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Des villes et des normes : regards croisés

Cities and norms: crossed perspectives

Journée d’étude « jeunes chercheurs »

"Young researchers" study day

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Publié le jeudi 23 août 2012 par Elsa Zotian

Résumé

Cette journée d'étude se donne pour objectif de réfléchir sur les normes à la lumière des pratiques et des formes de production de la ville. A l’échelle du quartier comme à l’échelle de la mégalopole urbaine, les normes contribuent à construire l’espace mais aussi à régir, les pratiques des individus, qu'ils en aient conscience ou non. Il s’agit donc d’interroger la norme en tant que production juridique mais aussi en tant qu’ensemble des règles de conduites qu’il convient de suivre au sein d’un groupe social. La ville est-elle, en elle même, productrice de normes ? Ou permet-elle au contraire de s’en libérer ? Et à l’inverse les normes contribuent-elles à faire ou défaire la ville ? Y a-t-il des normes spécifiquement urbaines ? Comment les normes organisent-t-elles les modes de vie urbains ? Mais aussi comment ces modes de vie s’organisent-ils autour de ces normes ?

Annonce

Argumentaire

Cette journée d'étude se donne pour objectif de réfléchir sur les normes à la lumière des pratiques et des formes de production de la ville. Les questionnements qui animent le présent appel à communication proviennent d’approches différentes et interdisciplinaires. Ainsi, sont invités à soumettre leurs réponses, les jeunes chercheurs (doctorants, post-doctorants…) en urbanisme, sociologie, géographie, architecture, droit, philosophie...

A l’échelle du quartier comme à l’échelle de la mégalopole urbaine, les normes contribuent à construire l’espace mais aussi à régir, les pratiques des individus, qu'ils en aient conscience ou non. Il s’agit donc d’interroger la norme en tant que production juridique mais aussi en tant qu’ensemble des règles de conduites qu’il convient de suivre au sein d’un groupe social. La ville est-elle, en elle même,  productrice de normes ? Ou permet-elle au contraire de s’en libérer ? Et à l’inverse les normes contribuent-elles à faire ou défaire la ville ? Y a-t-il des normes spécifiquement urbaines ? Comment les normes organisent-t-elles les modes de vie urbains ? Mais aussi comment ces modes de vie s’organisent-ils autour de ces normes ? La production et les usages de la ville et de ses espaces semblent établir ce qui doit être perçu comme déviance ou normalité, que ce soit par un processus d’inclusion ou d’exclusion (Becker, 1985). Il convient de questionner quels sont ou quels pourraient être les points de résistances aux normes, c’est pourquoi la perception et le vécu des normes par les différents acteurs qui produisent et pratiquent la ville doivent être analysés.

Trois pistes de réflexions ont été dégagées :

  • Les normes et la production institutionnelle de la ville

Interroger la production des normes qui régissent les modes de vie urbains implique d’abord de comprendre les interactions entre les normes et la production institutionnelle de la ville. Comment la production de la ville s’articule-t-elle avec les normes des différents groupes sociaux ? Quels rôles jouent les différents acteurs (élus, experts, techniciens, chercheurs,  membres de la société civile, ...) dans la conception des normes dans les villes ?

La production de la ville est toujours sous influence de différents modèles urbains qui pourraient être considérés comme une sorte de norme. Les différents courants urbanistiques préconisaient un certain fonctionnement optimal ou une forme urbaine idéale comme la cité jardin, la ville radieuse, la ville fonctionnelle. Aujourd’hui, certaines conceptions de la ville (durable, créative, juste…) tendent à devenir des référentiels pour la gouvernance urbaine qui prennent en compte davantage l’urbanité, l’exigence de participation et de débat public ainsi que les préoccupations environnementales et le développement durable. Mais pour autant, du fait de leur contenu imprécis, ces modèles peinent à s’imposer comme normes puisqu’il n’y a pas de critère concret pour évaluer leur efficacité, voire leur pertinence. Face à ce phénomène, on pourrait s’interroger sur le but de la conception de ces « normes ». Comment sont-elles pensées ? En fonction de quelles représentations des territoires par les institutions ? Comment sont-elles diffusées ou appliquées dans ces contextes différents ? Comment ces principes normatifs influent-ils l’action des différents acteurs?

  • Pratiques et production des normes dans la ville

Si les normes peuvent être produites à un niveau institutionnel, il parait pertinent de s’intéresser aussi à leur existence à travers la pratique de l’espace par les habitants des sociétés urbaines, tout en se demandant comment ces derniers contribuent de fait à la production de la ville. A cet égard, on pourra s’interroger à tout type de pratiques quotidiennes (de Certeau, 1980) ou ponctuelles, qu’elles contribuent à reproduire ces normes urbaines, ou à les remettre en cause. Cette observation pourra aussi prendre en compte la variation temporelle des normes dans les espaces, entre le jour et la nuit, par exemple, mais aussi dans des événements marqués par une suspension ou inversion temporaire des rôles, règles et statuts habituels .

Il s’agirait de saisir comment les actions individuelles et collectives prennent place dans un espace urbain normé. L’étude de ces pratiques devrait nous permettre d’observer la manière dont les individus intériorisent les normes (Bourdieu, 1980) ou comment ils les critiquent. En quoi ces pratiques révèlent-elles les normes qui régissent l’espace urbain ? L’espace urbain est-il devenu un outil pour conditionner ou influencer les usages, et modifier ainsi les normes de comportement ? Ou à l’inverse en influençant les normes, les habitants des villes s’impliquent-ils dans la production de la ville ?

