AccueilGenre du mal-être au travail (2013)

*  *  *

Publié le vendredi 05 avril 2013 par Delphine Cavallo

Résumé

En quoi l’appartenance de genre peut-elle modifier le mal-être ou en quoi conduit-elle à le révéler ou à le domestiquer différemment ?  Notre réflexion portera simultanément sur des questions d’ordre épistémologique et méthodologique. Nous penserons la question genrée non pas en termes d’égalité ou d’inégalité par rapport à la santé mais en termes de différences. Pour éviter les naturalisations concernant les situations, nous tiendrons compte de l’inscription de ces différences dans des contextes sociaux précis ; ceci conduit à tenir compte de différents cadres : le statut (précarité ou situation stable), le niveau social, le niveau de responsabilité, le contexte de mixité sociale et la division sociale du travail entre emplois masculins et féminins ; enfin, il peut exister des différences générationnelles dans ce qui donne lieu à un mal être (les valeurs, les formes d’investissement au travail) et la manière de les exprimer.

Annonce

  • Les séances auront lieu 59 rue Pouchet 75017 Paris métro Guy Môquet, bus 66
  • Le séminaire est libre et ne suppose aucune inscription

Présentation

En quoi l’appartenance de genre peut-elle modifier le mal-être ou en quoi conduit-elle à le révéler ou à le domestiquer différemment ?  Notre réflexion portera simultanément sur des questions d’ordre épistémologique et méthodologique.

Nous penserons la question genrée non pas en termes d’égalité ou d’inégalité par rapport à la santé mais en termes de différences. Pour éviter les naturalisations concernant les situations, nous tiendrons compte de l’inscription de ces différences dans des contextes sociaux précis ; ceci conduit à tenir compte de différents cadres : le statut (précarité ou situation stable),  le niveau social, le niveau de responsabilité, le contexte de mixité sociale et la division sociale du travail entre emplois masculins et féminins ; enfin, il peut exister des différences générationnelles dans ce qui donne lieu à un mal être (les valeurs, les formes d’investissement au travail) et la manière de les exprimer .

L’analyse fera une part importante à l’articulation entre présupposés théoriques et méthodes choisies par les intervenants pour définir, analyser la question du mal être au travail. Nous traiterons des manifestations du mal être au travail, des sources différenciées du mal être en lien avec les attentes des salariés et les politiques des directions.

Programme

Mardi 22 janvier 2013 14h-18h salle des conférences

Les liens entre organisation du travail, santé et mal être chez les hommes et les femmes.

  • M. Loriol Définition de la situation et coping collectif : dépasser l'opposition entre approches objective et subjective du mal-être au travail. 
  • A.Testenoire Evènements de santé, parcours professionnel et familial : leurs interrelations

Jeudi 14 février 14h-18h salle 159

Invisibilisation des liens de causalité entre santé et travail 

  • M. Paiva Invisibilité du risque et mal être différé dans le temps
  • H. Bretin et N. Frigul Chômage et santé des salariés

La séance du 21 mars 2013 avec Marie BUSCATTO et Michel GOLLAC  a été annulée du fait de la grève des chercheurs et enseignants du supérieur. Elle est reportée au  Mardi 23 avril au matin.

Mardi 9 Avril 2013, 14h-16h salle 159

Les métiers du care

HELENA HIRATA, directrice de recherche émérite,  CRESPPA-GTM-CNRS : « Travail et santé : les métiers du « care » en France, au Brésil et au Japon »

La complexité du travail du « care », qui conjugue disposition et pratiques, peut être aussi saisie à partir des conséquences de ce type de travail sur la santé psychique et physique des travailleurs du « care ».

Des éléments descriptifs et analytiques seront présentés à partir des entretiens semi-directifs effectués auprès des aides à domicile et aussi, dans les établissements d’hébergement des personnes âgées dépendantes (EHPADS) auprès des auxiliaires de vie sociale, AMP, aides-soignantes et infirmières.

Nous ferons particulièrement attention aux situations de travail, aux conditions de travail et aux temps de travail, assez contrastées selon les trois pays considérés et qui peuvent marquer différemment la santé des travailleurs du « care ».

