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Regards croisés sur la musique et les « performance studies »

Crossed perspectives on music and "performance studies"

Journée d'étude doctorale

Doctoral study day

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Publié le lundi 27 août 2012 par Elsa Zotian

Résumé

Ayant comme référence la perspective américaine des « performances studies » (Schechner, Turner), cette journée d'étude permettra de partager des outils et méthodes pour l'analyse des performances artistiques. Nous sommes particulièrement intéressés par la musique, perçue comme une action qui se produit à travers un processus et divers enjeux sociaux. L'objectif principal est de réunir doctorants et chercheurs autour de l'analyse de l'action, dans le cadre de performances artistiques diverses (musique, danse, théâtre, cirque). Les débats seront centrés sur le contexte des performances présentées et sur les leviers méthodologiques adoptés par les intervenants.

Annonce

 

Argumentaire

Face à un public attentif, un chanteur improvise des vers à partir de la parole d'un compagnon, rival sur la scène. Vingt-quatre chevaliers, rythmés par les cuivres de la bande locale, présentent à la population d'une petite ville campagnarde un théâtre équestre qui remémore des luttes entre maures et chrétiens. Deux jeunes filles se mêlent sur une scène peu éclairée: elles se nouent et se détachent violemment; l'une chantonne une comptine et joue avec son ombre projetée sur le mur, pendant que l'autre renverse son corps en arrière jusqu'à toucher le sol de sa tête, puis la passe entre ses talons, posant un regard oblique et calme sur le public.

Trois scènes, trois contextes. Une question : quels outils mettre en œuvre pour analyser les actions observées dans ces trois cas ? Parmi les possibles, une perspective nous intéresse en particulier : celle des performance studies, telle qu'elle est développée par Richard Schechner et Victor Turner1. Suivant ces auteurs, par performance nous entendons une action réalisée dans un temps et dans un espace précis, faite pour être vue et souvent pour faire réagir un public, où l'on utilise le corps comme instrument et matière principale de communication. Constituée par des fragments de comportements déjà pratiqués auparavant et acquis, la performance est aussi un moment d'actualisation de faits passés, ce qui apporte aux acteurs différentes dimensions et expériences du temps présent.

Cette notion de performance s'introduit dans le milieu académique aux États-Unis dans les années 1960, en parallèle au développement d'une scène artistique d'avant-garde, dont le mouvement Fluxus est représentatif. L'un des principaux théoriciens de cette nouvelle discipline, Richard Schechner, était à l'époque lui-même metteur en scène de théâtre et praticien. Ses travaux théoriques portent notamment sur le jeu dramatique, les rites et les nombreuses facettes des actions sociales dans la vie quotidienne. Son rapprochement avec l'anthropologie se consolide dans les années 1980, dans le cadre d'une fructueuse collaboration avec l'anthropologue Victor Turner. Grâce à ses travaux sur l'analyse de rituels, Turner apporte aux études de performance la dimension processuelle de l'action sociale et le concept de « liminarité ». À la base interdisciplinaires, les performance studies se constituent également à partir de notions comme celles de jeu (Bateson; Geertz) 2, d'encadrement et de métacommunication (Goffmann; Bateson)3.

Le concept américain de performance est largement répandu en Amérique latine et dans plusieurs pays d'Europe. Par contre, en France, et en particulier dans le domaine de la musique, la notion de performance comme catégorie d'analyse nous semble pouvoir être explorée d'avantage. Ces théories apportent de précieux outils conceptuels pour envisager la musique comme une action sociale, qui se construit à travers un processus marqué par divers enjeux et intérêts. Ceci nous intéresse, ainsi que les échanges avec d'autres domaines artistiques. L'objectif de cette journée d'étude est donc de réunir doctorants et chercheurs autour de l'analyse de l'action, en prenant pour objets des performances artistiques variées. Les débats, réalisés à partir d'une dynamique de binômes, seront centrés sur le contexte des performances présentéesdiscutées et sur les leviers méthodologiques adoptés par les intervenants. s'attacheront en particulier aux contextes de réalisation des performances présentées et aux méthodologies appliquées par chaque intervenant dans son analyse. Nous espérons ainsi inciter au travail en amont des interventions, à l'échange de références et à la confrontation des méthodes de travail.

Quelques questions nous mobilisent d'emblée :

  • Quelles compétences culturelles sont nécessaires pour l'observation d'une action codifiée ?
  • Dans le cas de la musique, est-il indispensable que l'observateur maîtrise les codes et structures musicales mis en œuvre pour analyser l'action en soi?
  • Y a-t-il des outils d'analyse qui peuvent s'appliquer de façon commune à l'étude des actions artistiques ?
  • Plus concrètement, le « jeu » d'un cavalier est-il comparable à celui d'un Tinariwen et son « blues rock touareg », ou à celui de Nawal et son chœur de femmes des Comores invités à « Villes des Musiques du Monde » ?

Les dialogues menés au long de la journée nous permettrons de prendre des distances vis-à-vis de ces questions, en rapprochant l'action musicienne d'autres types de performances. Ce sera également l'occasion de partager de nouvelles questions, au cours d'un échange que nous espérons riche et stimulant.

Informations pratiques

Les propositions feront l'objet de présentations orales, qui se dérouleront par binômes.

Les intervenants seront donc groupés par deux : chacun sera invité à présenter son travail et à commenter l'intervention de son partenaire.

Deux chercheurs interviendront également, en tant que commentateurs.

Date et lieu : La journée aura lieu le 13 novembre, de 9 heures 30 à 18 heures, à Paris, dans l'amphithéâtre de l'École des hautes études en sciences sociales (105, Boulevard Raspail).

Conditions de soumission

Les propositions d'intervention sont à présenter sous forme de résumé (jusqu'à 500 mots) à l'adresse journeeperformancestudies@gmail.com

avant le 10 septembre 2012

Les binômes seront formés début octobre.

Responsables scientifiques

  • Celine Spinelli, doctorante à l'EHESS, CRIA
  • Lucille Lisack, doctorante à l'EHESS, CRIA

1 Schechner, R. Between Theater and Anthropology. Philadelphia : The University of Philadelphia Press, 1985 ; Schechner, R. Performance: expérimentation et théorie du théâtre aux USA. Trad. de Marie Pecorari. Paris : Editions Théatrales, 2008 ; Turner, V. From Ritual to Theatre. New York: PAJ Publications, 1982 ; Turner, V. The Anthropology of Performance. New York : PAJ, 1987

2 Bateson, G. Steeps to an ecology of mind. San Francisco : Chandler Publication and Co, 1972 ; Geertz, C. The Interpretation of Cultures. New York : Basic Books, 1973

3 Goffman, Erwing. Frame analysis: An essay on the organization of experience. London : Harper and Row, 1974

 

Catégories

Lieux

  • 105 boulevard Raspail (EHESS)
    Paris, France

Dates

  • lundi 10 septembre 2012

Mots-clés

  • musique, performance studies, ethnomusicologie, arts vivants

Contacts

  • Lucille Lisack
    courriel : je5fevrier [at] gmail [dot] com
  • Celine Spinelli
    courriel : journeeperformancestudies [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Lucille Lisack
    courriel : je5fevrier [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Regards croisés sur la musique et les « performance studies » », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 27 août 2012, http://calenda.org/209392