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La mort des grands

The death of the greats - Arts, texts and rites (Iberian worlds 11th-18th centuries)

Arts, textes et rites (mondes ibériques, XIe-XVIIIe siècle)

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Publié le mercredi 07 novembre 2012 par Elsa Zotian

Résumé

La mort d’un prince, dès lors que dépendent de son autorité personnelle les décisions qui affectent le sort du royaume, est forcément un moment de fragilité du pouvoir et d’incertitude sur le sort des affaires en cours, depuis les grandes affaires de la paix et de la guerre jusqu’aux intérêts des particuliers suspendus au bon vouloir du souverain. Selon l’évolution des institutions et au gré de la conjoncture, suivant l’âge du prince et le caractère plus ou moins prévisible de sa disparition, la crise qu’entraîne cet événement est plus ou moins grave. Des créations symboliques, qu’elles s’expriment dans un cérémonial, dans les arts ou dans la littérature, tentent de pallier cette fragilité et de combler cette vacance. Ou même de les convertir en avantages en versant au profit des successeurs la mémoire du défunt, dont on célébrera et au besoin on inventera les succès, les vertus, les actions exemplaires, et dont on entourera les restes d’un respect religieux, ces restes et le lieu qui les abrite devenant le patrimoine symbolique du royaume ou de la dynastie.

Annonce

Argumentaire

La mort d’un prince, dès lors que dépendent de son autorité personnelle les décisions qui affectent le sort du royaume, est forcément un moment de fragilité du pouvoir et d’incertitude sur le sort des affaires en cours, depuis les grandes affaires de la paix et de la guerre jusqu’aux intérêts des particuliers suspendus au bon vouloir du souverain.  Selon l’évolution des institutions et au gré de la conjoncture, suivant l’âge du prince et le caractère plus ou moins prévisible de sa disparition, la crise qu’entraîne cet événement est plus ou moins grave. Des créations symboliques, qu’elles s’expriment dans un cérémonial, dans les arts ou dans la littérature, tentent de pallier cette fragilité et de combler cette vacance. Ou même de les convertir en avantages en versant au profit des successeurs la mémoire du défunt, dont on célébrera et au besoin on inventera les succès, les vertus, les actions exemplaires, et dont on entourera les restes d’un respect religieux, ces restes et le lieu qui les abrite devenant le patrimoine symbolique du royaume ou de la dynastie.

Cet affairement autour du défunt princier emprunte les voies déjà frayées par les expériences antérieures. On  associe, dans une chapelle, dans un panthéon, les tombeaux du défunt à celui de ses ancêtres. Avec une économie plus sordide, on récupère les tentures et les morceaux de catafalques utilisés lors de précédentes funérailles.  On met à profit, dans les récits de sa vie et de sa mort, dans les chroniques et dans les sermons, des motifs déjà utilisés pour d’autres membres de sa famille, en soulignant ce qui, chez lui, confirme et consolide la manière de ses aïeux. On puise dans le répertoire de patrons architecturaux, d’artefacts allégoriques, de formes musicales, dans le vocabulaire décoratif, les techniques rhétoriques et l’outillage conceptuel qui ont déjà servi les princes de sa lignée ou d’autres personnages auxquels on veut le faire ressembler, héros de mythes et légendes généalogiques, rois goths ou empereurs romains. Sur le fond de cette continuité, des changements interviennent où l’on peut voir le simple enregistrement d’une évolution globale des idées, des institutions et des styles, ou le résultat d’une volonté d’innovation, voire de rupture.

À l’époque des Habsbourg et surtout à la suite des cérémonies sensationnelles dédiées au décès de Charles Quint dans différentes villes d’Espagne, d’Europe et d’Amérique, les obsèques solennelles des princes deviennent fait culturel majeur, par l’ampleur des moyens investis et par l’étendue des territoires dans lesquels se répand et se multiplie leur pratique. Autour d’un catafalque monumental, construction éphémère qui combine l’inspiration du baldaquin médiéval et les formes de l’art funéraire antique –mausolée d’Halicarnasse, pyramides et obélisques–, se déroulent des vêpres et des messes, et foisonnent les créations iconographiques et symboliques: sculptures et peintures, tableaux vivants, hiéroglyphes et d’autres expressions de l’art emblématique, poésies et sermons. Le tout est destiné à survivre dans un livre, le plus souvent imprimé, parfois orné d’illustrations et de gravures, qui regroupe le récit des préparatifs, la description minutieuse des architectures et des décorations, les hiéroglyphes accompagnés ou non de leurs images dessinées, peintes ou gravées, le texte des sermons et des poèmes. Ces sources sont répertoriées et il est de plus en plus de chercheurs qui y puisent, mais elles ont fait rarement l’objet d’une publication[1].

