AccueilRécits de société : quelles approches critiques ?

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Publié le jeudi 17 janvier 2013 par Loïc Le Pape

Résumé

Journée d’études internationale le lundi 10 juin 2013 à l'Université Paris 13 – Paris Sorbonne Cité (Villetaneuse), organisée par le Centre d’études des nouveaux espaces littéraires (CENEL, EA 452). « Récit de société » est à entendre comme une masse confuse et diffuse d’une multitude de petites formes narratives qui habitent notre quotidien, le fictionnalisent et lui donnent chaque jour un peu de sens. C’est le grand récit du progrès industriel contre celui de la décroissance, c’est la petite histoire exemplaire d’un everyday hero, c’est l’institutionnalisation du récit de soi en tant qu’injonction sociale, c’est la légende urbaine qui réveille la part d’irrationnel dans la croyance, c’est le fait divers qui plonge la communauté dans l’effroi, c’est enfin une fiction économique et politique qui indique le sens de l’Histoire.

Annonce

Argumentaire

Les Mythologies de Roland Barthes ont ouvert la voie d’une nouvelle forme de littérarité de l’espace social. Fragments critiques sur le monde contemporain, ils donnent corps à des petits récits de société, même s’ils sont constitués pour être immédiatement disséqués, déconstruits, démystifiés. Depuis le narrative turn, l’essor du storytelling commercial ou politique, les récits se fabriquent avec des bribes éparses de manière archipélique, de façon répétitive et variante à la fois (rumeurs), à travers des supports transmédiatiques (presse écrite ou orale, discours, vidéos, films), de sorte que l’identification d’une structure narrative en est rendue difficile, malgré la sensation claire qu’un récit s’est bel et bien déployé, même de façon intermittente. « Récit de société » est donc à entendre comme une masse confuse et diffuse d’une multitude de petites formes narratives qui habitent notre quotidien, le fictionnalisent et lui donnent chaque jour un peu de sens. C’est le grand récit du progrès industriel contre celui de la décroissance, c’est la petite histoire exemplaire d’un everyday hero, c’est l’institutionnalisation du récit de soi en tant qu’injonction sociale, c’est la légende urbaine qui réveille la part d’irrationnel dans la croyance, c’est le fait divers qui plonge la communauté dans l’effroi, c’est enfin une fiction économique et politique qui indique le sens de l’Histoire.

Toutes ces formes de récits sont évidemment considérées avant tout dans le champ disciplinaire dont elles ressortissent, et elles ont (comme Frédérique Aït-Touati l’a montré pour les sciences humanistes avec Contes de la lune. Essai sur la fiction et la science modernes, Gallimard, 2011), depuis longtemps eu une fonction heuristique qui structure notre rapport au réel. Aujourd’hui, micro ou macro-fictions se mettent en place autour d’items symboliques variés (image, récit oral, personnages modèles, allégories et métaphores récurrentes, fétiches, …) qui fabriquent des récits utilitaires et symptomatiques de l’état de la pensée contemporaine.

Quel regard littéraire peut-on porter sur ces récits évanescents ? Quel dispositif interprétatif poser sur ces formes narratives transmédiatiques ? Quelles représentations de notre espace de sociabilité peut-on en dégager ? Réciproquement, comment penser la littérature avec des corpus inattendus (on pourra considérer le rôle du récit accordé par Judith Schlanger dans Présence des œuvres perdues ; ou encore, dans d’autres domaines, dans les interprétations précinématographiques de la littérature, voire les récits de la culture populaire) qui reposent sur des mises en récit ? Comment la théorie littéraire peut-elle considérer ces formes narratives ? Comment les mettre en corpus ?

À l’horizon de cette réflexion, il s’agit d’avoir une posture réflexive sur les procédés de lecture littéraire et sur le fonctionnement du système interprétatif des études littéraires actuelles. On pourra ainsi se demander quel usage les critiques littéraires et historiques contemporains font de ces mises en récit ? Vies possibles, démarches contrefactuelles, recours au als ob sont autant d’approches critiques vivaces dans l’espace contemporain qui repose sur des procédés fictionnels divers, des formes de mentir-vrai dotées d’une valeur heuristique. Quelle nouvelle critique littéraire peut naître de ces comparaisons et dispositifs en perspective ? On pourra s’intéresser à la formation de ces pistes interprétatives, à leur généalogie ou encore à des parentés disciplinaires.

