : Irishness, Performativity and Popular Culture (Duke University Press, 2006)

  • Darryl Jones, Head of the School of English, Trinity College Dublin, author (among others) of Horror : A Thematic History in Fiction and Film, (OUP, 2002), It Came from the 1950s: Popular Culture, Popular Anxieties (Palgrave Macmillan, 2012).

Scientific committee :

Paula Gilligan (I.A.D.T.), Justin Carville (I.A.D.T.), Maria Parsons (I.A.D.T.), Sylvie Mikowski, (CIRLEP, Université de Reims Champagne-Ardenne), Christine Sukic (CIRLEP, Université de Reims Champagne-Ardenne), Thomas Nicklas (Directeur du CIRLEP, Université de Reims Champagne- Ardenne), Anne Goarzin (Université de Rennes 2), Bertrand Cardin (Université de Caen)

Organization : Sylvie Mikowski

Submissions

Abstracts of no more than 500 words, with a short C.V ., should be sent to Sylvie Mikowski : sylvie.mikowski@univ-reims.fr

before JUNE 20, 2012.

Lieux

  • 57 rue Pierre Taittinger (Université Reims Champagne-Ardenne Faculté des Lettres Campus Croix rouge)
    Reims, France

Dates

  • samedi 01 septembre 2012

Mots-clés

  • Irlande, culture populaire, folklore, musique populaire, cinéma, medias, littérature populaire, genres littéraires

Contacts

  • Sylvie Mikowski
    courriel : sylvie [dot] mikowski [at] noos [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Sylvie Mikowski
    courriel : sylvie [dot] mikowski [at] noos [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L'Irlande et la culture populaire », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 11 juillet 2012, http://calenda.org/209231