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Transformations de l'école et recompositions des rapports local / national

Transformations of the school and recompositions of local and national relationships

Quelles perspectives de recherche en sociologie de l'éducation ?

What research perspectives exist in the sociology of education?

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Publié le mercredi 05 décembre 2012 par Élodie Faath

Résumé

Ce colloque s’intéresse aux transformations de l'école sous l’angle des recompositions des rapports local / national. Il vise à étudier les conséquences de ces transformations sur les perspectives de recherche en sociologie de l’éducation. Les vecteurs de transformations interrogées sont nombreux. Ils concernent à la fois le volet éducatif de la politique de la ville, la profusion de nouveaux dispositifs à la frontière de l’éducatif, de l’urbain et du social. Il s’intéresse également aux transformations en cours dans le champ universitaire autour de ses évolutions récentes entre loi sur l’autonomie et prise en compte des inégalités territoriales. 

Annonce

Appel à communication RT4 « Sociologie de l’éducation et de la formation » Association Française de Sociologie et Gresco (Groupe de Recherche et d’Études Sociologies du Centre Ouest)

Présentation

Les rapports entre local et national constituent un point de tension dans l’école française, comme dans un ensemble de services publics. Les mesures en matière de décentralisation, de déconcentration ou de territorialisation, se sont sédimentées depuis trois décennies (Politix 2012). Le recours au local frappe par son ampleur (de la maternelle à l’Université) et par la multitude des acteurs impliqués sur les scènes éducatives locales (van Zanten 2001) : collectivités locales, services déconcentrés d’autres ministères, secteur associatif, etc. Ce mouvement s’accentue pour la période récente. Pour ne prendre que quelques exemples, la mandature présidentielle 2007-2012 a été marquée par une expansion du volet éducatif de la politique de la ville avec l’émergence d’un ensemble de dispositifs localisés destinés aux élèves des quartiers populaires : internats d’excellence, busing, cordées de la réussite, banques de stage, etc. (Ben Ayed 2013), auxquels on pourrait ajouter, au niveau universitaire, les dispositifs de « discrimination positive » menés, institution par institution, sur des critères socio-territoriaux dans les grandes écoles. L’un des « marqueurs » de cette période fut également la réforme de la carte scolaire mettant particulièrement en tension les espaces scolaires locaux (Oberti, Préteceille et Rivière 2012, Ben Ayed, Broccolichi et Monfroy 2013).

Les orientations esquissées par l’actuel ministère de l’Éducation nationale s’agrègent autour de « l’acte III » de la décentralisation, dans les domaines de l’orientation et de la formation professionnelle. Le projet d’une « école du socle », appréhendé par certains comme le moyen d’un « aménagement éducatif du territoire », est progressivement introduit par le biais d’expérimentations localisées dans certains réseaux Éclair (Écoles, collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite). L’autonomie pédagogique et le travail par projet sont toujours perçus comme des leviers de la « modernisation » de l’école.

Des transformations de la maternelle à l’université

L’université n’est pas en reste. La loi LRU a accru le recours aux financements régionaux qui ne se limitent plus aux seules infrastructures mais s’étendent également aux fonctionnements et aux contenus : offre de formation, études doctorales, politique de recherche, etc. Sous l’influence des structures d’évaluation (AERES), les injonctions à la professionnalisation des formations universitaires se font de plus en plus insistantes (Neyrat 2008), en lien avec les « attentes » et les « besoins » locaux. Ces évolutions coïncident avec l’émergence de thématiques de recherche en sociologie qui mettent au jour la fragmentation spatiale du champ universitaire et l’existence d’inégalités territoriales, tant en terme d’offre de formation que de trajectoires des étudiants (Nicourd, Samuel, Vilter 2011). Le cas particulier des antennes universitaires retient particulièrement l’attention concernant leur contribution à la réussite ou l’échec des étudiants, aux modes sociabilités estudiantines ou aux processus d’acculturation académique (Beaud 2002, Millet 2003, Tribess 2011, Truong 2010).

La spatialisation des problèmes éducatifs pour quels effets ?

