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Courants et théories en géographie économique

Currents and theories in economic geography

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Publié le mardi 28 août 2012 par Elsa Zotian

Résumé

La commission « Industrie et emplois » du Comité National Français de Géographie tiendra son prochain colloque à l’Université de Paris1, Panthéon-Sorbonne, le 13 et 14 juin 2013. Cette manifestation sera consacrée aux courants et théories qui animent la « géographie économique ». Il s’agira d’une part de questionner les concepts et théories qui sont au cœur des champs thématiques de la spécialité (en particulier : les théories de la mondialisation, de la régionalisation, de l’innovation…). Il s’agira d’autre part de réfléchir à l’évolution des courants traversant la géographie économique, en portant attention aux enjeux générationnels, aux temporalités comme à la diffusion de ces courants.

Annonce

Problématique scientifique

En 2010, Economic Geography a parrainé un atelier de réflexion pour faire face aux préoccupations de la discipline et stimuler un ensemble de débats théoriques et thématiques portant sur les réseaux de firmes, les mutations environnementales, la géographie de la finance, la propriété numérique et une géographie économique plus globale[1]. C’est dans un esprit analogue que nous souhaitons aborder les évolutions de notre champ disciplinaire, interpeller nos référentiels conceptuels et théoriques au sein de la géographie économique, comme dans les débats interdisciplinaires traversant les sciences économiques et sociales. La commission « Industrie et emplois » du Comité National Français de Géographie consacrera par conséquent, son prochain colloque[2] aux courants et théories qui animent la « géographie économique », ou « socio-économique », pour reprendre l’expression de Benko et Lipietz[3] qui revendiquaient une approche moins économiciste et davantage ancrée dans les sciences sociales. Il s’agira d’une part de questionner les concepts et théories qui sont au cœur des champs thématiques de la spécialité (en particulier : les théories de la mondialisation, de la régionalisation, de l’innovation…). Il s’agira d’autre part de réfléchir à l’évolution des courants traversant la géographie économique, en portant attention aux enjeux générationnels, aux temporalités comme à la diffusion de ces courants. La tâche est rendue difficile du fait de la grande diversité des productions et cultures scientifiques qui animent la spécialité de par le monde. Notre référence plus familière à la production francophone ou anglophone ne doit pas nous empêcher d’entrevoir et de reconnaitre une plus grande diversité internationale.

Foisonnements, fragmentations, recompositions

La géographie économique, longtemps caractérisée par la succession d’approches un moment dominantes (l’analyse spatiale des années 1950-70, le courant radical de la période 1970-80, l’approche régulationniste des années 1980-90, puis le tournant culturel et le tournant territorial à partir des années 1990) est souvent présentée aujourd’hui comme très éclatée, dans ses approches, par les courants et communautés théoriques qui l’animent, comme dans les méthodes utilisées dont la gamme peut s’étendre de la modélisation la plus abstraite à de l’observation participante de type ethnographique[4]. Elle est notamment traversée par la scission entre les partisans de la New Economic Geography, qui s’est considérablement développée et structurée depuis les premiers travaux de Paul Krugman, et les courants dits hétérodoxes œuvrant en géographie économique. Le foisonnement qui caractérise ces dernières approches hétérodoxes : conventionnalistes, néo-institutionnalistes, évolutionnistes, courant relationnel, théorie féministe … a évolué aux yeux de beaucoup vers une fragmentation intense qui interpelle notre capacité à identifier un corpus qui constitue un socle commun.

Comment appréhender le foisonnement actuel des courants et approches autour de la spatialité économique ? Ce foisonnement est probablement signe de vitalité, d’une inventivité, liées au regard sur l’économique que posent à nouveau des disciplines telles que la sociologie, l’anthropologie, la psychosociologie …. Faut-il toutefois, comme divers auteurs, regretter une absence de dialogue, craindre un éclatement en courants s’inscrivant dans différentes spécialités des sciences sociales, développant des approches spécifiques, et pour lesquels il est difficile de faire communauté ? Si oui, quelles solutions proposer ? L’identification d’un socle commun autour d’une dimension particulière, tel un intérêt pour la pratique des acteurs économiques qui traverserait tous les courants, est proposée par A. Jones et J. Murphy[5]. Le débat lancé en France autour du colloque « Fonder les sciences du territoire »[6] constitue une autre piste, dans le prolongement des théories de la complexité (E. Morin). Il s’agit de montrer que les modifications de l’espace-temps, la victoire du marché, l’océanisation de l’information…, qui à première vue ne valorisent pas les territoires, constituent au contraire une excellente grille de lecture des transformations que ces paradigmes traduisent. Territoires et territorialisation s’inscrivent dans la lignée des travaux de Ph. Aydalot et du GREMI sur les milieux innovateurs[7], de H. Gumuchian et B. Pecqueur sur les ressources territoriales[8], de l’école italienne portée par A. Turco[9] sur la complexité, et par R. Camagni[10] sur le capital territorial. L’importance de cette dimension territoriale est-elle suffisante pour susciter l’apparition d’un champ interdisciplinaire voire d’une discipline scientifique nouvelle qui serait alors « la » science du territoire ?

