Accueil« Le Printemps arabe », quels effets sur les relations inter-maghrébines ?

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Publié le jeudi 17 janvier 2013 par Loïc Le Pape

Résumé

Depuis la fin de 2010 le Maghreb connait de fortes contestations. Ces contestations, nées en Tunisie et renversant au passage le régime de Ben Ali, ont pris parfois la forme de soulèvements. Elles se sont répandues ensuite comme une « trainée de poudre » dans un grand nombre de pays arabes. Face à cette  déferlante contagieuse, certains États ont entrepris des réformes politiques, soit à l’issue de contestations pacifiques (Maroc, Jordanie, et dans une moindre mesure Mauritanie), soit à la suite de révoltes violentes comme celles qu’a connu le Bahreïn. D’autres États, tentent d’anticiper toute explosion sociale aux effets dévastateurs en combinant un quadrillage sécuritaire très strict à des réponses « généreuses » à toutes les revendications des différentes catégories sociales (Algérie, Arabie Saoudite). Face à cette situation inédite, nous nous interrogerons sur ses effets eventuels sur l'avenir du Maghreb.

Annonce

COLLOQUE INTERNATIONAL - APPEL A CONTRIBUTION Organisé par le groupe de recherche « Acteurs, réseaux et mobilisations politiques au Maghreb » : « Le printemps arabe », quels effets sur les relations intermaghrébines ?

Jeudi 28 et vendredi 29 mars 2013

ARGUMENTAIRE

Plus d’un demi-siècle après les indépendances, les pays arabes traversent une période cruciale de leur histoire.

En effet, depuis la fin de 2010, les pouvoirs politiques des Etats de la région font face à de fortes contestations. Ces contestations, nées en Tunisie et renversant au passage le régime de Ben Ali, ont pris parfois la forme de soulèvements. Elles se sont répandues ensuite comme une « trainée de poudre» dans un grand nombre de pays arabes. Au bout de quelques mois, elles ont provoqué la chute du président Egyptien Hosni Moubarak, et ont entrainé la fin tragique du « règne » de Kadhafi, au pouvoir en Lybie depuis 1969. Les crises aigües, qui perdurent au Yémen et en Syrie, semble indiquer que ce cycle n’est pas achevé. Par ailleurs, face à cette  déferlante contagieuse, certains Etats ont entrepris des réformes politiques, soit à l’issue de contestations pacifiques (Maroc, Jordanie, et dans une moindre mesure Mauritanie), soit à la suite de révoltes violentes comme celles qu’a connu le Bahreïn. D’autres Etats, tentent d’anticiper toute explosion sociale aux effets dévastateurs en combinant un quadrillage sécuritaire très strict à des réponses « généreuses » à toutes les revendications des différentes catégories sociales (Algérie, Arabie Saoudite)      

S’il est évident que les effets de ces contestations sont inégaux d’un pays à l’autre, reflétant des contextes sociaux et politiques nationaux différents, il n’en demeure pas moins que l’élément marquant de ces soulèvements est leur dimension transnationale.

Les vecteurs médiatiques que sont l’Internet et les télévisions satellitaires ont permis de suivre ces événements, de façon quasi instantanée et continue, dans le monde entier. Cette diffusion directe et en boucle des événements a réduit les distances à l’échelle de la région arabe révélant aux yeux des populations des doléances identiques donnant lieu parfois à des mots d’ordres similaires.

Ces relations transnationales, même si elles ne sont pas nouvelles, ont pris l’allure, à l’occasion de ces soulèvements, d’une vaste « communion » à travers l’espace arabe. D’ailleurs, les nouvelles approches en relations internationales et en science politique éclairent cette problématique de la réduction de la césure entre l’espace interne d’un Etat qui reste fortement encadré par ses frontières et un espace international de plus en plus ouvert à de nouveaux acteurs non étatiques. En effet, la porosité croissante des frontières, qui a mis à mal la perception étatique classique de ces relations, n’a fait qu’accentuer la contagion de la contestation d’un pays à l’autre. 

Face à l’autoritarisme des pouvoirs, les populations contestent, dans les mêmes termes, la légitimité des pouvoirs en place : seul le degré d’intensité varie. Ces dernières ont souligné le fossé existant entre des relations étatiques presque statiques (période ante) et les multiples canaux utilisés par les acteurs  sociaux, politiques et économiques (accélération des échanges socioéconomiques, migration internationale etc). Les Etats s’efforcent de s’adapter à l’accélération de ce processus de mondialisation par toutes sortes de réformes pour en tirer profit et atténuer ses effets négatifs. 

