AccueilDéplacements de frontières et annexions dans l'Occident médiéval (XIIe-XVe siècle)

Déplacements de frontières et annexions dans l'Occident médiéval (XIIe-XVe siècle)

Moving borders and annexing in the medieval west (12th-15th century)

Première journée d'études

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Publié le vendredi 14 septembre 2012 par Elsa Zotian

Résumé

Il est dans l’Occident du bas Moyen Âge possible de changer les frontières, de « réunir », de « transporter » des territoires. Qu’est-ce qui légitime de telles pratiques ? Comment s’arroge-t-on un tel droit ? Cette première journée d’étude engage la réflexion autour de travaux menés à diverses échelles sur l’oscillation des confins et leur rôle dans la constitution des territoires.

Annonce

Argumentaire

Voilà longtemps que l’on a cessé d’envisager les frontières comme des limites « naturelles ». Pourtant, s’agissant du bas Moyen Âge, on continue encore souvent de considérer comme intangible la souveraineté territoriale que dessinent les frontières établies à de grandes dates (843, 1032, etc.) pour séparer des États parfaitement souverains de l’Occident chrétien. L’écart est grand, cependant, entre cette théorie et la pratique. Cette dernière montre qu’il est possible de changer la frontière ; que l’on peut non seulement conquérir et devenir le maître d’un territoire, ou tenir un territoire hors de son espace politique de référence (le roi d’Angleterre est duc d’Aquitaine), mais aussi annexer, rattacher un territoire à un autre espace politique, le « réunir » ou le « transporter » en termes de souveraineté dans un autre monde (le transport réel et l’exercice effectif du pouvoir restant une autre affaire).

On a pu s’intéresser à ce qu’entraîne le passage d’un territoire d’un État à un autre, aux modifications qu’il provoque ; mais qu’est-ce donc qui l’autorise ? Comment peut-on s’arroger ce droit énorme au déplacement de frontières jugées naturelles et presque éternelles ? Une réflexion approfondie devrait permettre d’appréhender le déroulement de l’annexion au bas Moyen Âge et de montrer ainsi le fonctionnement et aussi les limites de l’ordre politique et territorial ancien. À l’arrière-plan de ces questions, se trouve le problème de la constitution territoriale, de ce qui fait et fonde l’inscription du pouvoir dans l’espace.

On pourra prendre en considération la frontière franco-impériale, qui illustre ce phénomène, depuis les grignotages irréversibles effectués par les rois de France (Lyon, le Dauphiné, etc.) jusqu’à de véritables intrusions, soudaines et moins durables, en particulier sur certains espaces de « vide politique » de l’Italie du Nord. Il est d’autres espaces sur lesquels l’enquête pourrait porter : les îles de la Méditerranée, qui font, à qui les observe depuis le continent et dans une perspective formaliste, l’impression d’une certaine souplesse s’agissant de qui y exerce sa souveraineté (une souveraineté qui y demeure parfois fictive), ou l’aire ibérique, bien sûr, terre de « conquêtes », de « reconquêtes » et d’empiètements, qui a connu de nombreuses expériences de déplacements de frontières (conçues de différentes manières) et des procédures d’annexions à des échelles très diverses. Il ne s’agira pas de prétendre à l’exhaustivité en « couvrant » le vaste espace pris en considération – France et Empire, péninsule Ibérique, Italie et Méditerranée occidentale – mais, bien plutôt, d’engager une réflexion collective et véritablement comparatiste sur des phénomènes et des cas appartenant à l’un ou l’autre de ces espaces. Tout niveau et toute échelle d’analyse semblent a priori prometteurs : depuis les vastes espaces de la haute politique jusqu’à des terrains aux dimensions plus modestes, et depuis le niveau pratique – comment déplacer une borne, comment enquêter et décrire un territoire, comment en assurer la prise de possession –, jusqu’au niveau de la théorie, avec notamment la façon dont le droit accompagne ou non ces annexions, en passant par le niveau de la procédure politique – inféoder, conquérir, « se donner », décréter le transfert. À chacun de ces niveaux, interviennent des négociations et des débats entre des acteurs sur les questions d’annexions : juristes, mais aussi, localement, officiers des princes, communautés d’habitants, commissaires, arbitres, etc. Les perspectives diplomatiques et juridiques paraissent centrales, mais il n’y a pas lieu de négliger l’importance de la dimension philologique, lexicale et documentaire (quels mots sont employés pour désigner l’annexion et la pratique ; quelles sont les sources et les archives des annexions), non plus que celle de la géographie et de l’appréhension de l’espace dans ces affaires (le rôle des commissions de délimitation et l’usage de cartes).

Cette question des déplacements de frontières et des annexions sera au cœur de deux journées d’études organisées le 26 novembre 2012 et le 10 juin 2013 à l’université Paris-Est – Marne-la-Vallée et à l’École pratique des hautes études (Paris).

Programme

Première journée d'études - 26 novembre 2012

9h30 : accueil

10h : Introduction
Stéphane Péquignot (EPHE) et Pierre Savy (UPEMLV)

  • 10h30 : Changement de frontières et perception de l’alterité en Catalogne (XIIe-XIVe siècles)
    Flocel Sabaté i Curull (Universitat de Lleida)
  • 11h30 : Quelles limites pour un Comtat Venaissin pontifical ? Fin XIIIe siècle-début XIVe siècle
    Valérie Theis (UPEMLV)

12h30 : pause déjeuner

  • 14h : Le transport du Dauphiné à la Couronne de France et ses suites
    Anne Lemonde (Université Pierre-Mendès-France, Grenoble)
  • 15h : Des sociétés de marche face à la politique royale des Quatre Rivières : l’exemple de la haute Saône et de la haute Meuse de Charles VII à Charles VIII
    Léonard Dauphant (Fondation Thiers)

16h : pause

  • 16h30 : Entre pratique locale et théorie politique. Consolidation du pouvoir, annexion et déplacement des frontières austro-orientales et méditerranéennes de la France (début XIVe siècle)
    Georg Jostkleigrewe (Westfälische Wilhelms-Universität Münster)

17h30 : Clôture de la journée

Lieux

  • Université de Paris Est Marne la Vallée (Bois de l'Étang, aile C)
    Champigny-sur-Marne, France

Dates

  • lundi 26 novembre 2012

Mots-clés

  • annexions, frontières, Moyen Âge, Occident, construction territoriale

Contacts

  • Stéphane Péquignot
    courriel : stephanepequignot [at] yahoo [dot] fr
  • Pierre Savy
    courriel : savy_pierre [at] yahoo [dot] fr

Source de l'information

  • Stéphane Péquignot
    courriel : stephanepequignot [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Déplacements de frontières et annexions dans l'Occident médiéval (XIIe-XVe siècle) », Journée d'étude, Calenda, Publié le vendredi 14 septembre 2012, http://calenda.org/209606