Les courants actifs aujourd’hui en géographie économique traversent l’ensemble des sciences sociales. Ils nourrissent même de nouvelles transversalités (ou des transversalités retrouvées) avec les sciences de l’environnement et les sciences dures. Leur développement peut être un signe de recompositions profondes qui ne correspondent pas aux cadres disciplinaires actuels. Pour les plus jeunes chercheurs, la question du sentiment d’appartenance disciplinaire peut ne plus constituer une question essentielle et la réflexion doit porter davantage sur les recherches qui auraient besoin d’être creusées et les approches à mobiliser dans le champ de la spatialité économique. Le colloque sera également ouvert à des travaux qui porteraient sur ces voies nouvelles à explorer.

Diversité des géographies économiques

Le type de mise au point présenté sur l’état des courants et approches en géographie économique est produit par des auteurs anglophones décrivant la situation de la discipline essentiellement en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. La géographie économique qui demeure un des champs fondamentaux de la géographie humaine dans les pays anglo-saxons est assez marginale en France. Les individus formés à la géographie et s’intéressant à l’économie sont peu nombreux. Ce fait, qui apparaît en contradiction avec l’importance des bouleversements spatiaux liés aujourd’hui à des processus de nature économique, gagnerait à être interrogé.

La géographie économique en France est aussi moins sujette à des bouleversements généraux d’approches, qui coexistent plus qu’elles ne s’opposent. De par sa formation, le géographe français est rapidement spécialisé et moins familier des courants développés dans certaines autres sciences sociales. Des approches adoptées par des géographes économistes dans les pays anglo-saxons sont pour cette raison creusées en France par des collègues appartenant à d’autres champs disciplinaires. La plupart des approches néo-institutionnalistes développées en géographie économique dans les pays anglo-saxons ont plutôt trouvé leur épanouissement en économie territoriale en France, y présentant une créativité certaine (Ecole de la Proximité). Les approches féministes, les recherches menées sur la différenciation de certains espaces dans l’activité économique en fonction du genre (conception d’espaces très masculins dans les centres financiers ou technologiques, constitution de réseaux géographiques par les femmes de telles ou telles ethnies au moyen de leur implication économique …) ont davantage été le fait en France de sociologues, d’anthropologues. En revanche, la spécialisation géographique plus précoce des géographes économistes français, une diversité sans doute plus importante des horizons géographiques pris en compte et une fréquentation des humanités pour nombre d’entre eux favorisent probablement le développement d’approches spécifiques dont on n’a peut-être insuffisamment souligné l’originalité. De manière plus large, le colloque peut offrir l’occasion d’une interrogation sur l’impact des façons diverses de se former à la géographie économique. Avec quelles disciplines ou sous-champs de la même discipline des liens sont-ils tissés ? Comment ces liens favorisent-ils le développement d’approches et courants originaux ?

Les mises au point sur les courants et théories en géographie économiques réalisées par des auteurs anglo-saxons sont non seulement d’une aide assez faible pour caractériser la situation de la géographie économique en France, mais sont également muettes sur ce qui peut se passer dans tout autre espace non anglophone. Disposer d’une ouverture sur la situation de la géographie économique dans d’autres régions du monde, sur des approches, inspirations théoriques, combinaisons disciplinaires, thématiques qui leurs seraient particulièrement originales serait d’une grande utilité. Dans une publication récente, R. C. Kloosterman montrait que les différences de contextes institutionnels entre les Pays-Bas et les Etats-Unis amenaient à repenser le schéma défendu par les auteurs américains de la résurgence des économies urbaines autour d’activités cognitivo-culturelles[11]. La grande variété des formes prises par les économies capitalistes aujourd’hui pourrait amener certains chercheurs intéressés par la dimension spatiale de l’économie à revisiter des théories présentées comme universelles et à développer de nouvelles approches.

