AccueilApproches de la psychopathologie : philosophie et clinique

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Publié le vendredi 04 janvier 2013 par Elsa Zotian

Résumé

L'abord philosophique de la clinique psychiatrique a ouvert, ces dernières décennies, des perspectives nouvelles et multiples sur le phénomène de la « maladie mentale ». La pratique thérapeutique a pu ainsi sensiblement se modifier sous l'effet des innovations conceptuelles venant de la philosophie et du champ des sciences humaines en général. Corrélativement, aussi la philosophie elle-même a pu développer des approches et des schèmes de pensée inédits grâce à sa rencontre avec la clinique. En rassemblant à nouveau des cliniciens et des philosophes, il s'agira ainsi de sonder ces interactions, de les repérer et de les renforcer, et ainsi de participer à de nouvelles formes d'élaborations aussi bien pratiques que théoriques.

Annonce

Argumentaire

Afin d'interroger ce rapport entre la philosophie et la clinique, nous proposons deux axes d'étude, reposant sur l'analyse du processus de subjectivation. La construction d'un corps, ainsi que l'inscription dans une histoire singulière et unique apparaissent comme étant des éléments fondamentaux de tout devenir sujet. La pathologie étant au contraire caractérisée par une mise en échec de ce processus, il revient précisément à l'analyse transdisciplinaire ainsi qu'à l'acte thérapeutique d'intervenir sur les failles qui ont pu se produire aussi bien au niveau de l'histoire qu'au niveau du corps vécu. En recentrant ainsi notre questionnement sur le rôle fondamental du corps et de l'histoire individuelle en clinique psychiatrique, nous espérons revenir au point fondamental où la pratique se couple à une compréhension théorique donnant ainsi lieu à une approche plus profonde du processus de subjectivation en général.

Se faire un corps

En touchant à l’intégrité du corps, la pathologie met en branle le socle fondamental de tout rapport au monde. Le “désinvestissement libidinal” du corps n’a pas seulement comme conséquence de mettre en échec la capacité à y loger un sujet et à protéger celui-ci d’un monde extérieur envahissant : la mise en péril de la force protectrice du corps concerne les renvois du sens du monde vécu, en d’autres termes le système symbolique lui-même semble subir une déstabilisation fondamentale. Une multiplicité de termes cliniques - allant du morcellement au démantèlement, de la dissociation à la dislocation ou la désintégration - se réfèrent à autant de phénomènes pathologiques de l’expérience corporelle. A cette diversité de phénomènes cliniques répond une multiplicité d'approches thérapeutiques différentes, qui ne sont pas uniquement inventées, mobilisées et mises en oeuvre par les équipes soignantes, mais également par les personnes concernées elles-mêmes qui peuvent, face à la menace de leur dissolution psychique, adopter des attitudes autothérapeutiques. En invitant à la fois des cliniciens et des philosophes, nous tendons donc à interroger cette diversité des approches du corps telles qu’elles sont utilisées aussi bien dans la clinique psychiatrique qu’à l’extérieur de celle-ci.

Se faire une histoire

La pleine éclosion d’un sujet ne passe pas seulement par l’accès à un corps, mais également par l’inscription dans une histoire singulière. Si l'expression “se raconter une histoire” vise d’abord à dénoncer le fond fictif du récit personnel, cependant l’altération de la capacité narrative dans la pathologie révele l’importance de cette fonction. La dislocation de la chaîne signifiante, pouvant aller jusqu'à l'impossibilité d’une production fantasmatique, indique la nécessité existentielle d'une telle historialisation du sujet. L’histoire subjective semble devoir se former et se déformer à la mesure d’un sujet en incessante construction. Ce dernier peut ainsi se comprendre comme l’auteur d’un discours performatif, retraçant une fiction pourtant constituante : de l’histoire généalogique et familiale à l’anecdote, toute narration décrit une situation. Là où ce processus fait défaut, le sujet paraît rassemblé sous la forme d'une douloureuse itération, réduisant son existence à un état d'immuabilité morbide qui empêche la rencontre d’une quelconque nouveauté. La réssurection constante d'un passé indépassable est alors correlée à l'absence de tout horizon futur.