Mardi 23 avril 10h-13h salle des conférences 

Genre épistémologie et risques psycho sociaux 

MARIE BUSCATTO, Professeure des Universités en sociologie, I.D.H.E., Université Paris 1 Panthéon Sorbonne – Cnrs : « À quel moment un phénomène social est-il genre ? Réflexions épistémologiques autour de quelques cas empiriques »

C’est dans les années 2000 que le concept de genre s’est imposé en sociologie francophone afin de rendre compte des différences, voire des inégalités, entre femmes et hommes certes, mais aussi des relations entre femmes et hommes, entre femmes et femmes, entre hommes et hommes ou entre femmes, hommes, queer ou trans. Le concept de genre (gender) permet ainsi de penser les rapports sociaux de sexe de manière multiple, relationnelle, hiérarchique et dynamique. Se succèdent les manuels, les ouvrages, les articles portant sur le genre au travail, dans les arts, dans le sport ou dans le militantisme qui en font un concept central de réflexion sur ces questions. Pourtant manquent encore cruellement les réflexions épistémologiques s’interrogeant sur les manières dont l’enquêteur, dont l’enquêtrice identifie et explique des phénomènes sociaux genrés.

Comment construire l’objet d’enquête ? Comment interpréter les observations, les paroles ou les déclarations recueillies ? A quel moment décider de la pertinence du concept de genre pour rendre compte d’un phénomène donné ? Selon quels critères ou principes d’analyse ? Ces questions seront ici abordées à partir de nos propres enquêtes empiriques menées sur le genre au travail et dans les arts depuis une quinzaine d’années.

MICHEL GOLLAC, administrateur de l’Insee, directeur du laboratoire de sociologie quantitative du Crest, Grecsta, Genes–Cnrs, 60, rue Étienne Dolet, 92240 Malakoff, Michel.Gollac@ensae.fr : « Les risques psychosociaux au travail : un concept cache-genre ? »

Après avoir rappelé l’existence de luttes de terminologie (« souffrance » versus « stress » ou « risques psychosociaux »), on examinera le rapport du collège d’expertise sur la mesure des risques psychosociaux  au travail faisant suite à la demande du Ministère du travail. Le collège a défini ces risques comme « risques pour la santé mentale, physique et sociale, engendrés par les conditions d’emploi et les facteurs organisationnels et relationnels susceptibles d’interagir avec le fonctionnement mental ». Il a établi une liste de facteurs de risque et proposé d’organiser la description des facteurs de risque autour de six dimensions : charge de travail, exigences émotionnelles, autonomie insuffisante, mauvaise qualité des rapports sociaux au travail, conflits de valeurs, insécurité de la situation de travail.

Le collège s’est appuyé sur un état de la littérature scientifique. Celle-ci n’élude pas toujours la question du genre. Des travaux examinent les inégalités entre hommes et femmes relativement à l’exposition aux risques psychosociaux au travail. D’autres comparent les effets de cette exposition chez les hommes et chez les femmes. Enfin, des recherches attribuent la genèse de certains facteurs de risque aux rapports de genre.

L’approche en termes de risques psychosociaux conduit-elle à une simple description des inégalités ou peut-elle contribuer à l’étude de la domination masculine, comme d’ailleurs à celle de la domination sociale ?

Mardi 14 Mai 2013, 14h-18h salle des conférences

Plainte et «  fausse route » de la reconnaissance.  

OLIVIA FOLI, Sociologue, maître de conférences, université Paris Sorbonne et LISE-CNAM CNRS, olivia.foli@celsa.paris-sorbonne.fr : « Les paroles de plainte au travail : une expression et une régulation genrées ? Retour sur une recherche ethnographique »

