AccueilLes passeurs d’idées politiques nouvelles « au village », de la Révolution française aux années 1930

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Publié le mardi 13 novembre 2012 par Loïc Le Pape

Résumé

Cette manifestation scientifique se donne pour objectif de réinterroger une partie des problématiques liées à la médiation politique « au village ». Elle s’adresse prioritairement aux doctorants et jeunes docteurs.

Annonce

Argumentaire

Partant des travaux de Reinhart Koselleck sur le temps, spécifiquement de son ouvrage  sur le Futur passé, François Hartog montre que le « régime moderne » d’historicité inauguré en France par la rupture révolutionnaire, a favorisé la diffusion d’idées politiques nouvelles. En effet, quand le présent est considéré comme un futur à accomplir, l’apparition de conceptions théoriques neuves, qu’elles soient civiques (la fraternité), juridiques (la République), sociales (l’égalité) ou économiques (le communisme), devient une matrice du devenir historique. 

S’interroger sur les « passeurs » de la Modernité, qu’ils soient récepteurs, producteurs ou coproducteurs de ces idées nouvelles, permet de dépasser une approche conceptuelle de l’histoire des représentations en se situant au croisement de la « nouvelle histoire politique » et d’une histoire sociale qui fait la part belle à la notion de lien social et aux jeux d’acteurs à l’échelle communale. La présente journée d’étude porte sur les « passeurs d’idées » dans les sociétés locales. Ne cherchant pas à aboutir à une géographie des « courtiers locaux du politique » ni à une typologie des modes de médiation, nous nous proposons de réinvestir le dossier de la politisation « au village » à l’aune des travaux de jeunes chercheurs travaillant sur les XVIIIe, XIXe et XXe siècles français. Qui porte les idées politiques nouvelles « au village » ? Quelles sont leurs pratiques et stratégies ? Celles-ci suscitent des protestations et des contestations qu’il conviendra par ailleurs de repérer, à l’image de celles auxquelles se heurte Pierre Vaureix, un fervent jacobin nommé instituteur à Beaumont (Puy-de-Dôme) en 1790. Les jours d’arrivée du courrier, une petite foule envahit sa demeure afin « d’entendre la lecture » des journaux parisiens auxquels il est abonné. En germinal an II il est chargé de se rendre dans le village voisin pour « prêcher le républicanisme, l'amour de la patrie et de ses lois ». Arrivé sur place avec d’autres patriotes, l’instituteur trouve déserte l’église où il devait prendre la parole. Dans les rues, il rencontre en revanche de nombreux adultes qui s’enferment ostensiblement chez eux à l’approche de la délégation jacobine. De retour à l'église, un attroupement les prend à partie : « foutue canaille qui (prêche) cette maudite religion des patriotes » au lieu du catéchisme « bien meilleur » autrefois diffusé.

Par-delà les interprétations « ascendante » ou « descendante » de la politisation des campagnes, il conviendra aussi de s’interroger sur le degré de recomposition, par des « passeurs » locaux, des idées qu’ils reçoivent et sur les enjeux de cette reformulation. Les principes qu’ils diffusent sont-ils semblables à ceux qui sont portés par les élites politiques, notamment parisiennes ?

Les réseaux d’acteurs et les sociabilités induites ne devront pas être écartés. Au début du XXe siècle, l’apparition de comités politiques associant la lutte anticléricale à des revendications sociales émancipatrices (réduction du temps de travail, retraites) est le plus souvent motivée par une volonté d’organisation du militantisme local. En cela, elle atteste de la politisation de citoyens actifs alors en concurrence avec les détenteurs de l’autorité « traditionnelle » (notables, curés). Il en va ainsi du comité républicain socialiste de Brenat, fondé en janvier 1904 par 32 des 593 habitants de cette commune du Puy-de-Dôme, qui reste en contact étroit avec le député radical-socialiste de la circonscription d’Issoire. Cette organisation est elle-même issue du « groupe socialiste » constitué en 1903 à l’initiative du cultivateur libre-penseur Pradier en vue de l’élection du maire de Sauxillanges au conseil général du Puy-de-Dôme.

Enfin, nos travaux porteront sur l’auto-production d’un discours sur l’engagement local, qu’il soit contemporain du temps de l’action militante ou non. Le questionnement de ces réécritures sur soi permettra de mieux déterminer les postures jugées constitutives, par les acteurs-auteurs eux-mêmes, de leur incarnation locale des idées nouvelles, et par là même de mieux comprendre, par exemple, la mue progressive de la notabilité du « coq de village ». Il permettra également de se demander si la production et la médiation d’idées nouvelles n’ont pas pu être, parfois, le fruit d’une mise en adéquation entre l’attente locale d’un message nouveau et l’expérience tactique d’un acteur (singulier ou collectif). Ce protagonisme, enfin, pose en creux le problème de la réinterprétation du passé par des auteurs qui restituent un monde auquel ils n’appartiennent plus afin de légitimer un engagement révolu ou toujours d’actualité. Les « paroles et écrits » des victimes du coup d'État du 2 décembre 1851 peuvent sur ce point constituer des témoignages de premier ordre. C’est le cas des mémoires de Blaise Lavelle, un peintre thiernois qui, plus de trente ans après les faits, écrit ses Souvenirs d’un ricochet du coup d'État de décembre 1851 ; des faits qui sont à l’évidence romancés par un auteur qui cherche tout autant à glorifier son action et sa conduite qu’à atténuer la gravité des actes de résistance dont il fut témoin et acteur.

Participation

Les propositions de communication (entre 1 500 et 2 000 signes) sont à adresser aux deux coordinateurs : Julien Bouchet (sapereaude@hotmail.fr) et Côme Simien (come.simien@gmail.com)

avant le 31 janvier 2013.

  • La manifestation se tiendra à Clermont-Ferrand les 20 et 21 juin 2013.
  • Elle donnera lieu à une publication.

Comité scientifique : 

  • Philippe Bourdin (Pr. Clermont-2),
  • Jean-Claude Caron (Pr. Clermont-2),
  • Jean-François Chanet (Pr. Lille-3 et IEP)
  • Vincent Flauraud (Mcf. Clermont-2)
  • Jean Vigreux (Pr. Université de Bourgogne)

Comité d’organisation :

  • Jeune Equipe du C.H.E.C. (Centre d’Histoire Espaces et Cultures – Université Blaise Pascal – Clermont 2)
  • Thomas Aréal, Lisa Bogani, Julien Bouchet, Marie Delpy, Amandine Fauchon, Oriane Hébert, Aurélia Jandot-Bortolin, Côme Simien.

Lieux

  • Maison des Sciences de l'Homme - 4 rue Ledru
    Clermont-Ferrand, France (63000)

Dates

  • jeudi 31 janvier 2013

Mots-clés

  • Idées politiques nouvelles, politisation, médiation politique, campagnes

Contacts

  • Côme Simien
    courriel : come [dot] simien [at] gmail [dot] com
  • Julien Bouchet
    courriel : sapereaude [at] hotmail [dot] fr

Source de l'information

  • Côme Simien
    courriel : come [dot] simien [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Les passeurs d’idées politiques nouvelles « au village », de la Révolution française aux années 1930 », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 13 novembre 2012, http://calenda.org/227758