Face à ce défaut d’histoire, il arrive que la vie en institution puisse poser une scansion du temps opérante : la durée d’un séjour, les périodes de sorties, de visites et de retours. Se faire une histoire dans le quotidien, parvenir à poser des repères périodiques, peut apparaître comme une voie d’arrangement avec la difficulté à se raconter sa propre histoire. On pourrait également penser à l'histoire familiale souvent caractérisée par un passé inaccessible mais douloureusement présent, imposant des répères symboliques à une production délirante et aliénante. Par un échange entre philosophes et cliniciens, nous visons précisément à décéler ces différents aspects déterminants de l'histoire pour la situation pathologique en général.

à l'initiative de l'ERRAPHIS

Organisation

  • Flora Bastiani
  • Till Grohmann
  • Guillaume Sibertin-Blanc

Site internet : www.europhilosophie.eu/recherche

Programme

Vendredi 18 janvier 2013

9h30. Accueil

10h30. Séance 1

  • Yasuhiko Murakami (Maître de Conférences en Philosophie à l'Université d'Osaka) : En partant du concret – Une méthode phénoménologique de la recherche qualitative dans le champ médical
  • Laura Mack (Psychologue-clinicienne indépendante et d'institution, formée à l'Université de Sao Paolo, Brésil) :Winnicott: thinking about time
  • Svetlana Sholokhova (Doctorante en philosophie à l'UCL) : De la possibilisation à la transpassibilité. Penser les enjeux thérapeutiques de la Daseinsanalyse avec Maldiney

14h. Séance 2

  • Sylvain Dupouy (Psychiatre) et l’équipe de soin de l’Unité de Soin pour Adolescents Hospitalisation-Consultation (USAHC) Secteur 82 I 01 : Dispositif de soin centré sur un adolescent dans une unité d’hospitalisation plein temps pour adolescents : réflexions autour de processus mis en jeu dans le “maintien de soi“ 
  • Gabor Tverdota (Doctorant en philosophie à l'UCL) : Langage du corps et langue populaire. Le potentiel émancipateur de la Daseinsanalyse de L. Binswanger
  • Orane Berho, Sophie Guillot et André Sicard (Equipe de soin de Route Nouvelle) : Titre non communiqué

Samedi 19 janvier 2013

10h. Séance 3

  • Jean-François Rey (Professeur honoraire de l'université et IUFM d'Artois) : Temps et Narrativité
  • Joris de Bisschop et Clara Novaes (soignants de La Borde): Le pathique dans la rencontre clinique
  • Arnaud François (Maître de Conférences en Philosophie à l'UTM) : Entre le corps et l'histoire: la "latitude de vie" comme critère de distinction en psychopathologie

 

14h. Séance 4

 

  • Pascale Gabsi (Psychologue dans l'unité de soin palliatif Résonance) : Le ciel m'est tombé sur la tête 
  • Flora Bastiani (ATER à l'UTM) : À l’heure du délire – quelle temporalité pour le sujet malade?
  • Till Grohmann (Doctorant en philosophie à l'UTM) : Perception du (monde) et du (soi) dans un cas d'autisme

Lieux

  • Salle du Château - Université de Toulouse 2 - Le Mirail
    Toulouse, France (31)

Dates

  • vendredi 18 janvier 2013
  • samedi 19 janvier 2013

Mots-clés

  • psychopathologie, corporéité, subjectivité, Binswanger, Daseinsanalyse, psychothérapie institutionnelle, La Borde, clinique

Contacts

  • Flora Bastiani
    courriel : colloque [dot] philo [dot] toulouse [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Flora Bastiani
    courriel : colloque [dot] philo [dot] toulouse [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Approches de la psychopathologie : philosophie et clinique », Colloque, Calenda, Publié le vendredi 04 janvier 2013, http://calenda.org/233840