La plainte est un objet pertinent pour l’étude du mal-être au travail car, quel qu’en soit le motif, elle est un mode de communication des maux ressentis. Or il est établi que l’expression des plaintes n’est pas neutre : elle est canalisée par ce qu’il est possible de dire dans le milieu où elle s’exprime, avec des normes et des cultures spécifiques, et les paroles de plaintes sont régulées par le social, dans leur mise en forme comme dans leurs modes de réception. Une recherche ethnographique menée dans une grande organisation montre ainsi que le sens des paroles de plainte varie en fonction des situations d’énonciation et que toutes les paroles de plainte ne sont pas forcément en prise avec un sentiment de mal-être (Foli, 2008). Comment interpréter les paroles de plainte exprimées au travail ? Y a-t-il des différences entre femmes et hommes dans l’expression des plaintes, et de quel type de plaintes s’agit-il ? Comment réagit l’auditoire à l’expression des plaintes ? Le processus d’encouragement ou de disqualification des plaintes, constaté en situation, est-il distinct selon l’appartenance sexuée des protagonistes   ? Ces questions seront travaillées à l’aune d’une proposition de typologie des paroles de plaintes et d’un corpus empirique constitué par immersion dans un milieu typé du point de vue du genre (emplois administratifs majoritairement féminins).

FABIENNE BARDOT Médecin du travail en service de santé au travail interentreprises du Loiret. Orléans : « La fausse route de la reconnaissance »

En psychodynamique du travail, il est démontré que les salariés attendent une rétribution symbolique à leur contribution dans le travail, une rétribution ayant une dimension morale appelée « reconnaissance ». Cette reconnaissance engagerait l'identité et la subjectivité en transformant la « souffrance » en « plaisir ». Et si cette "souffrance" reste souffrance, des stratégies de défenses, individuelles ou collectives, se mettent alors en place.

Or, depuis la médiatisation des notions de « harcèlement moral », de « violences au travail », de « stress au travail », et plus récemment de «risques psycho sociaux », l'appel à la reconnaissance ou à son absence sont des doléances qui envahissent nos cabinets médicaux. La référence à la reconnaissance serait devenue une défense individuelle et collective.

A partir de cas cliniques, il s'agirait de  montrer qu'il faut, à chaque fois, explorer ce que cela cache en portant surtout attention aux stratégies mises en place dans les rapports sociaux; un moyen  pour comprendre et surtout faire comprendre des enjeux de ces rapports qui expliquent la situation."

Mardi 18 Juin 2013, 14h-18h salle des conférences

Santé et travail enseignant

DOMINIQUE CAU-BAREILLE, Maître de conférences en Ergonomie à l'Institut d'Etudes du Travail de Lyon, Université Lyon2, Laboratoire de Recherches de Education, Cultures, Politiques, Dominique.Cau-Bareille@univ-lyon2.fr : « Tenir jusqu’à la retraite » dans le milieu enseignant : une fragilisation des équilibres entre sphères de vie »

Cette communication  présentera les résultats d’une recherche empirique achevée il y a 2 ans. Elle se positionne dans une approche ergonomique des situations de travail.

Cette communication  porte sur les fins de carrière chez les enseignants dans deux niveaux scolaires : primaire et secondaire. Financée par le Conseil d’Orientation des Retraites Français, cette recherche s’inscrit dans le cadre d’une réflexion plus générale sur les désirs précoces de sortie professionnelle dans ces métiers (30% des enseignants du premier degré quittent le métier avant d’avoir atteint l’âge de la retraite). Ces départs prématurés vont à l’encontre des dispositifs incitatifs visant à allonger la durée d’activité professionnelle pour financer les retraites et interrogent les caractéristiques de l’activité de travail, les formes de pénibilité du travail.

Notre objectif était de comprendre le lien entre ces départs, les conditions de travail et le vécu de l’activité de travail en fin de carrière. Quels sont les facteurs qui participent à ces décisions de rester ou quitter le métier ? Ces décisions sont-elles liées uniquement aux conditions de travail ou doit-on intégrer une problématique de santé plus large ? Quelles sont les difficultés rencontrées par les enseignants ? Les problèmes se posent-il de la même manière selon le niveau scolaire, selon les modes d’organisation du travail, le type de jeunes accueillis, le type de curricula … ? L’activité en fin de carrière nécessite-t-elle de revoir les équilibrages entre sphères de vie, l’articulation entre temps personnels, familiaux et professionnels élaborés jusqu’alors? Ces stratégies de régulations sont-elles les mêmes chez les hommes que chez les femmes ?

