AccueilLe ventre de Bruxelles. Se déplacer pour se nourrir

Le ventre de Bruxelles. Se déplacer pour se nourrir

The belly of Brussels. Moving for food

La circulation des personnes et le marché alimentaire (XIe-XXe siècle)

The movement of people and the food market (11th-20th centuries)

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Publié le mercredi 07 novembre 2012 par Elsa Zotian

Résumé

Le présent colloque vise à montrer, en s'appuyant de manière exemplative sur l'histoire bruxelloise, comment les villes tirent nombre de leurs traits caractéristiques des défis posés par l'alimentation de leurs habitants, et ce depuis le Moyen Âge. Les réponses urbanistiques, sanitaires et économiques proposées pour résoudre l'afflux d'une population attirée par la vente ou l'achat de produits alimentaires ont façonné la physionomie actuelle des villes... et se montrent d'une actualité étonnante qui fait écho aux défis contemporains.

Annonce

Argumentaire

L’essor des villes dans nos régions − approximativement daté du XIe siècle par les historiens − a eu des conséquences très importantes pour l’approvisionnement alimentaire : la vie en ville impliquait d’amener dans un centre parfois densément peuplé des produits alimentaires variés nécessaires à la survie de non-producteurs agricoles qui vivaient en milieu urbain. Pour ce faire, des marchés organisés à des intervalles réguliers amenaient dans la ville une concentration importante de vendeurs, d’acheteurs aux profils très divers – consommateurs, marchands voire spéculateurs qui achetaient et réexportaient  les produits alimentaires vers d’autres horizons.

Ces marchés urbains  drainaient une très grande quantité de personnes, dont il importait de canaliser la circulation par une police adaptée et une urbanisation ad hoc. La concentration de protagonistes aux intérêts divergents, projetant de vendre ou d’acheter des marchandises charriées par route ou par eau dans un espace confiné, impliquait des problèmes en termes d’infrastructures, d’environnement, de salubrité ou de maintien de l’ordre public, qui peuvent sembler d’une surprenante modernité à l’observateur contemporain. Il est d’autant plus étonnant de constater que ce thème est très négligé par la recherche. Si l’histoire du marché – surtout à l’époque médiévale – a été traité par les historiens, c’est souvent sous l’angle de la police des denrées, ou à l’aune de grilles simplificatrices inspirées  des lois de « l’offre et de la demande ».

Le présent colloque vise à étudier les implications de l’afflux d’une foule abondante en ville en situation de marché alimentaire, en mettant au cœur de ses préoccupations l’exemple bruxellois étudié sur le long terme et comme illustration privilégiée. L’objectif est de montrer comment la gestion des flux de personnes s’est à la fois traduite  par l’adoption d’une série de mesures de régulation de l’accès et par des tentatives d’aménagement de l’espace urbain :

1° La question des marchés alimentaires a induit des réponses urbanistiques originales visant à canaliser les flux de personnes et de biens

Ces aménagements ont eu une grande incidence sur la physionomie urbaine actuelle (notamment bruxelloise). Dès le Moyen Age, les autorités ont « découpé » l’espace urbain en le spécialisant en secteurs dédiés à la vente de produits alimentaires spécifiques. Ce découpage (zones attribuées aux bouchers, aux marchands de grain ou de poisson, etc.) autorisait un meilleur contrôle des transactions et du flux de personnes en situation de marché et permettait la création de solutions sanitaires adaptées au type de denrées parfois délicates (en autorisant un contrôle accru sur celles qui étaient plus fragiles). Mais il permettait aussi un aménagement des conditions de circulation en fonction des besoins des vendeurs, acheteurs et autorités appelées à gérer cette circulation.

Ainsi, cette spécialisation a permis des aménagements de quais, de places et d’artères  adaptés aux conditions hyperboliques qu’amenait la revente de produits alimentaires : création de lieux spécifiques couverts comme les halles ou quais, réglementation de la pose des étals, avec des dispositions qui privilégient la jouissance de ceux-ci par la population urbaine. A cet égard, les regards croisés des architectes, urbanistes, archéologues et historiens seront précieux pour montrer comment les dynamiques urbanistiques ont été inspirées par les défis de la circulation marchande alimentaire. Une attention particulière sera portée aux défis posés par certains aménagements urbains (création et entretien de la voirie, règlements sur les charrettes et piétons) qui facilitent la circulation autour et dans le marché. Ces aménagements autorisent en effet  la canalisation des flux de biens et de personnes, permettent la perception de redevances (portes ; routes) et améliorent les conditions sanitaires, surtout lorsqu’ils sont pavés. Pourtant, le financement de leur entretien est resté, depuis le Moyen Âge, et jusqu’à nos jours, un enjeu et un sujet de polémique très aigu.

