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Politiques économiques et mondes anciens

Economic Policies and Ancient Worlds

Séminaire d'histoire économique de l'UMR Ausonius 2012-2013

UMR Ausonius economic history seminar 2012-2013

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Publié le jeudi 17 janvier 2013 par Elsa Zotian

Résumé

L'historiographie a eu tendance à étudier les mondes anciens, soit à travers la catégorie « économie », soit à travers la catégorie « politique », l'une excluant l'autre. Dans le cadre des rencontres d'histoire économique au sein de l'UMR Ausonius (Bordeaux), nous avons fait le choix d'interroger la pertinence de la notion de politique économique pour analyser les décisions prises par les sociétés anciennes au sujet des activités de production matérielle et d'échanges de biens. Plusieurs rencontres sont prévues à cet effet, dont vous trouverez le programme ci-dessous. Nous avons notamment prévu des séminaires introductifs pour permettre aux non-spécialistes de se familiariser avec les thématiques abordées lors de la journée d’étude.

Annonce

Présentation

D’une part, et sous l’influence des modèles primitiviste et polanyien, l’historiographie a considéré pendant longtemps que les activités économiques étaient encastrées dans la société. De ce fait, les faits économiques étudiés n’étaient en réalité pas économiques. D’autre part, les études consacrées à la cité en tant qu’État se sont orientées vers une individualisation du champ politique, là encore en niant l’existence d’une dimension économique.

Les recherches récentes sur l’économie antique ont dans un premier temps souligné le caractère essentiel du marché dans les cités grecques. Cette dimension marchande imposait alors de s’interroger sur les concepts utilisés puisqu’elle posait à nouveaux frais la question de la modernité de l’Antiquité grecque, c’est-à-dire la possibilité d’utiliser des concepts produits par la science économique, ce qu’interdisaient les tendances dominantes des années 1970. Les travaux de D. North et de la Nouvelle Économie Institutionnelle ont alors semblé fournir des outils heuristiques aux historien(ne)s de l’Antiquité. Ce courant ne permet toutefois pas de clarifier réellement les liens entre politique et économie, car il importe en histoire ancienne l’anthropologie de l’homo œconomicus et une conception des politiques économiques réduite à une seule finalité : la maximisation du profit. Ce faisant, la dimension civique, donc la politique, est réduite à la simple addition des citoyens, la cité ne cherchant elle-même qu’à accroître ses revenus, sur le modèle de chaque individu en son sein. Dès lors, aujourd’hui encore, il ne semble pas possible de mettre au jour une politique économique antique, soit parce qu’elle ne serait in fine qu’économique, soit parce qu’elle ne serait que politique.

Cette aporie peut être dépassée grâce à une réflexion d’ordre épistémologique. En effet, le débat qui anime les historien(ne)s des économies antiques fait souvent l’impasse sur les catégories de l’entendement du monde “social-historique” (C. Castoriadis) étudié et sur les catégories scolastiques utilisées par les chercheurs. Comme elles semblent aller de soi, il ne saurait être question de définir les catégories de politique et d’économie autrement que comme deux universels. Pourtant, mettre en évidence l’existence éventuelle de politiques économiques, c’est-à-dire de décisions prises après délibérations collectives, suppose de comprendre en quels termes les problèmes étaient posés ; non pas pour élaborer une nouvelle histoire intellectuelle, théorique, ou une histoire des représentations, mais bien pour refonder une histoire des pratiques économiques.

En choisissant le prisme des politiques économiques, il devient possible de se situer, sous condition de réflexivité, à l’intersection des deux sphères d’activité sociale que sont la politique et l’économie, et donc de poser la question des catégories d’entendement. La nature de la cité devient dès lors une interrogation première, notamment sa possible caractérisation comme État. En outre, la notion de marché doit être appréhendée par un autre versant que le versant mathématique dont l’impasse a été soulignée par les économistes eux-mêmes. Cette double interrogation sera abordée dans les trois premiers séminaires (“Aux frontières du marché, l’État ?” ; “État, champ économique et marché” ; “Politique, territoires et échanges”) qui devront permettre d’élaborer la grille conceptuelle à l’origine de toute étude renouvelée des politiques économiques anciennes. Une première enquête visant à définir ce que peuvent être des politiques économiques anciennes donnera ensuite lieu à une journée d’étude, suivie d’une table ronde conclusive, destinée à dessiner de nouvelles pistes de recherche, dans la perspective d’une refondation de l’histoire économique de l’Antiquité.

Programme

1) Séminaires introductifs

  • Vendredi 25/01/13, 16h30-18h30 : Aux frontières du marché, l’État ? par Chr. Pébarthe.

Lieu : Salle 2, MSHA (Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine, 10 Esplanade des Antilles, Pessac) 

Le marché est le plus souvent défini par ce qu'il n'est pas, plutôt que par ce qu'il serait. À ce titre, il devient une catégorie de l'entendement scolastique du monde social, au même titre que les antonymes qui servent à le définir. L'État est souvent présenté comme une institution hors marché, capable même de le réguler, d'en fixer les limites. C'est la pertinence de cette opposition qui fait l'objet de ce séminaire, dans la perspective de mettre en question la notion de politique économique.