Rappelons qu’au lendemain des indépendances, les processus d’institutionnalisation des Etats modernes conjugués aux impératifs de développement national ont permis à ces pouvoirs politiques autoritaires de cultiver les différences nationales donnant lieu à des visions géopolitiques parcellaires et éclatées. Ces « visions » ont mis l’accent sur les différences et les conflits entre les régimes politiques «tuant dans l’œuf» l’idéal unitaire maghrébin, ou plus largement, arabe, qui a bercé ces sociétés durant les luttes pour les indépendances et qui a été ensuite longtemps porté par certains pouvoirs (nassérisme, baathisme). 

La concurrence idéologique entre des régimes politiques différents et la conception très autoritaire de l’exercice du pouvoir politique que ces régimes avaient en partage, explique que les projets d’intégration, quand ils existaient, soient restés lettres mortes. La formulation même de ces projets indique qu’ils étaient conçus par et pour les pouvoirs évitant soigneusement de susciter un élan ou une véritable dynamique sociale en leur faveur. 

Mais, les récents événements semblent raviver le sentiment de solidarité entre les peuples de la région et entamer la rigidité qui caractérise les relations interétatiques. Les appartenances nationales qui ont été transcendées autrefois par les demandes d’indépendance, sont transcendées cette fois-ci par des revendications de démocratisation devenant progressivement communes. L’universalité de ces revendications démocratiques semble, le temps de ces contestations, prendre le pas sur les particularismes nationaux et les conflits interétatiques que les pouvoirs politiques ont attisé depuis les indépendances. 

La pluralité des acteurs en présence durant ces mois d’effervescence et leurs interactions extraterritoriales, le mode opératoire des soulèvements, les demandes de démocratisation exprimées par les populations contestataires et leurs effets immédiats et à venir attestent d’une « compression du temps et de l’espace » qui n’a fait qu’accélérer, dans cette région, la circulation des hommes et des idées.  

De plus, le Maghreb comme le Machrek sont marqués par leur proximité avec l’Europe, par la compétition croissante entre les grandes puissances (Europe - États-Unis), par la question palestinienne, par des tentatives d’unification maghrébine ou arabe, mais aussi par des menaces diverses sur leur stabilité. Ce contexte condamne chacun des pouvoirs en place à mener de front la réorganisation des relations de l’Etat avec la société et à reconsidérer totalement son rôle dans la géopolitique régionale. Les défis auxquels ces Etats sont plus que jamais confrontés leur imposent à la fois de garantir le succès des processus démocratiques engagés et de s’atteler à repenser leur rôle dans les relations intermaghrébines en faveur de politiques concertées et une coopération accrue par delà les réflexes nationalistes éculés. 

Si les contestations secouent l’ensemble de la région arabe, nous avons choisi à l’occasion de ce colloque de renouveler les analyses et les débats sur la question du Maghreb à la lumière du «printemps arabe » qui a inauguré un nouveau paradigme politique et sociale dans la région. Son unité a fait l’objet de nombreux travaux scientifiques. Elle a même été formulée en tant que projet politique par les chefs d’Etats maghrébins lors de la création de l’UMA en 1989. Cependant, dans sa conception même, cette institution ne pouvait initier de dynamique politique, économique et sociale susceptible d’œuvrer pour l’intégration du Maghreb. Ce dessein, exclusivement institutionnel, paraît aujourd’hui révolu et le nouveau paradigme politique, en œuvre dans la région, est probablement porteur d’une nouvelle conception quant à l’avenir géopolitique de cet espace régional. 

