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Élite(s) et domination(s)

Elite(s) and domination(s)

Ve congrès de l'AFS – RT 42

5th AFS conference – RT 42

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Publié le lundi 10 décembre 2012 par Loïc Le Pape

Résumé

Appel à communication du RT 42 Sociologie des élites pour le Ve congrès de l'AFS. Thème: « Élite(s) et domination(s) ». En se plaçant sous le thème des « dominations », ce cinquième congrès de l’AFS intéresse très directement la sociologie des élites. Pourtant domination et élites n’ont pas toujours fait bon ménage par le passé, tant la pensée de la domination a pu être accaparée par la tradition marxiste (sans s’y réduire) et celle sur les élites construite, au moins partiellement, en réaction à la première. Les débats entre marxistes et élitistes et, peut-être plus encore, au sein de l’élitisme entre pluralistes et monistes attestent de ces difficultés à penser ensemble ces notions qui paraissent, a priori, si proches : pouvoir, domination, classe dominante ou dirigeante, élite au singulier ou au pluriel. Les impasses des débats passés expliquent certainement le relatif effacement de ces thèmes autrefois centraux en sociologie et il n’est pas sûr que la discipline ait aujourd’hui trouvé le moyen de réconcilier ces différentes traditions. Pourtant, il existe quelques voies qui sans nécessairement faire consensus permettent sans doute de trouver quelques terrains d’entente. 

Annonce

Cinquième congrès de l’association française de sociologie, « Les dominations », Réseau thématique 42 « Sociologie des élites », Nantes, 2-5 septembre 2013

Appel à communication : « Elite(s) et domination(s) »

Présentation 

En se plaçant sous le thème des « dominations », ce cinquième congrès de l’AFS intéresse très directement la sociologie des élites. Pourtant domination et élites n’ont pas toujours fait bon ménage par le passé, tant la pensée de la domination a pu être accaparée par la tradition marxiste (sans s’y réduire) et celle sur les élites construite, au moins partiellement, en réaction à la première. Les débats entre marxistes et élitistes et, peut-être plus encore, au sein de l’élitisme entre pluralistes et monistes attestent de ces difficultés à penser ensemble ces notions qui paraissent, a priori, si proches : pouvoir, domination, classe dominante ou dirigeante, élite au singulier ou au pluriel. Les impasses des débats passés expliquent certainement le relatif effacement de ces thèmes autrefois centraux en sociologie et il n’est pas sûr que la discipline ait aujourd’hui trouvé le moyen de réconcilier ces différentes traditions. Pourtant, il existe quelques voies qui sans nécessairement faire consensus permettent sans doute de trouver quelques terrains d’entente. On pense notamment aux types de domination de Max Weber, aux élites monopolistiques de Norbert Elias ou encore au champ du pouvoir de Pierre Bourdieu. Sans prétendre apporter de réponses définitives aux problématiques soulevées, les sessions proposées par le RT 42 souhaiteraient reprendre la réflexion en questionnant les élites et leurs modes de domination aux travers de quatre axes :

  • Légitimité des élites et domination
  • Genre et reproduction des élites
  • Le rôle des élites dans la production et la diffusion des représentations dominantes
  • Actualités du champs du pouvoir.

Seront privilégiées les communications qui associeront à une réflexion sur les thèmes proposés des enquêtes empiriques approfondies et originales. Toutefois, des propositions de communication plus spécifiquement théoriques pourront être retenues pour peu qu’elles éclairent suffisamment les problématiques évoquées.

Axe 1 : Légitimité des élites et domination

La question de la légitimité, qui interroge les façons dont des groupes sociaux acquièrent, maintiennent et justifient leur pouvoir et leur prééminence, est une question classique et centrale pour la sociologie des élites. En explorant notamment comment les principes de légitimité sont construits, les pratiques - discursives, relationnelles …- qu’ils impliquent, les différentes formes de capitaux qu’ils mobilisent et les ressources spécifiques ils procurent en terme de contrôle et de pouvoir dans un champ ou un espace donné, l’analyse offre des perspectives intéressantes pour éclairer les mécanismes de (re) production des formes de domination. En particulier, comment le consentement sur certains principes ou certaines formes de légitimité se construit-il ? Comment et jusqu’où les groupes ou catégories dominées participent-ils à la reconnaissance de ces principes ? Selon quels processus leur arbitraire est-il occulté ou naturalisé ? Par ailleurs, s’interroger sur les processus de légitimation des élites et les contextes sociaux, économiques, politiques dans lesquels ils s’inscrivent permet souvent de mettre à jour les luttes entre principes de légitimité défendus par des groupes concurrents – qu’on songe par exemple à l’opposition entre « propriétaires » et « managers » au sein du champ économique - ou la dimension contingente de l’influence d’un groupe, fondée par exemple sur le monopole – souvent temporaire et fragile - d’un savoir ou d’une expertise.