Les problématiques d’études sont les suivantes : 

  • Méthode d’identification et mise en corpus des « récits de société »
  • Formes d’interprétation de ces récits à travers le croisement de champs disciplinaires (économie, sciences politiques, anthropologie, histoire)
  • Exploration critique d’espaces littéraires inattendus
  • Recyclage et retournement des procédures narratives à des fins heuristiques ou d’exposition

Modalités de participation

Toute proposition de contribution autour de ces axes de recherche est la bienvenue et sera examinée jusqu’au 10 mars 2013.

Merci de les envoyer aux deux adresses suivantes : nachtergael@univ-paris13.fr et mireille.brange@univ-paris13.fr qui sélectionneront les propositions. 

Spectre bibliographique indicatif en littérature et sciences sociales

  • Frédérique Aït-Touati, Contes de la lune. Essai sur la fiction et science modernes, Gallimard, 2011.
  • Philippe Artières et Dominique Kalifa, Vidal. Le tueur de femmes, une biographie sociale, Perrin, 2001.
  • Pierre Bayard, Et si les livres changeaient d’auteur ?, Paradoxe, Minuit, 2010.
  • Yves Citton, Mythocratie. Storytelling et imaginaire de gauche, Amsterdam, 2010.
  • Christiana Constantopoulo dir., Récits et fictions dans la société contemporaine, Logiques sociales, L’Harmattan, 2011.
  • Christine Delory-Momberger, La Condition biographique. Essais sur le récit de soi dans la modernité avancée, Autobiographie et éducation, Téraèdre, 2009.
  • Marie Desmartis, Une chasse au pouvoir : chronique politique d’un village de France, Les ethnographiques, Anacharsis, 2012.
  • François Dosse, Le pari biographique. Ecrire une vie, La Découverte, 2005 (particulièrement la seconde partie, « L’âge herméneutique I / II »).
  • Anne Duprat et Françoise Lavocat dir., Fiction et cultures, Poétiques comparatistes, SFLGC, 2010.
  • François Flahault et Nathalie Heinich dir., « Vérités de la fiction », L’Homme. Revue française d’anthropologie, n°175-176, juillet-septembre 2005 (disponible en ligne : http://lhomme.revues.org/index1824.html).
  • Dominique Kalifa, L’Encre et le sang. Récits de crimes et société à la Belle Époque, Fayard, 1995.
  • Christian Salmon, Storytelling. La Machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits, Cahiers libres, La Découverte, 2007.
  • Judith Schlanger, Présence des œuvres perdues, Savoir Lettres, Hermann, 2010.
  • Joan W. Scott, théorie, Théorie critique de l'histoire. Identités, expériences, politiques, A venir, Fayard, 2009 (particulièrement le 3e chapitre « Echo-fantasme : l’Histoire et la construction de l’identité »).
  • Jean-Pierre Warnier, La mondialisation de la culture, La Découverte, 2004 (particulièrement ch. 7, dont « La production des récits » et « Quels récits culturels pour l’avenir ? »).

Lieux

  • UFR LSHS - 99, av. Jean-Baptiste Clément
    Villetaneuse, France (93430)

Dates

  • dimanche 10 mars 2013

Fichiers attachés

Mots-clés

  • récits, société, critique, pluridisciplinarité, littérature

Contacts

  • magali nachtergael
    courriel : nachtergael [at] univ-paris13 [dot] fr
  • Mireille Brangé
    courriel : mireille [dot] brange [at] univ-paris13 [dot] fr

Source de l'information

  • magali nachtergael
    courriel : nachtergael [at] univ-paris13 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Récits de société : quelles approches critiques ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 17 janvier 2013, http://calenda.org/235171