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Repenser les études soudanaises après l’indépendance du Soudan du Sud

Rethinking Sudan Studies after the Independence of South Sudan

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Publié le mardi 05 février 2013 par Élodie Faath

Résumé

A ce moment charnière de l’histoire du Soudan, devenu deux républiques soudanaises séparées, nous invitons historiens, anthropologues, linguistes, politologues et autres chercheurs à s'engager dans un processus de réflexion collectif similaire. Deux questions sous-tendent cette entreprise. Premièrement, peut-on continuer à parler d’un domaine unique d'« études soudanaises » maintenant que la séparation a eu lieu ? Deuxièmement, comment caractériser ce qu’ont été les études soudanaises jusqu'à présent et dans quelles directions ce champ doit-il ou devrait-il évoluer ? Répondre à cette dernière question permettrait d'aborder ce qui a été identifié par certains critiques comme le cloisonnement de la recherche sur cette région : une tendance à décrire le Soudan et les Etats soudanais comme des entités uniques et incomparables à d’autres lieux et formes politiques (Willis 2001, Vezzadini 2012). 

Annonce

Heather Sharkey, Elena Vezzadini et Iris Seri-Hersch lancent un appel à contribution pour des résumés d’articles en français ou en anglais en vue de proposer un numéro spécial à La Revue canadienne des études africaines/ Canadian Journal of African Studies. L’objectif de ce numéro spécial serait de repenser les études soudanaises après l’indépendance du Soudan du Sud le 9 juillet 2011.

Argumentaire

Repenser les études soudanaises après l’indépendance du Soudan du Sud

En 2007, trois chercheurs demandèrent à des collègues spécialistes de différentes régions, périodes et catégories d’histoire de réfléchir à « ce qu’ils souhaitaient le plus pour le champ historique en général et pour le type d’histoire qui leur était proche en particulier ». Il en résulta un volume intitulé Manifestos for History. Appréhendant l’écriture de l’histoire comme « un acte à la fois de fidélité et de rébellion » à une époque postcoloniale caractérisée par le doute et l’incertitude, alors que « les façons de lire les choses manquent de fondements solides et universels », les contributeurs cherchèrent à tracer les contours des recherches futures (Jenkins and Munslow 2007: 1, 3, 5).

A ce moment charnière de l’histoire du Soudan, devenu deux républiques soudanaises séparées, nous invitons historiens, anthropologues, linguistes, politologues et autres chercheurs à s'engager dans un processus de réflexion collectif similaire. Deux questions sous-tendent cette entreprise. Premièrement, peut-on continuer à parler d’un domaine unique d'« études soudanaises » maintenant que la séparation a eu lieu ? Deuxièmement, comment caractériser ce qu’ont été les études soudanaises jusqu'à présent et dans quelles directions ce champ doit-il ou devrait-il évoluer ? Répondre à cette dernière question permettrait d'aborder ce qui a été identifié par certains critiques comme le cloisonnement de la recherche sur cette région : une tendance à décrire le Soudan et les Etats soudanais comme des entités uniques et incomparables à d’autres lieux et formes politiques (Willis 2001, Vezzadini 2012).

La scission de la République du Soudan en 2011 fait de la réévaluation des études soudanaises un impératif de premier ordre. Une telle réévaluation ne découle pas uniquement de considérations politiques ; les études soudanaises nécessitent d'être repensées sur le plan historiographique. En phase avec les derniers apports des sciences humaines et sociales, les chercheurs « soudanistes » ont commencé à examiner de nouveaux objets et à employer de nouvelles sources en adoptant différentes perspectives disciplinaires. Ils se sont par exemple intéressés à l’histoire de l’environnement ou à la culture matérielle. Ils utilisent des sources numériques (blogs ou archives familiales publiées en ligne) et combinent des approches historiques, anthropologiques et linguistiques (cf. par exemple Sharkey 2008). Toute recherche impliquant inévitablement des questions de faisabilité (en d'autres termes, les chercheurs écrivent ce qu’ils sont en mesure d’écrire), la recherche actuelle reflète certainement des trajectoires changeantes. Certaines directions se sont fermées aux chercheurs car des sources se sont perdues ou ont été détruites durant la guerre civile (Daly 2004 : 156-58). La recherche en train de se faire reflète aussi bien de nouvelles opportunités, contraintes et approches que des choix particuliers d'objets d'étude.

