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Intervention et relations internationales

Intervention and international relations

Revue Perspectives internationales n°3

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Publié le mercredi 14 novembre 2012 par Loïc Le Pape

Résumé

Les relations internationales sont traditionnellement le domaine des États. Malgré l’apparition de nouveaux acteurs qui relativisent progressivement cet état de fait, il n’en reste pas moins que la nature de l’espace mondial reste profondément interétatique. Cela signifie donc que le principe de souveraineté prévalant pour l’État dans le cadre de son territoire propre s’étend logiquement au domaine des relations internationales. Ainsi, puisque les relations internationales sont le fait d’acteurs étatiques, seuls légitimes, tous autant souverains que les autres, il ne peut en résulter, en principe, qu’une situation de parfaite égalité entre eux. Qu’est-ce que cela nous apprend si l’on cherche à réfléchir à la question de l’intervention en relations internationales ? Perspectives internationales, revue étudiante en relations internationales, recherche des contributrices et contributeurs pour son numéro 3 consacré au thème : intervention et relations internationales. 

Annonce

Argumentaire

Le thème de l’intervention fait partie de ces questions centrales et symboliques de la vie internationale. Pour s’en rendre compte, il suffit de constater à quel point les débats sont suivis et nourris lorsqu’il s’agit de se prononcer sur le bien-fondé d’une intervention armée contre un pays en envahissant un autre ou contre un pouvoir politique décimant sa population civile. L’actualité de ces cinquante dernières années nous donne matière à réflexion et illustration mais le phénomène est évidemment beaucoup plus ancien.

Les relations internationales sont traditionnellement le domaine des États. Malgré l’apparition de nouveaux acteurs qui relativisent progressivement cet état de fait, il n’en reste pas moins que la nature de l’espace mondial reste profondément interétatique. Cela signifie donc que le principe de souveraineté prévalant pour l’Etat dans le cadre de son territoire propre s’étend logiquement au domaine des relations internationales. Ainsi, puisque les relations internationales sont le fait d’acteurs étatiques, seuls légitimes, tous autant souverains que les autres, il ne peut en résulter, en principe, qu’une situation de parfaite égalité entre eux.

Qu’est-ce que cela nous apprend si l’on cherche à réfléchir à la question de l’intervention en relations internationales ? D’abord, que l’idée même d’une intervention est essentiellement contradictoire à l’égalité de principe entre les acteurs étatiques car elle remet en cause leur nature souveraine. L’intervention ne saurait donc être qu’une situation ponctuelle et extraordinaire remettant en cause une coutume devenue norme des relations internationales. Ensuite, et par conséquent, cela implique que l’intervention doit être justifiée selon des arguments qui viendront démontrer que sa cible a perdu ses caractéristiques constitutives d’Etat souverain. Ainsi, un Etat qui ne maîtrise plus son territoire ou qui n’assure plus la sécurité de sa population entre dans des catégories nouvelles servant à caractériser dégénérescence de l’entité étatique (par exemple : Etats faillis, Etats manqués, « lame Leviathan »).

A la lumière de ces éléments, nous pouvons affirmer que la base d’une étude féconde concernant le thème de l’intervention doit prioritairement porter sur la légitimation d’une contravention au concept de souveraineté, clé de voûte des relations internationales. L’intervention fait dès lors l’objet d’une définition, d’une justification, d’une anticipation et de plus en plus, d’un accompagnement dans les différentes temporalités qui lui sont associées.

Nous souhaiterions donc que les contributions au numéro 3 de Perspectives Internationales se fassent dans le cadre des axes de réflexion et des questions suivants.

  • Justifier l’intervention armée

    • Comment la justification de l’intervention armée se traduit-elle dans les évolutions conceptuelles du droit international ? (ex. : La « responsabilité de protéger », cas de l’émergence d’une norme en RI).
    • Quelle place, rôle et effets du dialogue multilatéral ?
    • Opportunité et agenda (timing) de l’intervention : Pourquoi l’intervention humanitaire s’impose-t-elle parfois comme une réponse évidente face à une crise ? Comment explique-t-on l’inégalité dans la répartition des interventions internationales ? Par quels processus un conflit local est-il mis sur l’agenda international ? Pourquoi la mise sur agenda ne suffit-elle pas toujours à justifier une intervention (exemple de la Libye et de la Syrie) ?
    • Cas de la dimension rétrospective car l’intervention dispose d’une véritable profondeur historique que l’on oublie trop souvent (ex. : Guerre du Péloponnèse, rapports pouvoir papal/monarchique, entre autres).
  • La temporalité de l’intervention armée

