AccueilPatrimoines alimentaires enfantins

Patrimoines alimentaires enfantins

Childhood food heritages - the anthropological perspective

Éclairages anthropologiques

*  *  *

Publié le vendredi 08 février 2013 par Loïc Le Pape

Résumé

Le numéro étudie les patrimoines alimentaires enfantins, une déclinaison particulière des patrimoines matériels et immatériels peu étudiée dans une perspective anthropologique. L’enfant est placé au centre du numéro, lequel ambitionne d’étudier sens, formes et fonctions de ces patrimoines alimentaires particuliers afin de mieux comprendre les processus de construction et de transmission des identités enfantines.

 

Annonce

Argumentaire

La notion de « patrimoine alimentaire » est une déclinaison particulière de la notion de « patrimoine culturel » (Unesco 2003). À l’instar de ce dernier, le patrimoine alimentaire renvoie à des dimensions « matérielles » et, surtout, « immatérielles » aux contours difficiles à cerner (Colloque de Cerisy 2012, Csergo 2011). Dans ses dimensions matérielles, il s’agit, dans une aire culturelle et géographique donnée, de l’ensemble, clairement défini, des plats, des ingrédients, des modes de production et de distribution, des techniques culinaires, des modes de préparation, de conservation, de traitement des déchets et de consommation des aliments qui se transmettent de générations en générations. Dans ses dimensions immatérielles, le patrimoine alimentaire relève de l’hospitalité, de la convivialité, des savoir-faire, de l’apprentissage et de l’acquisition de connaissances, des « manières de table », des représentations, des discours, des imaginaires ou encore de la ritualisation symbolique qui se jouent autour de la transmission des pratiques alimentaires. Irréductible à ses productions concrètes, le patrimoine alimentaire immatériel explicite l’identité d’une communauté ou d’un groupe social[1].

Dans une perspective anthropologique, la question des patrimoines alimentaires est régulièrement débattue[2]. En revanche, celle des « patrimoines alimentaires enfantins » a été peu étudiée, exception faite des travaux d’Annie Hubert (1994)[3]. Les études sur les enfants, en effet, ont davantage porté sur les jeux (Griaule 1938 ; Rabain 1979 ; Augustins 1988), la ritualité (Bonnet et Pourchez 2007 ; Duchesne 2007 ; Jonckers 2007 ; Tonda 2008 ; Yengo 2008), la problématique de l’enfant-acteur (De Boeck 2000), la construction de l’enfant en général (Anthropologie et Sociétés 1980 ; Journal des Africanistes 2002 ; Terrain 2003) – en somme sur la production de « cultures enfantines » spécifiques (Delalande 2001 ; Ethnologie Française 2007 ; Arléo & Delalande 2011).

Dans ce numéro d’Anthropology of Food, on se demandera si la notion de patrimoine alimentaire – matériel comme immatériel – a un sens pour les enfants et ce qu’elle signifie alors pour eux[4] ? Comment se caractérisent et s’élaborent les patrimoines alimentaires enfantins ? De quoi se composent-ils ? Comment se transforment-ils ? Comment se diffusent-ils entre les enfants ? En quoi les patrimoines alimentaires enfantins se distinguent-ils des patrimoines alimentaires des adultes ? Dans quelle mesure les premiers sont-ils susceptibles de modeler les seconds ? Est-il finalement pertinent de parler de « patrimoine » alors que l’enfant  est le principal acteur d’une construction qui se transmet essentiellement de manière « horizontale »[5] ?

Ces questions éclairent diverses problématiques anthropologiques : celle de la dimension dynamique des patrimoines, à travers la place du changement et des transformations alimentaires au sein de ce qui apparaît, au premier abord, comme immuable et de l’ordre de la conservation. Elle permet aussi de réfléchir sur la façon dont l’alimentation (préparation, offre, consommation…) et les valeurs liées à la commensalité constituent des modes spécifiques de construction du corps, de la personne, des relations sociales et des rôles sociaux dès le plus jeune âge selon les sociétés. Ces pistes de réflexion éclairent diverses problématiques de l’anthropologie de l’enfance : la diversité des notions et des significations sociales relatives à l’enfance, les rapports de sexe, la répartition des tâches, le rapport au corps, les techniques du corps, les différences sociales entre les enfants et, enfin, l’acquisition de valeurs culturelles et identitaires (individuelles et/ou collectives). Plus largement, le numéro vise à mettre au jour les modalités de transmission des représentations, des pratiques et des discours en rapport avec l’alimentation de l’enfant, processus auquel participent ses différents entourages (parents, pairs, voisins, acteurs institutionnels, médias).

