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Publié le jeudi 06 septembre 2012 par Elsa Zotian

Résumé

Il y a dix ans paraissait l’ouvrage collectif dirigé par Jacques Lagroye (Lagroye 2003), appréhendant la notion de « politisation » à travers une multitude d’entrées empiriques. Celle-ci y apparait aussi centrale dans l’approche socio-historique du politique, que polyphonique et relativement peu stabilisée dans ses usages. Si la « politisation » apparaît donc a minima comme un processus de décloisonnement, de « dépassement des limites », de transfiguration d’objets sociaux non naturellement considérés comme politiques, comment envisager et penser ce qui précède cet état et/ou ce qui s’y oppose ? Si la notion de « dépolitisation » est très couramment utilisée, tant dans les espaces profanes qu’académiques, pour désigner ce qui s’opposerait au politique, elle renvoie à des processus multiples, voire contradictoires. Aussi, malgré (ou à cause de) ces usages variés, cette notion a rarement fait l’objet d’une réflexion spécifique, en France ou à l’étranger, autrement que sur un mode normatif. Cette section thématique vise à la fois à recenser les usages de ce terme par les chercheurs, à préciser les processus spécifiques auxquels il renvoie et à évaluer les interprétations auxquelles les diagnostics de « dépolitisation » ou d’ « apolitisme » donnent lieu.

Annonce

Argumentaire

Il y a dix ans paraissait l’ouvrage collectif dirigé par Jacques Lagroye (Lagroye 2003), appréhendant la notion de « politisation » à travers une multitude d’entrées empiriques. Celle-ci y apparait aussi centrale dans l’approche socio-historique du politique, que polyphonique et relativement peu stabilisée dans ses usages. A l’issue de cette confrontation, J. Lagroye définit celle-ci comme un « processus de requalification des activités sociales les plus diverses, requalification qui résulte d’un accord pratique entre des agents sociaux enclins, pour de multiples raisons, à transgresser ou à remettre en cause la différenciation des espaces d’activité ». Si la « politisation » apparaît donc a minima comme un processus de décloisonnement, de « dépassement des limites », de transfiguration d’objets sociaux non naturellement considérés comme politiques, comment envisager et penser ce qui précède cet état et/ou ce qui s’y oppose ?

Si la notion de « dépolitisation » est très couramment utilisée, tant dans les espaces profanes qu’académiques, pour désigner ce qui s’opposerait au politique, elle renvoie à des processus multiples, voire contradictoires : désidéologisation ; départisanisation ; technicisation et/ou accaparement par des professionnels d’un enjeu ; confinement des décisions dans des arènes non publiques ; déconflictualisation des assemblées ou d’enjeux sociaux ; évitement ou déni du débat et de la montée en généralité ; indifférence pour les enjeux a priori constitués comme politiques ; etc.

Aussi, malgré (ou à cause de) ces usages variés, cette notion a rarement fait l’objet d’une réflexion spécifique, en France ou à l’étranger, autrement que sur un mode normatif. Tout se passe comme si la définition des processus de politisation suffisait à expliquer, en creux ou en négatif, la dépolitisation.

Cette section thématique vise à la fois à recenser les usages de ce terme par les chercheurs, à préciser les processus spécifiques auxquels il renvoie et à évaluer les interprétations auxquelles les diagnostics de « dépolitisation » ou d’ « apolitisme » donnent lieu, étant entendu que ceux-ci semblent souvent considéré par les acteurs sociaux – et en particulier les politistes – comme un « problème » auquel il faudrait remédier, en remplissant ce qui est perçu comme un vide.

Pour ce faire, la section s’adresse à des chercheurs travaillant sur des objets variés mais qui ont en commun d’avoir mobilisé la notion de dépolitisation, de façon plus ou moins centrale, soit comme « constat » à expliquer (un comportement, une institution, une politique publiques jugés « dépolitisés » ou dépolitisants), soit comme variable explicative d’autres phénomènes (le désengagement, les consensus inter-partisans, la non mise à l’agenda d’un problème public, etc.), soit enfin comme registre/catégorie du discours de certains acteurs sociaux (l’apolitisme des maires ruraux, la dépolitisation du sport par les instances sportives, etc.).

