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Émotions situées : espaces publics

Emotions in situation: public spaces

Séminaire de recherche partagé CEMS-IMM / CRH-LAVUE

CEMS-IMM / CRH-LAVUE joint research seminar

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Publié le lundi 22 octobre 2012 par Elsa Zotian

Résumé

Les émotions sont le plus souvent pensées comme des sentiments privés ou des changements physiologiques. Elles sont parfois observées grâce aux réactions physiques qui les trahissent de façon involontaire, ouvrant une fenêtre sur un monde secret et intime. Cette conception a justifié la tendance dans l'étude des comportements en public à négliger la dimension émotionnelle de l'ordre de l'interaction, au profit d'une conception souvent stratégique de l'agent. Pourquoi ne pas penser, à l’inverse, que les émotions existent de façon première comme une transaction entre un agent et sa situation ? Motivées par un différentiel entre attentes et perception, elles se réaliseraient par un ajustement d'une relation troublée à la situation. Dans son pouvoir de transformation de la situation, ce travail émotionnel est observable dans les espaces publics. 

Annonce

Programme

Le séminaire se déroulera à l'EHESS ; il se tiendra une fois par mois, d'octobre 2012 à juin 2013, le jeudi de 10h à 12h.

Les intervenants enverront un texte qui sera diffusé au préalable et discuté en séance après une courte présentation de rappel.

Les personnes qui souhaiteraient recevoir une copie du texte support peuvent le demander par email à martin_aranguren@yahoo.com

25 octobre 2012

  • Martin Aranguren & Stéphane Tonnelat, « La force des émotions faibles : contact physique, transaction émotionnelle et densité de voyageurs dans le métro de Paris »

Discutants : Carole Gayet-Viaud, Isabelle Richard

Résumé. Le rapport décrit les émotions que suscitent les contacts physiques entre voyageurs dans le métro de Paris. Les émotions ainsi déclenchées sont examinées dans leur rapport à la densité de personnes. L’étude s’appuie sur un corpus d’enregistrements vidéo en situation naturelle. Afin d’examiner la réponse émotionnelle au contact physique, l’activité faciale des voyageurs a été codée à l’aide du Système de Codage d’Actions Faciales (FACS, en anglais). L’interprétation des résultats s’appuie sur la notion de « transaction émotionnelle », combinant l’approche pragmatiste de l’activité avec la théorie appraisal des émotions. La conclusion souligne l’importance des « émotions faibles » en tant que mode de résolution des torts perçus dans le métro et dans d’autres espaces publics. Sur le plan méthodologique, sont discutés les ajustements que l’étude transactionnaliste des émotions situées demande, d’une part, à l’approche des interactions inspirée d’Erving Goffman, et d’autre part, à l’approche des émotions inspirée de Paul Ekman.

22 novembre

  • Alexandra Bidet & Erwan Le Mener, « Les signalements de sans-abri au 115. Appel politisé, voisinage troublé et geste citoyen en milieu urbain démocratique » (à paraître dans M. Carrel et C. Neveu (éds.), Citoyennetés ordinaires. Ce que l’enquête empirique fait aux représentations de la citoyenneté, Paris, Karthala, 2013)

Discutants : Arianna Lovera, Long Pham Quang

Résumé. À partir d’une collection d’entretiens téléphoniques avec des appelants au 115 du Samusocial de Paris, l’article identifie trois manières de signaler une personne dans l’espace public, présentée comme sans-abri et nécessitant de l’aide. Chacune d’elles relève d’un mouvement bien spécifique : 1°) l’indignation ; 2°) l’inquiétude ; 3°) la responsabilité. Si ces trois motifs engagent l’appelant, ils n’impliquent pas le même rapport à la situation signalée. La conclusion revient sur les deux lectures les plus communes, et opposées, de ces gestes, qui y voient soit un modèle de citoyenneté ordinaire, soit un défaut de citoyenneté élémentaire.

13 décembre

  • Pierre Livet, « Les émotions dans les réunions du Débat public »

Discutants : Antoine Bocquet, Jean-Philippe Heurtin

Résumé. À partir d’une analyse de comptes-rendus, l’article décrit les émotions liées à différents débats publics organisés par la Comission nationale du débat public. Par la détection d’indices de déviation par rapport aux attentes typiques de la situation, des émotions ressenties sont identifiées. Parmi ces dernières sont examinées notamment les émotions liées à un problème de reconnaissance sociale et les émotions liées à la défense d’une valeur. Par l’analyse d’une situation de contestation du débat, la conclusion examine le processus interprétatif permettant la reconnaissance des valeurs manifestées par des émotions.

17 janvier 2013

  • Virginie Milliot, « Indignations et mobilisations autour des marchés de la pauvreté à Paris »

Discutants : Perrine Poupin, Heitor Frugoli

Résumé. Des marchés informels de vente d’objets récupérés dans les poubelles se sont localement développés et démultipliés au coeur même de Paris depuis 2009 jusqu’à devenir un problème public. Dans cet article nous proposons de suivre et d’analyser la dynamique de conflits et de solidarité générée par l’expansion dans l’espace public de ce commerce des pauvres et des parias. Nous verrons que la confrontation à ces marchés informels constitue une épreuve tour à tour affective et normative pour le citadin. Nous analyserons les registres d’indignation des riverains, les différentes formes de mobilisation qui se sont organisées depuis la rue et leurs traductions politiques.