    • Anticiper : Pour être efficace, l’intervention ne doit idéalement pas débuter alors que le conflit a déjà commencé. Elle doit justement empêcher que celui-ci ne débute. L’idée de consolidation de la paix est intrinsèquement liée à la notion de prévention.  Quelle est donc la place de l’anticipation ?
    • Déployer : Quel est le modèle d’intervention le plus efficace à la lumière des expériences du dernier demi-siècle ? Doit-il s’agir de forces coalisées ou d’un pays seul avec mandat de l’ONU ? Quand une intervention doit-elle prendre fin ?  
    • Accompagner : Comment s’assurer que les résultats de l’intervention seront efficaces sur le long terme ? Comment créer des conditions d’une sécurité humaine pérenne sur le terrain de l’intervention ?
  • Régler les différends, une alternative à l’intervention armée

Le principal objectif est ici d’éviter l’intervention en amont : l’idéal serait en effet de ne pas avoir recours à une intervention en créant des conditions de paix et de coopération durables dans les zones considérées « à risques ». C’est le rôle du dialogue multilatéral au sein des institutions internationales.

    • Quel rôle pour la médiation internationale ?
    • Quel rôle pour les instances juridiques internationales ?
    • Quelle place pour les organes de règlement des différends de certaines organisations internationales (exemple de l’ORD de l’OMC, ou de la commission sur les limites du plateau continental) ?
  • Les nouvelles modalités de l’intervention

    • Peut-on parler d’intervention économique ? (Interventions du FMI, de la Banque Mondiale, de l’UE, certes sur la demande des pays mais remettant en cause la souveraineté des Etats dans les solutions préconisées.)
    • Qu’en est-il des interventions morales ? Influence/domination religieuse ou culturelle ? Entreprises identitaires d’Etat à Etat par le truchement de dynamiques transnationales ? S’agit-il de véritables interventions ou simplement d’influences marquées ?
    • Comment le développement des moyens de communication les plus récents modifie-t-il les modalités de l’intervention et contribue-t-il à l’augmentation ainsi que la diversification de ses acteurs ?
  •  La multiplicité des acteurs de l’intervention

    • Existe-t-il une place consacrée pour les OI, les ONG et les sociétés civiles ? Quelle devrait-être celle place ?
    • L’intervention armée doit-elle forcément être coalisée au prix d’une perte d’efficacité sur le terrain du fait des difficultés de coordination ?
    • Comment interpréter le rôle croissant d’organisations régionales dans l’intervention (exemple de l’Union africaine ou de la médiation de la CEDEAO, pourtant à visée économique, dans le conflit ivoirien) ?   Le régionalisme est-il l’échelle idéale de délibération et de mise en œuvre de l’intervention ?
    • Les médias et l’opinion publique qu’ils contribuent à façonner influent-ils sur l’agenda de l’intervention ?
    • Les individus et les groupes sociaux peuvent-ils intervenir en leur propre nom ? Exemple des politiques financières de George Soros dans les pays ex-socialistes dans les années 1980 ou des campagnes chocs d’ONG comme Greenpeace (contre les pêches des baleiniers japonais).

Conditions de soumission

Nous vous encourageons à nous proposer des points de vue originaux voire même décalés au niveau de l’approche disciplinaire adoptée (sociologie, histoire,  science politique, anthropologie, droit, économie, philosophie).

Nous souhaiterions des études de cadrage, plutôt générales, ainsi que des études de cas beaucoup plus ciblées.

Nous vous incitons également à nous proposer des notes de lecture d’ouvrages (récents ou anciens) relatifs ou non à notre thématique. Cet exercice nous semble à la fois formateur pour les contributeurs / contributrices les moins expérimentés et utile dans le cadre de recherches bibliographiques.

Nous insistons aussi sur la nécessité de soumettre des articles à l’orthographe soignée, respectant les normes de contribution de notre revue. Si nous nous chargeons de l’édition et de la mise en valeur de vos articles, cela ne signifie pas que nous devons systématiquement en corriger l’orthographe, la syntaxe et la mise en forme.

Toute contribution à Perspectives Internationales est exclusive. Le plagiat n’est pas toléré.

Echéances

La date limite de contribution est fixée au 15 janvier 2013 

pour une publication fin janvier/début février 2013.

Vos notes d’intention devront nous être communiquées avant le 25 novembre 2012.

Les notes d’intention et les contributions (70 000 caractères, espaces compris au maximum) doivent être envoyées à perspectives.internationales@gmail.com ainsi qu’à ismailregragui@gmail.com et melissa.levaillant@sciences-po.org

L'évaluation des propositions se fera par un comité scientifique réuni ad-hoc.

Dates

  • mardi 15 janvier 2013

Mots-clés

  • relations internationales, intervention, science politique, sociologie, histoire, droit, économie, Afrique, Asie, Europe, Moyen-Orient, Amérique

Contacts

  • Ismaïl Regragui
    courriel : ismailregragui [at] sciences-po [dot] org

URLS de référence

Source de l'information

  • Ismaïl Regragui
    courriel : ismailregragui [at] sciences-po [dot] org

Pour citer cette annonce

« Intervention et relations internationales », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 14 novembre 2012, http://calenda.org/226840