AccueilLa construction sociale des normes pratiques : les pratiques quotidiennes à la marge des règles et des lois

La construction sociale des normes pratiques : les pratiques quotidiennes à la marge des règles et des lois

The social construction of practical norms: everyday practices at the margins of rules and laws

African dynamics in a multipolar world – ECAS 5 : Panel 048

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Publié le mercredi 05 décembre 2012 par Elsa Zotian

Résumé

Ce panel propose de réfléchir sur les dynamiques de la régulation sociale et de l’action collective en Afrique. Un des effets de la globalisation a été l'affaiblissement de la souveraineté des États-nations et de la régulation sociale partout dans le monde. Il a ouvert la voie à une multiplication des sphères d'actions illégales et non légales voire criminelles. En Afrique cependant, ce processus a suivi une tendance particulière en raison du contexte historique propre à ce continent. En effet, depuis les indépendances, les sociétés africaines ont été engagées dans un processus progressif d’informalisation. Ce processus est variable selon le niveau de décomposition de l’État, de la désintégration des structures économiques, et des structures sociales. Il tend à produire et à multiplier les activités qui transgressent – et/ou qui échappent aux formes instituées par – les lois, les coutumes, les institutions, les modèles culturels et les normes sociales reconnues. La construction sociale des écarts entre normes et pratiques apparaît comme une constante sociologique. Et c’est un des objectifs de ce panel que d’en analyser la nature et les modalités.

Annonce

Argumentaire

Ce panel propose de réfléchir sur les dynamiques de la régulation sociale et de l’action collective en Afrique. Un des effets de la globalisation a été l'affaiblissement de la souveraineté des États-nations et de la régulation sociale partout dans le monde. Il a ouvert la voie à une multiplication des sphères d'actions illégales et non légales voire criminelles. En Afrique cependant, ce processus a suivi une tendance particulière en raison du contexte historique propre à ce continent. En effet, depuis les indépendances, les sociétés africaines ont été engagées dans un processus progressif d’informalisation. Ce processus est variable selon le niveau de décomposition de l’Etat, de la désintégration des structures économiques, et des structures sociales. Il tend à produire et à multiplier les activités qui transgressent – et/ou qui échappent aux formes instituées par – les lois, les coutumes, les institutions, les modèles culturels et les normes sociales reconnues.

Aujourd'hui, les aspects légaux et illégaux des activités sont étroitement entremêlés tandis que la régulation des Etats africains confine à l'anomie. Bien que l'affaiblissement général des lois offre des possibilités de changements dans l'organisation quotidienne de la vie et de l'action collective, la construction normative de celle-ci est sous-tendue par des tensions entre « normes officielles » et « normes pratiques » (Chauveau, Le Pape, Olivier de Sardan, 2001), entre « règles normatives » et « règles effectives » (Reynaud, 1997), entre « règles normatives » et « normes pragmatiques » (Bailey 1971).

Ainsi qu’en témoignent nombre de travaux pionniers sur le pluralisme juridique, le phénomène de la pluralité des normes, du fonctionnement social de la loi ou encore de la norme comme processus social n’est pas nouveau (entre autres, Comaroff & Roberts 1977 ; Moore 1978 ; Kintz 1987 ; Assier-Andrieu 1987, 2001 ; Griffiths 1986, 1992 ; Hesseling et Le Roy, 1990 ; Le Roy 1995 ; Chauveau, Le Pape et Olivier de Sardan, 2001). La construction sociale des écarts entre normes et pratiques apparaît comme une constante sociologique. Et c’est un des objectifs de ce panel que d’en analyser la nature et les modalités.

