AccueilL'option violente. Combattants et insurgés dans les soulèvements populaires

*  *  *

Publié le jeudi 06 septembre 2012 par Elsa Zotian

Résumé

Les soulèvements populaires actuels nous rappellent que la politique est aussi affaire d'affrontements physiques. En Grèce, au Bahreïn, au Sénégal, en Egypte ou en Libye de nombreux individus et groupes s’engagent dans des luttes violentes, des affrontements avec les forces de l’ordre, des milices, voire l’armée. En faisant le choix de ne pas opérer de distinction a priori entre ces situations politiques contrastées (notamment avec un état d’encadrement militaire ou de contrôle policier différent, des expériences d’actions violentes précédentes ou non, etc.), nous ambitionnons dans cette ST de dépasser deux types d’approches. Il s’agira ainsi de réévaluer tout autant les lectures structurales et macrosociologiques de l’émergence de la violence dans les mobilisations que les théories de la frustration pour nous focaliser, à un niveau microsociologique, sur la violence et le rapport à la violence des protagonistes de ces soulèvements populaires.

Annonce

Argumentaire

Les soulèvements populaires actuels nous rappellent que la politique est aussi affaire d'affrontements physiques. En Grèce, au Bahreïn, au Sénégal, en Egypte ou en Libye de nombreux individus et groupes s’engagent dans des luttes violentes, des affrontements avec les forces de l’ordre, des milices, voire l’armée. En faisant le choix de ne pas opérer de distinction a priori entre ces situations politiques contrastées (notamment avec un état d’encadrement militaire ou de contrôle policier différent, des expériences d’actions violentes précédentes ou non, etc.), nous ambitionnons dans cette ST de dépasser deux types d’approches. Il s’agira ainsi de réévaluer tout autant les lectures structurales et macrologiques de l’émergence de la violence dans les mobilisations (Tarrow, Della Porta notamment) que les théories de la frustration (Gurr, ainsi que certaines théories sur les révolutions et les analyses du « terrorisme ») pour nous focaliser, à un niveau microsociologique, sur la violence et le rapport à la violence des protagonistes de ces soulèvements populaires.

Ainsi, fondé le plus possible sur un matériau ethnographique (ou documents d’archives) visant à analyser la violence « en situation » (Collins), les participants à cette ST étudieront ces pratiques violentes, en les décrivant de manière détaillée (Lavergne et Perdoncin) et en en restituant au maximum le sens donné par les acteurs. Pour autant, la perspective pragmatiste apparaît parfois trop peu attentive à l’expérience accumulée des acteurs. L’analyse des dispositions sociales construites au cours des trajectoires biographiques de ces « manifestants », « insurgés », ou « combattants », inscrites dans un contexte mouvant (avec des ruptures d’intelligibilité constitutives d’événements « générateurs »), paraît la seule à même de dégager des « logiques de situations » (Dobry) permettant de comprendre le recours à l’action violente.

Les contributions pourront prendre appui sur des terrains variés, et s’intéresser à des soulèvements très contemporains ou au contraire plus anciens.

Quatre dimensions peuvent être analytiquement distinguées :

  • Qui sont les insurgés ?

Il apparaît d’abord nécessaire de s’intéresser aux dispositions sociales (origine sociale, sexe, âge…) et aux trajectoires d’engagement des insurgés (réseaux de sociabilité, expériences préalables, modalités de recrutement…), afin de mieux cerner les caractéristiques de la division sociale du travail « révolutionnaire ». Il s’agira alors d’analyser la socialisation à la violence, les imaginaires mobilisés dans les combats, et les « raisons » de l’engagement des acteurs dans la violence (peut-on par exemple affirmer qu’il relève souvent de logiques privées comme le soutient Kalyvas ?)

  • Une violence organisée ?

Si une majorité des travaux de sciences sociales insiste sur le caractère organisé des mobilisations contestataires, nombre d’émeutes et de soulèvements naissent pourtant sans organisation préalablement vouée à une telle « fonction » contestataire. Il convient ainsi de repenser le degré de structuration des individus et des groupes mobilisés, l’économie des combats, et les dispositifs organisationnels susceptibles de faciliter le recours à l’option violente.

  • L’analyse diachronique du passage à la violence

Il s’agit ici d’observer quand intervient le passage à la violence, comment s’articulent trajectoires biographiques et dynamiques du conflit. Peut-on par exemple mettre en évidence des seuils ou des événements - objectifs et/ou subjectifs – permettant de comprendre le « basculement » dans l’action violente ?

  • La violence en pratiques

Si la violence n’est bien souvent qu’une activité parmi d’autres des engagements contestataires individuels, nous chercherons néanmoins ici à mieux comprendre en quoi consistent les combats. Il s’agira aussi de montrer en quoi les modes d’action violents sont tout à la fois tributaires des espaces dans lesquels ils s’inscrivent (interactions avec les dispositifs de répression), dépendants de l’identité des acteurs mobilisés, et fortement déterminés par l’existence d’un public « spectateur ».

Références

  • Collins, Randall, Violence: A Micro-sociological Theory, Princeton, Princeton University Press, 2008.
  • Della Porta, Donatella, Social Movement, Political Violence and the State. A Comparative Analysis of Italy and Germany, Cambridge, Cambridge University Press, 1995.
  • Dobry, Michel, « Ce dont sont faites les logiques de situation », in Favre, Pierre, Fillieule, Olivier et Jobard, Fabien (dir.), L’atelier du politiste, Paris, La Découverte, 2007, p. 119-148.
  • Kalyvas, Stathis N., The Logic of Violence in Civil War, Cambridge, Cambridge University Press, 2006.
  • Lavergne, Cécile et Perdoncin, Anton (dir.), « Décrire la violence », Tracés, n°19, 2010.
  • Gurr, Ted, Why Men Rebel, Princeton, Princeton University Press, 1971.
  • Tarrow, Sidney, Power in Movement. Social Movements, Collective Action and Politics, Cambridge, Cambridge University Press, 1994.

Conditions de soumission

La date limite de réception des propositions (une à deux pages) est fixée

au 15 octobre 2012

Elles devront être envoyées par mail aux deux responsables scientifiques.

Le 12ème congrès de l’Association française de science politique (AFSP) aura lieu à Paris du 9 au 11 Juillet 2013

Responsables scientifiques

  • Amin Allal (CHERPA – IEP d’Aix-en-Provence) : amin.allal@gmail.com
  • Olivier Grojean (CERIC/UMR 7318 – Aix-Marseille Université) : olivier.grojean@free.fr

Dates

  • lundi 15 octobre 2012

Fichiers attachés

Mots-clés

  • mouvements politiques et sociaux, violence

Contacts

  • Amin Allal
    courriel : amin [dot] allal [at] gmail [dot] com
  • Olivier Grojean
    courriel : olivier [dot] grojean [at] free [dot] fr

Source de l'information

  • Olivier Grojean
    courriel : olivier [dot] grojean [at] free [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L'option violente. Combattants et insurgés dans les soulèvements populaires », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 06 septembre 2012, http://calenda.org/209538