JULIE JARTY, Maîtresse de conférences en sociologie, Université de Toulouse 2 - CERTOP-CNRS, jarty@univ-tlse2.fr : « Ça peut paraitre fou mais c'est un fait, je cours tout le temps". Expériences genrées d'une usure improbable dans le travail enseignant »

L'expérience féminine de la "conciliation" entre vie professionnelle et vie familiale est reconnue comme "maudite" (Périvier et Silvera). Mais est-il possible de souffrir de la "conciliation" dans un emploi réputé si compatible avec la gestion d'une famille, tel que l’enseignement du second degré ? Postulant les modalités d’imbrication des différentes sphères de vie comme indicateur de la santé au travail, cette communication proposera un éclairage sur les dimensions genrées de l’exercice d’un métier. Il s'agira d'interroger le rapport au travail, à la carrière professionnelle en articulation avec le rapport au "hors travail" des hommes et femmes enseignant-e-s. J'introduirai, en contrepoint des observations menées en France, une analyse comparative avec les expériences espagnoles et soulevai ainsi l'impact différencié des cultures professionnelles enseignantes sur la division sexuelle du travail et, in fine, sur le stress et l'usure des enseignantes en emploi.

Vendredi 13 septembre 14h-18h salle des conférences

MARIE PEZE, Docteur en Psychologie, psychanalyste : « Forclusion du féminin dans l'organisation du travail »

Définition juridique de la forclusion : situation de quelqu’un qui se trouve privé de l’exercice d’un droit pour ne pas l’avoir exercé dans un délai fixé.

Quelles places les exigences de l’identité sociale au travail laissent-elles à la construction du masculin et du féminin ? Le monde du travail est traversé par les rapports sociaux de sexe, définissant des conduites et des représentations du monde qui ne sont pas sexuels au sens psychanalytique du terme; le système conscient qui se construit là, s’édifie au détriment du système préconscient dans une boucle de déterminismes serrée laissant souvent peu de place aux remaniements psychiques individuels. La rencontre entre l’organisation psychique individuelle et l’organisation du travail n’est pas une image. Les rapports de travail ont une logique, des modes de fonctionnement précis, une dureté qui exige un engagement total impliquant de renoncer à tout le reste. Ce reste pouvant être l’achèvement de la construction du corps érotique. Le travail de bisexualisation psychique, la rencontre avec l’autre peuvent être mis en impasse au profit d’une identité sexuelle de surface, socialement construite, jamais définitivement acquise puisque plaquée de l’extérieur en lieux et place des identifications internes (Pezé 1998). Cependant la construction identitaire sociale n’a pas la même valence pour les hommes et les femmes. En période de « guerre économique », plus les conditions de travail se durcissent, plus les défenses se rigidifient poussant les attitudes viriles à la caricature, contaminant les relations avec les femmes avec les stéréotypes qui servent à tenir au travail. L’exacerbation du sentiment de force et de pouvoir qui s’exercent entre hommes, s’exerce alors contre la femme. Du seul fait de leur présence, les femmes peuvent constituer un péril majeur puisque la virilité s’édifie par contraste sur l’infériorité de la femme.

LUCIE GOUSSARD,post-doctorante DIM GESTES au CRESPPA-GTM, luciegoussard@yahoo.fr :  « Expression et refoulement du mal-être au travail dans les organisations par projet »

Cette intervention propose de revenir sur les principaux résultats d’une enquête menée par entretiens, observations et questionnaire dans les services de Recherche et développement d’une grande entreprise française de l’énergie. Après avoir présenté les effets pathogènes de l’organisation par projet, elle interrogera les modalités d’expression du mal-être au travail par le prisme du genre, de la trajectoire socio-professionnelle et de la position occupée dans l’organisation. 

Lieux

  • salle 124 - 59-61 rue Pouchet
    Paris, France (75017)

Dates

  • mardi 23 avril 2013
  • mardi 09 avril 2013
  • mardi 14 mai 2013
  • mardi 18 juin 2013
  • vendredi 13 septembre 2013
  • mardi 22 janvier 2013
  • jeudi 14 février 2013

Mots-clés

  • Genre, travail, santé

URLS de référence

Source de l'information

  • anne Jacquelin
    courriel : anne [dot] jacquelin [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Genre du mal-être au travail (2013) », Séminaire, Calenda, Publié le vendredi 05 avril 2013, http://calenda.org/237680