Cette spatialisation croissante des problèmes éducatifs interroge le sens des politiques éducatives en termes d’unité du service public d’éducation, de conditions d’accès à l’éducation, d’égalité de traitement et de formes d’encadrement. Elle appelle la production de recherches permettant d’appréhender finement les effets engendrés par la multiplication des dispositifs localisés. L'objectif de ce colloque est de faire le point sur les travaux existants et d'ouvrir des perspectives à travers les axes suivants :

Axe 1 : (re) penser les inégalités de scolarisation et de formation

En quoi les évolutions localistes du champ scolaire affectent-elles la structure des inégalités scolaires ? Les inégalités pourront être appréhendées ici selon deux angles. Elles pourront l’être en premier lieu en termes de parcours et de trajectoires scolaires, de niveaux d’acquisitions ou de modalités d’accès à des offres scolaires hiérarchisées. En second lieu, elles pourront l’être à partir de l’étude des adaptations contextuelles de l’offre de formation et des curricula. Seront appréciés des travaux qui étendent l’analyse aux catégories de perception des publics de ces adaptations et à leurs effets sur les modalités d’entrée dans les apprentissages et les représentations de l’avenir. Ce premier axe pourra accueillir des travaux consacrés à l’ensemble du système éducatif et incluant l’Université. Les communications devront mettre en exergue les transformations institutionnelles associées aux inégalités observées et/ou subjectivement perçues par les différents acteurs.

Axe 2 : spatialisation des problèmes éducatifs et nouvelles formes d’encadrement

 Cet axe s’inscrit dans la continuité des travaux consacrés aux nouvelles formes d’encadrement des classes populaires. Depuis les années 1970-1980, le traitement social de la pauvreté et de la jeunesse a donné lieu à une profusion de dispositifs : politiques d’insertion, de la ville, justice de proximité, etc. Les recherches menées visent à explorer la socio-genèse de ces dispositifs, à saisir les catégories de la pensée d’État qu’elles engendrent, la nature des dispositifs mise en œuvre, les catégorisations des publics, les stratégies d’action, ainsi que les acteurs concernés (ARSS 2001). Les nouvelles formes d’implication de l’échelon local dans la prise en charge de problématiques scolaires obligent à reconsidérer le positionnement de l’école sur des enjeux éducatifs essentiels. L’implication grandissante d’un certain nombre d’associations de proximité, de collectivités locales et territoriales dans le traitement de problématiques scolaires, marque une recomposition des modes d’intervention autour de ces questions doit être prise en compte. L’introduction, dans le champ éducatif, de nouvelles rhétoriques doit également être interrogée : « promotion de l’excellence », de « l’ambition » (réseaux ambition réussite), « réussite éducative » etc. Quel bilan peut-on dresser de ces politiques ? Quels sont les modèles éducatifs en jeu ? Pour quels effets perceptibles ?

Axe 3 : Les nouveaux professionnels de l’action éducative locale, l’entrée dans le métier et les trajectoires professionnelles enseignantes

Ce troisième axe est consacré aux professionnels de l’action éducative, notamment aux nouveaux professionnels qui accompagnent la mise en œuvre des dispositifs éducatifs localisés. Il s’intéresse également à l’entrée dans le métier et aux trajectoires professionnelles enseignantes, dans le contexte des réformes institutionnelles en cours (Broccolichi, Balland et Joigneaux 2011). En quoi la fragmentation et la hiérarchisation de l’espace scolaire affectent-elles l’entrée dans le métier et les trajectoires professionnelles enseignantes ? Quelles stratégies sont mises en œuvre pour faire face à l’épreuve du local ? Quelles adaptations, effets d’opportunité ou stratégies de survie ? (van Zanten et Grospiron 2001). Quels modes de coopération ? Quelles approches collectives des problèmes rencontrés ? Cet axe sollicitera également des travaux centrés sur le rôle des administrations scolaires locales. Quelles sont les variations locales des modes d’accompagnement et de soutien des enseignants ? Notamment les nouveaux enseignants dans le récent contexte de « masterisation » du recrutement ? Quelles formes d’outillage des pratiques professionnelles et des relations aux publics ? Enfin quel est l’impact des mesures de déconcentration administrative sur la gestion localisée des carrières enseignantes et d’autres types de personnels ? Quelles variations selon les espaces locaux, les disciplines et les niveaux d’enseignement ?

Modalités de soumission

La date limite pour l’envoi des propositions de communication est fixée au

vendredi 25 janvier 2013

– les réponses seront adressées le 1er mars 2013 au plus tard.

Les propositions (3 pages maximum) sont à envoyer au format .doc à l’adresse suivante : choukri.benayed@orange.fr 

Elles comporteront les nom et prénom du contributeur (trice) ou des contributeurs (trices), le rattachement institutionnel, le titre et un résumé.

Le colloque donnera lieu à un projet de publication sur un support à définir.

