AccueilNouvelles technologies, altérité et pratiques ethnographiques en contextes mondialisés

Nouvelles technologies, altérité et pratiques ethnographiques en contextes mondialisés

Technology, Scale, and Difference in Contemporary Anthropology

Quels défis pour une anthropologie contemporaine ?

What challenges for contemporary anthropology?

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Publié le mardi 20 novembre 2012 par Loïc Le Pape

Résumé

Sans les idéaliser, les exagérer, ou les diaboliser, incontestablement, les technologies de l'information et de la communication transforment le monde et ses habitants. Bien que la rapidité de ces transformations en cours rende l’appréhension ethnographique difficile, le point de départ de notre cadre conceptuel est qu'il est non seulement possible mais impératif de mieux cerner le caractère multiple et souvent inattendu de ces changements. L'émergence des technologies en ligne et mobiles oblige à repenser les questions de mondialisation qui ont été un thème majeur de l'enquête anthropologique dans les années 1990. À la lumière de ces diverses préoccupations, nous ouvrons deux axes de recherche pour la Chaire Singleton 2013 : l'un portant sur les transformations spatio-temporelles, et le second se concentrant sur les questions de l’altérité.

Annonce

Nouvelles technologies, altérité et pratiques ethnographiques en contextes mondialisés. Quels défis pour une anthropologie contemporaine ? Appel à contribution Chaire Singleton 2013, 15-17 Mai 2013

  • Université Catholique de Louvain-la-Neuve (Belgique)
  • Université de Californie-Irvine (USA)

Argumentaire

Sans les idéaliser, les exagérer, ou les diaboliser, incontestablement, les technologies de l'information et de la communication transforment le monde et ses habitants. Bien que la rapidité de ces transformations en cours rende l’appréhension ethnographique difficile, le point de départ de notre cadre conceptuel est qu'il est non seulement possible mais impératif de mieux cerner le caractère multiple et souvent inattendu de ces changements. L'émergence des technologies en ligne et mobiles oblige à repenser les questions de mondialisation qui ont été un thème majeur de l'enquête anthropologique dans les années 1990. Les travaux de cette période ont porté principalement sur les médias de masse comme la télévision et les films, sur l'impact des développements politiques et économiques, ainsi que sur le marché du travail mondial. Lors de cette conférence, nous explorerons comment les technologies actuelles en ligne et mobiles reconfigurent l’enquête anthropologique dans une ère de connexion planétaire aux ontologies transformées. Quels sont les nouveaux cadres théoriques nécessaires pour comprendre ces connexions ? Ces cadres permettent-ils d’aborder d'autres formes de spatialité, en ce inclus le local, l'État-Nation, le régionalisme (comme, par exemple, l'Union européenne), et la trans-localité ? Quelles sont les approches ethnographiques qui peuvent aider à résoudre ces questions ? Comment ces approches donnent-elles à penser les normes et paradigmes disciplinaires ? Comme l'a noté Mike Singleton, du local au global, il est question non pas d’un changement d’échelle mais d’essence. Cela laisse aussi entendre que le travail de l'anthropologie devient un exercice d’ontologie plutôt que d'épistémologie, ouvrant des questions à propos de la « planétarisation de la planète » plutôt que des interprétations ou des critiques de second-ordre à son égard.

Comme cela a été souligné depuis les années 1990, les questions de relocalisation et de reterritorialisation sont donc fondamentales pour théoriser la mondialisation. Ceci dit, créant de nouvelles formes de vie, l'impact des technologies contemporaines en ligne et mobiles introduisent une différence cruciale pour la pratique du métier d’anthropologue. Quelles sont les conséquences sur le savoir produit via ces technologies, sur la relation qu’anthropologues et acteurs de terrain entretiennent ? Compte tenu de la place des technologies en ligne et mobiles, qui peuvent être simultanément objet de l'enquête, modalité de collecte de données, format de présentation savante ainsi qu’un emplacement pour des interactions personnelles, d’où parle-t-on aujourd’hui en tant qu’anthropologue ? Comment pratiquer le travail d'ethnographie dans le contexte actuel ? Comment enquêter ? Avec quels outils ? Ces « nouveaux » domaines de l'enquête ethnographique sont façonnées par des reconfigurations de la présence et l'absence, notamment au travers de liens maintenus par l’intermédiaire des nouvelles technologies (être là-bas sans y être…) qui permettent des formes d'intimité et d'engagement sans coprésence physique. Et qu’en est-il des exclus (volontairement ou non) de ce système ?

