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Urbanités et biodiversité

Entre villes fertiles et campagnes urbaines, quelle place pour la biodiversité ?

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Publié le jeudi 26 juillet 2012 par Loïc Le Pape

Résumé

La mise en œuvre récente du concept de biodiversité interroge les découpages spatiaux et disciplinaires, et appelle une recomposition des savoirs liés à l’observation, à l’aménagement et à la gestion des territoires. Organisé par l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Nancy, l’École Nationale Supérieure d’Agronomie et des Industries Alimentaires, et AgroParisTech-Nancy, le colloque Urbanités et biodiversité, propose aux agronomes, architectes, écologues, forestiers, géographes, paysagistes et urbanistes, de croiser leurs approches de la biodiversité, et plus particulièrement de la biodiversité ordinaire, dans les lieux habités, le long d’un « gradient » ville-campagne, en vue de faire émerger des pistes de recherches communes.

Annonce

Dans le cadre des activités du Réseau Espace rural et Projet spatial, l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Nancy organise de concert avec l’École Nationale Supérieure d’Agronomie et des Industries Alimentaires et AgroParisTech-Nancy, les 29 et 30 novembre 2012, à Nancy, un colloque scientifique sur le thème Urbanités et biodiversité. Ce colloque vise а croiser différentes approches de la biodiversité entre agronomes, architectes, écologues, géographes, forestiers, paysagistes et urbanistes, en mettant l'accent sur la prise en compte de la biodiversité ordinaire dans les lieux habités, le long d’un « gradient » ville-campagne, en vue de faire émerger des pistes de recherche communes.

Organisé avec le soutien de la Sous direction des enseignements et de la recherche, et du BRAUP, il fait l’objet d’un appel à communication qui s’adresse à la communauté scientifique française et internationale, et par extension, à l’ensemble des acteurs de l’écologie, de la forêt, de l’agriculture et de l’aménagement de l’espace urbain et rural, chercheurs et doctorants, concepteurs et techniciens. Il sollicite des travaux de recherche, achevés ou en cours, ainsi que des relations critiques d’expériences de projet et de terrain, sous forme de poster ou d’articles.

INTRODUCTION

Issue d’une lente gestation au fil de la deuxième moitié du XXe siècle, le concept de biodiversité s’est imposé depuis lors comme une évidence à géométrie variable, la mise en danger de la diversité écologique nous imposant de reconsidérer individuellement et collectivement notre rapport à la Nature et, au delà, notre mode de consommation de l’espace, fondé sur la vitesse, l’individualisme et l’épuisement des ressources fossiles.

Si du côté des écologues, l’inventaire de cette diversité écologique terrestre et la compréhension des écosystèmes qui la sous-tendent sont restés des objectifs essentiels, la nécessité d’enrayer un processus d’érosion de plus en plus rapide, a déplacé une vision première strictement patrimoniale vers une vision beaucoup plus globale et territoriale, incluant l’étude des milieux ordinaires et anthropisés [4], dans l’esprit de la gestion multifonctionnelle des espaces boisés menée par les forestiers. Dans le même temps, la stérilisation programmée des sols agricoles, et la dépendance de l’agriculture industrielle vis-à-vis des énergies fossiles ont conduit les agronomes à envisager d’autres systèmes culturaux plus respectueux des sols, intégrant la biodiversité comme une ressource à part entière et un facteur de production durable [5].  Quant aux architectes, urbanistes, paysagistes et autres acteurs de l’aménagement, confrontés pour leur part à un éparpillement du bâti dilatant les fronts urbains jusqu’aux confins du monde rural, ils ont pris le parti de miser sur de plus fortes densités et de nouvelles articulations avec les espaces naturels, forestiers et cultivés, à la recherche d’un « système vert [6]» ouvert à la biodiversité et pourvoyeur d’aménités.

En France, le Grenelle de l’environnement a suscité des liens entre ces diverses approches à plusieurs échelles, de celle des Scot à celle des écoquartiers [7], en s’appuyant notamment sur le grand projet d’une trame verte et bleue visant à compenser la fragmentation des habitats par l’organisation d’un réseau de corridors écologiques envisagé à l’échelle européenne [8]. L’année de la biodiversité a été une première occasion de faire le point sur les avancées de tous, et sur l’acculturation réciproque des uns et des autres. Le colloque à l’origine de cet appel à communication entend s’inscrire dans la continuité de ces échanges interdisciplinaires entre des architectes, des urbanistes, des paysagistes, des géographes et des écologues, des forestiers, des agronomes...