Les études consacrées par Adelaida Allo Manero  aux obsèques des Habsbourg  d’Espagne[2] ont mis évidence que ceux-ci ont eu la primauté en la matière et que leur façon grandiose de fêter leurs morts a été imitée par les autres maisons royales ou princières. La mise en place par Philippe II d’un cadre normatif légal fait se multiplier les actions locales, celles des villes en particulier, rendues obligatoires dans le principe et assez libres dans leur mise en œuvre. La monarchie engage les municipalités, les cathédrales, les ordres religieux, à financer et organiser les honneurs funèbres d’une personne royale ou princière, en leur laissant le choix des détails. Elle les met ainsi en concurrence et les force à se prévaloir auprès du souverain et des autres villes, églises ou ordres de leur célébration plus riche, plus belle, plus ingénieuse que celle des autres. L’existence de festivités du même type dans des localités proches, par exemple à Cordoue, à Jaén et à Écija, mais aussi dans de grands centres éloignés les uns des autres, à Naples, à Madrid et à Lima, contribue à faire exister la monarchie comme espace politique et identité imaginaire pour les artistes, les intellectuels et, en moindre mesure, pour l’ensemble des sujets.

L’ingéniosité employée dans ces créations n’est pas toujours aussi vaine que l’on pourrait le penser puisqu’il s’agit de fixer et de rehausser l’idée qu’on se fait d’un prince, en canalisant et contenant le mécontentement d’une partie de la population et le dégoût très répandu qui marque souvent les fins de règne. C’est en particulier le rôle des sermons, dont on voit, dans le cas de Philippe III par exemple, que tout en faisant l’éloge du mort, et même en s’inspirant de la pratique du panégyrique consulaire ou impérial d’époque romaine, ils se font l’écho des critiques qui circulent au sujet du roi mort et de son entourage, que ce soit pour les réfuter ou pour avertir le nouveau roi de ne pas donner prise aux mêmes critiques.

La rencontre scientifique qu’organise CLEA dans ses quatre composantes (Civilisation de l’Espagne médiévale, Civilisation de l’Espagne moderne, Littérature espagnole du Siècle d’Or, Amérique coloniale) réunira des historiens, des  historiens de l’art et des littéraires pour approfondir les questions qui surgiront à partir des points évoqués. Parmi les enjeux scientifiques du colloque, la considération du phénomène sur une longue période et à la fois en Espagne et en Amérique permettra de mieux apercevoir les lignes de partage qui affectent les modes de légitimation des royautés médiévales et de la monarchie moderne. Nous voudrions aussi observer, en analysant les pratiques funéraires, ce qu’il en est des appétits de grandeur des maisons nobles et d’individus exceptionnels. Les obsèques d’une duchesse de Lerma, d’un poète comme Lope de Vega ou d’un prédicateur comme Hortensio Félix Paravicino, peuvent être vues comme entreprises d’intronisation de leur défunt. On se demandera s’il ne s’agit pas de rehausser le mort et de grandir l’importance de ce qu’il représente, par un déploiement artistique, rhétorique et symbolique de même genre, bien que de moindre envergure, que celui en usage pour les morts de personnes royales.