Les communications pourront aborder cet axe sous l’angle de la continuité ou au contraire des concurrences et luttes entre principes et formes de légitimité propres à un champ ou à un espace donné, économique, politique, académique… Elles pourront également aborder la question sur le plan des concurrences entre élites relevant de différents espaces sociaux. Dans tous les cas, les communications veilleront à éclairer si, comment, jusqu’où ces processus de légitimation produisent des distinctions, des hiérarchies et alimentent des mécanismes de domination.

Axe 2 : Genre et reproduction des élites

Les études attachant une attention toute particulière à l’intersectionnalité des rapports de domination ont principalement pris pour clef d’entrée des groupes sociaux doublement stigmatisés ou pour lesquels rapports de classe et de genre convergent et finissent par renforcer des processus de domination. D’autre part, les travaux sur les élites, même s’ils relèvent une relative féminisation de ces dernières, restent le plus souvent écrits au « masculin neutre ». L’analyse de la reproduction des élites donne davantage lieu à des études sur les « grandes écoles » ou les formes d’entrée dans l’élite et les effets propres de la mobilité sociale sur les agents sociaux que sur les formes de division du travail et le rôle des épouses dans l’entretien du capital social ou symbolique.

En croisant sciemment « genre » et « sociologie des élites », nous espérons à travers cet appel à communications rendre visibles les travaux actuels qui proposent une approche du champ du pouvoir qui intègre à la réflexion la force prescriptrice des rapports de genre. Comme l’ont montré plusieurs travaux récents, femmes politiques, femmes hauts fonctionnaires ou femmes patrons, occupent souvent des positions « dominées » parmi les dominants et, sur ces terrains particuliers, le croisement des rapports de domination oblige à une description fine des groupes sociaux étudiés. Il ne s’agit pas là de réduire les processus de reproduction des élites à une seule dimension mais bien d’intégrer à la réflexion la façon dont les assignations genrées produisent au sein même du champ du pouvoir leurs effets propres.

Au-delà des travaux portant sur la féminisation des professions supérieures, nous souhaiterions donc lors de cette session mettre en valeur la question de l’articulation complexe des rapports de classe (supérieure) et de sexe au sein des différentes fractions du champ du pouvoir. Une priorité sera donnée aux communications qui – à partir d’un terrain d’enquête particulier - proposeront une approche empirique des agents sociaux étudiés et des pratiques permettant de dégager des hypothèses générales de travail sur ces enjeux.

Les formes d’assignation sexuées ne se limitant pas à la seule question de la féminisation des élites/l’entrée des femmes dans les élites, une attention particulière sera également accordée aux propositions portant sur les relations entre les élites et les autres groupes sociaux sous ce prisme (par exemple, le rôle des femmes dans les métiers du luxe ou sur les formes de virilisme ou de masculinisme prévalant dans des groupes dirigeants essentiellement masculins).

Axe 3 : Le rôle des élites dans la production et la diffusion des représentations dominantes

Si les « idées dominantes » sont, bien souvent, celle de la « classe dominante » (Marx), le développement des savoirs académiques et professionnels a transformé les modalités de production des représentations qui s’imposent dans l’espace public. En considérant que les élites sont à la fois des producteurs et des diffuseurs de ces représentations, il convient d’étudier ces processus en tenant compte à la fois de la diversité des élites et de la complexité des représentations dominantes en fonction des contextes historiques, des secteurs, des objets, des types d’enjeux…

D’une part, « idées », « idéologies », « discours » apparaissent encastrés dans les rapports de domination et dans le contexte particulier d’un ordre économique et social. Il s’agira dès lors de montrer dans quelle mesure des groupes d’élites ont été ou sont le lieu d’élaboration / le vecteur de diffusion d’un ensemble d’idées particulières. Ces groupes seront donc pris pour objet en tant que producteurs et diffuseurs de représentations liées à leurs caractéristiques sociales. Comparaisons dans le temps et l’espace permettront d’aller au-delà d’approches strictement monographiques.

Les propriétés des représentations dominantes seront étudiées, en relation avec celles des groupes ou individus qui les promeuvent. Le recours à la sociologie des discours et représentations, sous toutes ses formes (sociologie de la connaissance, analyse du discours, lexicométrie, psychologie sociale, etc.) sera particulièrement utile pour caractériser la spécificité et la dynamique de ces représentations, leur lien avec des représentations savantes ou profanes, etc. Il s’agira de les mettre en relation avec des espaces sociaux où elles « circulent », trouvent un écho, sont contredites ou réélaborées, transformées, etc. On s’intéressera tout particulièrement aux formes diverses prises par les « mêmes » idées en fonction des types de producteurs de discours.