Enfin, l’ambition de ce numéro est de montrer que l’alimentation ne peut être seulement appréhendée pour ce qu’elle véhicule en termes de modèles ou de normes (de consommation, de comportement). Ici, l’alimentation est envisagée comme un vecteur essentiel de la fabrication sociale de l’enfant ; elle est également un support privilégié de la réappropriation du monde des adultes par l’enfant ; enfin, l’alimentation est l’un des principaux outil du façonnement du monde propre à l’enfant, au cœur de sa vie quotidienne.

Bibliographie

  • AUGUSTINS, G. (1988). Le jeu de billes, lieu de la raison, lieu de la passion. Ethnologie Française, 1, 5-14.
  • ARLEO, A., & DELALANDE, J. (Eds.). (2011). Cultures enfantines. Universalité et diversité. Paris: Presses Universitaires de Rennes.
  • COHN C. (2002a). A experiência da infância e o aprendizado entre os Xikrin. In LOPES DA SILVA A., MACEDO A.V.L.S. & NUNES A. (Eds.). Crianças indígenas: ensaios antropológicos (117-149). São Paulo: Global.
  • Colloque Enfance & Culture, 2010 (15-16-17 décembre), Musée du Quai Branly-Université Paris Descartes.
  • CROS, M. (1992). Les nourritures d'identité ou comment devenir lobi. In S. Lallemand, Journet, O., Ewombé-Moundo, E., Ravololomanga, B., Dupuis, A., Cros, M., Jonckers, D. (Ed.), Grossesse et petite enfance en Afrique noire et à Madagascar (pp. 103-118). Paris: L'Harmattan.
  • De BOECK, P. (2000). Le « deuxième monde » et les « enfants-sorciers » en république démocratique du Congo. Politique Africaine, 80, 32-57.
  • DELALANDE, J. (2001). La cour de récréation. Pour une anthropologie de l'enfance. Rennes: Presses Universitaires de Rennes.
  • DIASIO, N. (2004). Au palais de Dame Tartine. Regards européens sur la consommation enfantine. Paris: L'Harmattan.
  • DUCHESNE, V. (2007). Le rituel de possession: un jeu d'enfants? Jeux enfantins et pratique religieuse. In D. Bonnet & L. Pourchez (Eds.), Du soin au rite dans l'enfance (pp. 231-240). Paris: Érès.
  • FISCHLER, C. (1982). Biological and Social Determinants of Tastes for Foods in Children and Their Relevance For Nutrition Education and Intervention: an Overvie. Nutrition and the Development of the Child, 402-407.
  • GLOWCZEWSKI, E. (1995). Adolescence et sexualité. Paris: Presses Universitaires de France.
  • GRIAULE, M. (1938). Jeux dogons. Paris: Travaux et Mémoires de l'Institut d'Ethnologie.
  • HUBERT, A. (1994). Les dînettes d'enfants Yao de Thaïlande. In J. Koubi & J. Massard-Vincent (Eds.), Enfants et sociétés d'Asie du Sud-Est (pp. 119-129). Paris: L'Harmattan.
  • JONCKERS, D. (2007). Les vieilles petites personnes autonomes. Pratiques de la transe et des sacrifices par les enfants minyanka bamana du Mali. In D. Bonnet & L. Pourchez (Eds.), Du rite au soin dans l'enfance (pp. 211-230). Paris: Erès.
  • LANCY, D. (1996). Playing on the Mother-Ground. Cultural Routines for Children's Development. New York: The Guilford Press.
  • MIGNOT, J.-M. (1996). Exemples de techniques d'acquisition de produits alimentaires mises en oeuvre par les enfants massa Bugudum. In I. de Garine, A. Froment, Ch. Binam Bikoi, J.-F. Loung (Ed.), Bien manger et bien vivre. Anthropologie alimentaire et développement en Afrique intertropicale: du biologique au social (pp. 425-432). Paris: Orstom-L'Harmattan.
  • Numéro Spécial. (1980). L'usage social des enfants. Anthropologie et sociétés, 4(2).
  • Numéro Spécial. (1997). Pratiques alimentaires et identités culturelles. Ethnologie française, 1.
  • Numéro Spécial. (1998). Dynamique des pratiques alimentaires. Techniques & Culture, 31-32.
  • Numéro Spécial. (2002). L'enfant dans le bassin du lac Tchad. Journal des Africanistes, 72(1).
  • Numéro Spécial. (2003). Enfant et apprentissage. Terrain, 40.
  • Numéro Spécial. (2003). Passages à l'âge d'homme. L'Homme, 167-168.
  • Numéro Spécial. (2007). Anthropologie de l'école. Ethnologie Française, 37(4).
  • Numéro Spécial. (2011). Patrimoines alimentaires. Anthropology of Food, S2011. Observatoire Ocha Patrimoine alimentaire [http://www.lemangeur-ocha.com/synindex/patrimoine-alimentaire.html/]
  • RABAIN, J. (1979). L'enfant du lignage. Du sevrage à la classe d'âge chez les Wolof du Sénégal. Paris: Payot.
  • RAZY, É. (2007). Naître et devenir. Anthropologie de la petite enfance en pays Soninké (Mali). Nanterre: Société d’Ethnologie de Nanterre.
  • SUREMAIN (de), C.-É. (2000). Dynamiques de l'alimentation et socialisation du jeune enfant à Brazzaville (Congo). Autrepart, 15, 73-91.
  • SUREMAIN (de), C.-É. (2010). S’alimenter pour les enfants de la rue. Entre stratégie de survie et transmission horizontale (La Paz, Bolivie), Colloque International Consommations alimentaires, cultures enfantines et éducation. Université de Poitiers: 1 Avril 2010. V.-I. de La Ville (coord.).
  • TONDA, J. (2008). La violence de l’imaginaire des enfants-sorciers. Cahiers d'Études Africaines, 189-190, 325-343.
  • YENGO, P. (2008). Le monde à l'envers. Enfance et kindoki ou les ruses de la raison sorcière dans le bassin du Congo. Cahiers d'Études Africaines, 189-190, 297-343.