Né d’une réflexion en réseau sur le devenir des territoires ruraux, ce colloque vise à mieux définir la place de la biodiversité dans l’aménagement du territoire et plus particulièrement des lieux habités. De ce point de vue, si la trame verte et bleue ne saurait à elle seule condenser la réalité de la biodiversité, sa mise en œuvre constitue en revanche un fil conducteur pour tisser des liens entre des villes que l’on voudrait «fertiles», et des campagnes inexorablement urbanisées, transcendant une opposition traditionnelle qui vacille (entre ville et campagne), et interrogeant au passage tout une palette de situations de cohabitation et d’affrontement entre urbanités et biodiversités. Pour explorer les points de rencontres interdisciplinaires possibles autour de ce fil conducteur, nous avons pris le parti de proposer une double approche thématique et topographique.

DU SOL AUX ÉCOSYSTÈMES : QUATRE THÈMES

LE SOL, POMME DE DISCORDE, OU TERRAIN D’ENTENTE ?

Le vivant est une affaire de territoires, d’écosystèmes et de connectivité dont le sol est le point d’ancrage. Un gramme de sol peut contenir plusieurs milliers d’espèces de bactéries…[9]. En consommant cette matière première, en l’artificialisant, tout projet d’aménagement entre en concurrence avec des formes visibles ou non de la biodiversité. Préserver cette dernière impose de réfléchir, tant du côté des écologues, des agronomes, des forestiers que du côté des habitants et des aménageurs, non seulement à une moindre consommation, à des modes de compensation, mais aussi à des logiques de réversibilité, tant au niveau d’opérations projetées que de sols déjà artificialisés [10]. Qu’en est-il de ces réflexions entre théories, projets et documents d’urbanisme ?

ARBRES, BANDES ENHERBÉES, HAIES..., DES SUPPORTS POUR UNE VISION PAYSAGÈRE ET FONCTIONNELLE ?

À consulter les expériences en cours visant à sauvegarder, à conforter ou à enrichir la biodiversité de milieux anthropisés les plus divers, quelques dispositifs s’imposent, la bande enherbée, la haie qui participe de « bocages pavillonnaires [11] » et l’arbre qualifié par certains d’ « usine à biodiversité [12] ». Ces dispositifs récurrents constituent également des motifs paysagers traditionnels, et des éléments de base, parmi d’autres, de l’espace public. Si la biodiversité ne saurait bien évidemment se réduire à un catalogue typologique de dispositifs élémentaires visibles, ces sources premières de services écosystémiques peuvent-elles servir de fondement à un dialogue entre écologues, agronomes et concepteurs ? Jusqu’à la conception de nouveaux écosystèmes ?

LA TRAME VERTE ET BLEUE, UNE INFRASTRUCTURE AMBIVALENTE ?

Conçue à l’échelle européenne pour compenser la fragmentation croissante des habitats, la trame verte et bleue a d’emblée été qualifiée d’infrastructure. Une appellation qui n’est pas indifférente en France puisqu’elle rattache la gestion de la biodiversité à l’aménagement du territoire, tout en ouvrant la porte à deux visions, deux cultures opposées de la gestion des flux, celle du site propre et celle de la multifonctionnalité. Quelle peut être la spécificité spatiale de cette infrastructure écologique ? Comment peut-elle s’appuyer sur  les structures paysagères qui l’ont précédée ? Comment se négocie t-elle sur le terrain en termes de composition, d’emprise, de porosité, de fonctionnalité… ? Comment sa mise en œuvre renverse t-elle nos représentations ?

ÉCOSYSTÈME, COMMENT INTÉGRER ET INVESTIR LA COMPLEXITÉ DU VIVANT ?

La prise en compte de la biodiversité apparaît encore à beaucoup de professionnels de l’aménagement comme une contrainte de plus, alors que le simple répertoire des services rendus en fait une ressource essentielle pour la qualité de la vie à laquelle ils travaillent. Alors comment s’inscrire dans cette complexité dynamique incarnée par les écosystèmes ? La prise en compte de cette complexité a t-elle un effet sur les thèmes, l’organisation de la recherche, la démarche de projet, les outils réglementaires ? Quelles articulations nouvelles génère t-elle entre recherche et action, entre recherche et gouvernance ? Comment experts et chercheurs sont-ils amenés à se repositionner ?