Ces dynamiques façonnent notre intérêt à considérer la relation entre la mondialisation et nouvelles hégémonies dans le contexte des technologies mobiles et en ligne. En particulier, nous cherchons à mieux comprendre les tensions entre connexion et déconnexion, à appréhender la mondialisation à partir d’approches autres que celles des replis sur le local, énoncées en termes d'authenticité, de « retour à la nature » et de réel. Il s’agit de considérer les relations entre l'espace et le temps de façon hétérogène et de remettre en question toute revendication d'une téléologie singulière aboutissant à une réinvention ou à un « retour » au local. Quelles sont les conséquences de ces transformations sur les modalités méthodologiques et épistémologiques de l'anthropologie elle-même ?

Pistes de réflexion pour des communications

À la lumière de ces diverses préoccupations, nous ouvrons deux axes de recherche pour la Chaire Singleton 2013: l'un portant sur les transformations spatio-temporelles, et le second se concentrant sur les questions de l’altérité.

L’anthropologie est-elle ailleurs ? Quelles sont les recompositions des espaces-temps ?

Malgré une série de défis relevés par l’anthropologie au cours des quarante dernières années, le récit dominant de l'enquête de terrain reste communément : un anthropologue se rend ailleurs, loin, là-bas. Il observe et collecte une multitude de données orales et écrites qu’il interprétera de retour au bureau. En discussion avec ses pairs, il construira, après coup, un savoir. Cependant, d’autres formes d’engagement anthropologique existent et complexifient ce cliché. L’observation se mue en participation et/ou en engagement envers et avec les objets/sujets. Le terrain est une suspension, un intervalle spatio-temporel et émotionnel, une expérience vécue et partagée par l’anthropologue et ses interlocuteurs.

La pratique d’une immersion longue et en terre inconnue suivie de la prise de distance réflexive, physique et intellectuelle ménagée par le retour, indispensable à l’ethnographie, sont aujourd’hui bousculées. Il devient possible pour l’anthropologue d’être en lien continu avec son terrain par l’intermédiaire des technologies en ligne et mobiles. L’information relative à son objet et à ses interlocuteurs se multiplie et s’accumule sans fin. Comment dès lors pratiquer une anthropologie inscrite dans la continuité de celle des pères fondateurs de la discipline en plaçant la distance et la saturation des données au rang de nécessité première d’une recherche de qualité ? La permanence et la massification rendent le terrain poreux. Le chercheur n’est-il pas écartelé entre les critères d’une ethnologie classique et l’infinité des possibles d’une nouvelle donne ? La méthodologie classique de l’anthropologie est-elle encore adaptée aux (« nouveaux ») terrains contemporains ? Comment clore un terrain ? Comment faire le tri dans la masse ? Les données récoltées et datées sont-elles invalidées par le flux continu de l’information ?

Anthropologue autrement ?