Théories et courants hors du champ académique

En France, et peut-être dans d’autres pays, une géographie économique reste très vivante dans les écoles de préparation aux concours aux grandes écoles et dans l’enseignement dispensé dans ces mêmes grandes écoles, notamment commerciales. La configuration actuelle s’apparente à la situation qui existait au XIXe siècle et au début du siècle, où la dimension économique négligée par la géographie universitaire s’épanouissait dans des formations dites appliquées. Peu de travaux approfondis ont été fournis sur cette géographie économique. Elle est pourtant loin de correspondre à l’image souvent hâtivement plaquée d’une géographie purement descriptive, ignorante des débats théoriques existants. Cette forme de géographie économique, aujourd’hui objet d’une activité éditoriale intense à laquelle des universitaires participent, enseignée sur des volumes horaires bien plus importants qu’à l’université et à des élèves brillants généralement destinés à occuper des fonctions influentes, est de même l’objet de peu d’attention. Quelles approches inspirent les auteurs des ouvrages destinés à ces formations appliquées ? Quelles théories, courants, auteurs choisissent-ils de présenter ou de négliger ? Quelles idéologies aussi peuvent-ils véhiculer ?

Les acteurs publics et privés intéressés par les travaux portant sur la territorialité économique se sont appropriés nombre d’approches (il suffit de penser au succès de la notion de cluster à la Paul Krugman ou à celui des travaux sur l’économie présentielle de Laurent Davezies). Quels facteurs, processus pourraient expliquer le succès ou l’échec de la diffusion de certaines idées auprès de tels acteurs ? Comment aussi les concepts et théories sont-elles appropriées, transformées, par ces mêmes acteurs, notamment ceux qui appartiennent à des organismes et institutions amenés à intervenir sur le territoire économique ?

Ce colloque est donc ouvert à toutes réflexions provenant de géographes, sociologues, économistes, épistémologues, praticiens…, à partir du moment où elles portent sur la territorialité économique et où elles interrogent courants et théories en prise avec la géographie économique (évolution et analyse des approches sur un thème donné ; comparaisons ; importations, exportations, transformations de concepts d’une discipline à une autre …). Sur un questionnement où la vision des plus jeunes générations aux expériences plus fréquemment interdisciplinaires importe, la participation de jeunes chercheurs, doctorants, post-doctorants est vivement souhaitée.

Conditions de soumission

Les propositions de contribution (en français ou anglais) sont à adresser à Isabelle Géneau (Isabelle.geneau@univ-paris1.fr)

avant le 30 septembre 2012.

Elles comporteront le titre de la communication, un résumé de 3 000 signes accompagné de 5 mots-clefs ainsi que les coordonnées complètes de l’auteur.

Dans la mesure du possible, il sera indiqué auquel des quatre axes suivants la communication se rattacherait.

  • Axe 1: Théories et concepts au cœur de la géographie économique, émergents ou revisités.
  • Axe 2: Évolution des courants traversant la géographie économique
  • Axe 3: Impact des diverses façons de se former à la géographie économique
  • Axe 4: Diffusion des concepts et théories de la géographie économique auprès des acteurs publics
Le programme du colloque sera finalisé par le comité scientifique au cours de l’automne 2012. Les communications seront à retourner avant le 1er mai 2013.

Le colloque se déroulera sur deux jours, le 13 et 14 juin 2013. Il sera organisé en quatre demi-journées (séance plénière, ateliers et table ronde d’une demi-journée avec des acteurs publics).

Comité scientifique

  • Marina Bertoncin (Université de Padoue),
  • François Bost (Université de Paris-Ouest-Nanterre-La Défense),
  • Laurent Carroué (Université de Paris 8), Alia Gana (CNRS-Ladyss),
  • Vincent Géronimi (Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines),
  • Robert Kloosterman (Université d’Amsterdam),
  • Ricardo Méndez (Consejo Superior de Investigaciones Cientificas, Madrid)),
  • Bernadette Mérenne-Schoumaker (Université de Liège),
  • Kris Olds (Université de Wisconsin-Madison),
  • Bernard Pecqueur (Université Joseph Fourier, Grenoble 1),
  • Christian Schulz (Université du Luxembourg), 
  • Michael Storper (Institut de Sciences Politiques de Paris, London School of Economics, UCLA University),
  • Jean-Marc Zuliani (Université de Toulouse 2).