Enfin, un intérêt particulier sera porté à la question des relations entre « représentations dominantes » et action publique, à travers la construction des problèmes publics, notamment dans les médias et le champ politique ou par le lobbying, et à travers la mise en œuvre « concrète » des idées dominantes dans des rapports, dispositifs, textes de loi, institutions, etc.

Les contributions méthodologiques sur les enjeux et modalités d’étude de la production / diffusion des représentations dominantes seront particulièrement bienvenues, en particulier lorsqu’elles feront le lien entre sociologie / prosopographie des élites d’une part, étude des représentations et enjeux de l’action publique d’autre part.

Axe 4 : Actualités du champ du pouvoir

Elaborée à la fin des années 1980, la notion de champ du pouvoir proposée par Bourdieu se voulait être une alternative théorique aussi bien à la domination marxiste qu’à la tradition pluraliste de l’élitisme, tout en s’inscrivant, cependant, dans une certaine continuité avec l’élitisme moniste. Pour Bourdieu, le champ du pouvoir était structuré par la lutte des agents dominants les différents champs de la société pour faire connaître et reconnaître les différences espèces de capital qui fondaient leur pouvoir. Au delà de la simple compétition entre dominants, le champ du pouvoir était aussi le lieu de réification et de construction de la légitimité des différentes espèces de capitaux non seulement à l’égard des compétiteurs mais aussi vis-à-vis de l’ensemble de dominés. En ce sens les rapports de force au sein du champ du pouvoir n’avaient pas seulement pour enjeu de fixer les rapports de domination entre dominants, mais aussi d’interférer sur les conditions mêmes de la reproduction des « élites ».

Quelles actualités portent encore la notion de champ du pouvoir au début du XXIe siècle ?

Pensée essentiellement dans le cadre de la France des années 1970-1980, la notion de champ du pouvoir est-elle prisonnière de son contexte socio-historique ? Est-il possible de l’étendre à d’autres contextes nationaux, voir transnationaux, comme l’ont déjà tenté certains travaux ? Quels problèmes méthodologiques et théoriques posent ces expatriations ? Des retours d’expérience en ce domaine seraient particulièrement appréciés.

A l’époque où écrivait Bourdieu, le champ du pouvoir français était clairement dominé par l’Etat et son appareil bureaucratique. Deux autres pôles émergeaient cependant bien que dans des positions subalternes : le monde intellectuel et le champ économique. Mais qu’en est-il aujourd’hui ? La dichotomie en trois pôles dominants est-elle toujours pertinente ? où convient-il d’envisager de nouveaux pôles et de nouvelles polarisations ? On pourra notamment s’interroger sur la place occupée par « l’économie » dans le champ du pouvoir actuellement et la reconfiguration des rapports de force que l’évolution de sa position a pu entraîner, notamment sur d’éventuelles transformations du champ des grandes écoles ou évolutions des trajectoires sociales au sein de « l’élite ».

Plus généralement, quelle pertinence garde la notion pour éclairer les mécanismes du pouvoir en France ? Bourdieu avait envisagé le champ du pouvoir principalement d’après le champ des grandes écoles et la socio-génèse de l’Etat, mais quelles autres méthodes ou angles d’approches peuvent être utilement mobilisées pour essayer d’en rendre compte ? Le champ du pouvoir doit-il toujours être pensé en relation avec l’Etat moderne de type occidental ?

Modalités de soumission

Les propositions de communication comprendront un résumé de 1500 signes maximum en précisant l’axe dans lequel elles s’inscrivent prioritairement. Elles devront être envoyées avant le lundi 21 janvier 2013 à François-Xavier Dudouet (dudouet@dauphine.fr)

Date limite de soumission : lundi 21 janvier 2013

Sélection des propositions par :

  • Isabelle Boni
  • François-Xavier Dudouet
  • Sylvain Laurens
  • Frédéric Lebaron

Lieux

  • Nantes, France (44)

Dates

  • lundi 21 janvier 2013

Mots-clés

  • élites, domination, pouvoir, classes sociales, classe dirigeante, légitimité, représentations, genre

Contacts

  • François-Xavier Dudouet
    courriel : dudouet [at] dauphine [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • François-Xavier Dudouet
    courriel : dudouet [at] dauphine [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Élite(s) et domination(s) », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 10 décembre 2012, http://calenda.org/231151