Il convient également de replacer ces pratiques par rapport au regard qui peut leur être porté. Le caractère déviant ou non d’un comportement ne dépend pas tant de l’acte en lui-même que de celui qui le qualifie comme tel (Becker, 1985). En quoi cela révèle-t-il les représentations qui existent autour des différents espaces urbains et des normes qui les régissent ? Comment cohabitent différentes normes dans les mêmes espaces urbains, régissant l’usage individuel et collectif de l’espace ?

  • Rapports de pouvoir et de domination

Les normes établies seraient le résultat de luttes entre différents acteurs, possédant différentes stratégies, motivations et ressources pour s’exprimer. L’étude des normes amène donc à interroger les rapports de domination au sein d’espaces hétérogènes où l’interaction sociale est maximisée (Lévy, Lussault, 2003).

Foucault montre que nous passons d’une société de la loi à une société de la norme. Dans cette perspective quelle place tient la normalisation dans le fonctionnent général de la domination ? En quoi l’espace peut-il être compris comme appareil de normalisation  fixant les individus ? Il existe en effet des logiques qui conduisent à définir certains comportements comme étant « in place » ou « out of place » (Cresswell, 1996), définissant ainsi des « bons » et des « mauvais » usages des lieux.

Par ailleurs, il s’agit de comprendre la manière dont les normes façonnent les processus d’exclusion et d’inclusion. Ainsi, l’espace contraint les actions des différents individus. Il s’agirait d’observer comment les processus de marginalisation de certaines populations, selon des logiques diverses (race, classe, genre…), se traduisent dans l’espace et contribuent à définir les représentations associées autour de certains territoires.

Enfin, questionner la manière dont l’espace urbain est utilisé en tant que ressource, par les différents types d’acteurs, pour remettre en cause les normes établies (Banos, 2009) est l’un des enjeux de cet axe. Comment l’art de représenter son propre espace réel et métaphorique s’affirme-t-il en opposition à un univers normé (Roux, 2002) ? Quel serait le rôle de l’espace dans les stratégies des individus pour retourner en leur faveur les stigmates qui leurs sont associés (Goffman, 1975) élaborés par certains individus et collectifs par exemple ? Plus généralement quels interstices de résistances, visibles ou invisibles, existent ?

Références :

  • Banos Vincent (dir.), « Espaces et normes sociales », Géographie et cultures, 2009, n°72, hiver 2009
  • Becker Howard, Outsiders. Études de sociologie de la déviance, Métailié, Paris, 1985 (éd. originale 1963)
  • Bourdieu Pierre, « Effets de lieu », La misère du monde, Paris, Seuil, 1993, pp.159-167
  • De Certeau Michel, L'Invention du quotidien, Paris, Gallimard, 1990 (1e éd. 1980)
  • Cresswell Tim, In Place/Out of Place: Geography, Ideology and Transgression, University of Minnesota Press, Minneapolis, 1996
  • Foucault Michel, Dits et écrits II, édition Quarto-Gallimard, 2001, 1735 p.
  • Goffman Erving, Stigmate : les usages sociaux des handicaps, Editions de minuit, Paris, 1975, 175 p.
  • Lévy Jacques et Lussault Michel (dir.), Dictionnaire de la géographie et de l'espace des sociétés, Belin, Paris, 2003
  • Roux Michel, Inventer un nouvel art d'habiter. Le ré-enchantement de l'espace, L'Harmattan- Ingénium, Paris, 2002, 206 p.

Modalités de participation

  • La journée se tiendra à l’Institut d’Urbanisme de Paris le 24 janvier 2013.
  • Les propositions de communication ne dépassant pas 3500 signes (espaces compris) sont à envoyer à jchercheurslaburba@gmail.com

avant le 15 octobre 2012

  • Les notifications de refus ou d'acceptation seront envoyées le 15 novembre 2012.
  • La publication des actes de la journée est envisagée.

Comité d’organisation (doctorants du Lab’Urba) :

  • Pedro Gomes
  • Séverin Guillard
  • Jean-Amos Lecat-Deschamps
  • Mingye Li
  • Camille Morel
  • Vincent Prié
  • Njaka A Ranaivoarimanana
  • Noémie Rapegno

Comité scientifique (provisoire)

  • Emeline Bailly (chercheuse associée au Lab’Urba, CSTB)
  • Jérôme Boissonade (LAVUE, université Paris 8)
  • Yves Bonny (ESO-Rennes, Université Rennes 2)
  • Armelle Choplin (Laboratoire Analyse comparée des pouvoir, université Paris-Est)
  • Viviane Claude (Lab’Urba, université Paris-Est)
  • Franck Dorso (Lab’Urba, université Paris-Est)
  • Claire Hancock (Lab’Urba, université Paris-Est)

Lieux

  • Institut d'Urbanisme de Paris
    Créteil, France

Dates

  • lundi 15 octobre 2012

Mots-clés

  • norme, ville, regard, représentation, urbain

Contacts

  • Camille Morel
    courriel : morelcam [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Camille Morel
    courriel : morelcam [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Des villes et des normes : regards croisés », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 23 août 2012, http://calenda.org/209453