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Que faire de la notion d'économie morale ?

What to do with the notion of moral economy?

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Publié le mercredi 21 novembre 2012 par Elsa Zotian

Résumé

La journée sera composée d'une part de l'intervention de deux chercheurs invités pour leurs travaux récents de conceptualisation autour de la notion d'économie morale : Didier Fassin et Jean-Pierre Warnier qui offriront à la fois un retour sur les débats théoriques, tout en proposant des pistes et des résultats de recherche. Et d'autre part, la journée sera l'occasion de mettre à la question quatre terrains ethnographiques pour discuter de la pertinence et des usages à faire du débat autour des économies morales. L'objectif est de resserrer le questionnement autour de l'apport heuristique de la notion d'économie morale. Et de manière sous-jacente, on se demandera s'il faut conserver la notion et au prix de quelles spécifications, ou s'il faut s'en écarter pour proposer des conceptualisations alternatives ? Une importance particulière sera accordée à la discussion des différentes présentations et au débat avec et entre les invités.

Annonce

Présentation

C'est en 1968 que Thompson, le grand historien anglais de la classe ouvrière, développe la notion d'économie morale. Sans prévoir le succès que connaitra la formulation, il s'agissait pour lui de comprendre les émeutes des classes populaires, non pas seulement comme une réaction mécanique aux stimuli des prix, mais aussi comme des révoltes engendrées par un sentiment d'injustice lié à la transgression de normes et d'obligations morales fortement partagées par un collectif. La notion d'économie morale connut un franc succès et Thompson ne fera que l'affiner au cours de ses publications, pour en préciser le sens et lui donner un contenu théorique, non sans procéder lui même à quelques inflexions (1991). L'expression est popularisée en anthropologie à la suite des travaux de Scott (1976, 1985) sur la paysannerie en Birmanie. Ce dernier voit l'économie morale comme un système de valeurs – plutôt que comme un système de normes –, centré notamment autour des conceptions locales de la justice et de l'exploitation et qui donne sens à la survenue des révoltes. Cette approche a généré une multitude de travaux sur les économies rurales des pays du tiers-monde, les rapports de la paysannerie à l'État ou encore l'économie de subsistance ou « de l'affection » suite aux travaux de Hyden (1980, 2007). L'expression migre aussi plus récemment vers les sciences politiques et connait des acceptions encore différentes en épistémologie ou en histoire des sciences (Daston 1995).

Face à la prolifération du terme, l'inflation de ses emplois et aux malentendus interdisciplinaires, il semble de plus en plus difficile de saisir le sens et la réalité qu'il subsume. L'économie morale est en passe de devenir un « signifiant flottant » que l'on retrouve parfois, comme un impensé ou un leitmotiv, synonyme selon les occurrences, de « culture », d' « ethos », d' « habitus », ou d' « enchâssement ». Dès qu'il s'agit de penser l'articulation entre les sphères de l'économique et du social, entre la production, la circulation et la distribution de biens et des systèmes de normes ou de valeurs qui les encadrent, le terme d'économie morale resurgit, toujours plus ou moins bien spécifié et défini. Son usage nous semble souvent profondément problématique et parfois relever d'un impensé, d'une sorte « boite noire » dont on pourrait faire l'économie.

Ainsi, cette journée d'étude aura comme visée de discuter, à la fois, l'apport conceptuel et les travaux de la littérature sur le sujet, ainsi que des thématiques de recherche doctorale en cours. L'objectif est de faire dialoguer des terrains et des approches différentes autour d'une même notion, de la déconstruire pour en distinguer les différents niveaux de sens, ainsi que d'en dégager des espaces de pertinence ou des mésusages. Le but est aussi de savoir si cette notion peut encore être féconde pour analyser et donner du sens à des situations empiriques particulières.

Programme prévisionnel

Matinée : Première séance

  • 09h30 : Accueil et introduction – Michele Coletto, Pierre Prud'homme
  • 09h45 :« Économies morales contemporaines », Didier Fassin

10h45 : Pause

  • 11h00 : « L’économie morale du biblicisme. Construction du soi et agir moral dans le pentecôtisme en Suède », Emir Mahieddin
  • 11h20 : « Conflits de valeurs ou guerre de subjectivation : quelle échelle d'analyse pour l'économie morale ? », Emmanuel Galland

11h40 : Débat autour des interventions

12h00 Repas

Après-midi : Seconde séance

  • 14h00 : « Économie morale et hybridation du légal et de l'illégal», Jean-Pierre Warnier
  • 15h00 : « L'économie islamique au prisme de l'« économie morale » : retour sur quelques glissements sémantiques de la notion », Pierre Prud'homme
  • 15h20: « L'économie morale comme ressource pour penser les acteurs économiques : autour des parcours d'entrepreneurs italiens en Méditerranée », Michele Coletto

15h40 : Débat autour des interventions

16h00 : Pause

  • 16h15 : L'économie morale et son voisinage conceptuel. Échanges de vues entre Didier Fassin et Jean-Pierre Warnier

17h00 : Fin de la journée d'étude

17h30 : Apéritif de Noël

Catégories

Lieux

  • salle A (1er étage) - Centre de la Vieille Charité
    Marseille, France (13)

Dates

  • vendredi 21 décembre 2012

Mots-clés

  • économie morale, notion, ethos, enchâssement

Contacts

  • Emmanuel Galland
    courriel : emmanuel [dot] galland [at] no-log [dot] org

Source de l'information

  • Emmanuel Galland
    courriel : emmanuel [dot] galland [at] no-log [dot] org

Pour citer cette annonce

« Que faire de la notion d'économie morale ? », Journée d'étude, Calenda, Publié le mercredi 21 novembre 2012, http://calenda.org/227501