Différence, similitude et altérité représentent un autre ensemble de sujets qui ont fait l’objet d’une attention particulière dans les élaborations théoriques en anthropologie ces dernières décennies. Cependant, ces concepts doivent être reconsidérés à la lumière des technologies en ligne et mobiles. Les dynamiques culturelles du soi, de la communauté et des pratiques qui s’établissent dans le contexte de ces technologies, transforment la rencontre avec « l’autre » et troublent les frontières de la similitude et de la différence sur base desquelles l’altérité se construit. Par exemple, comme nos interlocuteurs peuvent accéder à des discours sur eux-mêmes et sur leur place dans le monde, et en produire des nouveaux à l’aide des technologies en ligne et mobiles, ils refaçonnent la circulation et l’interprétation des données ethnographiques sur eux-mêmes, en y incluant des sortes de savoir « para-ethnographique » parallèles au travail anthropologique. Dans de nombreux cas, les anthropologues récoltent sur le terrain non seulement des données mais des manières d’interpréter qui précèdent, voire anticipent l’analyse ethnographique.

De quelles façons les technologies mobiles et en ligne non seulement accélèrent cet état des choses, mais peuvent également produire des possibilités inédites ? Quelles en sont les conséquences en termes d’éthique, de validité et d’authenticité du savoir ? Quelles sont les formes de refus, d’inaccessibilité et de « piratage » des cultures qui mettent à nu les limites de tels savoirs et de nouvelles ontologies ? Quels sont les risques de glissement des sciences au scientisme post-humaniste, quels sont les dialogues possibles avec des épistémologies autres, telles que, à titre d’exemples, les post-colonials studies et les subaltern studies ? Associées ou lues à travers le prisme d’une idéologie du progrès, les nouvelles technologies s’inscrivent dans une vision singulière du monde et de l’humain qu’il importe de faire dialoguer avec d’autres ontologies et cosmologies. Entre affordance et réappropriation, comment les logiques et pratiques culturelles se déploient-elles ? Comment ces dynamiques affectent-elles les relations entre enquêteur et enquêté, quand on sait que les notions d’égalité et de relation entre pairs sont elles-mêmes culturellement situées ? Comment les ethnographes doivent-ils actuellement prendre place sur le terrain, prendre la parole en milieu scientifique ou sur la place publique ?

Participation et informations pratiques

Les langues de travail du colloque sont le français et l’anglais. Il n’y aura pas de traduction simultanée.

Détails et dates limites

Les résumés de 350 mots maximum (en anglais ou en français) peuvent être soumis en ligne (chairesingleton2013@gmail.com). NB. Veuillez écrire ”ChaireSingleton 2013” comme objet dans votre courriel (email), ainsi que votre nom et prénoms, affiliation institutionnelle et information de contact dans le texte de votre courriel.

  • Soumission des résumés : 1 février 2013

  • Acceptation des résumés : 15 février 2013
  • Date de la conférence : 15-16-17 mai 2013

Les participants ne seront pas pris en charge par l’organisation. Ils sont invités à rechercher par eux-mêmes les moyens nécessaires pour couvrir le coût de leur participation au Colloque.

Comité scientifique

(Université Catholique de Louvain-la-Neuve, Belgique et Université de Californie-Irvine, USA) :

  • Tom Boellstorff
  • Elisabeth Defreyne
  • Marie Deridder
  • Séverine Lagneaux
  • Pierre-Joseph Laurent 
  • Elisabeth Mareels
  • Bill Maurer 
  • Jacinthe Mazzocchetti 
  • Olivier Servais
  • Lionel Simon 
  • Saskia Simon 
  • Anne-Marie Vuillemenot 

Lieux

  • Place Montesquieu, 1
    Louvain-la-Neuve, Belgique (1348)

Dates

  • vendredi 01 février 2013

Mots-clés

  • anthropologie, épistémologie, technologies, mondialisation, espaces-temps, altérité

Contacts

  • Jacinthe Mazzocchetti
    courriel : jacinthe [dot] mazzocchetti [at] uclouvain [dot] be
  • Bérénice Goffin
    courriel : rat [dot] laap [dot] berenice [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Jacinthe Mazzocchetti
    courriel : jacinthe [dot] mazzocchetti [at] uclouvain [dot] be

Pour citer cette annonce

« Nouvelles technologies, altérité et pratiques ethnographiques en contextes mondialisés », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 20 novembre 2012, http://calenda.org/228465