Cependant, en Afrique comme ailleurs, l’affaiblissement de la régulation légale jette une lumière crue sur les processus d’émancipation et de multiplication de régulations sociales partielles et partiales se situant parfois aux marges de la légalité. Si l’on s’en tient strictement au point de vue de leur rapport à la loi, ces activités peuvent être non légales, (elles ne se conforment pas à la réglementation) ou illégales, (elles ont un objet  contraire à la loi). Ces activités, telles que la contrebande, la contrefaçon, le trafic de drogue, la spéculation foncière, la prostitution, la contrefaçon, etc., tendent de plus en plus à fonctionner comme champ social autorégulé, produisant leurs propres normes, à la fois socialement reconnues et pratiques, leur permettant de fonctionner dans la durée et de se reproduire comme champ social. Si les plus visibles de ces activités sont souvent économiques (économie informelle), toutes les autres sphères de la vie et des pratiques sociales sont aussi affectées (corruption, patronage, adultère, clientélisme, escroquerie). Ainsi, la crise sociétale globale produit des formes de dégradation du lien social qui bascule parfois dans des formes de « déviance » : économie souterraine ou parallèle, trafic de drogues, prostitution, crimes en bandes organisées et autres activités criminelles (de Villers, 2002). En milieu rural comme en milieu urbain, les pratiques sociales explorent les marges de la normativité, créant ainsi des systèmes d’action aux limites floues. Tous les espaces — sociaux, économiques, religieux ou politiques — sont concernés ; tous sont travaillés par de vives tensions entre normes et pratiques. Aussi sera-t-il également question dans ce panel de jeter un regard neuf sur le « sur-pluralisme » des normes en Afrique (Chauveau, Le Pape, Sardan, 2000) qui ne touche pas seulement la distinction entre les normes officielles et les normes pratiques, mais aussi les multiples « normes informelles » qui régulent au quotidien les comportements, mais qui vraisemblablement permettent (et sont nécessaires à) la survie. En effet, nombre d’activités pratiquées par les gens pour réduire l’insécurité de la vie quotidienne ou simplement pour survivre, tendent à augmenter l’écart entre les normes officielles et les normes pratiques.

Conditions de soumission

Les contributions attendues dans ce panel s’appuieront sur des cas concrets de complexité normative outrepassant de différentes façons les cadres légitimes de l'action. Elles tenteront notamment de répondre aux questions suivantes :

  • Comment les normes pratiques régissant les activités illégales, immorales ou souterraines (la contrebande, l'adultère, la contrefaçon, la corruption, fraude, etc.) se rapportent-elles à la régulation de contrôle censées les sanctionner ?
  • Comment les règles normatives, les règles effectives et les pratiques interagissent-elles concrètement ?
  • Quels sont les justifications éthiques et les principes invoqués pour justifier l'écart entre les règles normatives et les pratiques efficaces ?
  • Dans des situations concrètes où des répertoires normatifs différents entrent en concurrence pour réguler l’action, comment s’établit la prééminence ?
  • Comment être sûr qu’une transgression apparente n'est pas une pratique conforme à un répertoire normatif différent ou à une zone d’incertitude bien dissimulée?

Date limite de soumission : le 16 janvier 2013

Ce Panel 048, sur la construction sociale des normes pratiques sera bilingue, français et anglais.

Il se place dans une perspective interdisciplinaire et les contributions des différentes sciences sociales (science politique, sociologie, histoire, anthropologie, droit) seront les bienvenues.

Pour envoyer votre proposition de communication en français ou en anglais, cliquez sur le lien ci-dessous, puis cliquez sur le lien « propose a paper » en bas de page, à gauche.

 http://www.nomadit.co.uk/ecas/ecas2013/panels.php5?PanelID=1993

Le colloque aura lieu à Lisbonne du 26 au 28 juin 2013.

Responsables scientifiques

  • Jacky Bouju (CEMAf-Aix Marseille Université)
  • Sylvie Ayimpam (CEMAf)

Lieux

  • Center of African Studies of the University, Institute of Lisbon
    Lisbonne, Portugal

Dates

  • mercredi 16 janvier 2013

Mots-clés

  • normes sociales, règles normatives, normes pratiques, normes officielles, normes pragmatiques, pluralisme juridique, pluralisme normatif, pratiques quotidiennes, lois, illégalité, régulation sociale, action collective, anomie, informalité, changement

Contacts

  • Jacky Bouju
    courriel : bouju [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr

Source de l'information

  • Jacky Bouju
    courriel : bouju [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La construction sociale des normes pratiques : les pratiques quotidiennes à la marge des règles et des lois », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 05 décembre 2012, http://calenda.org/230622