Les propositions de contributions, de nature théorique et/ou empirique, devront s’inscrire dans le cadre de ce nouveau paradigme à partir des l’une des questions suivantes :  

  • Dans quelle mesure la reconfiguration du champ politique dans chacun des pays du Maghreb (arrivée au pouvoir de nouvelles élites) ouvrira-t-elle de nouvelles perspectives géopolitiques  dans l’ensemble de la région ? 
  • Les sociétés civiles, dont la mobilisation est plus ou moins ancienne d’un pays à l’autre, auront-t-elles une influence sur les relations entre ces pays ? 
  • Quel type d’influence peuvent-elles avoir face à des pouvoirs qui ne ménageront pas leurs efforts pour tenter de limiter cette influence au champ politique national ?
  • Les acteurs des processus de réformes politique, institutionnelle, sociale et économique en cours sont-ils en mesure, au-delà des discours, de faire de l’idée d’intégration régionale un choix stratégique et une alternative au repli des Etats sur eux-mêmes, d’ailleurs de moins en moins inopérant dans un contexte de mondialisation économique ? 
  • Si oui, peut-on identifier les prémisses d’un tel dessein politique dans la région et quels en sont les acteurs ? 
  • Comment et dans quelle mesure les relations politiques régionales peuvent-elles évoluer face au renouvellement des appareils étatiques et des élites dirigeantes de la région ? 

Ces interrogations seront explorées selon trois axes 

PREMIER AXE

Contexte et acteurs des contestations au Maghreb 

Il s’agira dans cet axe de débattre ;

  • Des contextes nationaux au sein desquels sont nées les contestations et les différents « acteurs » qui les ont menées.  
  • De l’histoire de ces acteurs et de leurs modes de mobilisation antérieurs.
  • Des effets et des limites de leurs mobilisations antérieures au printemps arabe.

DEUXIEME AXE

Bouleversement des ordres internes et recomposition géopolitique régionale  

S’il est admis que tout changement interne à un Etat a des effets sur ses relations extérieures, les contributeurs à cet axe débatront :

  • De la nature et de l’ampleur des changements internes à chacun des Etats dans l’espace maghrébin.
  • De l’éventuelle corrélation entre  les processus de réforme, l’accroissement des réseaux d’acteurs transnationaux (politiques, sociaux, économiques, culturels…), la libéralisation des débats et des espaces publics et un rapprochement des visions politiques des nouvelles élites au pouvoir favorable à l’émergence d’une approche géopolitique régionale.

TROISIEME AXE

Renouveau ou permanence dans les relations intermaghrébines ? A travers les discours, initiatives et décisions des acteurs publics maghrébins

Il sera question dans cet axe de débattre des décisions politiques en matière de politiques étrangères intermaghrébines. Sont-elles porteuses d’une orientation géopolitique inédite par rapport à des contextes nationaux qui connaissent des bouleversements profonds ? Exposés à des défis communs majeurs, notamment sécuritaires, les Etats de la région vont-ils dépasser le statu quo qui caractérise leurs relations depuis plusieurs décennies dans un cadre institutionnel inopérant ?

Cet axe devra comporter des contributions sous forme :

  • D’analyses d’initiatives prises par les ministères des affaires étrangères.
  • De repérage de discours de responsables politiques en charge de ces questions. 
  • De discours, d’échanges de visites, d’établissement de liens entre partis politiques gouvernant ou dans l’opposition etc. tendant à peser sur les Etats du Maghreb pour relancer l’union du Maghreb. 

Comité d’organisation 

  • Pr. Hamid El AMOURI : FSJES Salé
  • Pr. Soubhallah ELRHAZI : FSJES Salé
  • Pr. Ali OUCHEKER : FSJES Salé

Comité scientifique 

  • Professeur Abderrahman BELGOURCH : FSJES Marrakech 
  • Professeur Ahmed BOUACHIK : FSJES Salé 
  • Professeur Hamid El AMOURI : FSJES Salé
  • Professeur Soubhallah ELRHAZI : FSJES Salé 

Envoi des propositions 

Les propositions devront êtres envoyées par courriel à Hamid EL AMOURI, h.elamouri@voila.fr

avant le 30 janvier 2013.

  • Les propositions devront comporter le nom du participant, le titre de la communication et un résumé.
  • Les langues de travail du colloque seront le Français et l’Arabe

Lieux

  • Rabat, Maroc

Dates

  • mercredi 30 janvier 2013

Mots-clés

  • Printemps arabe, transition démocratique, contestation, Union du Maghreb

Contacts

  • Hamid El Amouri
    courriel : h [dot] elamouri [at] voila [dot] fr

Source de l'information

  • Hamid El Amouri
    courriel : h [dot] elamouri [at] voila [dot] fr

Pour citer cette annonce

« « Le Printemps arabe », quels effets sur les relations inter-maghrébines ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 17 janvier 2013, http://calenda.org/235348