Les propositions peuvent donc s’inscrire dans une multitude de sous-champs disciplinaires : l’étude des comportements politiques ou des organisations partisanes, l’analyse des politiques publiques, la sociologie des mobilisations ou des institutions politiques.

Elles pourront, en s’appuyant sur des terrains étrangers ou français, locaux ou nationaux ou internationaux, s’inscrire dans l’un des axes suivants :

• Axe 1 : La « politisation et la « dépolitisation » comme processus entremêlés

Ces deux notions seront interrogées non pas comme des pôles distincts et antagonistes qui renverraient à deux ordres de réalité, mais plutôt comme des processus et des formes de qualification concurrentes et parfois mêlées/simultanées, résultant du travail de groupes d’acteurs, agissant dans des configurations et selon des socialisations qui favorisent la requalification politique ou son « évitement » (Eliasoph 2010). Il s’agira donc notamment de questionner l’existence d’un continuum – qui irait du dépolitisé au politisé – et où l’acteur politique ou le chercheur détermineraient un degré de « politisation » ou de « dépolitisation » à la manière du placement d’un curseur.

• Axe 2 : L’activité de labellisation et ses effets

À l’instar de la politisation, la dépolitisation apparaît comme une activité de labellisation (à laquelle participent à la fois les acteurs sociaux, les professionnels de la politique et les universitaires) et le produit d’une lutte de classement, plutôt que comme un état stabilisé d’un problème ou d’un enjeu, ou comme la simple manifestation d’une absence de politique. Dans cette perspective, l’existence de frontières (et de garde-frontières) entre le politique et le non-politique sera questionnée de manière centrale. On pourra également prêter attention aux controverses, scientifiques et politiques, qui peuvent accompagner le constat de « dépolitisation ».

Bien que soucieux d’avancées d’ordre « théoriques », les organisateurs de la section thématique privilégieront les propositions qui résultent d’enquêtes de terrain de première main, qu’elles s’appuient sur un travail ethnographique, sur des entretiens et/ou des archives.

Conditions de soumission

Cet appel à communication de la section thématique 42 s’inscrit dans le cadre du prochain congrès de l'AFSP à Paris.

Deadline :15 octobre 2012

Modalité de soumission : une à deux pages maximum.

Les organisateurs de la section thématique privilégieront les propositions issues d’enquêtes de terrain, qu’elles s’appuient sur un travail ethnographique, sur des entretiens et/ou des archives.

Les propositions sont à envoyer aux trois adresses électroniques en mentionnant dans l’objet « proposition ST 42 » :

  • Raphaëlle Parizet: raphaelle.parizet@univ-lille2.fr
  • Manuel Schotté:  manuel.schotte@univ-lille2.fr
  • Fabien Desage : fabien.desage@univ-lille2.fr

 Responsables scientifiques

  • Raphaëlle Parizet, ATER en science politique, Ceraps, Université de Lille
  • Fabien Desage, Maître de conférence en science politique, Ceraps, Université de Lille
  • Manuel Schotté, Maître de conférence en STAPS, Ceraps, Université de Lille

Catégories

Dates

  • lundi 15 octobre 2012

Mots-clés

  • dépolitisation, apolitisme, désidéologisation, départisanisation, indifférence

Contacts

  • Raphaëlle Parizet
    courriel : raphaelle [dot] parizet [at] gmail [dot] com
  • Fabien Desage
    courriel : fabien [dot] desage [at] umontreal [dot] ca

Source de l'information

  • Raphaëlle Parizet
    courriel : raphaelle [dot] parizet [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

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 », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 06 septembre 2012, http://calenda.org/209524