AccueilCrises et chuchotements au Sahel

Crises et chuchotements au Sahel

Crises and whispers in the Sahel

*  *  *

Publié le jeudi 30 août 2012 par Loïc Le Pape

Résumé

Appel à contributions pour la revue Politique africaine - dossier à paraître en juin 2013 : Crises et chuchotements au Sahel, coordonné par Vincent Bonnecase (CNRS) et Julien Brachet (IRD).

Annonce

Appel à Contributions pour la revue Politique africaine : Crises et chuchotements au Sahel, coordonné par Vincent Bonnecase (CNRS) et Julien Brachet (IRD)

Argumentaire

Nul ne doute que l¹Afrique sahélienne est aujourd¹hui une région « en crise ». On peut néanmoins se demander à quel point une telle appréciation est nouvelle, tant les discours sur les crises sahéliennes semblent être permanents depuis que la notion même de « Sahel » a pris son sens géopolitique, dans le contexte de la famine de 1972-1973, pour désigner un ensemble de pays africains essentiellement caractérisés par la sécheresse, la faim et la pauvreté. L¹espace régional ainsi dénommé a d¹emblée émergé comme un espace en crise sur la scène internationale. Depuis lors, son histoire se caractériserait par une longue série de catastrophes, particulièrement aiguës ces dernières années aux niveaux politique, alimentaire, sécuritaire, écologique, migratoire ou religieux. Celles-ci sont surtout particulièrement importantes aux yeux du monde depuis que le Sahel n¹est plus considéré comme une simple périphérie, mais comme une zone disputée dont la déstabilisation pourrait avoir des répercussions lointaines, notamment en Europe.

De fait, les signes de crises, ouvertes ou latentes, ne manquent pas si l¹on considère les évolutions récentes qu¹ont connues la plupart des pays sahéliens. Plusieurs de ces pays ont subi des coups d¹État ces dernières années (la Mauritanie en 2008, le Niger en 2010 et le Mali en 2012) ainsi que des rébellions armées (Mali, Niger, Tchad), qui ont mené, dans le cas malien, à une partition de fait du pays depuis avril 2012. Ces troubles politiques sont intervenus sur fond de grandes difficultés sociales et économiques : tandis qu¹en 2008, plusieurs villes, parmi lesquelles Nouakchott, Niamey, Ouagadougou et de nombreuses villes secondaires, étaient touchées par d¹importants mouvements « contre la vie chère », les populations rurales restent soumises à une forte vulnérabilité alimentaire, laquelle s¹est traduite par de nouvelles alertes à la famine en 2010 et en 2012. Parallèlement, l¹ensemble de l¹espace sahélien apparaît en proie à une criminalité grandissante et à l¹action difficilement contrôlable de groupes armés, dont certains se réclament d¹un islam radical, alimentés parfois par les prises d¹otages, plus fréquemment semble-t-il par les trafics de cigarettes, de drogues ou d¹armes.

L¹ensemble de ces faits et phénomènes, unanimement désignés comme révélateurs de crises, ont déclenché la mise en ¦uvre de politiques publiques spécifiques, aux échelles nationales, régionales et internationales. Or, ces crises et les politiques qui leurs répondent sont d¹autant plus visibles que le Sahel est récemment devenu une région hautement stratégique, théâtre de transformations sociales dont les enjeux économiques, politiques et sécuritaires dépassent largement le cadre de ses frontières. Mais derrière les cris des médias et des politiques en la matière, derrière cette vision d¹un Sahel qui serait au bord de l¹implosion sous la veille inquiète de l¹Europe et de l¹Amérique, il convient d¹interroger ce qui se chuchote, loin des micros, dans les rues des villes et des villages autant que dans les couloirs des organisations régionales et des institutions internationales. Nous proposons donc de déplacer le regard des seuls faits saillants qui mettent actuellement en lumière l¹Afrique sahélienne, pour les interroger à l¹aune de la vie quotidienne des populations ainsi qu¹à celle des pratiques habituelles des acteurs institutionnels à quelque échelle que ces derniers puissent intervenir.