2° L’autre pivot du colloque sera l’étude de la réglementation de l’accès des personnes à la ville dans ces conditions de marché alimentaire

Il n’est nul besoin d’insister sur le fait que le caractère légitime ou non des restrictions apportées à la mobilité des personnes est un enjeu actuel très aigu. Diverses réponses historiques ont été apportées, visant à restreindre, interdire ou favoriser la venue de marchands ou acheteurs extérieurs charriant des denrées en ville ; des mesures coercitives ont été prises pour bloquer les personnes menaçant l’approvisionnement urbain par des rachats anticipés spéculatifs intempestifs ; enfin des mesures de droit ont été prises pour contrôler, par des dispositifs sécuritaires parfois très brutaux, les personnes présentées comme des « parasites » du marché (mendiants, prostituées…). De manière encore plus originale, on montrera comment  l’accès au marché était réservé pendant certaines plages horaires aux habitants de la ville, qui pouvaient s’approvisionner à des prix « cassés » en obtenant un accès privilégié aux denrées. Il est ainsi possible de montrer historiquement comment le marché d’Ancien Régime n’a pas toujours été soumis aux lois de la spéculation en matière alimentaire, mais comment les freins amenés à la circulation des personnes et des biens ont pu avoir pour corolaire le maintien d’une certaine accessibilité à la nourriture.

En bref, le colloque aura pour effet de montrer le lien organique unissant la physionomie des villes – et surtout Bruxelles – à la gestion des flux de personnes et de denrées. Il permettra de mesurer l’originalité des solutions proposées hier à ces défis, et de stimuler ainsi la recherche de réponses actuelles à ces problèmes aigus.

Programme

La participation au colloque est libre et gratuite, sur inscription préalable auprès de Madame Vanessa Marchand : Vanessa.Marchand@ulb.ac.be

8 novembre (ULB campus du Solbosch – Bibliothèque des sciences humaines/NB, local NB2 VIS)

09h45 Accueil

10h00 Allocution de bienvenue (Dr. Christophe LOIR et Dr. Alexis WILKIN, ULB-FNRS/FRS)

  • 10h15 Conférence inaugurale : Space and time in the medieval urban market : a view from England (Prof. Derek KEENE, University of London)
  • 11h15 Strangers in the medieval English marketplace (Dr. James DAVIS, University of Durham)
  • 12h00 Ravitaillement en céréales et marché urbain à Bologne au XIIIe siècle (Dr. Francesca PUCCI, Università degli Studi di Bologna)

12h45  Déjeuner

  • 13h45 Les marchés centraux de l’alimentation à Venise : XIIIe-XVe siècle (Dr. Fabien FAUGERON, Université Paris IV-Sorbonne)
  • 14h15 Les frequentans des marchés normands à la fin du Moyen Âge (Dr. Isabelle THEILLER, Université de Toulouse)

15h00 Pause

  • 15h30 Approvisionner la ville : entre géopolitique et police quotidienne dans les Pays-Bas méridionaux (Moyen Âge-XIXe siècle) (Prof. Claire BILLEN, ULB)
  • 16h15 Le marché du travail des cuisiniers et garçons à Bruxelles de 1850 à 1914 (Prof. Peter SCHOLLIERS, VUB)

9 novembre (Haute école Lucia de Brouckère, Campus du Ceria, Institut Meurice, Auditoire Loncin)

8h30 Accueil

9h30 Allocution de bienvenue (Jean-Pierre PÉQUEUX, Haute École Lucia de Brouckère)

  • 9h45 Marchés et circulations à Bruxelles au XVIIIe siècle  (Anne LANOYE, ULB)
  • 10h30 Couverts ou en plein air ? Tradition et innovation sur la scène des marchés bruxellois au XIXe siècle (Anneleen ARNOUT, KUL/FWO)
  • 11h15 From factory to food cupboard: early chain store provisioning and home delivery systems. A case study : Delhaize Frères & Cie Le Lion (Dr. Nelleke TEUGHELS, VUB)

12h00 Conclusions (Prof. Jean-Pierre DEVROEY, ULB)

12h15 Déjeuner

14h15 Promenade-Visite de Bruxelles : sur les traces des marchés alimentaires bruxellois par Christophe LOIR (sur invitation)

Lieux

  • ULB campus du Solbosch – Bibliothèque des Sciences humaines / NB, local NB2 VIS | Haute école Lucia de Brouckère, Campus du Ceria, Institut Meurice, Auditoire Loncin
    Bruxelles, Belgique

Dates

  • jeudi 08 novembre 2012
  • vendredi 09 novembre 2012

Mots-clés

  • ville, alimentation, urbanisme, marché, Moyen Âge, époque moderne

Contacts

  • Vanessa Marchand
    courriel : Vanessa [dot] Marchand [at] ulb [dot] ac [dot] be

Source de l'information

  • Alexis Wilkin
    courriel : awilkin [at] ulb [dot] ac [dot] be

Pour citer cette annonce

« Le ventre de Bruxelles. Se déplacer pour se nourrir », Colloque, Calenda, Publié le mercredi 07 novembre 2012, http://calenda.org/225882