Programme

Coordinateurs : Louise Bénat-Tachot, Mercedes Blanco, Araceli Guillaume-Alonso, Georges Martin

Organisation : CLEA (EA 4083) et AILP (GDRE 671, CIHAM, CNRS)

Avec le soutien de l'École doctorale IV et du Conseil scientifique de l'Université Paris-Sorbonne

Mercredi 21 novembre (Sorbonne, Salle des Actes)

9h. Ouverture, introduction, présentation

« Morts et rites (1) »

  • 9h.30: Francisco de Paula Cañas Gálvez (AILP, Universidad Complutense de Madrid): « Intrigas y contextos políticos en torno a la muerte de un bastardo real: Sancho de Castilla (1371) »
  • 10h : Cristina Jular (AILP, CSIC-Madrid): « El ánima y la hacienda : la muerte de Pedro Fernández de Velasco (siglos XIV-XVI) »
  • 11h : Annie Molinie (CLEA, Université Paris-Sorbonne) : « Pellicer et la mort des Grands (1639-1644) »
  • 11h. 30 : Jaime García Bernal (Universidad de Sevilla): “El ceremonial funerario de los arzobispos de Sevilla, según los cuadernos de los maestros de ceremonias de la catedral hispalense”

12h: débat

  • 14h 30 : Juan Luis González García (Universidad Autónoma de Madrid) : “’Y así el mismo temor le dio osadía’. Pasiones, muerte y funerales mudos del Príncipe Don Carlos »
  • 15h : Araceli Guillaume-Alonso (CLEA, LABEX EHNE, Université Paris-Sorbonne) : « Les obsèques des ducs de Medina Sidonia : sites et rites »
  • 16h : Julia Benavent (Universidad de Valencia): “Intrigas y peripecias a la muerte del duque de Calabria”
  • 16h.30 : Eliseo Serrano (Universidad de Zaragoza): “Discurso religioso y cultura política en las honras fúnebres aragonesas del siglo XVIII”

17h : débat

Jeudi 22 novembre (Maison de la Recherche, salle D035)

« Morts et rites (2) »

  • 9h 30: Gabriela Ramos (Université de Cambridge): « Los rituales funerarios andinos antes y después de la conquista europea »
  • 10h: Victor Mínguez Cornelles (Universitat Jaume I, Castellón de la Plana) : « Tumbas vacías y cadáveres pintados: el cuerpo muerto del rey en los jeroglíficos novohispanos. Siglos XVII y XVIII »
  • 11h: Serge Gruzinski (CERMA, CNRS): « Morts sans sépulture:  Espagnols à Mexico et Portugais à Canton 1521/1523)»
  • 11h 30: Clotilde Jacquelard (CLEA, Université Paris-Sorbonne) : “Les Ibériques face aux rites funéraires chinois à la fin du XVIe siècle: les dominicains Gaspar da Cruz et Juan González de Mendoza”

12h: Débat

« La mort et les femmes (1) »

  • 14h30: Rosário Ferreira, (SMELPS, AILP, Universidade de Coimbra) : «La reine est morte : la succession politique des filles de roi aux XIe et XIIe siècles»
  • 15h: Georges Martin (CLEA, AILP, Université Paris-Sorbonne) : « Des tombeaux et des femmes. Aperçu d'une politique féminine des nécropoles princières à León et en Castille aux Xe-XIIIe siècles »
  • 16h : Michèle Escamilla (CLEA, Université Paris X) et Béatrice PEREZ (CLEA, Université Paris-Sorbonne) : « La mort des reines, des Trastamare aux Habsbourg. Isabelle la Catholique et Jeanne de Castille, mère et fille »
  • 16h.30: Paule Desmoulière (CRLC, LABEX OBVIL, Université Paris-Sorbonne) : « Come ad una tanta regina si conveniva : célébrations funèbres italiennes pour Marguerite d'Autriche-Styrie »

17h : Débat

Vendredi 23 novembre (Maison de la Recherche, salle D 035)

« La mort et les femmes (2) »

  • 10h: Emmanuelle Buvat (CLEA, Université Paris-Sorbonne) : « De la procession au cortège funèbre : maladie et mort de Marie-Louise d’Orléans »
  • 10h30 : Antonio Bernat Vistarini (Universitat des Isles Baleares) : « Imágenes y textos en la muerte de la reina María Luisa de Orléans »
  • 11h.30 : Sonia V. Rose (FRAMESPA, Université de Toulouse-Le Mirail) : "La mort des reines : gens de savoir et obsèques royales aux Indes Occidentales (première moitié du XVIIe siècle)"

12h: Débat

« Écritures de la mort (1) »