Il est également grand temps de réunir les recherches en langues anglaise et française. Au cours du dernier quart du vingtième siècle et au début du vingt-et-unième siècle, le domaine des études soudanaises a acquis une cohérence en Grande-Bretagne et en Amérique du Nord grâce aux efforts de chercheurs qui se sont attachés à former une communauté d’universitaires, d'activistes et d'intellectuels engagés, incluant des membres de la diaspora soudanaise. Le monde anglophone ne peut toutefois prétendre à un monopole sur les études soudanaises. En effet, au cours des trente dernières années, les institutions françaises ont accueilli des chercheurs dynamiques travaillant sur cette région. Actuellement, les études soudanaises en France paraissent entrer dans une phase de renouveau marqué (Seri-Hersch 2012). Dans le but de renforcer la dimension internationale des débats sur le sujet et de dresser des passerelles entre la recherche anglophone et francophone, nousapprécierons particulièrement les contributions en langue française. Ce numéro spécial poursuivra en effet les discussions entamées lors de la journée d’étude « Au delà des dichotomies : le Soudan, de la formation du pays à l’indépendance du Sud, 1869-2011 », tenue à Paris le 12 novembre 2012 sous l’égide de l’Institut d’études de l’Islam et des sociétés du monde musulman (IISMM) et du Centre d’Études Africaines (CEAf), École des Hautes Études en Sciences Sociales (http://iismm.ehess.fr/index.php?1157).

« L'histoire est un verbe, pas un nom ». C'est ce qu'affirment les éditeurs de l'ouvrage Manifestos for History, dans le sens où l’écriture de l’histoire implique des « processus intentionnels par lesquels on façonne et on fabrique du sens » (Jenkins and Munslow 2007 : 7). Nous pourrions dire la même chose de l’anthropologie, des sciences politiques et d’autres disciplines académiques. En gardant cette idée à l’esprit, nous invitons les auteurs à offrir leur propre contribution et à s’engager dans une action collaborative de renouvellement des études soudanaises à ce moment critique de la politique, de l'histoire et de l'étude de la région.

Modalités de soumission

Nous invitons les personnes intéressées à soumettre une proposition en anglais ou en français, qui comprendra :

  • un curriculum vitae
  • et un résumé d’une page qui présente le sujet, l’argumentaire et les sources, ainsi que l'apport de l'article à la thématique “Repenser les études soudanaises”.

Les documents sont à envoyer aux éditeurs de ce numéro spécial :

La date limite de soumission des propositions est le 28 février 2013.

Les auteurs dont la proposition est retenue devront envoyer une première version de leur article jusqu'au 15 juin 2013. Afin de garantir une certaine cohérence entre les articles, les éditeurs suggéreront des modifications si nécessaire. La version révisée des articles devra être soumise jusqu'au 30 juillet 2013. Les éditeurs transmettront alors les articles à la revue, qui les soumettra à des lecteurs anonymes.

Les articles doivent comprendre entre 6'000 et 10'000 mots (environ 25-40 pages en double interligne comprenant le texte, les citations, les notes, la bibliographie, les tables et les annexes) et doivent inclure un résumé de 125-150 mots. Les auteurs suivront le style de référence du Chicago Manual of Style, 15e édition.

Références

DALY Martin W., Review of The Nile, by Robert O. Collins, and Living with Colonialism: Nationalism and Culture in the Anglo-Egyptian Sudan, by Heather J. Sharkey, International History Review, 26:1 (2004)

JENKINS Keith, Sue MORGAN and Alun MUNSLOW, Manifestos for History London; New York: Routledge (2007)

SERI-HERSCH Iris, “Vers un renouveau des études soudanaises en France?”, Carnets de l’IREMAM, 14 November 2012, http://iremam.hypotheses.org/918 (January 14, 2013).

SHARKEY Heather J., “Arab Identity and Ideology in Sudan: The Politics of Language, Ethnicity, and Race.” African Affairs 107, no. 426 (2008): 21-43.

VEZZADINI Elena, “Identity, History and Power in the Historiography of Sudan: Some Thoughts on Holt and Daly's A History of Modern Sudan.” Canadian Journal of African Studies/La Revue canadienne des études africaines 46, no. 3 (2012): 439-451.

WILLIS Justin, Review of A History of the Sudan from the Coming of Islam to the Present Day, (review no. 172), 1 February 2001, http://www.history.ac.uk/reviews/review/172 (January 18, 2013)

Dates

  • jeudi 28 février 2013

Mots-clés

  • soudan, soudan du sud, historiographie, histoire, sciences politiques, sociologie, anthropologie, linguistique, géographie, économie

Contacts

  • Elena Vezzadini
    courriel : elenavezz [at] gmail [dot] com
  • Iris Seri-Hersch
    courriel : iris [dot] seri-hersch [at] univ-amu [dot] fr
  • Heather Sharkey
    courriel : hsharkey [at] sas [dot] upenn [dot] edu

Source de l'information

  • Iris Seri-Hersch
    courriel : iris [dot] seri-hersch [at] univ-amu [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Repenser les études soudanaises après l’indépendance du Soudan du Sud », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 05 février 2013, http://calenda.org/237972