Comité scientifique

Président : Choukri Ben Ayed, Université de Limoges GRESCO

Catherine Agulhon (Université Paris-Descartes CERLIS), Lorenzo Barrault (Université Paris I – CESSP / INRA), Choukri Ben Ayed (Université de Limoges – GRESCO), Stéphane Bonnéry (Université Paris 8 – CIRCEFT), Sylvain Broccolichi (Université d’Artois – RECIFES), Marlaine Cacouault-Bitaud (Université de Poitiers – GRESCO), Joanie Cayouette-Rembliere (ENS-EHESS-CMH), Séverine Chauvel (ENS-CMH), Fabrice Dhume (ISCRA) , Bertrand Geay (Université de Picardie – CURAPP), Sandrine Garcia (Université Paris Dauphine – IRISES), Dominique Glasman (Université de Savoie – LLS), Mathias Millet (Université de Poitiers – GRESCO), Benjamin Moignard (Université Paris 12 – CIRCEFT), Ugo Palheta (Université Lille III – PROFÉOR-CIREL), Fabien Truong (Université Paris 8 – CMH), Agnès van Zanten (Science Po – OSC-CNRS)

Bibliographie

Actes de la Recherche en Sciences Sociales, Nouvelles formes d’encadrement, n°136-137, Paris, Seuil, 2001

Beaud S., 80 % au bac... et après ? Les enfants de la démocratisation scolaire, Paris, La Découverte, 2002

Ben Ayed C. « Rénovation urbaine, rénovation scolaire ? Les impensés du volet éducatif de la politique de la ville », AGORA débats/jeunesse, 2013 (à paraître)

Ben Ayed C. Broccolichi S., Monfroy B., « La politique d’assouplissement de la carte scolaire a-t-elle accentué la ségrégation sociale au collège ? Tendances nationales et déclinaisons locales », Education et Formation, n°83, 2013 (à paraître)

Broccolichi S., Balland L., Joigneaux C., « Devenir professeur après la réforme. Premières analyses des parcours et ajustements de candidats au concours 2011 », Revue Diversité, n°166, octobre 2011

Glasman D., (dir), Le programme de réussite éducative : mise en place et perspectives, Rapport pour la Délégation Interministérielle à la Ville, Juin 2006

Henriot-van Zanten, A., L’école et l’espace local. Les enjeux des zones d’éducation prioritaire, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1990

Millet M., Les étudiants et le travail universitaire. Etude sociologique, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 2003

Neyrat F. « Enseignement supérieur : la grande transformation ? », Mouvements, n°55-56, septembre- décembre, 2008

Nicourd S. Samuel O. Vilter S., « Les inégalités territoriales à l’université : effets sur les parcours des étudiants d’origine populaire », Revue française de pédagogie, n°176, 2011

Oberti M. Préteceille, Rivière, Les effets de l'assouplissement de la carte scolaire dans la banlieue parisienne, Rapport de la recherche réalisée pour la HALDE – Défenseur des Droits et la DEPP – Ministère de l’Éducation nationale - Convention n° 2009-002 Janvier, 2012

Politix, Politiques scolaires, n°98, 2012/2

Tribess A., « Choisir des études universitaires à proximité : facteur de réussite ou d’échec pour les bacheliers issus des classes sociales modestes ? Une étude de cas en Picardie ». Communication au 4ème Congrès de l’AFS, RT15, Grenoble, 5-8 juillet, 2011

Truong F., « Enseigner Pierre Bourdieu dans le 9-3 : ce que parler veut dire », Socio-logos, n°5, 2010

Van Zanten A., Grospiron M.F., « Les carrières enseignantes dans les établissements difficiles : fuite, adaptation et développement professionnel », Ville-Ecole-Intégration Enjeux, n° 124, mars 2001

Van Zanten A., L’école de la périphérie. Scolarité et ségrégation en banlieue, Paris, PUF, 2001

Lieux

  • Université Paris-Descartes, Centre Universitaire des Saint-Pères
    Paris, France (75)

Dates

  • vendredi 25 janvier 2013

Mots-clés

  • éducation, local, national, transformations, école, ville, université

Contacts

  • Choukri Ben Ayed
    courriel : choukri [dot] benayed [at] orange [dot] fr

Source de l'information

  • Choukri Ben Ayed
    courriel : choukri [dot] benayed [at] orange [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Transformations de l'école et recompositions des rapports local / national », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 05 décembre 2012, http://calenda.org/230644