DE LA VILLE DENSE AUX CAMPAGNES URBAINES : UNE DIVERSITÉ DE MILIEUX

Ces quatre entrées pourraient être abordés pour elles-mêmes, mais peut-on parler de biodiversité sans se référer à un terrain, une situation, un milieu ? Au cours de ces dernières décennies, l’étalement urbain et l’homogénéisation des modes de vie ont définitivement brouillé les limites entre villes et campagnes. Qui plus est, l’adoption du point de vue de la biodiversité a prolongé la remise en cause des représentations traditionnelles de ces territoires. Minées par l’abus d’intrants, une mécanisation à outrance de l’agriculture, des recompositions foncières amnésiques, et un éparpillement du bâti, les campagnes se sont avérées moins hospitalières pour la biodiversité qu’il n’y pouvait paraître, alors que les villes, longtemps considérées comme des déserts artificiels, se sont révélées, sinon comme de véritables réservoirs, du moins comme des refuges pour certaines espèces, entre anfractuosités et trames vertes. Au passage, la biodiversité est devenue une problématique tout terrain traversant des milieux multiples avec des spécificités multiples [13].

Si elles ne sont plus au centre de l’économie des campagnes, l’agriculture et la forêt restent les composantes premières des territoires ruraux où se pose avant tout la question du devenir des systèmes culturaux agricoles et forestiers, des trames agraires [14] et des lisières villageoises ou périurbaines [15]. Dans les villes constituées, le principal enjeu est sans aucun doute la désartificialisation raisonnée des sols, avec pour corollaire la subtilité des choix à faire pour améliorer la connectivité, notamment dans le cadre des centres patrimoniaux au cœur de l’espace public urbain [16]. Entre ces deux milieux sédimentaires hérités encore identifiables, s’est déployé un triple processus de consommation, d’accumulation et de fragmentation. Qu’on le qualifie de périurbain, d’entre-deux ou d’intermédiaire, ce troisième milieu représente pour sa part un milieu expérimental quant à la place de la biodiversité dans notre société, du fait de la diversité des acteurs et des usages en présence avec tout ce que cela signifie en matière de cohabitation et de multifonctionnalité.

Cette lecture géographique et historique élémentaire vise avant tout à donner un cadre à des questionnements et des échanges interdisciplinaires et ne prétend bien évidemment pas condenser toute la diversité des situations et de leurs enjeux. D’une manière générale, en introduisant de nouvelles grilles de lecture, de nouveaux jeux d’échelles, mais aussi en donnant de nouvelles valeurs aux multiples composantes des territoires, la prise en compte de la biodiversité interpelle la plupart des découpages spatiaux des métiers liés à l’aménagement et à la gestion de ces territoires appelant d’autres articulations entre disciplines en termes de recherche, de conception et de gouvernance. Aussi, les communications proposées pourront-elles s’appuyer soit sur des situations exemplaires, des confrontations typologiques ou des visions transversales dans le cadre de ce gradient ville-campagne.

Formats et calendrier

Les propositions seront formulées sous la forme d’un texte de 1500 signes précisant le titre de la proposition, le nom et l’appartenance institutionnelle de l’(ou des) auteur(s) et le format de la communication, poster ou article. Ce texte sera accompagné de références bibliographiques (5 maximum) et d’une biographie synthétique de l’(ou des) auteur(s) de 400 signes.

Il sera transmis avant le 17 septembre sous forme de pdf à l’adresse suivante : colloqueusb@urbanitesetbiodiversite.fr

Comité scientifique

  • Régis Ambroise, agronome, chargé de mission Paysage au Ministère de l’Agriculture
  • Frédéric Bonnet, architecte, enseignant-chercheur (ENSA Paris - Val de Seine - LAVUE)
  • René Borruey, architecte, enseignant-chercheur (ENSA Marseille – INAMA)
  • Phillipe Girardin, président du PNR des Ballons des Vosges
  • Odile Marcel, philosophe
  • Jean Richert, docteur es sciences, directeur de l’environnement du Territoire de Belfort
  • Monique Toublanc, paysagiste, enseignant-chercheur (ENSP de Versailles)

Lieux

  • 2 rue Bastien-Lepage (École Nationale Supérieure d'Architecture de Nancy)
    Nancy, France

Dates

  • lundi 17 septembre 2012

Mots-clés

  • aménagement, architecture, biodiversité, paysage, projet urbain, ruralité, urbanisme, ville

Contacts

  • Aude Mourier
    courriel : colloqueusb [at] urbanitesetbiodiversite [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Vincent Bradel
    courriel : vincent [dot] bradel [at] nancy [dot] archi [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Urbanités et biodiversité », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 26 juillet 2012, http://calenda.org/209344