Comité d’organisation

  • Sylvie Daviet (Université de Provence),
  • Jacques Fache (Université de Nantes),
  • Isabelle Géneau de Lamarlière (Université de Paris 1),
  • Alexandre Grondeau (Université de Provence),
  • Frédéric Leriche (Université de Versailles-Saint-Quentin en Yvelines).

Contact

  • isabelle.geneau@univ-paris1.fr, Université de Paris 1, Institut de Géographie, 191 rue Saint-Jacques, 75 005 Paris

Colloque organisé par la département de Géographie de l’Université de Paris 1 –Panthéon-Sorbonne, l’équipe CRIA du laboratoire Géographie-Cités et le Comité National Français de Géographie (commission Industries et Emploi), membre de l’Union Géographique Internationale

[1] 2011, « Emerging themes in economic geography : outcomes of the economic geography 2010 workshop », Economic Geography, 87, 2, pp.111-126

[2] Pour mémoire, les précédentes manifestations scientifiques ont porté sur les thèmes suivants : Colloque : « L’économie culturelle et ses territoires »,  à l’Université de Toulouse en 2006 ; Colloque : « Entreprises et environnement : quels enjeux pour le développement durable ? » à l’Université de Nanterre en 2008 ; Colloque « Firmes, géopolitique et territoires » à l’Université de Nancy en 2010 ; Journée jeunes chercheurs : « Villes et industries : crises, recompositions, et nouvelles dynamiques » à Dunkerque en 2011.

[3] G. Benko et A. Lipietz, 2000,  La Richesse des régions. La nouvelle géographie socio-économique,  PUF.

[4] Barnes T., 2009, « Economic geography »,  in The International Encyclopedia of Human Geography, edited by R. Kitching and N. Thrift, Volume 3, pp. 315-327, (Oxford: Elsevier); Duranton G., Rodriguez-Pose A., 2005, « Guest Editorial : when economists and geographers collide, or the tale of the lions and the butterflies », Environment and Planning A, 37, pp. 1695-1705; Brakman S., Garretsen H., van Marrewijk, 2011, “References across the fence : measuring the dialogue between economists and geographers”, Journal of Economic Geography, 11, pp. 371-385.

[5] Jones A., Murphy J. T., 2010, « Theorizing practice in economic geography : foundations, challenges, and possibilities, Progress in Human Geography, 35, 3, pp. 366-392

[6] Voir le « paper debate » rédigé par Chloé Didelon, Timothée Giraud, Pierre Beckouche, Claude Grasland, France Guérin, Jean-Yves Moisseron, Marta Severo. http://www.gis-cist.fr/index.php/main-sections/colloque-sciences-du-territoire/

[7] P. Aydalot, (1986), Milieux innovateurs en Europe, Paris, GREMI, 361p.

[8] H. Gumuchian B. Pecqueur, 2007, La ressource territoriale, Economica.

[9] A. Turco, 1988, Verso una teoria geografica della complessità, Milano: Unicopoli.

[10] Camagni R., 2008, “Regional Competitiveness: Towards a Concept of Territorial Capital”, in Camagni R.,Capello R., Chizzolini B., Fratesi U., Modelling Regional Scenarios for the Enlarged Europe, Springer, Berlin, pp. 33-48.

[11] Kloosterman R. C., 2010, « This is not America :embedding the cognitive-cultural urban economy », Geografiska Annaler : series B, Human Geography, 92, 2, pp. 131-143

Catégories

Lieux

  • 191 rue Saint-Jacques (Institut de Géographie)
    Paris, France

Dates

  • dimanche 30 septembre 2012

Fichiers attachés

Mots-clés

  • géographie économique, économie territoriale, développement local, territoire

Contacts

  • Isabelle Géneau de Lamarlière
    courriel : igeneau [at] univ-paris1 [dot] fr

Source de l'information

  • Isabelle Géneau de Lamarlière
    courriel : igeneau [at] univ-paris1 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Courants et théories en géographie économique », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 28 août 2012, http://calenda.org/209430