  • 14h30: Alberto Montaner (FEHTYCH, AILP, Universidad de Zaragoza) : "El óbito inscrito: epigrafía funeraria en la plena Edad Media hispánica"
  • 15h: Mélanie Jecker (CLEA, AILP, Université Paris-Sorbonne) : "Le gisant couché sur le papier : ultimes portraits royaux dans l'historiographie castillane (XIIIe-XVIe siècle)"
  • 16h: Hélène Thieulin-Pardo (CLEA, AILP Université Paris-Sorbonne) : "Les funérailles solennelles de la noblesse castillane dans les chroniques particulières du XVe siècle".
  • 16h.30: Mercedes Blanco (CLEA, LABEX OBVIL, Université Paris-Sorbonne) : « La Fama póstuma de Lope de Vega : funérailles dans le Parnasse »)

17h : Débat

Samedi 24 novembre (Sorbonne, Salle des Actes)

« Écritures de la mort (2) »

  • 9h.30 : Louise Benat-Tachot (CLEA, Université Paris-Sorbonne) : « La double mort du prince : paradoxe de l’écriture de l’histoire »
  • 10h : Patrick Lesbre (IRIEC, Université de Toulouse-Le Mirail) : « Annales de Juan Bautista : la description de l'enterrement du vice-roi Luis de Velasco en 1564 »
  • 11h : María José Bertomeu (Universidad de Valencia) : « La muerte de Carlos V en las relaciones de sucesos »
  • 11h.30 : Carmen Salazar Soler (MASCIPO, CNRS) : "Con igual pie pisa la muerte las altas torres que las humildes chozas de los pobres": la muerte de los reyes de España vista desde Potosí, Alto Perú (siglos XVI al XVIII)»

12h : Débat

« Mort des grands et littérature »

  • 14h.30 : Ana Sofia Laranjinha (SMELPS, AILP, Universidade do Porto) : «L'apocalypse arthurienne dans la Mort Artu du cycle du Pseudo-Boron, ou comment survivre après la fin des temps»
  • 15h : Roland Béhar (CLEA, Université Lille 3) : « Le fleuve en deuil : fortune d'un motif de l'élégie funéraire à la Renaissance »
  • 16h : Jesús Ponce Cárdenas (Universidad Complutense de Madrid) : « Minima epitaphia hispanica: epigrama castellano y elogio fúnebre en el Renacimiento »
  • 16h.30 : Yves Germain (CLEA, Université Paris-Sorbonne) : "Autour de tres pimpollos de la casa de Austria, la mort de trois Habsbourg et la construction de La vida y hechos de Estebanillo González: un monument incongru?"

17h : Débat

[1] Vient de paraître cependant le libro de honras composé en 1603 par le collège de la compagnie de Jésus à Madrid pour sa bienfaitrice l’impératrice Marie d’Autriche, qui venait de mourir à Madrid. Voir A. Bernat Vistarini, John T. Cull et T. Sajó, Book of Honors for Empress Maria of Austria, Philadelphie, St. Joseph’s University Press, 2011.

[2] Adelaida Allo Manero, « Las exequias réales de la Casa de Austria y el arte efímero español : estado de la cuestión », La fiesta cortesana en época de los Austrias, eds. M. L. Lobato y B. J. García García, Madrid, Junta de Castilla y León, 2003, p. 117-135 ; Id  & Juan Francisco Esteban Lorente, « El estudio de las exequias reales de la monarquía hispana : siglos XVI, XVII y XVIII », Artigrama, n°18, 2004, p. 39-94.

Lieux

  • Sorbonne, salle des Actes (21 et 24 novembre) | Maison de la Recherche, salle D035 (22 et 23 novembre) - Sorbonne, 1 rue Victor Cousin | Maison de la Recherche, 28 rue Serpente
    Paris, France (75005 | 75006)

Dates

  • mercredi 21 novembre 2012
  • jeudi 22 novembre 2012
  • vendredi 23 novembre 2012
  • samedi 24 novembre 2012

Fichiers attachés

Mots-clés

  • mort, rites funéraires, littérature funèbre, épitaphe, nécropoles

Contacts

  • Hélène Thieulin-Pardo
    courriel : helene [dot] thieulin [dot] pardo [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Georges Martin
    courriel : georgesmartin4 [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« La mort des grands », Colloque, Calenda, Publié le mercredi 07 novembre 2012, http://calenda.org/226061