  • Vendredi 22/02/13, 16h30-18h30 : État, champ économique et marché, par Chr. Pébarthe.

Lieu : Université Bordeaux 3, salle à confirmer

Dans les sociétés modernes, l'une des caractéristiques essentielles serait la division du travail social, la délimitation de champs dans lesquels des règles particulières s'appliqueraient. Cette autonomie relative s'incarnerait dans des principes tautologiques, l'art c'est l'art pour le champ artistique ou les affaires sont les affaires pour le champ économique. Selon Pierre Bourdieu, l'État serait le champ des champs et, à ce titre, serait seul à garantir la légitimité de leur autonomie. Par ailleurs, pour les économistes contemporains, il serait indispensable au fonctionnement du marché, puisqu'il serait à l'origine par exemple de la garantie des droits de propriété. Or, l'articulation entre État, champ économique et marché n'a pas été véritablement envisagée, alors même qu'elle constitue un élément déterminant pour vérifier la cohérence de ces approches conceptuelles et pour comprendre ce que peut être une politique économique.

  • Vendredi 5/04/13, 16h30-18h30 : Politique, territoires et échanges : Les petites cités et leur vie économique ou comment avoir les moyens d'être une polis ? par Christophe CHANDEZON, professeur d'histoire grecque à l'université Paul Valéry, Montpellier 3

Lieu : salle 1 de la Maison des Sciences de l'Homme et de l'Aquitaine (Domaine universitaire, Pessac)

Quand Aristote, dans le livre VII de la Politique, se pose la question de l’autarcie des poleis, il en arrive à la conclusion que les petites cités ne peuvent pas atteindre cet idéal. Cette affirmation peut surprendre, car elle va au rebours de l’image que nous pouvons nous faire des petites cités comme de communautés repliées sur elles-mêmes et à l’écart des circuits économiques. Aristote a-t-il raison de laisser entendre que les petites cités étaient ouvertes aux échanges ? Quelques cas que nous examinerons vont dans le sens d’Aristote. Ils présentent des cas de cités produisant des biens destinés aux marchés extérieurs et qui pouvaient aussi en dépendre pour leurs approvisionnements. D’autre part, les traités de sympolitie, d’isopolitie et de synœcisme montrent aussi comment des petites cités pouvaient, en s’unissant à d’autres, soit équivalentes par la taille, soit plus puissantes, dépasser les contraintes qu’exerçaient sur elles la maîtrise d’un territoire trop petit et la présence d’une population trop réduite. Plus généralement, maintenir de structures politiques et financer des institutions permettant d’assurer une relative sécurité des échanges représentait un coût non négligeable, qui avait tendance à s’accroître et que les petites cités avaient plus de mal à supporter. Autrement dit, être une cité devenait un luxe que beaucoup de petites cités n’avaient plus les moyens de s’offrir. Là encore, l’association, même dans le cadre de traités inégaux, permettait de diminuer ce que l’on peut appeler les coûts de transaction et parfois de perdurer en tant que polis.

2) Journée d'étude : Les sociétés anciennes menaient-elles des politiques économiques ?

  • Vendredi 3/05/13, 9h-16h30, amphi archéo (Maison de l’archéologie, Domaine universitaire, Pessac).

Intervenants :

  • A. Carrara,
  • J. France (Professeur d’histoire romaine, Université Bordeaux 3),
  • A. Gorgues (MCF en histoire de l’art protohistorique, Université Bordeaux 3),
  • T. Hasegawa (doctorant en histoire romaine, Université Bordeaux 3),
  • N. Kaye (postodoctorant Fulbright, Université d’Haifa),
  • Chr. Pébarthe.

3) Table ronde conclusive : De la politique économique à l’histoire économique de l’Antiquité

  • Vendredi 03/05/13, 16h30-18h30, amphi archéo (Maison de l’archéologie).

Participants :

  • A. Carrara,
  • J. France (Professeur d’histoire romaine, Université Bordeaux 3),
  • A. Gorgues (MCF en histoire de l’art protohistorique, Université Bordeaux 3),
  • T. Hasegawa (doctorant en histoire romaine, Université Bordeaux 3),
  • N. Kaye (postodoctorant Fulbright, Université d’Haifa),
  • Chr. Pébarthe,
  • C. d’Ercole (Directrice d’études à l’EHESS),
  • V. Chankowski (Professeure d’histoire grecque, Université Lyon 2).

Lieux

  • Domaine universitaire - Université Bordeaux 3, Maison de l'archéologie, amphi archéo - Esplanade des Antilles
    Pessac, France (33)

Dates

  • vendredi 25 janvier 2013
  • vendredi 22 février 2013
  • vendredi 05 avril 2013
  • vendredi 03 mai 2013

Mots-clés

  • politiques économiques, histoire économique, État, marché

Contacts

  • Christophe Pébarthe
    courriel : christophe [dot] pebarthe [at] u-bordeaux-montaigne [dot] fr
  • Aurélie Carrara
    courriel : aurelie [dot] carrara [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Aurélie Carrara
    courriel : aurelie [dot] carrara [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Politiques économiques et mondes anciens », Séminaire, Calenda, Publié le jeudi 17 janvier 2013, http://calenda.org/235974