15 février (vendredi, 14h) 

  • Louis Quéré & Martin Aranguren, « La transaction émotionnelle, sine qua non de l’expérience. L’émotion comme impulsion unifiante : l’approche pragmatiste »

Discutants : Pierre Livet, Roberto Frega

Résumé. Le document de travail développe la thèse que la transaction émotionnelle est une condition nécessaire pour « une » expérience au sens de John Dewey. La première partie, à visée historique, rappelle les théories des émotions des pragmatistes américains. La deuxième partie révise le concept de « transaction » proposé par Dewey à la lumière de l’éthologie. La troisième partie esquisse la notion de « transaction émotionnelle » à partir des théories appraisal des émotions. En s’appuyant sur l’analyse de l’action en situation, la quatrième partie élabore le slogan « pas d’expérience sans transaction émotionnelle ».

21 mars (jeudi, 10h)

  • Héloïse Nez, « La mise en scène des émotions dans l’espace public : les Indignados à Madrid »

Discutants : Albert Ogien, Angelo Montoni

Résumé. Ce texte s’intéresse aux émotions s’exprimant dans l’espace public dans le cadre du mouvement des Indignés en Espagne, qui occupent les rues et les places publiques au cours de leurs manifestations, campements et assemblées. Il montre que l’espace public urbain est le lieu d’expression d’émotions individuelles, de leur partage et de leur mise en scène collective. Est analysé le rôle des gestes, des symboles et des rites, mais aussi de la production et de la diffusion d’images photographiques et filmiques, dans le travail de construction d’émotions et d’une identité collectives.

16 avril

  • Frédérique Chave, « Les situations d’urgence dans la rue. Appeler les pompiers pour un tiers. »

Discutant : Cédric Terzi

Résumé. L’article décrit les émotions des passants qui alertent les pompiers pour un inconnu en situation d’urgence, montrant par là les limites de l’indifférence civile. Trois types d’appels au 18 sont examinés : ceux d’automobilistes appellant sans s’arrêter, ceux relatifs à des chats perchés, et ceux passées par des personnes qui restent sur place et font en quelque sorte office d’hôtes pour la victime. Sur cette base, est proposé un arc de l’engagement tiers dans des situations de secours sur la voie publique.

16 mai

  • Carole Gayet-Viaud,  « Émotions et sens moral dans l'interaction entre inconnus »

Résumé. La civilité fait, en sciences sociales comme dans le sens commun, l’objet d’un nombre considérable de préjugés. Au rang des évidences supposées de la notion, figurent son caractère superficiel et formel (son indifférence au fond) et sa fonction de pacification des conduites. Or, l’analyse des interactions réelles auxquelles donnent lieu les rencontres en public révèle une palette considérable d’émotions à l’œuvre dans ces échanges ordinaires, dont certaines paraîtraient aberrantes ou irrationnelles (la colère), ou simplement hors champ (la sympathie), si l'on s’en tenait aux définitions convenues de ce que ces rapports mettent en jeu. Prendre au sérieux la raison des émotions dans les échanges civils permet et impose donc de reconsidérer la capacité d’un simple corpus de règles à dire le tout de la civilité.

Discutant : Gérôme Truc

20 juin

  • Cédric Terzi, « La peur comme ressort d’une controverse. L’affaire Persépolis en Tunisie »

Résumé. Depuis le départ de Ben Ali, les Tunisiens font l'expérience de leur difficulté à faire peuple. L'unité qu'ils croyaient jusqu'alors sans faille laisse apparaître de profondes divisions. Ce processus de découverte de soi est traversé d'émotions vives, au rang desquelles nous verrons que la peur joue un rôle déterminant. Dans le prolongement de l'enquête consacrée aux commémorations de la révolution, nous consacrerons cette séance au déroulement de l'affaire soulevée par la diffusion du film d'animation Persepolis par la chaîne privée Nessma.

Discutant : Mohammad Abdel Hamid

Catégories

Lieux

  • salle 576 - EHESS, 190-198 av. de France
    Paris, France (75013)

Dates

  • jeudi 25 octobre 2012
  • jeudi 22 novembre 2012
  • jeudi 13 décembre 2012
  • jeudi 17 janvier 2013
  • jeudi 14 février 2013
  • jeudi 21 mars 2013
  • mardi 16 avril 2013
  • jeudi 16 mai 2013
  • jeudi 20 juin 2013

Mots-clés

  • émotions, espaces publics

Contacts

  • Stéphane Tonnelat
    courriel : stephane [dot] tonnelat [at] paris-valdeseine [dot] archi [dot] fr
  • Martin Aranguren
    courriel : martin_aranguren [at] yahoo [dot] com

Source de l'information

  • Martin Aranguren
    courriel : martin_aranguren [at] yahoo [dot] com

Pour citer cette annonce

« Émotions situées : espaces publics », Séminaire, Calenda, Publié le lundi 22 octobre 2012, http://calenda.org/224785