L¹objectif de ce dossier est double. Il vise d¹abord à replacer les tensions les plus visibles, qui concourent aujourd¹hui à ériger les pays sahéliens en un espace en crise, dans les contextes ordinaires qui les ont produits. Les manifestations les plus patentes des crises, qu¹il s¹agisse de coups d¹État, de sécession politique, de luttes armées, de radicalisations religieuses, de poussées de la criminalité ou de forte paupérisation, ne sauraient être comprises dans leur complexité dès lors qu¹elles sont appréhendées isolément, comme si elles faisaient sens en elles-mêmes ou qu¹elles marquaient une nette rupture par rapport à leur environnement social et historique. N¹y a-t-il pas un effet déformant dans cette propension à ne considérer les sociétés sahéliennes qu¹à travers le prisme de crises, qui sont certes synonymes de bouleversements réels pour une partie des populations locales, mais dont la grande visibilité tient aussi à leur intense médiatisation ? Outre qu¹il est sans aucun doute possible de lier un certain nombre de ces faits les uns aux autres, en quoi présentent-ils une continuité avec les réalités moins visibles qui les entourent ou les précèdent ? Dans quelle mesure, a contrario, peut-on parler d¹une déstabilisation croissante de l¹espace sahélien, dont la situation malienne serait l¹illustration la plus emblématique ? Ce qui est considéré comme crise au niveau international est-il également perçu comme tel par les populations sur place, directement ou indirectement concernées ?

En parallèle, ce dossier vise également à interroger les effets des politiques de crise mises en ¦uvre au Sahel ces dernières années, que ces politiques soient tout à fait nouvelles ou qu¹elles ne soient que le prolongement de politiques antérieures par d¹autres moyens. Il est classique de lire ce qui est désigné comme crise non pas seulement comme une réalité sociale, mais aussi comme un mode de gouvernement de cette réalité : décréter la crise est aussi pour de multiples acteurs une manière de gérer certaines situations. De fait, une telle qualification a suscité au Sahel la multiplication de dispositifs nationaux et transnationaux, en particulier d¹aide et de contrôle. Ces derniers, tout en prétendant sécuriser la région, principalement d¹un point de vue international, ont pu aussi constituer des facteurs d¹insécurité pour les populations locales. Ils ont pu également donner lieu à de multiples instrumentalisations et réappropriations, concourant à redessiner de nouveaux rapports de pouvoir à différentes échelles. Afin de saisir dans quelle mesure ces dispositifs participent d¹une transformation des sociétés sahéliennes, il s¹agit d¹appréhender au mieux l¹ensemble de leurs incidences, non pas seulement sur les objets bien identifiés contre lesquels ils prétendent lutter directement et officiellement, mais aussi et surtout sur l¹ensemble des domaines de la vie ordinaire des populations.

Les entrées thématiques envisageables sont nombreuses, parmi lesquelles, sans exhaustivité ni distinctions exclusives :

  • Crises politiques, coups d¹État, mobilisations sociales ; politiques de retour à l¹ordre institutionnel, politiques de renforcement de la démocratie.
  • Crises alimentaires et famines, crises écologiques, crises démographiques ; politiques d¹aide alimentaire et de développement rural, politiques d¹aide aux réfugiés, politiques familiales.
  • Crises sécuritaires, terrorisme, trafics humains et marchands ; politiques de coopération militaire, policière et douanière, politiques anti-terroristes.

Dates principales

30 Septembre 2012 : résumé (une page maiximu) à envoyer à Vincent Bonnecase (CNRS) et Julien Brachet (IRD)

30 décembre 2012 : envoi des articles (8000 mots) dont les résumés ont été retenus par les coordinateurs.

Après sélection par le comité éditorial de Politique africaine, les articles acceptés paraitront dans le numéro de juin 2013.

Contact :

Dates

  • dimanche 30 septembre 2012

Mots-clés

  • Sahel, crise, quotidien, local

Contacts

  • Vincent Bonnecase
    courriel : vincentbonnecase [at] yahoo [dot] fr
  • Julien Brachet
    courriel : Julien [dot] Brachet [at] ird [dot] fr

Source de l'information

  • Marie-Emmanuelle Pommerolle
    courriel : mepommerolle [at] free [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Crises et chuchotements au Sahel », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 30 août 2012, http://calenda.org/209473