Notes

  • [1] C’est à ce titre que le « repas gastronomique des français » figure à l’inventaire du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. 
  • [2] Observatoire Ocha, Ethnologie Française (1997), Techniques & Culture (1998), Anthropology of Food (2011). 
  • [3] Cros (1992), Lancy (1996), Suremain (2000), Cohn (2002), Mignot (2002), Razy (2007). En sociologie, cf. entre autre Fischler (1982), Diasio (2004) et le colloque Enfance & Cultures (2010). 
  • [4] Les notions d’« enfance » et d’enfant », comme les modalités du passage de l’enfance à l’âge adulte sont fort variables selon les sociétés. Il peut s’agir de rituels d’initiation, de cérémonies ou encore d’expérience (spirituelle, sexuelle, alimentaire…). Cf. entre autre Glowczewski (1995), L’Homme (2003).
  • [5] La notion de « matrimoine » est parfois employée pour les transmissions de mères à enfants, mais il n’existe pas de notion rendant compte de la transmission d’enfants à enfants, hormis celle de « transmission horizontale » (Suremain 2010).

Modalités de soumission

Merci d’envoyer votre résumé à clacohn@ufscar.br et Suremain@ird.fr

avant le 20 février 2013.

Comité scientifique de la revue

http://aof.revues.org/6947 

Dates

  • mercredi 20 février 2013

Mots-clés

  • patrimoine, alimentation, enfance, transmission, identités

Contacts

  • Charles-Édouard de Suremain
    courriel : suremain [at] ird [dot] fr

Source de l'information

  • Charles-Édouard de Suremain
    courriel : suremain [at] ird [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Patrimoines alimentaires enfantins », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 08 février 2013, http://calenda.org/238235